Chotekeries http://mariechotek.com Le blog de Marie Chotek Wed, 07 Mar 2018 13:59:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.3 Arnaud Catherine et moi http://mariechotek.com/?p=582 http://mariechotek.com/?p=582#respond Wed, 07 Mar 2018 10:20:53 +0000 http://mariechotek.com/?p=582 read more]]> Chère Joëlle, mardi matin, j’ai écouté Arnaud Catherine à la radio.

  • Ah ouais le gars avec des cheveux comme une touffe façon Bozo le clown…
  • Celui qui chante des bisous on veut des bisous ?
  • Le gars qui conserve ses crottes au jour le jour dans des bocaux ?

J’ai dit Arnaud, pas Philippe, le chanteur foufou et rafraîchissant même avec ses crottes. Oui, je sais Joëlle pas fort ragoûtant alors que la chimio vous soulève déjà la luette.

Arnaud Catherine. Un auteur de jeunesse et d’adultesse (même si ça ne se dit pas). Un gars qui a pile poil l’âge de A. et qui expliquait qu’il avait la chance d’avoir trouvé un merveilleux équilibre.

Il gagne sa vie en tant que conseiller littéraire pour des festivals du livre (donc pas en vendant des frites chez Mc Do) et il écrit des livres, publiés, qui lui ont donné un public de lecteurs assidus pour son plus grand bonheur.

Il a aussi eu la chance de tomber sur des éditeurs qui l’ont fort bien accompagné (va là, va pas là, fais gaffe c’est des cons, ce gros naze tu le zappes, ce salon, c’est de l’or en barre etc), ce qui lui a permis de grandir lentement mais sûrement.

Parvenue à ce stade-là, j’ai fait comme vous Joëlle. J’ai sorti la bassine et j’ai vomi dedans.

  • Tu as bien fait, Mimi.
  • Connard va !
  • On va lui casser la gueule !

Mais non, pas du tout ! Ne lui cassez rien ! Car cet Arnaud Catherine m’a semblé bien sympathique. Sans prétention. Conscient de sa chance, de sa valeur à sa juste mesure, et visiblement mis en confiance par son parcours sans sombrer dans l’arrogance ou la fausse humilité urticante (je pensais vraiment pas que j’y arriverai).

  • Encore un qui se la joue d’Ormesson, genre, je suis ce que j’ai l’air d’être même si je dis que je ne suis pas ça…
  • Quoi ?
  • Un putain de gars avec un putain contentement de soi !

Et puis, à l’entendre parler de l’écriture, ce qu’être auteur et ce en quoi consiste ce fait-là, écrire, j’ai réalisé qu’entre Arnaud et moi, il ne manquait finalement que la dimension d’un cheveu pour qu’on soit pareil.

  • Epais comme celui du Philippe, alors !

Et ce cheveu, c’est la reconnaissance.

  • Toute une perruque !!

S’exclame le choeur des comités de lecture des éditeurs.

  • Je regrette, Madame Mimi, ne le prenez pas mal, mais je n’ai rien à voir avec vous… j’ai des éditeurs, des lecteurs, des rendez-vous littéraires, des fans, des euros…

J’ai bien dit l’épaisseur d’un cheveu, et épais le cheveu.

  • … et surtout, avant toute chose, j’ai du TALENT… la preuve ? J’ai été publié !

Imparable.

  • Il a dû savoir se placer celui-là…
  • Mignon comme il, s’il n’a pas couché ce type…
  • Il n’est pas pédé, le mec ?
  • Ça expliquerait bien des choses…
  • Ce milieu, c’est plein de pédés qui couchent…
  • Ah bon, Antoine Gallimard il est pédé ?

Etc, etc. De fait, on peut toujours se la raconter. Les faits sont là. Arnaud Catherine a été et est publié. Il a des lecteurs, est invité à la radio, est indubitablement reconnu y compris par ceux et celles qui ne comptent pas… et surtout, il a du TALENT.

Qu’il ait couché, qu’il est su se vendre ou pas, ne change finalement pas tant que ça à l’affaire. La TALENT est là et bien là.

  • Mimi, de fait, ne le prends pas mal mais il n’a pas tort…
  • La question du talent se pose…
  • Oui, on n’osait pas te le dire…

Soit mais ce TALENT, qui décide que vous en avez ? Celui ou celle qui vous publie, pardi ! Donc, mutatis mutandis comme aurait dit un prof de Sciences Po (un qui avait réussi sa vie mais qui était moins passionnant qu’une souris morte), si vous ne l’êtes pas, publié, c’est que du TALENT vous n’en avez pas.

Pof. Prends ça, ô toi auteur non publié. Et dirige-toi sans tarder vers le tri papier ou la déchiqueteuse du même nom, afin que tel la poussière, le papier retourne au papier…

  • Mais non Mimi ! Regarde l’auteur de la Conjuration des imbéciles ! John Kennedy Tool !
  • Comme il n’arrivait pas à se faire publier, il s’est suicidé et il a été publié !
  • Suicide-toi, Mimi, tu verras bien !

Parce que c’est sûr, une fois mort, c’est le genre de choses qu’on voit.

  • Tant que t’as pas essayé…

Sauf que je n’en suis pas de là. Car j’ai le défaut d’avoir, je pense, et l’âme d’un auteur et le goût de la vie, prosaïque et quotidienne.

Aller chercher mes enfants à l’école, les assaillir de questions sur leur journée, leur faire à manger, jouer au Cluedo avec la Zouflette ou écouter le Zébu m’expliquer en quoi les nouveaux modèles hybrides Toyota sont trop super chouettes, bavarder avec A. ou boire un verre avec lui, sinon regarder un film, ou étendre leur linge à tous sur mon tancarville en écoutant les brillants auteurs raconter combien leurs échecs les ont nourris (tellement important l’échec, surtout quand il est derrière soi) et comment dans l’écriture, ils ont trouvé leur place.

Si je devais choisir entre l’écriture et la vie, je choisirais la vie. Je serais malheureuse, malade, folle, apathique, stupide mais en vie avec les miens, eux-mêmes en vie.

  • Tu es foutue, Mimi.
  • Sois ménagère et tais-toi !
  • Ta place, elle est là !

Ma place. J’ai songé à mettre une petite annonce… Femme bientôt 50 ans, auteur dans l’âme, auteur dans ses textes mais auteur non publiée, rédactrice des débats bouche-trous, secrétaire d’édition 3 mois dans sa vie, en dispo du service public, relevant de la Directive Sauvadet bien que n’ayant ni poste ni bureau, cherche place à sa mesure, modeste mais avérée.

  • Essaie, ça marchera peut-être !
  • Sur le Bon coin, on voit passer tellement de choses ahurissantes…

Je reviens sur le TALENT. Joëlle, excusez-moi, je vous avais oubliée. Vous serez d’accord avec moi (vous n’avez pas le choix) que des gens sans TALENT peuvent être publiés comme des gens talentueux peuvent ne pas l’être ? Et si comme en génétique parfois, c’était aussi un simple accident du hasard ? Je ne parle pas que de moi, bien sûr, mais de tous ceux et toutes celles recalés des comités de lecture parfois composés d’une seule personne (le directeur littéraire-comptable-PDG-standardiste-femme de ménage).

Joëlle, répondez-moi, vous êtes d’accord ?

  • Mimi, tes cachets… tu les as bien pris ?

Je veux dire… le TALENT existe, même quand il n’est pas passé sous les presses d’une rotative. Prenez quelqu’un de talentueux et de non publié. Qui décide alors de son talent ? Ses proches? L’homme de la rue? Le quidam anonyme?

Ses amis peuvent en effet lui en trouver, sauf que ça compte pour du beurre.

  • Putain, merci, quand je vois tous tes manuscrits que je me suis tapé de lire !

Je sais, c’est navrant mais aussi fins et critiques qu’ils soient, les amis, par essence, sont hors-jeu pour décider de votre valeur.

Il peut y avoir aussi des anonymes, arrivés par accident sur votre blog ou lecteurs de votre unique publication, mais alors il vous en faudra un paquet. Un gros paquet à additionner à celui des proches, des amis et des voisins. Parfois même, de la taille d’un lectorat acquis par les voies légitimes de la publication, le paquet…

Mais sachez que vous ayez une mère en adoration, un mari pétri de foi en vous ou des amis regroupés en fan club, le doute sera éternellement là… que seule une publication en bonne et due forme lèvera.

C’est comme pour un meurtre. Tant que votre innocence n’est pas prouvée à 100%, scientifiquement, os de bovin ou os de Sézenec, vous resterez toujours possiblement le coupable, celui ou celle qui, dans la véranda, a tabassé ce bon docteur Lenoir avec le chandelier de famille pendant que le reste de la noce se gobergeait dans la salle à manger ou s’envoyait en l’air dans la bibliothèque.

  • Reviens dans le réel, Mimi !
  • Tu n’as fait qu’écrire pour que dalle !
  • Tu n’as tué personne !

Le réel. Arnaud Catherine disait qu’un auteur pouvait passer à l’acte dans ses livres et que c’était là une liberté incroyable. Dans son récit à lui, en l’occurrence, un jeune auteur, publié, exploite sans vergogne les détails de la vie de son entourage, utilisant ses proches, balançant les secrets de famille, se permettant tout… tout ce que lui, Arnaud, ne se permet pas de faire.

  • Qu’il dit…
  • Avec sa jolie figure, il raconte ce qu’il veut le gars…
  • Il est pédé ou pas finalement ?

L’épaisseur du cheveu encore entre lui et moi ! Car c’est tout moi ! Dans l’écriture, je passe à l’acte ! Disons que je le fais, à ma mesure encore. Ce réel qui me glisse des mains ou que je crains de me voir péter parfois à la figure, ce réel fait de ces gens ivres de certitudes parfois, du moins assez sûrs d’eux pour me décréter en réunion de parents d’élèves ou lors d’un dîner un poil arrosé, tu n’as rien compris du tout ma conasse à ce que je voulais dire ! Eh bien ce réel, dans l’écriture, il m’obéit au doigt et à l’œil.

J’écris donc je vis pour de réel !

  • D’accord Mimi, mais as-tu bien pris tes cachets ?

Entretemps, alors que je rédigeais ce post qui me vaudra peut-être un lecteur anonyme de plus s’il tape sur son moteur de recherche « Arnaud Catherine » ou « crottes », j’ai reçu un avis Amazon comme quoi mon commentaire avait été validé et était en ligne.

Je me suis mise à danser dans la pièce et j’ai crié, par la fenêtre, à tout le boulevard Foch :

  • J’ai été publiée, j’ai été publiée !! Mon commentaire sur Amazon a été accepté!

A. a sorti le champagne, il m’a assuré que c’était le petit début d’un grand quelque chose. A l’instar de mes nouvelles, roman, pièce de théâtre, il n’avait pas lu mon commentaire mais il me faisait confiance. J’avais dû écrire un sacrément bon texte de quelques lignes. Je devais poursuivre, dans les commentaires au moins.

Je suis restée à boire mon champagne, seule, face à mon écran, toute inspiration enfuie.

Joëlle, je me doute que ces préoccupations vous paraissent dérisoires. Des livres, il y en a bien assez de toute façon, et comme ma maman, vous pensez sans doute que je ferai bien mieux de remiser cette marotte (quand je serai grande, je serai écrivaine) et devenir enfin cadre A avec lourdes responsabilités et carrière ascensionnelle sur les 17 années qu’il me reste à bosser. Idéalement aux impôts, sinon aux affaires intérieures. En tout cas, dans un lieu le plus éloigné possible des livres…

Ma citation du jour (piquée sur internet) :

L’ego dit : quand tout sera en place, je trouverai la paix. L’âme dit : trouve la paix, et tout sera à sa place.

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Accepteriez-vous de me louer votre utérus ? http://mariechotek.com/?p=576 http://mariechotek.com/?p=576#comments Tue, 23 Jan 2018 10:31:39 +0000 http://mariechotek.com/?p=576 read more]]> Je continue, persiste et signe sur les sujets polémiques. Je sais que cela vous fouette, Joëlle, ne le niez pas, si je vous parlais des réglementations de la pêche hauturière ou du labrador d’Emmanuel, vous cliqueriez direct sur la croix.

Aujourd’hui, en effet, chère Joëlle, je compte m’attaquer au sujet du prêt ou de la location ou de la mise à disposition ou du don, sinon de la vente parfois franchement pas donnée putain de merde, bref, de l’acceptation de voir autrui utiliser votre propre ventre à ses fins personnelles, qui toutes ont cependant pour objectif la reproduction, de même personnelle.

  • Clique sur la croix, Germaine, encore un truc sur #Porc!balancetatruie !

Je compte m’intéresser à ce jour à la GPA, à savoir la Gestion Pour Autrui et non de la truie comme j’ai pu entendre il y a peu (ci-dessus) mais c’était dans le cadre de la protection des cochonnes ahahahahah.

En effet, une tribune est encore tombée mais pas sur un terrain de foot puisque c’était dans Le Monde en date du 19 janvier.

  • Mimi, tu baisses, prends tes hormones…

En effet, des personnes pour le moins diverses puisqu’on y compte un sociologue (un soixante-huitard dont je connaissais la fille au temps de nos études), un obstétricien, papa de la FIV française (le docteur Frydman, dont une amie d’enfance perdue de vue a épousé le fils aîné), une philosophe (dont je ne connais ni la fille ni le père si ce n’est que le mari est cet homme politique qui doit désormais s’adonner à la pêche aux moules sur l’île de Ré) et d’autres que je ne vais pas vous citer ici. Je vous précise juste que non, il n’y a pas Deneuve, personne y va tirer la couverture des injures à lui ou à elle.

  • Celle-là, dès qu’elle peut placer qu’elle ne connait pas quelqu’un hein…

L’idée y était de se prononcer contre l’exploitation de la personne humaine, c’est à dire celle à qui le ventre prêté (ou loué ou…) appartient. Il y est question d’esclavage (« depuis l’abolition de l’esclavage, nul ne peut exercer sur une personne humaine les attributs du droit de propriété. »), bien que la personne soit dans plus de 99% des cas consentante.

  • Quel degré de consentement tu as quand tu vis à Bombay avec tes 22 enfants, ton mari unijambiste au chômage, et ta belle-mère lépreuse hein ?!

Le fil rouge de cet article est de dire que l’enfant n’est pas une marchandise comme les autres puisque ce n’est surtout pas une marchandise, justement. De même, la femme n’en est pas une, que l’on transforme pourtant en tant que telle en lui exploitant le ventre.

Pour donner un enfant clé en mains à un couple de clients, la femme loue en effet son ventre, et comme les signataires de la tribune le rappellent (du moins le RPA, Rédacteur Pour Autrui), le couple de gamètes qu’on lui installe à l’intérieur et sur lequel on lui dénie toute propriété, est plus qu’un couple de gamètes et moins qu’un enfant, si une mère ne le porte pas.

C’est donc à elle que devrait revenir ces gamètes puisque c’est elle qui leur a permis de devenir ça, un bébé… en cas où, elle le réclamerait, ce paquet de gamètes.

Sauf que la plupart d’entre elles ne les réclame pas.

Je me souviens avoir entendu une partisante (et mère porteuse ?) de la GPA dire que c’est un peu comme si votre voisine venait sonner chez vous, son gâteau non cuit sur les bras car son four est en panne, et que vous lui prêtiez le vôtre de four pour cuire son gâteau.

  • Enfin, Mimi, un enfant n’est pas un gâteau !
  • T’imagine si elle lui en propose une part, à la voisine, en fin de cuisson ? Bonjour l’horreur !

A la base, il y a le désir d’enfant. Universel et puissant. Nul ne le niera. Tout désir doit-il être absolument satisfait ?

  • Bien sûr que non, enfin, le principe de frustration vous en avez-déjà entendu parler ?
  • Moi quand je veux un vison, je me l’achète, quand je veux un enfant, je me l’achète aussi !

En même temps, le désir d’enfant est-il un désir comme un autre, genre un désir irrépressible de vison ou du dernier SUV ? N’est-ce pas quelque chose qui peut frôler l’existentiel ? Quelque chose de vital. Quelque chose dont votre vie ne peut se passer (pour certains bien sûr) ?

Et si tel est le cas, tous les coups sont-ils pour autant permis ? Parmi ces coups, la GPA tirée sans un coup justement est-elle recevable ?

  • Mimi, tu me désespères…

Je sais mais c’est fou comment de nos jours on en arrive à parler de reproduction sans jamais parler de sexe.

Les personnes opposées à ce mode de reproduction le sont pour des raisons a priori recevables. Ne le nions pas. Il faut en passer par l’utilisation d’une personne humaine qui, souvent, n’est ni PDG, ni rentière. On demande à cette femme de passer 9 mois à travailler jour et nuit pour nous. Et une fois les 9 mois écoulés, on lui prend le mioche et on se tire !

Toutefois, moi qui ai porté deux enfants, il me semble pouvoir déclarer que c’est un travail moins fatigant, à mon sens, que de travailler 12 heures par jour dans une usine textile en Inde ou dans une mine de diamants en Afrique (où je ne crois pas avoir entendu parler d’entreprises de mères porteuses). Mais cela n’engage que moi, peut-être certaines femmes ont trouvé plus laborieux d’avoir 5 kilos au ventre que de ramper sous les ruines de leur usine textile effondrée.

C’est leur droit le plus souverain. Même asservies, même exploitées par Htahaine ou Grappe.

Car c’est bien ce lien d’asservissement économique qui les turlupine, les signataires. A lier à celui de la propriété puisque l’on confie ses gamètes avec interdiction de les garder pour soi, une fois transformées en bébé alors que, ainsi qu’écrit plus haut, sans cette femme, les gamètes peuvent se brosser pour devenir quelque chose. En l’occurrence, quelqu’un.

  • Oui mais si couver c’est aider, garder c’est voler !

Par ailleurs, si certains assimilent ça à de l’esclavage, d’autres l’assimilent à de la prostitution.

  • Ah du sexe, quand même !

Pour ma part, je ne vois pas ce que vient faire la prostitution là-dedans. Qu’il y ait exploitation économique, peut-être, mais je ne trouve pas que le moi intime de la personne soit pénétré. Si je puis dire.

Comme toute mammifère que la vie a gâtée en lui permettant d’avoir ses enfants normalement et sans souffrance, j’étais plutôt contre, la GPA, ne serait-ce que parce qu’un lien fort existe entre la mère et le bébé intra utéro. Je me rappelle encore du pied du Zébu balancé sur le tendon de mon aine ou des pirouettes de ma Zouflette de préférence à l’aube.

Nous étions, et physiquement, et psychologiquement liés.

Seulement alors, quid des enfants de l’adoption ? Sont-ils foutus parce que ce n’est pas le ventre qui les a portés qui les élève ?

  • Regardez Fleur Pellerin, vous trouvez qu’elle a l’air normal ?

Il ne viendrait à l’esprit de personne de dire que l’adoption est une bien mauvaise chose car le bébé n’a pas été élevé par celle avec qui, en son sein, il a noué une relation faite à la fois de survie biologique et de communication orale et sensuelle. Surtout dans le cadre des grossesses adolescentes ou non souhaitées, surtout en cas de viol.

  • Chéri, tu peux appuyer sur la croix ? Je sens que ça va encore parler de cul…

J’étais donc contre, enfin plutôt contre, quand j’ai entendu à la radio un obstétricien dire qu’il était au départ contre, vraiment contre, mais qu’au fil des rencontres de couples ayant eu recours à la GPA, son opinion a changé au point qu’il s’est lui-même proposé de porter des enfants, une paire de jumelles en parfaite santé.

Mais non, là je plaisante, c’est juste pour m’assurer que vous suivez Joëlle.

De toute façon, qu’il y a-t-il de commun entre être sifflée dans la rue et un viol dans une impasse ?

  • Chéri, appuie VRAIMENT sur la CROIX !

Permettez-moi cette analogie un poil acrobatique avec le thème de la semaine dernière pour aborder la question. Après « d’où tu parles, camarade », voici le « d’où tu portes camarade » ?

De fait, qu’il y a-t-il ainsi de commun entre un couple s’en allant en Inde, passer contrat avec une femme qu’ils ne rencontreront jamais ou juste pour s’assurer qu’elle déconne pas avec leurs gamètes en faisant du saut en parachute ou en mangeant trop de curry, femme qu’ils paieront en petites coupures de roupies sans même lui demander si son épisio va mieux, et la laisseront se démerder avec le bébé si ce con s’avère trisomique ou trop gros.

  • En même temps, faut se mettre à leur place, tu ne payes pas pour t’emmerder la vie ensuite…

Qu’il y a-t-il donc de commun entre ce type de couple-là, et celui qui, comme cela se fait aux USA, prend contact avec une femme qui fait partie des quelque 5% de femmes sélectionnées sur des critères précis, une grosse dette à effacer, une situation de nullipare ou une autre de deuil infantile étant exclus des critères recevables, femme qu’ils ont choisie et qui les a choisis… et qui ne peut décemment faire cela pour de l’argent vu que la somme proposée ne sert à payer que les avocats et ses menus frais (épilation, crème anti-vergetures, légumes frais…) ?

  • C’est les avocats qui ramassent le pactole ?
  • Ouais, faut border à mort pour pas que cette conne se tire avec le môme…

Je sais que vous avez perdu le début de la question, Joëlle, retenez juste que, comme dans le cas du harcèlement sexuel, cela dépend aussi, peut-être, sans doute, de l’art et la manière, du niveau et de la nuance.

On ne peut pas mettre sur le même plan une GPA faite de façon franchement ultra-libérale et mercantile, dégueulasse et limite inhumaine, et une autre faite dans les règles passées entre 3 individus tous sains d’esprit et nullement manipulés.

Ainsi, pour pousser le bouchon (de mucus) plus loin, je me demande ce que pensent ces signataires de ces femmes qui portent parfois pour leur sœur, l’enfant de celle-ci, ou plutôt les gamètes de celle-ci et de son conjoint pour cause de malformation utérine congénitale ? Pour le coup, seul l’amour sororale me semble motiver un tel acte… à moins qu’on ne se fasse un délire à la Chabrol ou Desplechin avec une histoire de famille bien tordue, genre Psychose dans les berceaux ou Perversions dans les tubes à essais.

Aussi, en ces cas de figure-là archi précis, archi gratuit et archi affectif, seraient-ils tous aussi contre ?

  • Oui, Madame, car jamais ma sœur n’aurait fait ça pour moi !
  • D’ailleurs, je n’ai pas de sœur, ahahahahaha !

Je vous l’accorde, Joëlle, ce qui donne le vertige avec la GPA, c’est le nombre de combinaisons possibles avec cet aspect fric qui, il est vrai, ne gêne pas plus les Américains que d’avoir à leur tête un dément issu d’une reproduction sur le mode du missionnaire.

Ton gamète, mon Arthur, et le mien, Lola… son ovule, à Patricia, notre sœur et belle-sœur, et ton gamète, mon Rodrigues d’amour… ou bien encore l’ovule de la clinique tchèque et le tien, de gamète, mon Gérard… et puis sinon, l’inverse, le spermatozoïde de la banque anglaise et mon ovule à moi, Brigitte… le tout bien ménagé qui nous fait un embryon porté par Indira, Jessica ou Marie-Chantal.

  • Merde chef, j’ai mis l’ovule avec l’ovule, et le spermatozoïde avec le têtard de rat…

Comme pour les probas en terminale C, Joëlle, je suis perdue. Heureusement, ce n’est ni à moi de statuer pour ou contre la GPA, ni à moi de mélanger les gamètes.

Par ailleurs, les parents qui sont passés par la GPA, se retrouvent avec des enfants sans existence juridique en France puisque conçus à l’étranger avec une méthode de reproduction interdite en France. Ils les appellent les « enfants fantômes », comme on pourrait dire les « étrangers fantômes » pour parler des clandestins sans papiers qui, par ailleurs, arrivent souvent en France nantis d’enfants, nés en bonne et due forme mais tout aussi fantômes qu’eux puisque sans papiers.

Il faudrait donc les légaliser, ces enfants fantômes, comme le cannabis et les réfugiés politiques, autant dire, reconnaître la GPA sans la reconnaître franchement.

  • Un petit joint et la GPA s’advient !

Les signataires de la tribune estiment que c’est un faux problème, ces enfants ayant des papiers, certes étrangers, ils sont même souvent titulaires d’un certificat de nationalité française si un de leurs parents est français. Alors circulez, exit la question de l’existence juridique! La GPA, elle ne passera pas!

Sauf qu’étant donné qu’on dénie à leurs parents tout lien de filiation, je vois mal l’administration française, certes internationalement connue pour son côté laxiste et ultra coulant, le leur donner.

  • Laissez passer les p’tits papiers, laissez passer les…

Parvenue à ce point, je vais biaiser. Je sais Joëlle que vous vous demandez vers quoi mon cœur balance. Eh bien, il balance en effet et pas forcément rationnellement.

J’ai des amies autour de moi qui ont peiné et peinent pour avoir des enfants. Je connais aussi un ramassis de connes qui font des gosses comme on pète et qui apparaissent comme moins criminelles que celles qui auront fait porter leur enfant et qui l’élèvent comme n’importe quelle bonne mère.

Avec amour, exaspération et tout plein d’erreurs et de culpabilité à se tromper.

J’ai une amie qui n’aura peut-être jamais d’enfant. Les FIV tentées ne fonctionnement pas. Elle se refuse et au don d’ovocyte (elle est quasi stérile) et au don de sperme (son conjoint n’est pas non plus très au point de ce côté-là), et à l’adoption (elle ne se sent pas de taille)… et à la GPA.

Elle n’est ni pour ni contre, simplement, elle ne veut pas un enfant à ce prix-là.

C’est son choix, et j’incline à penser que qu’il ne regarde qu’elle et son conjoint, et je ne me sens aucunement le droit de le questionner avec empathie ou paire de claques.

Si cette amie, au bord des larmes, m’avait annoncé :

  • Avec Bébert, c’est décidé, nous allons recourir à une GPA !

Je me serais sentie bien mal élevée de lui dire combien c’était vilain d’aller piquer le ventre d’une autre femme. Elle m’aurait d’ailleurs sans doute lancé, au moins in peto :

  • Ah c’est facile pour toi qui as eu des enfants sans problème !

J’aurais sans doute rougi et plongé dans mon portefeuille pour lui donner une petite pièce afin de participer à #maGPAcollecte.com.

Et si elle avait ajouté :

  • Nous allons en Inde, une ex-travailleuse du textile nous attend ! C’est 16255,22 euros le port de neuf mois TTC !

Là, j’aurais tiqué.

Même si, admettons que cette histoire de blancs et noirs, de riches et pauvres, est bien piégeuse. On interdit aux femmes du tiers monde de porter les enfants des blancs car c’est l’Occident exploitant Economiquement l’Orient. Ce faisant, on dénie le droit à ces mêmes femmes d’être des individus libres qui, à égalité avec nous, pourraient très bien décider de louer leur ventre à un blanc ou à un jaune.

Mais bon, oui, j’aurais tiqué. Copine ok, stérile ok, FIV, super, GPA ah, Inde, merde alors.

Pour bien biaiser, j’aimerais qu’on ait assez de recul, genre 20 ans, pour demander aux enfants issus de la GPA ce qu’ils en pensent. Après tout, ce sont les premiers intéressés non ? Chercheront-ils à retrouver leur ventre primaire comme les enfants nés de don de sperme fouillent le net pour retrouver leur géniteur biologique ou ces enfants de l’adoption, pétant un câble à l’adolescence qui s’envolent pour Haïti, le Vietnam ou l’Inde afin de retrouver leur mère biologique ?

Ma chère Joëlle, je vous ai vue, vous avez plusieurs fois tenté d’appuyer sur la croix.

Vous pouvez disposer, il est l’heure de votre porto, et je vous propose de revenir dans 20 ans pour trancher cette importante question. D’ici là, les enfants fantômes auront certes fleuri mais il n’est pas sage de se prononcer sans avoir bien analysé tous les tenants et aboutissants des faits en présence.

Ma citation du jour :

Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? »

Eh bien là, plus de 2000 ans après, je pense que vous connaissez la réponse.

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Osez la nuance! http://mariechotek.com/?p=570 http://mariechotek.com/?p=570#comments Mon, 15 Jan 2018 20:46:09 +0000 http://mariechotek.com/?p=570 read more]]> La France est agitée de soubresauts. La crise économique ? Pensez-vous ! Les migrants refoulés, à qui on arrache les couvertures jusque dans les congères ? Pfff, peanuts !

  • La laïcité alors ? La France aime bien se faire mal avec…

Ça aurait pu mais non, il s’agit ici des femmes. De leur respect, de leur intégrité, du droit que l’on a de les draguer (ou pas), de leur palper la fesse (ou pas), de les violer (ou pas), de les.

  • C’est bon, on a compris !

Depuis une semaine, claques et injures s’échangent par tribunes et interviews interposées. Deux camps bien définis se sont ainsi dessinés parmi lesquels nous sommes sommés, hommes et femmes, mais surtout femmes, de choisir.

Les féministes (un bloc) et les collabos ou les réactionnaires (un autre bloc). Le thème ne se connait pas, semble-t-il, la voie du milieu. Comme pour le partage de la Palestine ou le port du viol euh voile.

  • Qui né mâle, né violeur !
  • Qui né mâle, né gentleman dragueur !

Or, je ne veux pas choisir. Je ne sais pas vous, Joëlle, si toutefois l’idée vous en traverse l’esprit à l’heure où vous endurez à nouveau un round de chimie ? Je sais que vous êtes une femme, une vraie, vous avez travaillé, connu l’amour et eu deux enfants. C’est suffisant, et même déjà trop, pour que vous ne soyez pas obligée de choisir votre camp, malade ou pas.

Alors ?

  • Qui n’est pas avec nous, est contre elles!
  • Et nous ! mais pas eux…

Je suppose que je ne suis pas la seule à me sentir partagée. Je veux dire, combien sommes-nous à nous sentir à la fois féministes et collabos ? Hein ?

  • Avec toi, deux.

Maurice, ce n’est pas à toi que je m’adressais. Nous parlons de sexe et non de déportation, bordel.

  • La femme juive est une féministe comme les autres !
  • La femme juive est une réactionnaire à notre instar !

Mesdames, mesdames, on se calme ! Globalement, il n’y a pas péril en la demeure, quoi que vous sembliez toutes le penser.

  • Pas de péril ? J’en suis à mon huitième viol !
  • Une heure que je suis là et personne n’a essayé de me peloter la miche ? C’est pas du péril ça ?!

De la nuance, Mesdames, de la nuance… Je suppute que parmi le camp de celles qualifiées de réactionnaires ou collabos parce qu’elles en appellent au droit à être importunées (car oui, vouloir être importunée par un mâle c’est être réactionnaire), beaucoup ne rangent aucunement dans cette libéralité, les viols et les harcèlements sexuels.

  • Si ! Moi ! Je regrette de ne pas avoir été violée ! J’envie les chanceuses qui ont eu droit à ça quand moi, la Millet, bien qu’arpentant nue la cité des Mille Pistils à des minuits et quelques, personne n’a tenté de me faire vivre cette expérience !

Tout le Monde vous le dira, la Catherine a toujours été un peu spéciale. En ce sens, je ne pense pas que la Tribune du Monde qui a valu à ses signataires d’être agonies ait été écrite dans cet esprit-là (tout le monde devrait avoir la chance d’avoir été violé au moins une fois dans sa vie). Catherine Millet est, rappelons-le, une sorte de professionnelle du sexe, une libertine donc fatalement un poil (de cul) un peu provocatrice. Si les féministes avaient un peu de second degré, elles auraient gardé une partie du bébé au lieu de jeter l’enfant, la baignoire et la salle de bain.

  • Nous, incapables de second degré ? On en a au moins 10, 11 avec Simone qui nous a quitté cet été !
  • Tu la connais, celle de la ménagère de 50 ans qui perd sa gaine dans un ascenseur alors qu’un unijambiste la tripote ?

Non, mais ça doit être drôle ou dramatique ou dramatiquement drôle (je n’ose plus rire de blagues de ce genre depuis quelques temps).

Je rappelle qu’avant les fêtes, j’avais écrit déjà une chronique sur le sujet. Le harcèlement. Vous l’avez sans doute lue, Joëlle, entre la dinde et la galette. Non ? Vous devriez, elle était croustillante (comme la galette, ahah).

  • Oui d’ailleurs tu tournes en rond, Mimi ! Faudrait voir à varier tes thèmes…
  • Un billet sur la galette frangipane à la République en marche ça ne te dirait pas ? ça c’est du lourd !

J’y avais, non pas regretté (je vous vois venir) mais exprimé ma surprise que tant de femmes en France aient été harcelées quand moi, jamais. Je ne reviendrai pas là-dessus. Je ne voudrais pas me faire mettre dans le même baise-en-ville que la Millet.

  • Mimi, tu n’es donc pas féministe !
  • Ça ne m’étonne pas, y a qu’à voir ta vie ! Un homme, deux enfants, bientôt un chien, un canari, une femme de ménage et un SUV, n’en jetez plus !

Parce qu’on en arrive là. A des déductions très hasardeuses. Une libertine ne peut pas être féministe. Pourtant la libertine choisir ses amants et fait ce qu’elle veut de son corps, gratuitement avec ça, c’est à dire pour le simple plaisir. N’est-ce pas là un signe d’indépendance vis-à-vis des hommes ?

  • Non, la féministe donne juste gratuitement aux hommes ce qu’ils veulent !
  • Non, la féministe réduit sa féminité à son sexe ! c’est de la collaboration sexuelle !

J’ai même entendu l’une d’entre elles, artiste et féministe, expliquer qu’outre que les signataires n’étaient qu’un ramassis de connes et de réacs, elles faisaient le jeu du dominant (le mâle) qui aime bien se faire passer pour la victime quand la victime git encore sous son pied (son zizi en l’occurrence). J’ai relu le texte, et je n’avoue ne pas avoir trouvé le lien.

  • Moi, DSK, économiste, 68 ans, je regrette de ne pas avoir été violé, ça m’aurait permis d’intégrer un des deux groupes de femmes et m’en mettre plein les mains…

De l’autre côté, on assure qu’une féministe, forcément, n’aime pas les hommes. Le # balancetongoret comme #me aussi/moi too, en seraient la preuve. Seule la haine du sexe avec un mâle aurait suscité ces #. Il n’y a qu’à voir le taux de gouines et de femmes laides dans les rangs féministes et les hommes avec lesquels elles sortent, si toutefois elles ont réussi à en séduire un avec leur logorrhée égalitaire et passionaria, leurs poils aux pattes et leur soutien-gorge Tati.

Des lopettes et des chauves, des homuncules et des agrégés en proto-philosophie.

Alors qu’une femme, une vraie, celle qui a des talons et porte une jupe, sort avec des hommes, des vrais, des mâles et des couillus. Elle sait surtout que les hommes sont avant tout de pauvres créatures, victimes du harcèlement suscité chez eux par la sipmple vue d’une paire de loches ou d’un séant moulé… Ce qui fait qu’ils n’ont d’autre choix que de leur sauter dessus, sinon leurs gènes vont leur faire la gueule toute la soirée.

  • C’est pas ma faute, fallait pas laisser le plateau de petits fours à côté de moi…

Et en ce sens, les féministes sont antinaturelles et donc réacs. Euh non, ce n’est pas ça. Elles sont antinaturelles et donc révolutionnaires. Car être contre la Nature c’est être révolutionnaire puisque la Culture, son antidote, l’est par essence. Y a qu’à voir Céline ou d’Ormesson.

Enfin, quelque chose comme ça.

Bref, ce que je trouve désolant c’est que dans les deux camps en présence, il y a sans doute une bonne partie des femmes qui se retrouvent certainement sur quelques principes simples. Ok pour une parole de drague même lourde dans la rue (c’est à vous tout ça ?), beaucoup moins si elle est vulgaire (par ici ma salope !), mais tout de même pas au point d’appeler l’ONU.

Et absolument pas OK pour une conduite s’apparentant à du harcèlement sexuel, et encore moins pour un viol, chez soi par son conjoint ou dans la rue par un inconnu.

  • C’est dommage parce que le taux d’orgasmes lors d’un viol est très élevé !

Car oui, il y a eu aussi cette perle plutôt mal venue, de la part de la mère Bibi Lahaie qui, depuis, en a pleuré il parait.

  • Si on peut même pu rigoler… je parlais de viol consentant bouhouhou…

Il se passe aussi que ces femmes, signataires, ne vivent pas dans le même monde que nous et ne sont pas faites du même bois. D’où ce sentiment qu’elles ne savent pas de quoi elles parlent d(une certaine façon).

  • Ben quoi, on n’est pas des femmes comme les autres?

D’où tu parles camarade n’est-ce pas ? Ni depuis le strapontin de la ligne 9, ni depuis le garage de Puilly en Artois ou de la cité des Mille pistils. Ni depuis le lycée Louise Lamiche ou la supérette yatoutcheznous.

De plus, ce sont des femmes fortes, aptes à se défendre. La Millet, à mon avis, saura quoi faire si on lui met une main au panier (tout dépendra de qui est au bout de la main dans le panier). De même, la Deneuve saura très certainement assommer son agresseur à coup de sac Chanel. Alors que la Manon, 14 ans, un appareil dentaire et des complexes concernant ses seins bonnet C95 aura plus de mal à supporter qu’on le lui touche, justement, son bonnet. De même, la Annie, 42 ans, dépendante financièrement de son mari, sans emploi, sans diplômes, sans espoir, aura quelque peu du mal à quitter ce dernier, bien qu’il la force pourtant à l’aider à mieux vivre son statut de victime de pulsions sexuelles irrépressibles en la violant tous les samedis soir…

  • Elle n’avait qu’à faire actrice !

De même, on peut supposer que lorsqu’on habite une cité aux mains de mâles aussi dominateurs qu’ils se sentent impuissants dans leur vie, se faire traiter de salope parce qu’on a ressorti son kilt écossais n’a pas la même résonnance que lorsqu’on traverse le quartier latin en jupe plissé, pour se rendre au cinéma afin d’y voir Le sens de la fête.

  • Une main aux fesses et c’est la liesse !

Reste justement la main aux fesses et le frottement d’un organe reproducteur contre votre cuisse. Ces deux pierres d’achoppement. Même chez A, pourtant victime de ses pulsions hormonales comme tout mâle digne de ce nom, le terme de « non évènement » a fait tiquer. Là aussi, je suppose que oui, pour une Millet ou une Lahaie, une main dans le slip, c’est un accident de parcours dans une vie sexuelle haute en couleur, quand pour le Manon, ci-dessus, cela peut être un traumatisme.

  • Un traumatisme c’est fait pour être dépassé !

La Millet, sommée de s’expliquer, a expliqué qu’elle ne voulait pas voir ces femmes victimes de viol ou d’attouchements s’enfermer dans leur trauma, mais au contraire s’en détacher. C’est ce qu’on leur souhaite, bien évidemment, mais la formulation de départ de mâme Millet était pour le moins ambiguë (bien que très claire).

  • On m’a violée au montage !

De toute façon, il s’avère aussi que question main aux fesses, on le vit très mal à 14 ans, plutôt mal à 20 ans, pas fort bien à 30, et passé 50 ans, on ne le vit plus, ou presque.

  • Parle pour toi, vieux boudin!

Y n’empêche. L’explication à tout cela, c’est qu’hormis certaines plumes parmi les signataires, ces femmes ont sans doute voulu rétablir un peu le fléau de la balance, et rappeler que quoiqu’on fasse, malgré tout, un homme ne se comportera jamais comme une femme.

  • Ah non et puis quoi encore !
  • Chéri, rends-moi mon jupon !!

Déjà, hormis certaines comme mâme Millet, les femmes n’éprouvent pas le besoin de considérer leurs semblables, version mâle, sous l’angle de prime abord sexuel. Cela ne veut pas dire qu’elles ne le font pas, elles le font aussi mais moins systématiquement et surtout, elles ne se précipitent pas tel un nourrisson au stade oral pour le toucher.

  • Slurp, slurp, je découvre le monde avec mes doigts et ma bouche…

On me dira, justement, tout ça c’est une question d’éducation. Les femmes pourraient tout aussi bien harceler les hommes dans la rue si on les y éduquait, alors faisons un effort, apprenons à nos filles à palper les pénis et les couilles de leurs semblables.

Mais alors là, j’ai des doutes quand même. Déjà, je n’ai pas envie de faire ça, ni d’apprendre à ma Zouflette à faire de même.

Et puis, parce que depuis que l’espèce humaine existe, et au vu du nombre de pays, régimes, religions, cultures différents existant sur cette terre, si des femmes en avaient éprouvé cette envie irrésistible, cela se serait fait.

  • Et alors ? c’est pas parce que depuis 42 000 ans, les hommes sont des porcs et les femmes de cochonnes que ça ne peut pas changer, non ?

Non, il vaudrait mieux partir de ce constat que, de prime abord, l’homme va avoir une tendance légèrement porcine et la canaliser par l’éducation, et ce dès tout petit (idéalement dès le cri primal).

De même, côté petites gorettes, il faudrait leur apprendre à se défendre. Par la parole déjà, genre crier haut et fort dans un transport en commun, TA MAIN SUR MES FESSES C’EST UN EFFET DE LA PESANTEUR OU PAS ? Par des gestes aussi, des réactions appropriées. Coup de pied dans les couilles, torsion de pénis ou ratatinage de fessiers.

Et surtout, surtout, bannir cette honte vraiment moche que l’on a toutes ressentie, oui même moi, qui est, on m’insulte, on me touche et c’est moi qui me sens coupable.

  • Fallait pas laisser le plateau de…

Pour le reste, viols, harcèlements et violences sexuelles diverses, aucune discussion n’est nécessaire. Cela relève du pénal, et nulle tribune ne devrait être écrite pour nous le rappeler.

Ma citation du jour, ma chère Joëlle, si vous ne vous êtes pas endormie ou faites harceler par l’infirmier du service : On reconnait l’état d’une démocratie à l’état de ses prisons. Vous remplacez juste « prisons » par « femmes », d’accord ?

Je vous souhaite une semaine pas trop inconfortable, chère Joëlle, et vous dis à bientôt.

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Peut-on publier les textes d’un facho qui n’a pas écrit que ça (des trucs fachos) ? http://mariechotek.com/?p=566 http://mariechotek.com/?p=566#respond Tue, 09 Jan 2018 20:17:25 +0000 http://mariechotek.com/?p=566 read more]]> Je ne sais pas.

  • Evidement que oui ! le Facho est un être humain comme les autres !
  • Et puis quoi encore ? Au feu, oui ! Saloperie va !

Je ne sais toujours pas. Que faire ? Pour ou contre publier des textes répugnants écrits par un qu’on dit une plume patrimoniale ?

Choisir la position de la Censure, contrite mais jugée nécessaire en certains cas, ou celle de la Liberté toute nue et en toutes circonstances ?

Vous aurez compris, Joëlle, femme de bibliothèque, que je fais ici une subtile allusion au débat du moment, ayant trait à l’opportunité ou non de republier certains textes de Céline.

  • C’est qui celle-là ?

C’est cet auteur dont j’ai dû lire, à 16 ans, Voyage au bout de la nuit, sans jamais y arriver justement, au bout de ce voyage. L’intérêt que j’y ai trouvé, à 16 ans, c’était qu’il y avait plein de gros mots et que c’était autorisé par l’Enseignement quand on biffait « couillon » dans mes rédactions, mais à part ça, l’intérêt, il s’est arrêté là.

Il faudrait sans doute que je ré-essaye pour ne pas avoir l’air péquenaude, avant de m’attaquer à « Bagatelles pour un massacre » ou » Comment faire déporter son voisin juif tout en étant au programme du Bac quelques décennies après », mais cela ne fait pas vraiment partie de mes urgences du moment.

  • Céline, Céline… ça serait pas plutôt Shoulim ? Un nom juif ?
  • Salim tu veux dire… un Arabe merde alors !

Céline, un auteur qu’on ne connait que vieux, et dont la seule image que j’ai est celle d’un type un brin clodo aux cheveux plaqués de gras tirés en arrière, entouré de ses chats avec un sourire à la Joconde (indéchiffrable).

Je ne connais pas votre position sur le sujet, Joëlle, vous avez peut-être justement d’autres chats à souhaiter. A ce propos, avant de poursuivre avec Céline, j’en profite pour vous souhaiter une bonne année, et avant tout, une bonne santé pour cette année qui démarre. Le fait que France Gall vienne de casser sa pipe au même âge que vous, victime du même tueur, n’a pas dû vous sembler être une façon de bien la commencer, l’année. Ni les commémorations des morts de Charlie, ni ceux de l’hypercasher…

  • Ah ça c’est juif, un hypercasher ! Y a pas de doute !

Ce qui nous ramène à notre mouton noir bien que blanc.

C’est pas tant que je m’y intéresse follement. Non. Mais sinon je devrais écrire aux impôts des entreprises qui ont radié mon dossier alors que je demandais juste un changement d’adresse ou bien effectuer la photocopie de mon bail, soit 42 pages, pour justifier de mon lieu de location en tant que micro-entrepreneuse, ce qui me permettra de payer deux fois les impôts fonciers. Une fois avec mon conjoint, une autre avec moi-même. Youpi !

Tiens, la question qui se pose déjà, est de savoir si Gallimard fait ça, cette éventuelle re-publication, pour le pognon ou pour la culture.

  • Le fric, bien sûr !
  • La culture, évidemment ! c’est important que des écrits injurieux sur les Juifs soient publiés, c’est ce qu’on appelle le Patrimoine français…

L’éditeur (r)assure que ces écrits, de haute importance patrimoniale donc, et par ailleurs disponibles dans d’autres pays, seront accompagnés d’un appareil critique. Le genre de trucs que vous lisez en priorité j’en suis sûre. Une préface de 42 pages sera également intégrée, avec passages clés soulignés en gras. Enfin, je suppose.

  • Ah tu vois, ils font bien leur boulot, les éditeurs…
  • Leurs nègres du moins…

En effet, il faut penser aux étudiants qui vont étudier Céline dans un siècle, alors que la Planète aura fondu et qu’on vivra dans des aquariums à oxygène. Il faut que les thésards ès Céline aient accès aux sources, celles d’eau, de pétrole ou de gaz n’existant plus. A moins que d’ici là, nous non plus n’existions plus, Donald ou Kim ayant appuyé sur le petit bouton qu’on imagine rouge, ce qui règlera le problème des écrits antisémites de Céline, appareil critique ou pas.

  • Vous pensez que Dion c’est sa fille ? Je lui trouve un air sémite…
  • Mais enfin, Marie-Domitille, Céline n’était pas sémite, il était ANTIsémite.

Par ailleurs, il est important de savoir que des auteurs reconnus chez nous ont écrit des choses de ce style, des choses très vilaines. Il faut que ce soit gravé dans le marbre (de l’imprimeur, généralement situé en Asie désormais par souci d’économies). Il le faut car comme cela, plus personne ne pourra le faire sans être poursuivi (pour plagiat).

Voilà l’antidote. Devançons l’appel en fournissant déjà aux racistes de tout poil tous les écrits haineux !

Et puis Céline, c’est un style. C’est une classe. C’est de la li-tté-ra-tu-re. Autre chose que le « Durafour crématoire » de Le Pen, ou le « Juifs, ramassez vos cendres sur mon tapis », de ma voisine Adolphine.

Et puis si on interdit Céline, qui nous dit que nous n’interdirons pas ensuite des comiques de la subtilité et de la finesse d’analyse à la de Dieudonné ? Ah bon, c’est déjà fait ?! Qui nous dit alors il ne faudra pas aussi supprimer nos écrits antinègres et antibougnoules, hein ? Voire antigouines sinon carrément antibonnesfemmes… On commence par le juif, on finit par la femme (parfois juive), et au final, on lit quoi ? Des romans de gare avec des femmes blanches et des hommes de même, employés de bureau ou secrétaires de Direction, sinon des BD (mais pas Tintin, car y a des délires racistes et misogynes dedans) ou des magazines informatiques avec des ordinateurs objectivement non racistes.

« Zone Sud, zone peuplée de bâtards méditerranéens, dégénérés, de nervis, félibres gâteux, parasites arabiques que la France aurait eu tout intérêt à jeter par-dessus bord. » C’est pas beau ça ? Vous connaissez vous le sens de félibre ?

Ben moi non plus ! J’en apprends de ces choses ! Merci Céline !

  • Euh arabiques ça veut pas dire arabe ?
  • Si, tu vois chéri : les Juifs ont encore tiré la kipa à eux…
  • Rassurez-vous, Céline les détestait tous autant les uns que les autres…
  • Quelle équité ! C’est prodigieux un tel homme…

Non, vraiment, ce n’est pas raisonnable de vouloir nous priver de textes antisémites et haineux mais tellement bien écrits, avec de si belles phrases, bourrées d’adjectifs parfois devenus introuvables dans le dictionnaire.

  • Tu cherchais félibre à « ph », chérie…

Il faut distinguer l’homme de ses écrits. L’homme était raciste, haineux, antisémite, certes, mais ses écrits euh aussi. Il faut alors distinguer les œuvres de l’homme, des œuvres euh de l’homme, et puis l’homme aussi.

Il faut tout distinguer dans l’indistinguable.

Ce matin, à la radio, le porte-parole de la France insoumise a parlé d’une « littérature de merde ». J’ai trouvé cela injurieux, le mot « merde ». Il aurait dû dire, une littérature « nauséabonde », ça aurait été plus poli et sa critique, je l’aurais jugée acceptable.

Il a dit aussi qu’il ne fallait pas dire amen à l’antisémitisme mondain quand on condamne celui des banlieues. Moi je dis, les banlieues n’ont qu’à faire du Céline, elles auront ainsi droit à être antisémites, nom d’un petit bonhomme félibre !

(à propos, si quelqu’un connait le sens de ce mot, qu’il m’adresse un message mais tourné avec style, merci).

  • Bon alors la Mimi, c’est quoi ta position ?
  • A part celle du missionnaire…

Tous convertis au catholicisme ! La seule religion qui protège de la Haine de l’Autre, c’est bien connu…

  • Tu es pour ou tu es contre ?
  • Tu es antisémite ou bien anti-antisémite ?

Il est donc venu le temps où je vais devoir conclure car j’ai faim. Je vais devoir prendre position, je le sens, vous n’attendez que ça pour m’aduler ou m’insulter.

  • Sale juive !
  • Connasse de bienpensante !

Eh bien moi, je suis plutôt pour… être contre.

Je suis certes un peu emmerdée quand on doit se justifier d’aimer un salopard et qu’on se cogne une mauvaise note quand on l’aime, malgré tout. On devrait pouvoir écouter un orchestre dirigé par Karajan, sans avoir à s’excuser auprès de son voisin juif qui, à côté de vous, somnole la tête sur votre épaule, bercé par les cordes. On devrait pouvoir écouter du rap en passant sur le fait que Joey Starr a tabassé sa femme, qui en plus était métèque comme lui merde.

On ne devrait pas mais parfois on doit. Quand vraiment trop c’est trop.

Je n’écoute plus Noir désir (sauf sous mes draps et quand y a personne chez moi) depuis que ce gentleman de Cantat a fracassé par accident la tête de son amante, et je ne bois plus de banania car c’est raciste. Je me dis que je pourrais tout aussi bien ne plus lire Céline (surtout que je ne le lis jamais).

Sans compter qu’ici, c’est merveilleux, la punition est de moitié puisqu’on peut continuer à le lire Céline, et même en classe, dès lors qu’on ne lit pas ses écrits antisémites, c’est pas la fête ça ?

Quand je pense que ce pauvre Kévin Spacey, acteur remarquable de même que Céline l’était d’un point de vue littéraire (enfin c’est ce qu’on dit), s’est vu gommer de la pellicule entière de « Tout l’argent du monde » parce qu’il avait tripoté des jeunes hommes, je me dis que ce gros connard de putain d’enculé d’écrivain qui m’aura bien fait chier au lycée ne s’en tire pas si mal après tout.

Car oui, rassurez-vous ô Célinistes invétérés, on pourra toujours continuer à lire Voyage au bout de la nuit, et ses félibres infernaux.

Pour en revenir à ses torchons, euh écrits antisémites, ce que je suggère à Gallimard, c’est de publier ces bagatelles et ces massacres, si vraiment, il ne peut pas faire autrement. Avec post-it de mise en garde, incrustations en guise d’alerte (warning ! vous êtres en train de devenir antisémite ! Eloignez les petits enfants juifs ! ) mots clés en gras et sac à vomi fourni en prime.

Et je lui suggère aussi de reverser le prix de ses ventes au CRIF (qui, lui, n’aime que les Juifs c’est vrai quand il pourrait faire un effort avec le cousin palestinien). Ou bien à un fond de victimes de l’antisémitisme, genre ménage cambriolé car s’appelant Couenne, ils étaient supposés planquer de l’oseille par paquets de 500 sous leur matelas.

Mieux encore, de verser tout cet argent à tout projet de vie quotidienne commune en Palestine-Israël, car oui, là-bas aussi, il y a des antisémites, parfois même des juifs ! Des juifs qui mettent la vie de leurs frères en danger où qu’il se trouve sur terre en ayant un comportement pour le moins peu hospitalier ni fort peu partageur avec leurs voisins palestiniens.

Elle est pas bonne mon idée ?

  • Ahah tu rigoles, Antoine a déjà des vues pour s’acheter avec un kibboutz clé en mains ou un riad avec harem incorporé !
  • Ben oui, ma pauvre fille, tu ne crois quand même pas que l’édition fonctionne aux bons sentiments non ? Merde ! t’es conne ma pauvre… tu ne serais pas juive ?

Non, je ne le suis pas. Mais j’ai des amis juifs. Et arabes. Et noirs. J’ai même un ami inuit et un autre martien. Ça vous va ?

Je vous laisse méditer à tout cela, ma chère Joëlle, vous qui avez connu l’Enfer des bibliothèques. Ce lieu où l’on enferme des livres empruntables que sur ordonnance de son médecin…. car la solution, cela pourrait être cela. Ré-éditer ces écrits, mais à tirage limité et accessible que dans certains lieux de consultation.

Après, c’est sûr que cela rapportera beaucoup moins… à la veuve de 105 ans comme à l’Antoine (Adieu kibboutz, adieu riad).

Dès fois je me dis que c’est moi qui devrais être ministre de la culture et pas Françoise, qui perd en plus de vue les ventes de sa maison d’édition qui, hélas, ne se compte aucun auteur antisémite, de renom du moins.

Ma citation du jour : Injure à caractère raciale bien tournée, injure à moitié pardonnée. Elle est de moi, et je vous l’offre, c’est gratuit.

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Harcèlements http://mariechotek.com/?p=563 http://mariechotek.com/?p=563#respond Mon, 06 Nov 2017 13:11:24 +0000 http://mariechotek.com/?p=563 read more]]> 1 française sur 2 se serait faite déjà harcelée dans sa vie.

Je ne sais pas à quel niveau se situe le curseur qui fait d’un acte mâle et déplacé un harcèlement patent. Je suppose que se faire siffler dans la rue n’est pas considéré comme tel, ni même se faire traiter d’escalope ou de butte, ça serait trop simple.

  • Meuh si, qui viole un œuf, violente un bœuf !

Quoiqu’il en soit, à ma grande honte, je dois bien avouer que je n’ai jamais été harcelée. Je veux dire, au sens où il m’a semblé l’entendre ces derniers jours. Un peu plus vigoureux que de se faire traiter d’escalope ou de butte quoi.

Oh je n’en fais pas un complexe, Joëlle, n’allez pas croire. De même que je ne proclame pas en corollaire que toutes ces bonnes femmes doivent exagérer tout de même un peu (pour qui se prennent-elles merde ?!).

Ainsi, la ministre de la Santé, à qui ses chefs de service proposaient qu’elle s’asseye sur leurs genoux pour la réunion hebdomadaire du jeudi après-midi, a en effet eu raison de considérer que cette blagounette extrêmement fine et délicate relevait du harcèlement.

De même que Josyane V., secrétaire juridique, a eu raison de considérer qu’il n’entrait pas dans ses attributions de se faire malaxer la cuisse lors du point par le notaire effectué sur les dossiers en cours tandis qu’autour de la table, tout le monde buvait ses paroles (au pervers de notaire).

Dans une vie antérieure, moi aussi j’ai assisté à des réunions de service, et je dois bien admettre que personne ne m’a jamais fait une telle proposition ni opéré à une telle manipulation. Il est vrai que nous étions à 95% des femmes, 2% d’homosexuels hommes, et 3% d’individus mâles qui ont peut-être harcelé certaines des 95% mais dont je ne faisais pas partie.

  • Ben en même temps Mimi, rappelle-toi Gérard, l’alcoolique du 3ème étage ?
  • Ben quoi Gérard ?
  • Ben il t’a pas harcelée ?
  • Si, mais c’était pas sexuel.
  • Ah bon ?
  • Non, c’était euh… mental. Voire philosophique.
  • Mental ? Philosophique ?? Tu situes son mental au niveau médian de son corps imbibé ?
  • Euh non pas vraiment, mais son action relevait plus du fantasme. Il s’imaginait qu’il avait envie de euh enfin tu vois quoi.
  • Non, pas vraiment.
  • De toute façon, il était malade, impuissant et alcoolique au dernier degré, c’est comme les fous schizophrènes qui poignardent dans les rues, ça ne compte pas.
  • Donc exit Guy Georges ?
  • Oui, exit. Sur la question du harcèlement sexuel ordinaire, je veux dire.

Donc jamais harcelée la Mimi. Ni dans ses bureaux ni dans les rues. Cela tient-il à son physique ? Est-elle donc si ingrate facialement et corporellement parlant ?

  • Oui !
  • Non !
  • Peut-être…

Je tiens à préciser que sans être Claudia Choufleur (jeune), je ne suis pas non plus Josiane Balisto jeune ou vieille (pardon Josiane).

  • Surtout que je suis sûre, Mimi, Josiane a été harcelée, elle ! C’est le genre à exciter certains hommes, et tu devrais avoir honte de ce raccourci… belle femme = harcèlement, mocheté = non harcèlement ! La Beauté en plus est subjective…
  • J’ai assis la Beauté sur mes genoux, et je l’ai trouvée amère…
  • Merci, Arthur.

Ok, ok, ce n’est donc pas qu’une question de physique. Dans toutes ces stats et ces tweets qui pleuvent, il serait donc intéressant de dessiner le profil, ou plutôt les profils des femmes harcelées. Belles, laides, grosses, minces, sévères, drôles, sexies, sages ? Ainsi que les lieux de leur harcèlement, et le pourcentage d’éléments masculins s’y trouvant.

Ça me permettrait peut-être comprendre pourquoi moi je n’ai PAS été harcelée, puisque donc ce ne serait pas qu’une question de physique.

  • Il faut quand même faire un peu envie.
  • Ouais, faut être un minimum baisable.
  • Cul ou miches, un truc qui excite un peu merde.
  • Sinon une bouche à pipe.
  • Du cul, du cul, du cul !

Mais pourquoi ce harcèlement perpétuel ? Pourquoi ce continuum de pulsions mâles y compris de la plus belle extraction avec diplôme de l’ENA ou doctorat en hiéroglyphes de la basse Egypte, déferlant sur les femmes ?

La jeune mère de famille et écrivain Nancy Huston, portant marmots et sacs de courses dans les bras, donc a priori totalement hors sujet, raconte qu’elle a pourtant senti la main d’un jeune homme bien sous tous rapports, fourrée sous sa jupe alors qu’elle remontait un escalier dans le métro.

  • On nait femme et on est harcelée ! Hein la Simone ?
  • Oui, mon Jean-Poulou, mais enlève tes mains de Marie-Thérèse, c’est moi qui l’avais vue la première !

Selon cette écrivain, Nancy Huston donc (une belle femme sexy soit dit au passage), objet au moins une dizaine de milliers de fois de harcèlement dans sa vie, il entre dans le harcèlement masculin un élément d’ordre biologique et capitaliste.

  • Hein ? Capitaliste ? Elle peut toujours courir pour que je daigne la harceler ! C’te vielle coco !
  • Et alors ? Tu crois que Jeanne Moreau ne se faisait plus harceler ?
  • Et la Deneuve, les hommes dans le métro, ils gardent leurs mains sur la barre à ton avis ?
  • Non, ils la posent sur la leur, ahahahaah !
  • Morte de rire, surtout que je ne prends jamais le métro.

La toujours belle Nancy rappelle en effet que le mâle, y compris humain, est programmé pour assurer la reproduction de l’espèce en fécondant toutes les femelles que le hasard met sur sa route. Et qu’en ce sens, le nier ne permettra ni de comprendre ni de régler le problème. En corollaire, l’exciter en lui montant un peu partout, notamment via la pub, des cuisses, des seins et des paires de fesses avec des regards entendus d’escalope ou de butte, n’est pas très malin.

  • C’est bien ce que je disais, c’est pas ma faute, c’est plus fort que moi !
  • On ne place pas un plateau de petits fours à côté d’un gros gourmand comme moi !
  • C’est nous qu’on est les Victimes.

En ce sens, la société capitaliste encourage ce genre d’attitude phallocrate et sexiste. Elle transforme la femme en objet et qu’est-ce qu’on fait d’un objet ? On s’en saisit !

  • Ah ouais, c’est vrai qu’en URSS on n’a jamais vu de femmes harcelées !
  • Ni à Cuba, malgré le nom ahahahahahhaah !
  • De même, on parlait bien d’amour courtois au Moyen-Age non ? ça veut tout dire, la société féodale était un paradis pour les femmes qui pouvaient prendre le métro en mini-jupe…
  • J’ai pour ma part gardé le souvenir d’hommes délicieux à la préhistoire…

De plus, selon Nancy, que j’aime beaucoup malgré le vieillissement de sa pensée parfois un peu préoccupant, la religion était là pour refreiner toutes ces vilaines pulsions de ces sales bonshommes à queue télescopique.

  • Y a qu’à voir les prêtres pédophiles, un modèle de contention !
  • Et puis les bonnes engrossées par les patrons catholiques pratiquants c’était plus une tradition culturelle que du harcèlement…
  • Oui, une forme de rapprochement des classes.

Cependant, Nancy n’a pas tout à fait tort. On ne peut à la fois faire de la femme un objet sexuel, exciter les pulsions du mâle dominant ou dominé tout en s’offusquant de certaines vilaines pratiques de ces derniers sur ces dernières.

  • On n’est que des bêtes, merde ! C’est humain !
  • Ta main sur mon sein, ça ne te dérange pas ?

J’ai gardé souvenir d’une collègue qui avait accompagné un homme de plume arabe dans sa chambre d’hôtel pour boire un whisky avec lui et s’était offusquée qu’il lui propose la botte, très étonné qu’elle ne soit pas venue pour ça.

  • Je lui ai dit qu’en France, ça ne se passait pas comme chez lui, qu’est-ce qu’ils sont réacs et machos ces Arabes…

Personnellement, sans être bigote, je pense qu’accompagner un homme, même de plume, même berrichon dans sa chambre d’hôtel pour y boire même un lait grenadine, ben c’est chercher la verge pour se faire baittre ahahahahah !!!!!

  • Excusez-moi, j’ai dérapé.
  • Tu vois, tu es en train de dire que les femmes le cherchent ! Jalouse !

Ben oui, je gage que sur une proportion de femmes harcelées, certaines l’ont peut-être un poil cherché, ce qui n’excuse en rien le passage à l’acte de l’harceleur. Un peu comme cette jeune fille de 13 ans habillée en escalope doublée d’une butte par sa maman et poussée dans les bras de Roman Peaudezizi qui s’est ainsi cru autorisé à violer la gamine.

Mais en même temps, Nancy n’a pas tout à fait raison. Non. La biologie a bon dos, parce qu’à ce compte-là, tous les hommes devraient être des harceleurs (et moi alors je devrais tout de même être harcelée !!).

Tous les hommes, même mon vénérable Papa, devraient se jeter sur les femelles dans la rue.

Je me pose donc la question que tout le monde se pose. Parmi nos amis, nos maris, nos amants, nos frères, nos pères, nos oncles, nos.

  • Oui c’est bon, on a compris !

Combien de harceleurs se cachent-ils ? Combien de sifflements, de propos grivois, de SMS salaces, de mains baladeuses, de coïts imposés, de viols en réunion, de serial killers violeurs, de, de, de…

  • Calme-toi, Mimi, calme-toi, ça doit pas être tant que ça !

Quel est le profil, quels sont les profils de l’harceleur ?

Est-ce que pépé Jean qui a ravi Mémé à Papi après une cour ultra assidue entre dans cette catégorie ? Est-ce que les blagues vaseuses de Tonton Bébert sur une ministre de la défense au physique peu avantageux au point que même un vert de gris soumis à 365 jours d’abstinence sexuelle n’en voudrait pas, le fait entrer dans cette catégorie ?

  • Ne tombons pas dans le sexuellement correct comme on l’a fait avec le racismement correct : de nos jours, on ne peut plus dire ni youpin ni nègre ni même crouille !
  • Tiens c’est drôle mon correcteur automatique indique « évitez ce terme racialement sensible » pour youpin mais pas pour nègre ni crouille, je dois en déduire quoi ?

Oui, évidemment il y a des degrés. Ni pépé Jean, ni tonton Robert, s’ils sont indéniablement machos, ne sont des harceleurs. Impossible de ne trouver aucun homme qui ne soit, même infimement, sexiste, comme aucun être qui ne soit, même infimement, raciste.

  • Si, y a moi.
  • Euh là je crois vraiment pas, Jean-Marie…

Et puis, ce qui fait la différence entre tous ces mâles, c’est la question d’éducation, de ce qui a été fait à la racine des choses. Quand les enfants sont encore petits et qu’on peut leur apprendre à respecter la fille qui est en face (et en eux).

  • Ah non, pas du rose c’est pour les filles !
  • Il a un pull violet, c’est un pédé !
  • La maîtresse, elle met jamais de robes, c’est une gouine !
  • Une fille qui fait du foot moi je dis quelque part, c’est une perverse…

Etc, etc.

Enfin, outre l’aspect biologique de la chose où c’est toujours la femelle qui est harcelée par le mâle, il serait intéressant, toujours dans le cadre des profils de harceleurs, d’étudier la position de pouvoir éventuellement exercée par le harceleur sur la harcelée.

Je veux dire, a-t-on déjà vu une Directrice générale harcelée par le réparateur du photocopieur ? Une ministre, pelotée par son chauffeur ?

  • Moi, Christiane T., 65 ans, ministre et harcelée par son secrétaire et chauffeur.
  • Non ?!
  • Non, c’était juste pour dire. Jamais entendu parler d’homme harcelé par une femme, même très supérieurement hiérarchique… d’un point de vue sexuel, j’entends, après pour le reste…

Et il semble bien qu’aucun milieu social ne soit épargné puisque, on l’a vu, même les mandarins, supposés hautement éduqués, désirent voir installées sur leurs genoux, des fesses de femme, internes qui plus est, donc potentiellement leurs égales dans quelques années.

Des hommes hiérarchiquement supérieurs harcelant leurs collègues femmes, classique. Des hommes sans pouvoir hiérarchique harcelant leurs consœurs, vu aussi mais je pense de façon moins flagrante. Car en milieu professionnel, je gage que l’équation hiérarchie + sexe est explosive.

Aussi, il semble bien que dans le domaine du pouvoir suprême, c’est-à-dire de la politique, le harcèlement sexuel soit au top du top. Sexe, pouvoir, argent, tous les ingrédients réunis pour cet éternel feuilleton de cette toujours aussi mauvaise série, Harcèlement, saison 122222222.

  • Si vous pensez à moi, mon cas est différent… moi, c’est comme Gérard, je suis malade, pas du vin mais du sexe.
  • Je ne pensais pas qu’à vous, Dominique, rassurez-vous, des hommes politiques harceleurs, y en a un paquet…
  • Moi j’ai peut-être détourné des fonds publics mais je n’ai jamais peloté quiconque, sauf mon attachée parlementaire mais c’était ma femme alors hein…
  • Ça reste à prouver François Filtonfion !
  • Ah ça, si on est bien sûr d’une chose, le Juge et moi, c’est que Pénélope est bien ma femme !

En tout cas, une chose est sûre, c’est qu’aucun homme n’a jamais connu ça, le harcèlement puisque comme le faisait remarquer Christina T. c’est toujours dans le même sens que cela opère.

  • Erreur ! Grave erreur ! Tu fais quoi du Kevin Spaillssi ? Le gentil Kevin de American beauty avec ses yeux doux et son air de poète sans vers égaré dans l’American Way of life ?
  • Ben quoi ?
  • Ben il est poursuivi pour harcèlement très chère Mimi !
  • Non ? Pas lui ! Ce gentleman ! Ce grand ami des femmes !
  • Rassure-toi, c’était sur des hommes !
  • Non ?!
  • Si, un membre de son équipe a déclaré qu’il suffisait d’être un homme de moins de 30 ans pour être peloté par l’ami Kevin ! Notons au passage qu’avec lui, l’établissement du profil du harcelé est des plus simples…

En tout cas, une chose est sûre, c’est que moi, Mimi Chotek, si j’ai pu être sifflée, draguée (au moins une fois merde), c’est que je n’ai jamais été harcelée dans le sens ici largement développé.

  • Prends patience, avec tes réunions en industrie, y a bien un gazier ou un DRH qui va craquer…

Ma citation du jour, Joëlle, la désormais classique du grand Pierre qui, si ça se trouve, en était (des harceleurs).

Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne.

Pierre Desproges

 

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La mort et les enfants http://mariechotek.com/?p=558 http://mariechotek.com/?p=558#respond Thu, 05 Oct 2017 14:59:30 +0000 http://mariechotek.com/?p=558 read more]]> De mieux en mieux me direz-vous. Après la nullité, et la dépression, voilà maintenant la mort. Ne coupez pas Joëlle, j’ai comme idée que ce récit pourrait vous intéresser.

De fait, vous affrontez ou du moins semblez affronter courageusement ce qui sera peut-être votre mort prochaine. J’imagine en conséquence que vous ne vous effrayez pas non plus de celle des autres, quand bien même trop précoce.

Je suppose aussi que vous repensez à tout ce qui a constitué votre vie, à commencer par votre enfance.

Pensiez-vous à la mort, enfant ? Pour ma part, je n’en ai gardé aucun souvenir. J’ai dû y penser mais comme tout enfant épargné par la grande faux, j’ai vite glissé sur le sujet.

  • On verra ça plus tard.

La semaine passée, il n’a pas été possible de glisser sur le sujet. Après que l’aube eut blanchi la campagne, et avoir déposé mes mioches, j’ai aperçu le dos de Fairouz et son turban qui s’éloignait d’un pas traînant. Comme ma mission du jour était de faire signer la liste des délégués pour homologation dans les clous, je lui ai couru après (pas dur, elle traînait la patte). Arrivée à sa hauteur, je me suis rendue compte qu’elle pleurait.

  • Euh c’est pour la liste des délégués… ah merde tu pleures… euh ça va pas ?
  • Y a un enfant de Grande section qui est mort… Tidiane… le fils d’une fille qui était avec moi en classe…
  • Ah… désolée, je savais pas… toutes mes condoléances…

Moi, mon stylo, ma liste et mes mots de condoléance déplacés puisque ce n’était même pas le sien, d’enfant qui était mort, mais celui d’une autre mère.

Cette mort, Joëlle, je dois avouer qu’elle m’a forcément trotté toute la journée dans la tête, mais comme un écho lointain. Je n’ai jamais mis les pieds dans la maternelle de cette école, je sais à peine où se trouve le bâtiment et le petit Tidiane, je n’en avais jamais entendu parler.

Tout de même, à chaque fois me revenait ce que Fairouz m’avait raconté. Il était mort dimanche, après avoir été pris d’un malaise samedi lors d’un match de foot interclubs. On avait pu le ranimer mais le dimanche, il était décédé. Sa fille, une petite rondouillarde frisée d’intelligence précoce, était assise à côté de lui, en classe, elle ne savait pas comment elle allait vivre cette mort terrible.

  • Je peux signer ta liste si tu veux…

Et elle avait signé, en reniflant. On a parfois l’air vraiment con face à la mort.

  • Euh merci… et encore désolée… bon courage…

A la sortie de l’école, à 16h00, tout le monde ne parlait plus que de ça. Les enfants avaient été informés par leur maîtresse, dès le gong. Je ne sais pas pour la sortie de midi, je sais juste que certains parents l’ont appris à ce moment-là et ont sangloté sur les marches.

Je suppose que prévenu au saut du lit, le Directeur a accusé le coup. J’ignore qui l’a appelé pour le prévenir. Une mère, un père peut-il appeler l’école de son enfant et annoncer, Tidiane ne viendra pas aujourd’hui, il est mort. J’imagine que c’est sans doute un proche, un voisin charitable (ou alléché) qui se sera proposé. Un médecin même si ça se trouve. Ou l’interne harassé de l’hôpital qui n’oubliera pas de sitôt son dimanche 24 septembre 2017.

Le Directeur a dû réunir ensuite les maîtresses et le seul maître avec un air de circonstance, pauvre Directeur qui avait l’air lui-même si secoué ce lundi 25 septembre au soir. La psychologue scolaire, appelée toutes affaires cessantes, a dû distribuer quelques consignes sur Comment parler de la mort aux enfants ? Comment dire aux enfants qu’un de leurs copains est mort ?

Le temps était court pour arrêter une stratégie. Il fallait être prudent, il y a toujours les mauvais coucheurs.

  • Comment ? Vous osez parler de la mort à mon enfant ?! De la mort d’un enfant qui plus est ?!! De la mort d’un enfant de sa classe EN PLUS?!

Il y a aussi toujours les angoissés, les persuadés que leurs enfants à l’énoncé de ces seules 4 lettres vont fondre en larmes et ruiner leurs nuits de cauchemars et d’angoisses existentielles. Les ceux prêts à vous traîner en justice pour avoir démoralisé leur cher petit.

Bref, il fallait être délicat.

On a jugé mieux de ne rien en dire aux petites sections. Trop futiles, trop fragiles, trop sensibles, trop jeunes pour la mort. Je ne sais pas mais j’imagine que les maîtresses de PS ont poussé un soupir de soulagement (ou de déception, j’ai toujours rêvé de parler de la mort à des enfants de 3 ans).

Je suppose qu’on en a parlé aux élèves d’Ulis, mal ou non-voyants, à problèmes cognitifs. Je suppose que même avec ce type de handicaps, voire surtout avec ce type de handicaps, la mort n’est pas un sujet inconnu. Un enfant, m’a rapporté le Zébu, est devenu aveugle suite à un cancer (de ce qu’il a compris) qui lui a également paralysé toute une partie du corps, l’obligeant à marcher avec une canne. Je suppose que pour cet enfant la mort d’un autre, jusqu’à là jugé « normal » et soudain disparu, n’a pas le même poids que pour la majorité des autres qui, en matière de maladie, n’auront connu que les otites ou les gastros.

Je suppose aussi que la façon de leur annoncer à eux, non-voyants, la chose aura été différente.

  • Chers enfants, vous ne verrez plus jamais votre camarade le petit Tidiane…
  • Euh on l’avait jamais vraiment vu…

Quoiqu’il en soit, les portes se sont ouvertes à 8 h 30 pour la maternelle, 8h35 pour l’élémentaire, enfin je suppose, nous, on arrive toujours au dernier moment.

J’ai imaginé les différents scénarios que ces pauvres maîtresses, secouées au saut du lit, ont dû mettre sur pied.

  • Mes chers enfants, Tidiane nous a… quittés.
  • Ah bon, il est parti où ?
  • Je veux dire… il s’est… éteint.
  • Ah bon, mais il a appuyé sur quoi ?
  • Il n’est plus… de ce monde.
  • Ah bon mais il est duquel ?
  • Je veux dire… Tidiane est MORT ! Merde !
  • Mort ? ça veut dire quoi ?

La psychologue scolaire sera intervenue auprès des enfants, en maternelle, et leur enseignante, une pourtant routarde de la Grande section. Avec des mots, des images, des jouets, des livres, des rondes, des nounours, des instruments de musique, que sais-je, elle leur aura à la fois fait comprendre que c’était certes terrible mais en même temps pas si désespéré. La maîtresse, assise dans son coin, aura sangloté car pour elle, adulte, la mort est juste et terrible et désespérée. Elle aura appelé chez elle, pour savoir si sa fille qui ne va pas au collège pour cause de grève depuis 3 semaines vu qu’on leur a sucré les surveillants en emplois aidés, était toujours de ce monde.

  • Je vais bien Maman, mais je m’emmerde.

Oui ma chérie, je sais, mais toi au moins tu es en vie.

J’ai imaginé la version froide, genre AFP.

  • Hier, dimanche 24 septembre, à 18h22, dans le service de réanimation du CHU Nord de La Tronche Grenoble, le petit Tidiane T. est décédé des suites d’une malformation cardiaque congénitale à l’âge de 5 ans, 4 mois et 6 jours.

J’ai supposé que ce serait admonesté à des grands des CM2, à la fois plus forts et plus vulnérables que des petits de maternelle. L’enseignante aura ensuite ou craqué, éclatant en sanglots bruyants et gênants, ou annoncé :

  • Nous allons maintenant procéder à la dictée 2 des mots de la semaine.

J’ai imaginé aussi la version médico-philosophique.

  • Les enfants, Tidiane est donc mort ce week-end, mais la MORT fait partie de la VIE… prenez une cellule cancéreuse… une cellule cancéreuse est une cellule qui REFUSE de mourir, et parce qu’elle reste en VIE, alors qu’elle n’est plus VIABLE, elle entraîne tout l’organisme vers la MORT. Bref, nous avons besoin de la MORT pour demeurer en VIE.
  • Euh mais qui est Tidiane ?
  • C’est un marron de GS.
  • Tu le connais toi ?
  • Ouais, il est venu à l’anniversaire de ma sœur, il était sympa même s’il a fini la tarte aux fraises que je voulais manger.
  • Il est mort d’un cancer ?
  • Non c’est les cellules. Lui il est mort du foot.

J’ai imaginé aussi la vision fataliste.

  • Mes enfants, Tidiane n’est plus, certes, mais quand on meurt à 5 ans d’une crise cardiaque, c’est que quelque part, on avait quelque chose qui ne fonctionnait pas bien… une malformation congénitale…
  • Con quoi ?
  • De fabrication si vous préférez. Tôt ou tard, il en serait mort.
  • Là ça fait quand même bien tôt, il avait même pas mon âge, tu te rends compte !

A constaté le Zébu tandis que sa sœur a ajouté.

  • Y paraît que Jeanne, sa copine, elle a pleuré tout le déjeuner dans ses patates… et sa sœur aussi… et sa maman… on mange quoi ce soir maman ?

Non, décidément non, le rapport à la mort des enfants n’est pas le même que nous qui prenons un air de circonstance, pénétré ou accablé, pour traiter du sujet.

Quoiqu’il en soit, toute la semaine des images ont tourné en boucle composant peu à peu un portrait de Tidiane et écrivant sa fin précoce, agrémentées d’informations plus ou moins vraies.

  • Il jouait au football !
  • Non c’était au rugby !
  • Personne ne savait qu’il avait cette malformation cardiaque…
  • Son père était au courant, c’est génétique, il porte la même !
  • Il a un frère en 5ème et une grande sœur aussi.
  • Tidiane n’a jamais eu de sœur enfin ! Il a juste un frère !

Etc, etc. Je passe sur les rivières de larmes versées par des personnes qui ne l’auront jamais rencontré comme les visages joviaux ou de pierre de ceux qui l’auront côtoyé, aimé, mais n’auront pas voulu céder au chagrin devant autrui ou auront été l’objet d’un déni ou ou.

Alors à mon tour, j’ai envie de faire mon deuil. Qui n’en est pas un, à proprement parler, même si un enfant qui meurt dans son entourage c’est un rappel à la vie de la mort, toujours embusquée.

Oui Tidiane, j’ai eu envie comme tant de m’adresser à toi. C’est curieux comme on parle toujours aux morts comme s’ils étaient plus vraiment vivants mais en tout cas toujours présents.

  • Je dis « tu » à tous ceux qui meurent…

Tidiane. Je ne saurais jamais le visage que tu avais. Je sais juste que tu étais un « marron » comme disent mes enfants. Je t’imagine rond et jovial. Une sorte de petit Willy de la série Arnold et Willy, le nanisme en moins il va de soi. Tu n’avais pas tout de même pas toutes les maladies congénitales de la Terre, merde.

On m’a rapporté que tu étais un trublion, un vrai vif argent. D’ailleurs tu es mort après avoir couru, sur un terrain de football quand tant d’enfants courent et ne meurent pas. Il parait que tu courais partout et remplissais l’appartement de tes parents d’un boucan incessant tant tu occupais tout l’espace (témoignage d’un papa voisin, très secoué par ta disparition).

Le silence des lieux qui a suivi ton décès a été une des conséquences les plus immédiatement atroces dans la vie de tes parents.

Je me suis laissé dire que tu n’étais peut-être pas le plus sage en classe. Ta maitresse de GS n’aura peut-être pas eu le temps de te remonter les bretelles. Elle t’aura juste séparé des garçons comme toi un peu trop turbulents et assis à côté de la petite Jeanne, aussi blonde que tu étais foncé. Sans doute ta maitresse de MS t’aura plusieurs fois enguirlandé. Celle de PS, si cela trouve, aura répété à ta mère qu’à ton âge, 3 ans et demi, on ne se levait pas pour un oui ou pour un non pour sortir de la salle.  Elles ont peut-être critiqué ta façon de faire tes « T » ou chipoté tes cursives. Peut-être que Marie-Pierre, la prof de musique, trouvait que tu chantais fort et faux, ou au contraire juste mais en parlant trop.

Je me souviens que ton amie, la petite Jeanne, était accueillie en classe par des garçons qui lui faisaient des saluts dignes de rappeur. J’ai imaginé que tu faisais partie de ceux qui la saluaient, toi qui étais son meilleur ami m’a-t-on dit. Je t’imagine bien la main levée en poings et le sourire canaille banlieue au coin de ta bouche de marmot.

Depuis lundi, la petite Jeanne a un ami en moins. Elle fait partie de ceux qui t’ont pleuré avec cœur et raison, oui, elle avait tellement de raison de te pleurer toi qui n’étais pas juste un simple voisin de table, non, mais un ami.

Elle parle sans cesse de toi et rêve même de toi la nuit. Dans ses rêves, tu n’es pas mort. Elle dit que tu es dans la classe mais que tu te caches (témoignage encore ce matin de sa maman en larmes).

Je ne te rencontrerai jamais petit Tidiane mais comme tous, j’aime à imaginer que tu as malgré tout su profiter au maximum de tes cinq années de vie. On ne veut pas imaginer un enfant de 5 ans d’un pays en paix mourir malheureux. Je me dis que tu bats dans le cœur de ton père, malade comme le tien, que tu caresses celui de ta maman qui n’est plus qu’une ombre et doit lutter en ce moment pour rester en vie malgré tout. Que tu bats aussi dans celui de ton frère, Malik, que l’on m’a dit fermé en apparence à la douleur. Tout le monde a été frappé, choqué, ému, bouleversé par son jeune et beau visage qui tout le long de ton enterrement est resté souriant, lumineux presque, entouré qu’il était de ses potes et de sa famille.

C’est terrible de perdre un enfant, Tidiane, mais c’est aussi affreux de perdre un frère.

Il n’y a pas pire qu’une mort d’enfant. Nous avons tous été fauchés par la tienne, à des degrés divers. Sincère ou fasciné par cette tragédie, chaque humain de cette école a été frappé au moins un minimum.

Personne n’aime pas penser à la mort des enfants. La mort de son enfant est la pire chose qui puisse arriver à un parent.

Je ne sais que souhaiter à tes parents. J’ignore où tu te trouves et tu sais déjà toute notre impuissance face à la mort, nous les vivants. Comme tous cependant, j’aime à croire que tu es encore là, quelque part. Au moins pour les tiens, et tes amis. Que c’est bien toi qui visite la petite Jeanne la nuit, et non ton simple souvenir.

Je te souhaite, petit Tidiane, une fantastique réincarnation, si tel est le dénouement. Sinon, une post-vie à la hauteur de celle qui fut la tienne, celle d’un petit garçon vivant et aimé. Que la mort te soit belle, petit Tidiane, mais n’oublie pas tes parents, ton frère, tes potes, la petite Jeanne… Eux ne le feront pas, à des degrés divers, l’enfance passe si vite et en courant, mais tu les y aideras, n’est-ce pas ? Je te salue petit Tidiane.

Voilà Joëlle. Ne croyez pas que j’ai écrit ce texte pour vous faire du pied sur le mode, quand on a 70 ans, et qu’on apprend la mort d’un enfant de 5 ans, on est bonne joueuse et on ne la ramène pas avec sa mort prochaine nananère.

Pas du tout.

La mort est affreuse à tous les âges. J’ose espérer que nous nous en sortirons tardivement et avec peut-être pas le sourire mais la sagesse de qui a vécu un paquet de décennies et admet qu’à un moment, il faut bien descendre du train.

Je vous souhaite un bel automne Joëlle, les couleurs vives sont à nos portes et le soleil quand il vient nous visiter est magnifique. La vie continue.

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Une sensation de nullité (quasi) totale http://mariechotek.com/?p=553 http://mariechotek.com/?p=553#comments Wed, 20 Sep 2017 14:42:08 +0000 http://mariechotek.com/?p=553 read more]]> Ouais je sais Joëlle, ce titre est un peu pathétique mais on se le dit tous à un moment ou à un autre dans sa vie non ?

Même le petit Emmanuel, certains soirs, avec la pluie aux carreaux de son Palais, et une journée à se faire tabasser par les représentants syndicaux et les Mélenchonistes, Avec toi Macron, aux riches les millions ! Aux pauvres, le trognon ! je suis sûre qu’il en a du dépit sur lui-même.

  • Manu, au fond, t’es qu’un pauvre con.

Vous en doutez Joëlle ? Oui je sais, je suis une grande naïve, on me l’a dit encore hier.

  • Ton problème Mimi, c’est que tu fais toujours trop crédit aux gens. Macron par exemple…

En tout cas, moi maintenant les bilans de compétences des débuts de rentrée, je me les fais toute seule.

Je fais ainsi gagner, et du temps et de l’argent à l’Etat, oui messieurs dames.

Je sais ce que je ne sais pas faire. Je ne sais pas parler en public ou alors en rougissant, sinon quand je me sens forte et sûre de moi, tout le monde bavarde entre soi. Je sais que je n’ai pas l’esprit rigoureux, ni synthétique, tout juste pragmatique et surtout pas analytique. Je sais aussi que les ordres m’effraient mais que je n’aime pas l’autorité, je sais que je ne conduis pas bien du tout, qu’une manœuvre pour sortir de notre garage me vaut un pare choc raflé et les guiboles en gelée.

Je sais que je ménage trop la chèvre et le chou et même le pré de la chèvre et la plate-bande du chou, je sais aussi qu’au fond j’ai parfois envie de tuer les gens, vraiment.

Je sais aussi grâce à Madame Caroline du Trouduc des éditions du Dilettante que je ne sais pas écrire. Je ne suis ni originale, ni pertinente, je suis ennuyeuse et inutile. Depuis hier, je sais aussi que je ne sais pas passer une commande sur Amazonzon, Mimi, 14, boulevard Marcel Patate à Grenoble. Ceci fera l’objet d’un récit ultérieur car ça m’a bien pris une demi-journée pour rétablir la bonne adresse.

Bref.

Tout ceci m’a donné un joli CV que j’ai décidé d’aller imprimer tout en portant la demande d’entente préalable pour l’écarteur orthondotique Bas Moyen-âgeux que la Zouflette allait devoir porter car oui, je sais aussi que je ne sais pas réussir la dentition de ma fille.

Mon fils si, mais il tient de son père (dixit A.).

A la Sécu il n’y avait pas un chat, étonnant. J’ai cru que c’était la grève, ahah. Mais non, ils avaient juste baissé le store à l’heure de la sieste. Il n’y avait qu’une petite dame rousse et BCBG, imperméable burberry chapeau de pluie et lunettes à montures blanches.

  • Oh ben ça Isabelle, qu’est-ce que tu fais ici !
  • Et toi Mimi, encore en arrêt maladie ?
  • Euh non… c’est pour ma fille, entente préalable… Et toi, ça va ?
  • Pas du tout, on vient de me déterminer bipolaire et nullissime.

Je n’ai pas su quoi répondre, de toute façon, Isabelle, son chapeau, son imper et son petit panier à vélo était déjà dehors. En tout cas, ce qui m’a remonté le moral c’est que j’avais tout bon concernant le remplissage de l’entente préalable.

  • C’est parfait, Madame.
  • Redites-le-moi Monsieur s’il vous plait.
  • Prenez un ticket, votre temps est écoulé.

Mais non, je plaisante. Le préposé était d’allure joviale et sportive, un grand mince bien habillé l’air en pleine forme et pas du tout aigri par la charge de préposé à la SS.

  • Je suis docteur en sciences politiques, j’ai travaillé sur la réorganisation de l’espace administrativo-politique français… seulement avec une thèse, on ne trouve rien comme emploi… alors j’ai passé un concours, catégorie C, j’ai démarré hie, je suis donc encore tout frais.
  • Ah…

Je suis sortie et j’ai aperçu Isabelle qui s’efforçait de détacher son vélo, même que ça n’avait pas l’air d’être ça.

  • Excuse-moi… tu euh vas quand même bien ?
  • Pas du tout. Je suis sous médicaments, je n’y arrive plus.

Elle m’a jeté un regard brave de noyée, un sourire doux avec de l’eau dans les poumons et une conjonctivite à l’œil.

  • Oh ben mince alors… qu’est-ce qui s’est passé ?
  • Un effet boule de neige… j’ai été licenciée économique du magasin d’optique où je travaillais… ma patronne avait attrapé un cancer… elle en est morte d’ailleurs, j’étais justement à son enterrement hier…
  • Oh merde.
  • Oui comme tu dis… et puis un futur magasin d’optique, en train de se monter Caserne de Bonne, m’avait fait miroiter une place… soi-disant que j’étais la candidate idéale… j’y ai cru tu sais… j’y ai VRAIMENT cru… c’était mon REVE… et bien quand ils ont enfin ouvert et embauché, je n’ai pas été choisie…

Mon Dieu, ai-je des mouchoirs. Non, juste un CV pour essuyer ses larmes.

  • C’est moche.
  • Oui, très moche… j’ai perdu toute confiance en moi, j’ai été à Pôle emploi pour me remettre à niveau en informatique car dans mon métier, ça a évolué, je me suis dit, autant se former… je ne suis plus toute jeune tu sais, bientôt 50 ans…
  • Oh mon Dieu…

Bientôt 50 elle veut dire, 50 – 4 mois ? Pas 50 – 19 mois ?!

  • Oui comme tu dis, et bien, le préposé m’a dit qu’aucune formation adaptée ne pouvait m’être proposée…
  • Ça m’étonne d’eux dis donc.
  • Oui comme tu dis… après, j’ai vu une annonce pour être prof en optique en BTS à Gougeon la Rouge… super bahut tu connais ?
  • Oui, j’ai deux ex nouveaux futurs ex amis qui y bossent…
  • Eh bien, à peine postulé fin juin, j’ai fait des insomnies effroyables… la panique totale… jamais je n’y arriverai, je me disais… je reprenais en pensée tous mes cours d’optique… je flippais sur TOUT… les poverpoïntes, les tablettes, les diagrammes… et la discipline… je me voyais lynchée en cours… une amie prof me disait qu’il fallait être sûr de soi et avoir beaucoup d’humour… je n’ai aucune confiance en moi et aucun humour… et en plus d’être incompétente et déprimée, je souffre de ma petite taille tu vois… j’ai toujours été TRES complexée à ce sujet…
  • Oh ben faut pas, regarde Sarkozy, il n’est pas complexé lui !
  • Oui mais il est bipolaire… comme moi ! Parce qu’après ça, j’étais tellement mal que j’ai fini aux médicaments… je ne peux plus conduire du coup… encore une incompétence…
  • Fais gaffe en vélo hein !
  • Oui comme tu dis… d’ailleurs je me suis buchée, regarde ma jambe…

Un trou dans le pantalon, les yeux d’Isabelle papillonnent derrière ses lunettes.

  • Mais du coup, tu continues au moins l’association, Accueil Villes Françaises, tu y étais super engagée…
  • Non, pas du tout… la psy pense que c’était un déni de réalité… que j’ai fui le réel en m’occupant des « dîners en ville entre elles sans ces connards d’hommes », que c’est là que ma psychose a démarré… j’ai passé deux années à aller de l’organisation de cette activité aux cours de dessin et sorties au musée, sans oublier les randos et le chant… j’étais complètement malade et je ne m’en rendais pas compte… je m’amusais au lieu de travailler… c’est fou hein… bref je n’ai rien fait de ma vie, le temps a passé, mon fils vient de rentrer au collège, il démarre une adolescence acrimonieuse comme il se doit… et moi, MOI, qu’est-ce que je vais DEVENIR ?

Son cri dans la rue. Je décide d’employer la méthode Moi aussi je suis une merde.

  • Tu sais Isabelle, moi aussi telle que tu me vois… droite dans ses bottes, sûre d’elle-même, pleine de confiance en soi, en un mot un seul, en apparence un véritable succès de femme bien dans ses baskets, eh bien sache que…
  • La psy dit que je suis bipolaire parce que je passe du coq à l’âne, t’en penses quoi ?
  • Qu’on est un paquet à être bipolaire ! Non mais quelle conne !

Isabelle a gloussé. Non mais c’est vrai, merde à la fin.

  • Elle me dit aussi qu’elle ne peut rien pour moi, que je ne fais pas les efforts nécessaires, mon bulletin thérapie du premier trimestre est très médiocre… qu’en gros, si je n’y crois pas plus que ça, autant arrêter de suite… et me tirer une BALLE dans la TETE !!
  • Euh tu es sûre qu’elle est euh compétente ?
  • Tous les autres disent ça aussi, que je suis de toute façon foutue… à mon âge tu sais je l’ai bien vu à Pôle emploi, à part aide à la personne, je torche votre mère ou je brique votre loft, y a plus rien pour des femmes comme moi…

Bon là je dois dire que j’ai eu une petite montée d’angoisse. Isabelle avait l’air tellement aux abois, dans son imperméable Burberry, son panier à vélo serré contre elle, ses grands yeux bleus éperdus attaqués par la conjonctivite. J’ai décidé d’employer la méthode Au fond tout va bien, c’est juste une flaque de merde à passer.

  • Tu sais Isabelle… on en est toutes là, on s’est fait un peu avoir avec les belles promesses, belles études, mariage, enfants, au fond on est…
  • En plus j’ai assisté hier à la réunion de sixième de mon fils… collège privé du Vautour… fils dont soit dit en passant j’ai totalement raté l’éducation puisqu’il passe ses heures de loisir sur écran en refusant toute alimentation bio… eh bien je n’ai rien compris du tout ! C’était très technique, devoirs sur tablette, captures d’écran, poverpoïntes, diagrammes… tout le monde prenait des notes, même une femme en tchador à côté de moi et moi… ô moi je ne comprenais RIEN ! Après 5 années d’études scientifiques, je suis LARGUEE dans une réunion de classe de sixième !!

Son cri à nouveau dans la rue. Je me suis soudain rappelé que j’avais quand même un CV à imprimer, un bouton de pantalon à faire réparer, puisque pour ça aussi je suis nulle, et une œuvre à bâtir, l’histoire de 4 filles jeunes au seuil de leur vie, bouffies d’espoir, de puissance ou d’angoisses, selon celle à laquelle on s’intéresse et puis mes enfants aussi, qui devaient m’attendre leur cartable autour du cou devant l’école.

  • Isabelle, il faut pas que tu les écoutes, ces psys… il faut plutôt que tu t’en trouves un, de bien, qui n’aie jamais lu ni Sigmund Freud ni Christophe André, quelqu’un de pragmatique, qui en chie aussi dans sa vie avec ses mioches et son ou sa conjointe… quelqu’un de normal quoi… de bipolaire comme dirait l’autre.
  • Oui comme tu dis… en tout cas merci Mimi ça m’a fait du bien de parler avec toi…

Je l’ai laissée là, avec son vélo et sa conjonctivite. J’ai senti une grande tristesse. Personne n’était mort, personne n’était malade, n’est-ce pas Joëlle, tout ceci doit vous paraît tellement dérisoire, personne n’était même économiquement menacé puisque le mari d’Isabelle a une bonne situation, mais tout de même.

Comment certaines se démerdaient-elles dans la vie ? Et dans ces certaines, je me mettais dedans.

En chemin je suis entrée dans une boulangerie. J’y ai demandé une baguette, d’une voix forte et assurée (Isabelle d’une certaine façon m’avait montré que j’avais encore une série de marches en dessous de moi pour la rejoindre, je n’avais pas du tout quasi 50 ans hein).

  • Sorry, I don’t speak french.

J’ai levé les yeux. La boulangère était une grosse femme dans la cinquantaine avec un tailleur et une chaîne dorée.

  • I am from California. I came to work here… Stanislas, come! Help me!

Un homme est arrivé, habillé comme un notaire ou un vendeur d’antiquités, le style à aller à la messe à Versailles et à parler latin avec le prêtre.

  • Ah excusez-moi, elle est nouvelle… en formation.
  • … euh elle vient de Californie pour ça ?
  • Eh oui, disons que nous nous sommes rencontrés sur un spot de surf… le coup de foudre… elle m’a suivi en France… et comme j’étais au chômage, j’ai un master 2 en droit théologique, à mon âge ça n’intéresse plus personne, j’ai repris cette boulangerie…

Je me suis enfuie. Le pain était dur et grinçant, je l’ai jeté dans une poubelle et j’ai filé chercher mes enfants, jeunes et innocents, naïfs à leur façon à eux.

  • Le problème avec toi Mimi, c’est que tu vois que des pailles dans les yeux…

Voilà Joëlle ce en quoi a consisté mon petit mardi. Je vous le laisse méditer avec cet extrait pêché dans « L’art de voyager léger et autres nouvelles » de Tove Jansson, un chouette recueil de nouvelles, oniriques et flottantes comme la brume sur les îles de Finlande.

C’est quand ils commencent à pleurer que je suis fichu. Je leur promettrais n’importe quoi – mon éternelle amitié, de l’argent (mais pas dans ce cas, évidemment), mon lit, de m’acquitter des tâches les plus ingrates, et si c’est un homme robuste qui sanglote… cela me plonge dans la détresse.

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Uber on (m)Isère. http://mariechotek.com/?p=547 http://mariechotek.com/?p=547#comments Wed, 06 Sep 2017 08:42:48 +0000 http://mariechotek.com/?p=547 read more]]> Joëlle, ceci est un post sorti du placard de juin, je l’avoue. Oui je sais, au vu de votre été certes ensoleillé mais où le crabe a encore avancé ses pions, vous auriez mérité que je me bouge un peu plus le fion pour vous changer les idées.

Seulement voilà j’étais ailleurs. J’avais fermé tous mes dossiers (pôle emploi, école, APE, GUC, écriture surtout), je m’étais enfuie, avec mes mioches comme (gentil) boulet aux chevilles au loin, très loin de Grenoble… j’ai tout fait pour oublier qu’à la rentrée, il allait quand même falloir que je me le bouge pour de bon, le fion.

Mais je tiens à dire que je me suis tenue informée de votre situation, Joëlle, guère joviale certes, bien que vous donniez magnifiquement le change.

Courage, le pire n’est jamais sûr, comme le disait encore il y a peu un informaticien syrien enfoui sous les ruines de sa HLM alepine.

Je reprends donc où j’avais laissé ce post consacré à l’un, sinon au seul de mes boulots actuels. Rédactrice des débats (non le « d » n’est pas une coquille).

En effet, une entreprise dont l’obligation de confidentialité m’interdit de dévoiler le nom m’envoie dans des entreprises dont l’obligation de confidentialité de même m’interdit de révéler les noms pour y assister à des réunions dites sociales, CHSCT ou CE, avec des individus dont les noms se doivent également d’être tenus secrets.

Voilà un post qui promet guère d’être nominativement saignant n’est-ce pas, étant donné que tout y est soumis à l’anonymat, même le petit nom du chien, qui a tenté de me mordre les mollets alors que je sortais de ma Clio beige doré après un créneau de près de 30 minutes devant la foule des délégués du personnel réunis derrière la baie vitrée et qui regardait le néo-prolétariat bac + 5 érafler les bacs à fleurs (mais non là j’invente).

Mon propos n’est pas ici de faire la balance. Non. Juste de vider mon sac et de casser le MOULE comme d’autres cassaient le MUR.

  • Ah merde zappe chérie, c’est une pub pour Tefal ! Fait chier ! ça existe encore ce machin ?

Toute la semaine (si toutefois j’ai été sonnée) je marche avec le pied gauche dans une chaussure droite et vice versa. Je pratique l’écriture sous contrainte, un peu comme Georges Pérec avec sa Disparition où le « e » était proscrit. Sauf qu’il va de soi qu’il n’y a rien d’ullipoisme dans mes écrits, je ne fais ni du Georges Pérec ni du Guillaume Lévy et surtout pas du Proust.

A tout vous dire, des phrases de plus de dix mots me vaut aussitôt du rouge sur ma copie car oui, dans le moule, il y a un prof, et le prof a toujours raison comme tous les profs.

Il y a une série de règles à respecter. Il y a surtout une TONNE de règles à ne pas transgresser.

Comme ne pas dire « il y a », déjà. Ni « on » (on t’emmerde connasse) ni par ailleurs utiliser la forme passive (la connasse est emmerdée). Du coup, je me demande vraiment comment dire certaines choses, même qu’on ne dit jamais « choses », enfin voyons c’est vilain, le mot « chose » ne peut être évidemment employé, quoique, ça non plus je ne peux pas l’écrire, c’est stylistiquement tabou, c’est tellement laid le passif.

  • Ben oui mais il est fait comment alors merde ?

Le pire c’est que ces contraintes stylistiques s’ajoutent à la rédaction d’un texte issu d’une réunion parfois si opaque que j’ai parfois passé dix heures l’oreille à la bande son pour tenter d’en décrypter le fond car oui, dans mon malheur, j’ai au moins le droit d’enregistrer pour ne pas en plus me fatiguer l’Alzheimer. Mais ça ne rend pas certains éléments plus clairs et je maudis tout particulièrement les responsables DRH qui marmottent dans leur barbe.

Ce qui m’a fait plaisir c’est qu’un ami de A., justement grand DRH dans une grande boîte dont je ne dévoilerai pas le nom mais qui travaille dans le pétrole, connait mon Uber, puisque certains de ses forçats viennent travailler pour lui, et il s’est spontanément écrié, ben moi j’y arriverons jamais à faire ce truc-là, c’est vachement trop technique !

  • Tu veux dire, « si d’aventure, je devais faire ce travail, jamais je n’y arriverais, c’est tellement technique ! »

En bref et en vrac, voici en général ma copie, après 10 à 14 heures de travail, avec recherche sur internet (cashflo, stators, MDT, HES et compagnie) pour comprendre certains termes.

Vous avez choisi un style pauvre. Vous avez utilisé des termes à bannir : on, choses, truc, bordel. Certains de vos propos me sont parus peu clairs (à moi aussi, mais comme je n’ai pas le droit de poser de question pour les éclairer alors hein mon tintin…). Optez pour des phrases courtes. Ne dites pas, cet enfoiré de PDG va quand même se palper quelque 3 millions d’euros d’actions gratuites grâce à un plan de redressement savamment magouillé en amont du fait d’un panel de faux experts qui ont affecté de croire que la situation était toujours périlleuse quand l’entreprise engrangeait déjà à nouveau des bénéfices. Mais dites plutôt.

  • Le PDG de cette entreprise se verra verser des dividendes, conformément au respect de l’accord conclu en amont.

C’est court, c’est élégant, c’est suffisant.

Vous avez mis les noms en majuscules, il fallait aussi les mettre en gras. Vous avez laissé une coquille à la page 3, connarde au lieu de connard. Vous avez écrit cashflo quand ce terme s’écrit cash flo… Etc, etc. Parfois, je n’en peux plus, vraiment, cela me rappelle la cinquième 6 avec cette folle de Josiane Castellan qui nous insultait en nous rendant nos copies de français et en nous répétant avec une joie mauvaise, agrégée qu’elle était cette salope.

  • Certains parmi vous ne feront jamais d’études ! Il faut le savoir ! Zéro virgule 3, voilà votre note mademoiselle Chotek… pour le papier… du PQ bien sûr, ahaha !

Sachant qu’ici aussi il y a une note. En effet, je rends ma copie, parfois à l’arrache et ensuite, j’attends sagement derrière mon écran (je n’ai que ça à faire) que me parvienne la note qui sera accompagnée d’un chouette compte-rendu, note dont dépendra mon émolument.

Comme si je n’avais pas 48 ans mais 18 et que je m’apprêtais à passer le bac, comme c’est rajeunissant.

En général la note est B, au début du moins, B c’est bien vous me direz, bravo Mimi, sauf que le commentaire qui l’accompagne n’a rien à envier à celui d’un prof élevé au grain de l’éducation nationale française. Je veux dire, à lire le commentaire on croirait un D voire un H pour ne pas dire un P comme Patate ou Pathétique.

Et depuis quelques temps, est-ce la fatigue, l’âge ? C’est bien plutôt C sinon C+, si le relecteur du pôle a bien dîné, voire tout de même encore B s’il est vraiment bien luné (sa prime est arrivée car il a suffisamment bien sacqué).

  • C comme…

Je vous laisse deviner, chère Joëlle.

A ce propos, je me demande d’ailleurs si on peut aller plus bas que C. Je veux dire, je me demande si une note plus basse est possible. Je me demande aussi si l’autre bouche-trou isérois, puisque nous sommes deux sur le siège taillé en forme de pion, a de meilleures notes que moi et donc assiste à plus de CHSCT ou de CE que moi.

  • Miroir, miroir dis-moi qui est le plus rapide, le plus compétent, le mieux noté…

Je me demande également si en cas de C ré-itérés, je pourrais être effacée sans l’être, c’est-à-dire si on se contentera de ne plus m’appeler, ou si, courageusement ou inhumainement, on m’appellera pour me dire tout le mal que l’on pense de moi.

  • J’ai le regret de vous dire que vos résultats du trimestre ne permettent pas d’envisager votre passage dans la classe supérieure et que nous devons donc nous séparer de vous au trimestre suivant, notre prestigieux établissement se doit de ne conserver que ses meilleurs éléments…

Ainsi, je crois bien que si je n’ai pas trouvé le job du siècle, j’ai en revanche dégoté la situation où le concept de flexibilité est épanoui dans sa plus belle floraison. Emmanuel, si tu m’entends, viens par-là, même en rêve, t’as pas dû oser !

  • Et amène Brigitte, on causera entre femmes mûres de la précarité des Bac + 30 !

J’ajouterai enfin, sakura on the kéki, que tout ce code et ces exigences se déclinent en termes de salaire, cela va de soi, soit 11 euros brut de l’heure, bac + 4 exigé. Oui. Vous avez bien lu. Joëlle, je sais que votre femme de ménage prendrait un tel montant pour un affront, j’ajoute que ma nièce qui a gardé deux chiards cet été, a gagné 150 Euros en 2 jours à 10 euros NET de l’heure et elle n’est que Bac + 0.

  • Tu devrais te révolter ! Ce n’est pas digne d’accepter ces conditions ! Quelque part … ne le prend pas mal Mimi… mais tu es une COLLABO !

Non seulement je dépasse du moule, mais je suis une sur-soumise, jour couchée bien plutôt que nuit debout. Hou hou, dehors !

C’est vrai. Je ne devrai pas accepter ça. C’est inepte d’une fille comme moi, Bac + 5, ex-employée de la Culture, pratiquant un japonais de base, et publiée à ses heures (lointaines). Mais il se trouve que c’est le seul employeur qui veuille bien de moi (sortez vos mouchoirs SVP). C’est bien simple, c’était ça ou rien. Je ne serais certes pas à la rue, sans « ça », A s’occupe de mon alimentation, mais tout de même, ai-je fait tout ce chemin d’être humain pour en arriver là, être une femme entretenue ?

  • Non ! Non ! Suicide toi Mimi !!

Car reconnaissons-le, seule cette entreprise d’une moyenne d’âge de 21,2 ans a bien voulu que dans ses rangs, une quasi quinquagénaire vienne s’installer et altère de son visage ridé, de son écoute flottante, de ses trous de mémoire les réunions CHSCT et autres où parfois on se bat pour la santé si menacée du salarié appelé à travailler un jour par semaine en télétravail à domicile… si toutefois il le désire totalement véritablement. Car un RS (Représentant Syndical) a émis l’hypothèse troublante que les désirs du salarié seraient éventuellement soumis à l’influence délétère d’une puissance occulte et manipulatrice, en un mot le Patron, qui dissimulerait en fait de noirs desseins en affectant de lui faire une fleur.

  • Tiens mon Michou, aujourd’hui tu peux bosser chez toi, sur ton canapé pourri et avec ta bécane naze à toi !

Quand je pense que le mot « visite médicale » n’a même pas été prononcé lors de mon embauche, j’ai parfois envie de m’esclaffer grassement devant ce type de débat mais non… Vous ne devez pas vous esclaffer. Vous devez demeurer de marbre.

  • Et puis si cette situation en vous agrée pas, Madame, vous pouvez toujours mettre nos mails dans les spams !

Voilà Joëlle, je suis donc rentrée à Grenoble pour retrouver « ça », essentiellement comme « quel métier faites-vous », cette question que tout le monde vous pose, du docteur au charcutier en passant par la mère du cours de gym ou le directeur de l’école de vos mioches, au point que j’ai envie de plus en plus envie de répondre « rien, je touche des allocations », ou « je suis attachée parlementaire mais faut pas que ça se sache », ou « je suis une formation pour devenir CRS ou pute, j’hésite encore », ou « je suis responsable de l’enfouissement des déchets nucléaires dans votre commune », ou ou…

Je vous souhaite un automne un peu plus doux que votre été, Joëlle, et vous livre ma citation du jour.

Toi qui viens partager notre lumière blonde

Et t’asseoir au festin des horizons changeants

N’entre qu’avec ton cœur, n’apporte rien du monde

Et ne raconte pas ce que disent les gens.

Edmond Rostand (Quatrain gravé à l’entrée de sa villa de Cambo les bains)

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Bécassine à la Villeneuve http://mariechotek.com/?p=544 http://mariechotek.com/?p=544#respond Thu, 03 Aug 2017 19:21:27 +0000 http://mariechotek.com/?p=544 read more]]> Parce que Grenoble par 35 degrés, ça reste toujours moins chaud que Tokyo, et que les cartons de gogoneries et de livres crasseux ont un charme assez épuisable, j’ai soudain décidé en ce mardi 1er août à 15h02 de me rendre à pied à la Villeuneuve et sa bibliothèque où le troisième tome d’Elena Ferrante et de ses Napolitaines cruelles m’attendait.

La Villeneuve… Le coupe-gorge de Grenoble, la Une éternelle et fidèle du Dauphiné libéré en concurrence avec Echirolles, la bastille de la racaille, la.

  • On vous le met de côté… si toutefois vous parvenez jusqu’à nous.

M’a lâché de façon énigmatique la bibliothécaire qui parlait, au téléphone, comme depuis le dessous d’une couverture (ou quand on vous a enfermé à triple tour dans un placard).

  • Ton imagination stéréotypée.

M’a rassurée A. alors que je lui faisais mes adieux.

  • Tes préjugés d’emblée.

Me suis-je en effet rassérénée.

C’est vrai, je l’avoue, le Japon m’a habituée à un cadre de vie globalement peuplé de gens gentils quand bien même au bord du gouffre social avec des banlieues qui ressemblent à ces centres villes en version moins lumineuse et plus calme. En conséquence, je trouve difficile de me réhabituer à la ville française dont la rue dissimule parfois une aventure en son coin mais plutôt d’un style minable petit vendeur de drogue qui ne respecte pas les limitations de vitesse ni les feux (j’ai testé) ou individus ensués dressés sur leurs claquettes se saisissant par le col du tee-shirt pour régler une discorde urbaine (testé également).

Je sais, Joëlle, que vous faites de la résistance à la chaleur et à la maladie sur le plateau du Vercors. Je sais aussi que vous avez longuement travaillé en bibliothèque, dans une version néanmoins plus proche de celles fréquentées par un petit Macron potassant son droit des sociétés que du petit Mohamed feuilletant ses BD pendant que sa mère skype Alger à la rangée V-Z des romans pour adultes.

  • Arrête tes clichés xénophobes, personne n’a jamais skypé Alger depuis la rangée V-Z d’une bibliothèque.

M’a tancée in peto Arlette, cette fille qui dans ma jeunesse me trainait dans les manifs et me faisait distribuer des tracts anti-loi Devaquet sous la menace d’un tabassage en règle par le tribunal révolutionnaire tenu par des issus de prolos comme des parjures de la bourgeoisie (Arlette, t’imagine si la Censeur me voyait ?).

Je me suis bravement mise en route, de suite dégoulinante de chaud, suivant les rails du tramway joliment bordés d’un vert gazon, le long de boulevards passablement désertés depuis chez moi jusqu’à ces monuments modernes que sont la CAF, l’URSSAF, la CPAM… A un coude dans le béton, le nez sur mon GPS, j’ai quitté lesdits rails pour m’enfoncer dans ce qui ressemblait bel et bien à un ghetto.

Je veux dire, des murs très hauts construits de façon circulaire où l’on peine à dénicher une ouverture, c’est bien le schéma type du ghetto non ?

  • Arrête avec tes préjugés stéréotypés.

M’a à nouveau tancée in peto Arlette, son souffle glacial sur ma nuque surchauffée.

L’angoisse c’est qu’il n’y avait personne vous voyez. Personne de normal, genre petite mamie aux cheveux frisés gris poussant son caddie ou jeune femme de 48 ans d’allure littéraire urbaine. Personne hormis un dealer doublé d’un tueur de quadragénaire, je le sentais, déguisé en jeune homme à la tong tranquille qui tapotait sur son portable. Sinon des petits roms qui jouaient dans une baignoire en plastique jaune étrangement posée dans une allée… et aussi, j’avançais dans le cœur de la cité, un homme en boubou qui poussait sa petite fille sur une balançoire tandis que deux autres petits piaillaient d’excitation.

  • Tout va bien, ma fille, zen… on n’a jamais vu un dealer pousser des enfants sur une balancelle.

Mais avec tout ça, de bibliothèque, que dalle.

On m’indiquait bien le salon afro tresse, le centre d’action sociale immédiate d’urgence, ou la crèche Les moutards avant qu’ils ne vous montent au nez, mais point de bibliothèque Arlequin, du nom d’une série de blocs de cette cité, Arlequin nord, Arlequin sud, franchement fallait y penser.

La bibliothèque Arlequin de la cité la Villeneuve vous recommande ses œuvres de fiction pour adultes où une jeune experte comptable d’origine kabyle défend son amour pour un jeune vendeur de porcs bretons muté dans le Dauphiné suite à la crise de la.

  • Devaquet, si tu savais, ta réformeuh, ta réformeuh, où on se la met…

Merci Arlette. J’étais en train de déraper.

J’ai soudain avisé une indigène, une sexagénaire de type indo européen rembourré qui trainait une brouette remplie de packs de drogue, je veux dire de bêches et de râteaux, avec un arrosoir vert comme il se doit planté sur le dessus. Elle était en train de pousser le portillon du jardin communautaire (que j’ai supposé ou alors c’était une sacrée grosse propriétaire terrienne) lorsque je suis tombée à ses pieds, dignement.

  • La bibliothèque ? Très simple vous prenez à droite (geste vers la gauche), sous les arcades, puis de suite sur la gauche (regard appuyé sur la droite), vous passez sous la pancarte le patio (grands moulinets du bras), et vous y êtes, c’est dans la galère…
  • La quoi ?
  • La galerie, le patio, c’est dans une galerie. Un patio, c’est comme une cour, vous voyez, mais entourée de murs, et comme ici des murs c’est pas ce qui manque…
  • Ah ça oui, ohlala, que de murs, j’étais perdue même avec mon GPS, merci madame, merci ! Que Dieu vous bénisse !
  • Ça va pas la tête ?

Ça c’est Arlette.

  • Le GPS, il ne passe pas ici, ce n’est pas qu’une zone de non droit où l’on rôtit les ex vierges banches, c’est aussi une zone blanche, tout simplement ahah… bonne chance !

Et en ricanant, la lourde sexagénaire jardinière s’est élancée d’un pas étrangement aérien dans son jardin partagé où toute personne dotée d’une bonne vue et d’une relative bonne adresse pouvait faire un joli carton depuis la fenêtre de sa cuisine.

  • Arrête avec tes peurs de bourgeoise, c’est un quartier familial, rien de plus.

Tu l’as dit, Arlette. J’ai trouvé le passage à droite, puis celui à gauche, et même le patio. La bibliothèque était là, égale à toutes les bibliothèques, vaste, paisible et ordonnée. Ses tenancières étaient toutes des jeunes femmes de type indo bonne famille, études de lettres, école de la conservation du tapuscrit à Lyon, mémoire sur le classement alphabétique idéal, fonctionnaires de catégorie B voire A.

Elles m’ont souri. J’étais une des leurs. J’étais LA bobo du mois, et même, LA bécassine de l’année. La plus jeune m’a embrassée sur les deux joues et m’a félicitée d’avoir bravé les dangers de la cité pour récupérer le tome 3 sur la chienlit napolitaine, Celle qui part, celle qui reste (et moi je vais pas tarder à me barrer).

  • Tu me gonfles, Mimi, je ne pensais pas que tu virerais si mal.

En fait, la fille m’a juste tendu le livre avec un grand sourire. Aucune surprise, j’avais appelé avant de me déplacer (j’allais quand même pas mettre ma vie et mon thermostat interne en danger pour des prunes), et comme je n’avais pas fait tout ça pour repartir direct, j’ai filé au rayon jeunesse.

Mes enfants. Avant tout. Un petit blond frisé lisait des BD, un papa africain berçait un bébé dans son cosy en lisant une bd lui aussi, c’était peut-être un grand frère après tout, et deux jeunes hommes, façon étudiants burkinabés en sociologie du langage option Roland Barthes s’attaque au bambara, visitaient chaque rayon d’un air pénétré comme si c’était le Louvre ou la dernière de Matisse.

  • Au moins, ça déjoue les stats, des hommes, des jeunes, des noirs et non des femmes, des blanches, des vieilles comme le veut la classique antienne.

Certes. Cependant, la préposée au rayon jeunesse-cuisine-guides touristiques-épanouissement personnel parlait d’un ton haletant dans le combiné de son téléphone.

  • C’est que je suis Patrimoine moi… j’ai travaillé longuement à la BEP de Grenoble… on m’y regrette je le sais, j’ai mes indics… seulement voilà… la Mutation… l’envoi en Sibérie littérale… obligatoire pour la Carrière… ne le niez pas… on y passe tous… et ici… dans ce quartier… sensible… j’ai fait mes années… vous ne direz pas le contraire… je veux dire… le Patrimoine… me manque… lui aussi il a besoin de moi… je veux retrouver le Patrimoine… ma formation de base… j’ai assez donné ici… j’ai purgé ma peine bordel de merde !

Etrange. J’ai choisi un Grégoire Solotareff, un Marco Montes, un Grégoire de Pennart, quelques bd, des inconnus aussi car il faut donner sa chance aux inconnus de la Jeunesse, j’ai fait enregistrer et j’ai quitté les lieux sous les applaudissements.

J’avais en effet rempli mes trois cartes à ras bord soit 60 livres au total, du jamais vu, et c’est couverte de tapuscrits que je rampais en direction de la sortie.

Je plaisante. Ils tenaient très bien dans mon sac et en cas de danger éminent, j’aurais très bien pu courir à toute vitesse.

  • Arrête, t’es habillée en décathlon, tout le monde s’en fout.

Dehors, j’ai retrouvé le béton laid, le bruit (relatif), le soleil (dardant) et le tramway où la foule (soudain étoffée) qui attendait n’était pas spécialement profilée Bécassine va visiter la Villeneuve un mardi du mois d’août.

J’ai suivi les rails, et dix minutes après à peine, j’ai éprouvé une sensation grisante de liberté et même de beauté. J’avais atteint la Bifurk, un lieu pourtant des plus quelconques, même pas l’hyper centre comme on dit maintenant. Cela venait juste de ce que j’avais quitté l’enfer, euh un lieu certes bel et bien de vie (je ne compte pas le nombre d’éclats de rire que j’ai ouïs ni celui des palabres en tout genre) mais quand même fort peu conforme de ce que j’appellerai un beau lieu de vie.

  • Un putain d’amas de blocs glauques et de pauvres désespérés !

Vingt dieux, qu’est-ce qui te prend Arlette ?! L’effet du béton circulaire sans doute.

  • Je suis en vie ! J’ai survécu !

J’ai crié à A. en poussant la porte de notre appartement limite fastueux au vu de que j’avais pu voir à la Villeneuve. A. m’a jeté un regard digne d’Arlette. D’ailleurs, elle était là, Arlette, posée sur le sofa des invités, une bière à la main, et elle m’a annoncé qu’elle m’attendait.

On retournait à la Villeneuve distribuer des tracts mélenchonistes contre la loi travail.

  • Comme t’as pu voir, c’est finalement paisible comme endroit, et autant en profiter avant que les bandes ne rentrent de Thaïlande.

Voilà Joëlle, à quoi j’ai occupé ce 1er d’août où ma grand-mère, une bourgeoise rurale, aurait fêté ses 106 ans si elle était encore de ce monde. Mais je dois vous laisser, le combat d’Arlette n’attend pas.

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La vérité si c’est un cliché! http://mariechotek.com/?p=539 http://mariechotek.com/?p=539#comments Thu, 22 Jun 2017 11:34:49 +0000 http://mariechotek.com/?p=539 read more]]> Aujourd’hui, des images du Japon sont venues tourner faire une petite ronde nostalgique et narquoise dans mon esprit pourtant super occupé à rédiger le compte-rendu d’une réunion où il était question de clips, de supports et de procédure de levage de roue.

Un besoin impérieux de temples, de métros climatisés et de gogoneries clignotantes s’est mis à le tarauder au point que j’ai dû m’arrêter (la bonne excuse).

La passoire du temps, qu’on appelle chez moi la mémoire, transforme chaque jour ce Japon en une série de clichés, je dirais même, de sensations diffuses qui régulièrement viennent me visiter. Une image peut soudain me tomber dessus, la baie de Kamakura au détour du sentier qui sort du bois, le soir qui tombe sur le Yoyogi koen, les rues étroites comme des traits de maquettes, le crossing au bordel organisé de Shibuya.

Et les temples. Du Japon, hors personnes palpables et vivantes, les temples sont ce qui me manque le plus intensément. Le Japon me manque mais d’une façon subtile, pas comme sa dope au drogué ou ses zéro au trader.

Son souvenir est doux. Son souvenir devient de plus en plus imprécis en même temps que son noyau dur de plus en plus subsiste.

Je me souviens que vous étiez venue au Japon, Joëlle, et je suppose qu’à l’instar de tout visiteur, vous y avez trouvé de ces images identiques à celles que vous aviez en vous au départ (je savais bien que les Japonais mâles portaient tous un costume noir avec une chemise blanche) cependant fortifiées, approfondies ou nuancées par leur mise en contact avec leur réalité (mais je ne savais pas qu’ils portaient en plus des sacs de femme).

Vous avez pu être déçue par certaines de ces images offertes par la réalité (merde, je n’imaginais pas les geishas si vulgaires) ou au contraire confortée par leur similitude à ces clichés sans lesquels notre cervelle aux dimensions succinctes ne survivrait pas (c’est fou, elles sont vraiment blanches comme des culs).

Sachant que la geisha n’existe plus (ou presque).

Comme on ne peut pas et voir tout et être partout à la fois, il faut donc bien avoir quelques clichés en tête sur cette vaste pléiade de sujets d’observation qu’est pour nous le monde. Il n’y a pas de honte à avoir des clichés. Il n’y a pas à se considérer comme touristiquement attardé le fait qu’on en ait.

Il est honteux en revanche d’en rester là quand on a matière à les confronter au réel pour les compléter (ou les dénoncer).

Il y a les clichés vrais (globalement oui, les Japonais sont respectueux de l’ordre social et donc plutôt rigides) et les clichés beaucoup moins vrais (le Japonais ne rit jamais et n’exprime jamais ses émotions).

De même, vous ne nierez pas Joëlle, ce cliché qui veut que le Français soit globalement incivique et porté sur l’ironie, est un cliché en partie vrai… et donc en partie faux (Mélanchon est certes ironique mais sans doute civique alors que madame Michu qui gare les crottes de son chien devant ma porte n’est pas pour autant perméable à l’ironie du Vous avez laissé tomber quelque chose par terre).

Revenons au Japon.

Prenez un temple. Prenez toutes les images de temples que vous voulez, Joëlle, vous y trouverez toujours du brun (le bois foncé des charpentes), du vert en profusion, du rouge vermillon, des mains jointes devant un tronc et un moine qui passe derrière tout ça, furtif comme un chat à la conscience intranquille.

Seulement voilà, tout ceci ne compose pas le cliché en son entier. Quand on y est, il faut ajouter le bruit de l’eau, ou plutôt le silence juste traversé par le bruit de l’eau qui glougloute… à moins qu’un groupe de lycéennes vienne à passer en gloussant pour glisser la pièce trouée de 5 yen dans le tronc consacré pour ne pas se bananer à l’examen de kanjis (les moines s’achètent-ils ensuite des roudoudous avec toutes ces petites pièces ?).

En revanche, aucun groupe de Chinois ne devrait venir perturber ce silence, ils sont peu portés sur les temples à l’étranger mais en revanche, très actifs aux alentours de Ginza et de ses boutiques de luxe (cliché vérifié).

Il faut aussi glisser dans le cliché, ce bourdonnement étrange qui sourde d’une bâtisse. Le chant d’un moine, ou les cordes d’un arc que des ombres vêtues de bleu et de blanc au sexe indéterminé bandent dans la lumière diffuse. Le gong aussi, que des petits blancs mal surveillés peuvent s’amuser à faire résonner jusqu’à ce leurs parents lèvent enfin le nez de leur portable.

N’oubliez pas non plus les vapeurs de l’encens. Vous en avez plein le nez, certains détestent, moi j’en raffole, mon esprit pesant alors desserre sa ceinture de contention et s’élève de quelques centimètres. L’encens est là qui envahit de toute son odeur chaque pore du cliché « temple » où le cliché « moine » passe à quelques pas de mule du cliché « petit parterre de cailloux soigneusement peigné ».

Il convient également d’ajouter la découpe parfaite du toit en forme de spatule qui dessine dans le ciel un accent circonflexe à l’envers. Le vert des arbres, parfois obscur comme un poing serré dans le même ciel. Les pierres qui dorent ou rougissent avec les ombres qui avancent.

La nuit est tombée, le cri des oiseaux envahit le ciel, et voilà que des hommes en costume franchissent le tori rouge après une légère flexion du chef, mallette serrée au flanc. Vous me croirez si vous le voulez, Joëlle, mais parmi ces hommes, il y a parfois des yakuzas (maffieux) qui viennent déposer cette offrande qui les protègera de la concurrence ou des flics.

Si vous êtes dans un temple shinto, vous pouvez y ajouter un prêtre habillé de façon extravagante, un côté Elvis pour les pompes qui rebiquent et le chef en forme de banane sans oublier l’étoffe blanche des pieds à la tête et qui, muni d’une sorte de plumeau, bénira votre nouvelle Honda.

Le cliché est à sa parfaite complétude. Et il n’est déjà plus si cliché que cela.

Concluons par cet autre cliché globalement vrai. La religion au Japon est apaisante au sens où il suffit de payer. Nulle querelle de chapelle, de voile ou de croix arborés, nulle école et nulle secte, nul débat sur la laïcité les crèches de Ménard et les burkinis taille 48, non, juste des hommes et des sous. Quand rester assis plusieurs heures dans un temple, parfois en pleine ville, d’autres fois dans la nature ou un somptueux jardin, ne vous coûtera généralement pas un rond.

Encens, verdure, silence et gong pour pas un yen. La religion comme on l’aime.

Mon but était ici de parler du cliché, inévitable à notre esprit car en partie vrai (et donc en partie faux), mais surtout des temples, qui me manquaient furieusement aujourd’hui en ce jour de chaleur, d’ennui et de labeur (clips, supports et roue de levage).

Je m’y remets.

Il a fait encore rudement chaud Joëlle et j’espère que vous avez pu emmener avec vous la perf et le traitement dans les pâturages du Vercors. Voici ma citation du jour.

Si ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort, ce qui nous tue alors, comment nous rend-il ?

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