{"id":103,"date":"2006-10-27T10:11:47","date_gmt":"2006-10-27T10:11:47","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=103"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T15:00:00","slug":"Boycott","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=103","title":{"rendered":"Boycott"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nEngagez-vous, qu&#39;il disait, engagez-vous. Certes, seulement moi, l&#39;engagement en quoi que ce soit n&#39;a jamais &eacute;t&eacute; mon fortiche &agrave; moi. C&#39;est quelque chose comme une incapacit&eacute; g&eacute;n&eacute;tique, une maladie de naissance ou de croissance. Ma m&egrave;re apprend &agrave; ses chats &agrave; sauter dans des cerceaux et mon p&egrave;re passe sa vie aux astres, il est astrologue, option marc de prunes, slevovic et rakjia &agrave; tous les repas, &ccedil;a n&#39;aide pas.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe suis habit&eacute;e par la th&eacute;orie de la relativit&eacute;. C&#39;est l&agrave; une sourde d&eacute;prime aux choses de ce monde, r&eacute;elles, entendez, pleines d&#39;ennui et nulles de gr&acirc;ce. Ce n&#39;est pas une v&eacute;ritable indiff&eacute;rence, non, juste une incapacit&eacute; &agrave; saisir, puis &agrave; tenir. Je suis comme ces enfants mal n&eacute;s qui n&#39;arrivent pas &agrave; d&eacute;glutir ou &agrave; attraper la baballe puis &agrave; la relancer. Je suis aussi comme la princesse au petit pois qui se trompe de r&eacute;alisme. Car franchement me direz-vous, est-ce bien important d&#39;un point de vue aussi bien existentiel que pratique de savoir si l&#39;on sent dans son dos, le l&eacute;gume vert pos&eacute; sous son matelas.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais c&#39;est comme &ccedil;a. Il arrive que l&#39;on ne se pose jamais les bonnes questions. Et c&#39;est pour &ccedil;a qu&#39;&agrave; propos de question, je me demande<em> <\/em>encore et encore pourquoi je moisis dans cette cellule en compagnie de deux prostitu&eacute;es qui font leurs comptes du jour juste sous mon nez, et d&#39;un clochard qui braille gar&ccedil;on, la m&ecirc;me chose.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nTout a commenc&eacute; ce matin l&agrave;. Ce matin l&agrave;, c&#39;est Adnan qui m&#39;a cueillie au saut du lit. Quand Adnan m&#39;a appel&eacute;e, je boycottais les infos, &eacute;coutant de la pure musique, une merveille de m&eacute;tallurgie hurlante.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&#39;est-ce que tu fais&nbsp;? il m&#39;a demand&eacute; de suite d&#39;un ton suspicieux.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;&eacute;tait le matin, tr&egrave;s t&ocirc;t, quasiment les aurores, dix heures quoi. J&#39;avais m&ecirc;me pas encore pr&eacute;par&eacute; mes effets pour aller pointer &agrave; l&#39;Anpe du coin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Riendutout, j&eacute;coutelaradio, j&#39;ai menti.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCar je sais qu&#39;Adnan exige que l&#39;on soit au jus des malheurs terrestres. Surtout le matin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Menteuse&nbsp;! il a cri&eacute;, &ocirc; la menteuse&nbsp;! Tout le monde sait bien que tu fuis l&#39;Actualit&eacute;&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D&#39;accord, j&#39;ai fait, d&#39;accord.&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl se trouve qu&#39;Adnan, lui, ne la fuit pas, justement, l&#39;Actualit&eacute;. Ou plut&ocirc;t, c&#39;est elle qui ne le fuit pas, vu qu&#39;elle lui colle litt&eacute;ralement aux fesses. Certains th&egrave;mes de la vie mondiale lui ont ainsi d&eacute;finitivement flanqu&eacute; la tranquillit&eacute; d&#39;esprit en l&#39;air. Ils le retrouvent la nuit, lui charcute le sommeil.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAdnan vient d&#39;un pays en guerre, il a grandi dans un camps de r&eacute;fugi&eacute;s et s&#39;est exil&eacute; jeune boutardeux pour &eacute;tudier de par chez nous. Mais le pays mythique lui colle aux fesses plus fort que dix Mamas, au point qu&#39;il s&#39;offusque facilement de nos faits et gestes, pr&eacute;jug&eacute;, indiff&eacute;rence ou m&eacute;pris, c&#39;est comme moi avec l&#39;homme des greniers. Un type avec qui j&#39;ai envisag&eacute; de m&#39;engager, et puis non finalement, il avait des yeux qui ressemblaient &agrave; deux gousses d&#39;ail.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAdnan a d&eacute;velopp&eacute; par d&eacute;coulement d&#39;une franche inclination au tout soup&ccedil;on perp&eacute;tuel, qui repose sur la conviction pas vraiment fausse qu&#39;on pr&eacute;f&egrave;re laisser pourrir certains peuples en laissant la nature faire son boulot de s&eacute;lection g&eacute;o-politique.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDans l&#39;intervalle de sa pr&eacute;sentation par moi-m&ecirc;me, Adnan s&#39;&eacute;tais mis &agrave; causer de repr&eacute;sailles, rapport &agrave; un village de son pays, enfin, de son bout de territoire, enfin de son mouchoir de terrain, bombard&eacute; et ras&eacute;, plusieurs baraquements par terre, des enfants parmi les victimes&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; des enfants&nbsp;! il m&#39;a crach&eacute; dans le combin&eacute;, des enfants l&agrave; o&ugrave; on pr&eacute;tendait abattre des terroristes&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des enfants&#8230; j&#39;ai repris religieusement.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et tout &ccedil;a&#8230; comme d&#39;habitude sans que&#8230; bien s&ucirc;r&#8230; personne ne soit jamais coupable&#8230; sans que&#8230; bien s&ucirc;r&#8230; personne n&#39;y soit jamais pour rien&#8230; l&eacute;gitime d&eacute;fense&#8230; terrorisme&#8230; y disent&#8230; les ambulances se font m&ecirc;me tirer dessus&#8230; terrorisme y disent&#8230; de qui parlent-ils&nbsp;?&nbsp;?&nbsp;? et tout &ccedil;a&#8230; comme d&#39;habitude&#8230; sous les yeux qu&#39;on aime dire impuissants de la communaut&eacute; internationale&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai d&ucirc; &eacute;loigner le combin&eacute; de mon oreille meurtrie. Adnan, il gueule parfois plus fort que dix hard rockers.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;aime beaucoup Adnan. C&#39;est un gar&ccedil;on dr&ocirc;le, charmant, les mains pleines de peinture, il est peintre, mais je regrette bien, je n&#39;irai pas jusqu&#39;&agrave; conna&icirc;tre la guerre pour lui, car il me dit toujours, qu&#39;est-ce tu en sais, toi hein&nbsp;? T&#39;as m&ecirc;me pas v&eacute;cu la guerre&nbsp;? car il a parfois un c&ocirc;t&eacute; comment dire&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; Terroriste, il vocif&egrave;re, vas y, traite moi de terroriste&nbsp;! vu qu&#39;on n&#39;est jamais que &ccedil;a pour vous&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et parano, je rajoute d&#39;un ton para-m&eacute;dical, la parano&iuml;a &ccedil;a doit &ecirc;tre l&#39;influence des cocos du temps du mur&#8230; &agrave; force, vous avez chopp&eacute; tous nos tics, Ouest comme Est.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nParfois il rit. Parfois il me raccroche au nez.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merde alors, j&#39;ai d&eacute;cid&eacute; de dire ce matin l&agrave;, compatissante, c&#39;est un peu fort de caf&eacute;&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt &agrave; ce propos, je me suis fourbeusement d&eacute;plac&eacute;e par reptation jusqu&#39;&agrave; la cuisine pour extraire mes tartines du grille-pain et boire mon petit arabica du matin, car l&#39;heure tournait.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu m&#39;&eacute;coutes&nbsp;?! il a braill&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, j&#39;ai dit confuse.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&#39;est-ce que tu fabriques derri&egrave;re mon dos&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl est parano, je vous dis.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh, j&#39;ai marmonn&eacute;, j&#39;essaye d&#39;allumer la radio.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eteints&nbsp;! il a encore cri&eacute;, &eacute;teints moi &ccedil;a imm&eacute;diatement et &eacute;coute moi&nbsp;!<\/p>\n<p>J&#39;ai obtemp&eacute;r&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils ont invit&eacute; un type, un ex-ambassadeur, a poursuivit Adnan, un de chez les autres&#8230; ils l&#39;ont invit&eacute; ce matin &agrave; la radio, et il a pu tranquillement d&eacute;baller sa salade, avec dans le r&ocirc;le des terros, nous, et dans le r&ocirc;le des braves gens agress&eacute;s, lui et son peuple&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, j&#39;ai scand&eacute;&#8230; m&ecirc;me que quand on voit leur premier ministre &agrave; eux, c&#39;est quelque peu confondant&#8230; j&#39;ai ajout&eacute;, un brin fayote.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et puis, et puis&#8230; il a f&eacute;brilement poursuivi, fa&ccedil;on pisse dans le violon et passe moi l&#39;archet&#8230; c&#39;est comme d&#39;apprendre l&#39;alphabet &agrave; partir de la lettre t&#8230; t pour terrorisme il m&#39;a renseign&eacute;e&#8230; sans consid&eacute;rer par ailleurs le a, pour Aliya&#8230; et le b, pour bombardement&#8230; ou le e, pour exil&#8230; et&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt etc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me suis juste demand&eacute; qui &eacute;tait cette brave Aliya. Une sacr&eacute;e fouteuse de merde tr&egrave;s certainement. Puis j&#39;ai mis &eacute;coutage automatique. Marre. Moi au ch&ocirc;mage, pas de jules et la banque &agrave; mes pieds (les mains autour de mes chevilles). Moi aussi, apr&egrave;s tout, j&#39;ai droit &agrave; un peu de respect comme d&ucirc; aux minorit&eacute;s.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu me tues, je te tue&#8230; Adnan s&#39;est mit &agrave; g&eacute;mir.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et nous nous taisons, j&#39;ai risqu&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nHihihi, j&#39;ai trouv&eacute; que c&#39;&eacute;tait pas mal bon &agrave; 10 heures du matin z&eacute;ro trois.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu trouves &ccedil;a dr&ocirc;le&nbsp;? il m&#39;a demand&eacute; froidement.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, j&#39;ai reconnu piteusement, mais &ccedil;a devient absurde votre histoire&#8230; on peut presque la pr&eacute;dire maintenant&#8230; c&#39;est bien simple, quand un kamikaze fait le grand saut, deux heures apr&egrave;s, on voit passer les chasseurs.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais &agrave; qui la faute&nbsp;? il a couin&eacute;, quand donc le monde va-t-il comprendre que la paix n&#39;est possible nul part sans justice&nbsp;? quand donc ces salopards de wasp d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&eacute;s vont-ils arr&ecirc;ter de vendre des armes &agrave; l&#39;Ennemi qui ne sert aucunement la paix en acculant les gens &agrave; la mis&egrave;re la plus noire&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuand y en aura plus, j&#39;ai eu envie de r&eacute;pondre. Quand on sera tous morts, &eacute;tendus &agrave; la morgue, dans un casier, sous un drap blanc ou atomis&eacute;s en milliards d&#39;atomes l&acirc;ch&eacute;s en farandole dans l&#39;espace. L&agrave;, les marchands d&#39;armes y pourront plus rien vendre, et les terrains &agrave; d&eacute;fendre ou envahir, y en aura plus. Fi-ni.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A mon niveau, je ne vois pas quoi faire, j&#39;ai r&eacute;pliqu&eacute; avec le sentiment g&ecirc;nant de me laver les paluches dans mon lait de princesse.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y a au moins quelque chose que tu peux faire, il a alors d&eacute;clar&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, j&#39;ai fait, haletante de bonne volont&eacute;, quoi&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien&#8230; c&#39;est Boycotter Leurs Avocats&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl a l&acirc;ch&eacute; si c&eacute;r&eacute;monieusement que je me suis demand&eacute; sur le coup de quels avocats il parlait. C&#39;&eacute;tait des l&eacute;gumes. Ou des fruits. Pas les gens.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah tiens donc, j&#39;ai r&eacute;pondu poliment.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais d&eacute;j&agrave;, je pesais le pour et le contre, selon ma bonne habitude. Ne serait-ce pas quelque peu injuste que de s&#39;en prendre aux fruits du travail d&#39;un malheureux paysan &eacute;migr&eacute; d&#39;Ukraine, lui-m&ecirc;me victime de la politique dominatrice de son pays et de&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce serait d&eacute;j&agrave; un geste, Adnan a plaid&eacute;, ce serait d&eacute;j&agrave; une preuve de bonne volont&eacute;&#8230; un refus d&#39;accepter ce que subit Mon Peuple, dont on a parfois piqu&eacute; les terres pour faire pousser les Fameux Avocats&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D&#39;accord, j&#39;ai dit alors, d&#39;accord, si y a que &ccedil;a pour te faire plaisir, je vais Boycotter Leurs Avocats.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe suis ensuite partie &agrave; mon approfondissement personnel. Entendez, pointer &agrave; l&#39;Agence o&ugrave; j&#39;ai d&#39;abord jur&eacute; la main sur le c&oelig;ur que conform&eacute;ment au brave Epar, j&#39;&eacute;tais lanc&eacute;e dans une recherche f&eacute;brile d&#39;emploi. Le conseiller m&#39;a re&ccedil;u. Depuis que le Minist&egrave;re du Travail est devenu adepte d&#39;Arlette Dolto, on a droit &agrave; &ccedil;a, &agrave; un conseiller d&#39;assistance psychologique. Qui vous re&ccedil;oit.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl doit m&#39;aider &agrave; &eacute;valuer mes comp&eacute;tences, tout en approfondissant le sillon de ma qu&ecirc;te, a priori flagrante, un boulot, mais qui en cache peut &ecirc;tre tant d&#39;autres. L&#39;amour, c&#39;est un exemple. Rien &agrave; voir, il g&eacute;mit. Et puis, &agrave; chaque fois, il soupire, en relisant ce que j&#39;ai &eacute;crit chez moi, le soir, l&eacute;g&egrave;rement poivr&eacute;e, certes.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPuis il l&egrave;ve ses yeux, immenses, sur moi et me dit&nbsp;:<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous &ecirc;tes compl&egrave;tement &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la plaque, l&#39;enfant int&eacute;rieur a beaucoup souffert, l&#39;enfant int&eacute;rieur n&#39;a aucune confiance en lui&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe prends un air navr&eacute;.&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&#8230; l&#39;enfant int&eacute;rieur a tant cultiv&eacute; le refus que l&#39;adulte int&eacute;rieur ne sait plus vers quoi se tourner&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est pas faux, je lui dis poliment&nbsp;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; l&#39;adulte int&eacute;rieur me semble gravement d&eacute;prim&eacute;, il ajoute d&#39;un ton sentencieux.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Certes, je prends un air modeste.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&#39;adulte int&eacute;rieur manque cruellement de succ&egrave;s&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt disant cela, il appuie ses prunelles noiraudes et ardentes sur moi. Je rougis et m&#39;agite, mal &agrave; l&#39;aise. Avant, il &eacute;tait call boy, mais avec l&#39;&acirc;ge et les nouvelles technologies, il a d&ucirc; se r&eacute;orienter. M&ecirc;me si &ccedil;a n&#39;a rien &agrave; voir.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut faire entendre raison &agrave; l&#39;enfant int&eacute;rieur, il me murmure dans un souffle, il faut l&#39;&eacute;couter et lui faire entendre raison&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa s&eacute;ance est finie. Je recopie quelques annonces, torche quelques lettres de candidature, pour avoir le droit de sortir du lieu. Certains me regardent, envieux. Parce qu&#39;ils sont punis les mauvais. Ils doivent recopier mille fois la m&ecirc;me petite annonce avant d&#39;avoir le droit de sortir crier A mort le patronat, dans la rue et pour se d&eacute;tendre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt moi, pour ma part, je commence ma qu&ecirc;te des avocats. Il est environ 17&nbsp;H 00. A 17 H 30, je me dis, je suis rentr&eacute;e chez moi, hop, un coup de fil &agrave; Adnan pour lui annoncer l&#39;issue du combat, et au lit, le sentiment du juste devoir accompli.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe commence alors une tourn&eacute;e pour le moins peu triomphale. Je d&eacute;cide de proc&eacute;der &agrave; cet achat dans le grand supermarch&eacute; d&#39;&agrave; c&ocirc;t&eacute;, facile. Je vais au rayon fruits et l&eacute;gumes, facile encore. Je dois patienter car devant moi y a la grande t&acirc;teuse des avocats. Un &agrave; un, elle y enfonce ses ongles peints de rouge sanguin. Ce qui me permets de voir qu&#39;ils sont durs comme du bois, les avocats, et l&#39;enfant int&eacute;rieur n&#39;a pas envie de casser ses dents de vin sur ces fruits visiblement peu charnus.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPuis elle les soup&egrave;se, soup&ccedil;onneuse. L&#39;adulte int&eacute;rieur essaye de voir au moins quelle est leur origine. B&eacute;nidiou, je lis sur une &eacute;tiquette. B&eacute;nidiou, c&#39;est o&ugrave; &ccedil;a&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Australie&nbsp;! siffle la grande t&acirc;teuse entre ses dents, des putains d&#39;Australo de merde qui exploitent la terre et le sang des pauvres aborig&egrave;nes&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt d&#39;un air haineux, elle flanque en un grand fracas le comptoir par terre, vlang.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMerde alors. Tous les avocats se mettent &agrave; rouler un peu partout. Les gens se retournent, nous jettent des regards ahuris, r&eacute;probateurs, interrogateurs, haineux pour certains quand il s&#39;agit de consommateurs avocativores.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ohlala, g&eacute;mit un type en blouse grise qui vient de surgir, ohlala, qu&#39;est-ce qui se passe par ici&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le stand est tomb&eacute;, je r&eacute;ponds d&#39;une voix un peu tendue, il est tomb&eacute; tout seul&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais pas du tout, glapit la femme, nous avons fait choir ce stand qui proposait &agrave; la vente le fruit du sang d&#39;un peuple brim&eacute; dans ses droits, &eacute;cras&eacute; sous la botte du colon australien, rougeaud et velu&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe type ouvre des yeux ronds et regarde les avocats qui roulent au sol.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous sommes pr&ecirc;tes, reprend la harpie, et disant cela, elle me saisit la main, nous sommes pr&ecirc;tes &agrave; mourir pour que justice soit faite &agrave; ce peuple opprim&eacute;&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais pas du tout, je proteste en repoussant sa main pointue, je ne suis pas du tout pr&ecirc;t &agrave; mourir pour ces gens l&agrave;&nbsp;! Je veux bien mourir pour le peuple d&#39;Adnan mais pas pour les euh les arbrig&egrave;nes&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fasciste&nbsp;! me crie la femme, individualiste&nbsp;! &eacute;gocentrique&nbsp;! capitaliste&nbsp;! oligolistique&nbsp;! ethnicide&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nL&#39;enfant int&eacute;rieur se recroqueville, d&eacute;j&agrave; effar&eacute; de voir combien un simple boycott peut vous faire insulter, quand l&#39;adulte int&eacute;rieur soupire, je te l&#39;avais bien dit, aucune cause n&#39;est bonne pour nous, tirons-nous.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Suivez moi, ordonne le type furibard, suivez moi dans le bureau de monsieur Jambon, Pr&eacute;sident-Directeur du magasin, Ma&icirc;tre de la Grande Surface et V&eacute;n&eacute;r&eacute; Stock-Optioneur&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais mais, je bafouille, je n&#39;y suis pour rien&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est trop facile, me r&eacute;torque la grande t&acirc;teuse d&#39;avocats, personne n&#39;y est jamais pour rien ni pour personne dans cette soci&eacute;t&eacute; de merde&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt nous voil&agrave; pouss&eacute;es devant par le chef de rayon qui marmonne, vous allez le payer, vous allez le payer&#8230; Et nous nous retrouvons sur un banc, &agrave; attendre devant le bureau du directeur. Nous sommes, je le signale, attach&eacute;es aux conduites de chauffage, vu qu&#39;on a fait un crochet par le rayon anti-vols du magasin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merci bien, je lui dis, &agrave; la bonne femme, ah merci vraiment&#8230; on peut dire que vous m&#39;avez fichue dans la merde. J&#39;&eacute;tais d&eacute;j&agrave; &eacute;par&eacute;e, me voil&agrave; maintenant sur le coup d&#39;un mandat d&#39;arr&ecirc;t international&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hihi, ricane la grande t&acirc;teuse des avocats.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle a l&#39;air incroyablement satisfaite, mais en m&ecirc;me temps, elle prends l&#39;air soucieux, genre militant conscientis&eacute; qui sait qu&#39;il n&#39;est pas l&agrave; pour rigoler avec les chiens de garde du Grand Supermarch&eacute;. Alors la col&egrave;re me prend.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vraiment, je lui fais alors d&#39;un ton ferme, d&eacute;cid&eacute; et volontaire fa&ccedil;on entretien d&#39;embauche, vous n&#39;&ecirc;tes qu&#39;une euh&#8230; qu&#39;une euh fasciste&#8230; &agrave; m&#39;imposer votre cause &agrave; la con et et&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben voyons, elle glousse, y a que comme &ccedil;a que &ccedil;a avance&nbsp;! Il faut que &ccedil;a fasse tache d&#39;huile, elle explique, fermement.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt comme ses mains sont attach&eacute;es, elle dessine du menton ce qui semble &ecirc;tre une tache.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; faut que &ccedil;a touche les gens, elle caqu&egrave;te, que &ccedil;a les touche de pr&egrave;s&#8230; de tr&egrave;s pr&egrave;s&#8230; car les gens, faut toujours les serrer&#8230; ou alors ils restent peinards loin du malheur du Monde&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous m&#39;excuserez bien, je reprends d&#39;un ton pinc&eacute;, mais moi aussi, il se trouve j&#39;en ai un, justement, de Malheur du Monde&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ahhahaahah, elle glousse comme si c&#39;&eacute;tait la meilleure du jour.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si, parfaitement, je blat&egrave;re, et votre intrusion l&#39;a gravement compromis&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah oui, elle me fait, ironique, et je peux savoir de quoi il s&#39;agit&#8230; la libert&eacute; de fumer du hash&#8230; la gratuit&eacute; des mus&eacute;es&#8230; une piste cyclable sur le p&eacute;riph&eacute;rique&#8230;&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle a dit &ccedil;a, d&#39;un ton incroyablement m&eacute;prisant.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le peuple d&#39;Adnan, je l&acirc;che, majestueusement, D&eacute;fendre la Cause du Peuple d&#39;Adnan&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peuh, elle me r&eacute;pond en haussant les &eacute;paules, y sont beaucoup moins &agrave; plaindre que mes malheureux aborig&egrave;nes&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment &ccedil;a, je gueule, beaucoup moins &agrave; plaindre, mais&#8230; et les bombardements&#8230; et les arrestations arbitraires&#8230; et les d&eacute;portations&#8230; et les ambulances sur lesquelles on tire&#8230; et les&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pfuit, elle balaie cela d&#39;un geste du menton, ils ont l&#39;UNRWA et les r&eacute;solutions de l&#39;Onu&#8230; eux au moins&#8230; Tandis qu&#39;eux, mes Aborig&egrave;nes, ils n&#39;ont RIEN, absolument RIEN, elle constate d&#39;un ton ravi, ils sont min&eacute;s par la maladie, l&#39;alcool et pire que tout, ils n&#39;existent m&ecirc;me pas sur les &eacute;crans t&eacute;l&eacute;&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nA ce moment l&agrave;, la porte du Grand Directeur s&#39;ouvre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Monsieur Marcel Jambon, il nous informe, froidement, Grand Pr&eacute;sident-Directeur G&eacute;n&eacute;ral de la Grande Surface, il pr&eacute;cise d&#39;un ton fort peu humble.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCe n&#39;est pourtant l&agrave; qu&#39;un quinqua grassouillet, avec des rouflaquettes et le m&ecirc;me gris dans la v&ecirc;ture que son employ&eacute;. Sauf que lui arbore un costume trois-pi&egrave;ces quand l&#39;autre va nu sous sa blouse.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Entrez, il nous ordonne d&#39;un ton s&eacute;v&egrave;re, et fissa, j&#39;ai pas que &ccedil;a &agrave; faire&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous sommes entrav&eacute;es, lui fait remarquer d&#39;un ton aigre la conne &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s, nous ne pouvons pas bouger avec ce syst&egrave;me d&#39;emprisonnement abusif auquel ce triste individu fascisant a eu recours&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe dirlo se tourne vers blouse-grise, qui est apparu telle la sainte vierge derri&egrave;re son dos.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D&eacute;livrez les&nbsp;! ordonne-t-il.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais blouse grise n&#39;en fait rien. Il ne bouge pas d&#39;un pouce, puis il se met &agrave; rougir, rougir&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien quoi, glapit le boss, qu&#39;attendez-vous, mon brave truc pour d&eacute;faire ces dames&#8230; allez&#8230; allez y&#8230; il a un petit mouvement de t&ecirc;te encourageant&#8230; allez y monsieur machin&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSilence.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors quoi, s&#39;&eacute;nerve monsieur Jambon, monsieur machin, vous op&eacute;rez oui ou merde&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;ai jet&eacute; la cl&eacute;, finit par avouer blouse grise, je l&#39;ai jet&eacute;e dans les cabinets&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh non c&#39;est pas vrai&nbsp;! faisons nous en ch&oelig;ur avec la pouffe des savanes australes.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous plaisantez j&#39;esp&egrave;re&nbsp;? tonne monsieur Jambon.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, r&eacute;pond blouse-grise, en secouant la t&ecirc;te, je ne plaisante pas, jamais&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et peut-on savoir pourquoi vous avez eu ce geste aussi stupide qu&#39;incompr&eacute;hensible&nbsp;? demande froidement Marcel Jambon&#8230; j&#39;&eacute;coute, il ajoute en tapotant du pied par terre, apr&egrave;s avoir jet&eacute; un regard de poule parkinsonienne sur sa montre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAlors voil&agrave; que blouse grise se redresse, la t&ecirc;te haute, le buste droit, et se met &agrave; d&eacute;clamer&nbsp;:<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ma famille vit en Australie. Ma m&egrave;re est d&#39;origine australienne, plateau de Kimberley, au sud du grand d&eacute;sert de sable, &agrave; l&#39;ouest du territoire du nord. Ses parents ont fui la mis&egrave;re du vieux continent pour y trouver une vie meilleure. Aussi, je ne saurais tol&eacute;rer que l&#39;on tienne de tels propos comme comme&#8230; il nous d&eacute;signe d&#39;un doigt rageur&#8230; comme ces dames qui ignorent tout de ces gens&#8230; de la grande famine fondatrice et du co&ucirc;t des denr&eacute;es primordiales&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais je n&#39;ai rien dit&nbsp;! je proteste alors, j&#39;ai &eacute;t&eacute; prise en otage par cette militante hyst&eacute;rique&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous savons o&ugrave; est la v&eacute;rit&eacute;, glapit la t&acirc;teuse d&#39;avocats qui ignore ma sortie, et j&#39;aime mieux vous dire qu&#39;elle ne se trouve pas sur le plateau de Kimberley&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez me chercher une scie &eacute;lectrique, ordonne monsieur Jambon &agrave; Blouse grise&#8230; et un scieur de scie &eacute;lectrique, il ajoute.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;! r&eacute;plique blouse-grise, en croisant les bras, non, je n&#39;irai pas&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment &ccedil;a, s&#39;exclame monsieur Jambon, comment osez-vous&nbsp; monsieur machin ne pas obtemp&eacute;rer &agrave; mes ordres&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est comme &ccedil;a, lui r&eacute;plique monsieur machin, il y a des choses dans la vie au sujet desquelles on ne peut pas transiger&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous voulez peut &ecirc;tre avoir du temps pour vous pour aller visiter les v&ocirc;tres sur le plateau de Kimberley&nbsp;? lui demande alors Marcel Jambon en articulant lentement, dites le moi&#8230; je n&#39;ai qu&#39;une parole&#8230; je peux vous virer sur le Auchan&#8230; si c&#39;est &ccedil;a que vous souhaitez&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMonsieur Jambon ricane. Ses rouflaquettes tressautent. Tout est laid, d&eacute;cid&eacute;ment. Je veux rentrer chez moi, maman. Je commence &agrave; avoir les poignets qui me tirent, il est tard, les magasins vont bient&ocirc;t fermer..<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je vous rappelle, continue en articulant lentement monsieur Jambon, je vous rappelle&#8230; pour m&eacute;moire&#8230; que vous avez en cours un cr&eacute;dit immobilier sur 25 ans&#8230; la pile du c&oelig;ur de votre m&egrave;re &agrave; rembourser sur 10 ans&#8230; et les &eacute;tudes de vos filles &agrave; financer&#8230; dont une s&#39;est piqu&eacute;e de faire chirurgienne des pieds&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;! ass&egrave;ne monsieur Jambon d&#39;un ton Jambonien, alors&#8230; que d&eacute;cidez-vous de faire mon brave machin&#8230;&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ok, r&eacute;torque d&#39;un ton d&eacute;go&ucirc;t&eacute; blouse grise, ok, j&#39;y vais&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt il y va, m&eacute;content, &ccedil;a se voit comme &ccedil;a se respire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et d&#39;o&ugrave; venaient pr&eacute;cis&eacute;ment ces avocats&nbsp;? nous demande ensuite d&#39;un ton aimable Marcel Jambon.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De B&eacute;nidiou&nbsp;! clame la femme, B&eacute;nidiou &ocirc; toi lieu maudit&#8230; terroir des injustices, verger des douleurs d&#39;un peuple innocent, symbole de la&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est bon, je la coupe &eacute;nerv&eacute;e, on ne va pas remettre &ccedil;a&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; B&eacute;nidiou, B&eacute;nidiou&#8230; reprend Marcel Jambon d&#39;un air pensif, B&eacute;nidiou, comme c&#39;est &eacute;trange&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nBlouse grise revient avec un scieur et une scie &eacute;lectrique, qui s&#39;emploie illico &agrave; nous d&eacute;livrer. Mon enfant int&eacute;rieur a encore r&eacute;tr&eacute;ci, et mon adulte int&eacute;rieur se dit que l&#39;engagement est d&eacute;cid&eacute;ment une chose bien dangereuse.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPuis nous entrons dans le bureau de monsieur Jambon, o&ugrave; il nous fait asseoir sur deux &eacute;normes pilons en Plastique, figurant des Jambonneaux g&eacute;ants. Ce sont des sortes de poufs o&ugrave; l&#39;on s&#39;enfonce comme dans un bain de boue, le museau sur les genoux.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Donc, il reprend en croisant les mains et en nous regardant droit dans les yeux, si je r&eacute;sume bien&#8230; vous avez tent&eacute; de bousiller les r&eacute;serves d&#39;avocats de MON magasin au nom de VOS pauvres qui ne sont m&ecirc;me pas d&#39;ici&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais non&nbsp;! je proteste, je n&#39;ai rien &agrave; voir avec tout &ccedil;a&nbsp;! je ne faisais que passer&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelle l&acirc;che&nbsp;! s&#39;exclame la grande t&acirc;teuse d&#39;avocats, nous &eacute;tions pourtant convenues de rester solidaires quand nous tomberions aux mains de l&#39;Ennemi et du Tortionnaire&nbsp;! Car vous pouvez me torturer, elle se met &agrave; glapir, allez y, bourreau&nbsp;! torturez-moi&nbsp;! Je ne renoncerai pas &agrave; mon Id&eacute;al, jamais&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;! Jamais je ne renoncerai &agrave; ma Lutte&nbsp;! Torturez-moi, mais&nbsp; torturez-moi donc&nbsp;! Allez y&nbsp;! Allez y&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQu&#39;elle s&#39;excite en couinant. A croire qu&#39;elle n&#39;attend que &ccedil;a, cette morue emperlous&eacute;e.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Votre &laquo;&nbsp;Id&eacute;al&nbsp;&raquo;, articule monsieur Jambon, lentement, votre &laquo;&nbsp;Id&eacute;al&nbsp;&raquo;&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, Mon Id&eacute;al, elle confirme, sans guillemets, et en croisant les bras sur sa maigre poitrine. J&#39;Exige que r&eacute;parations soient faites &agrave; l&#39;endroit des Aborig&egrave;nes d&#39;Australie&#8230; peuple malmen&eacute;&#8230; peuple mal trait&eacute;&#8230; peuple mal&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D&#39;Australie&#8230;. monsieur Jambon articule encore lentement.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPuis il se l&egrave;ve. Il va &agrave; sa biblioth&egrave;que, prend un livre, un atlas, et se rassoit. Il l&#39;ouvre &agrave; l&#39;index, fait descendre son doigts, l&#39;arr&ecirc;te &agrave; un endroit, puis feuillette quelques pages, avant d&#39;arriver &agrave; l&#39;une d&#39;entre elles, et alors, alors un sourire mauvais soudain s&#39;&eacute;tale sur son visage&#8230;&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl se met &agrave; glousser.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est bien ce que je pensais, c&#39;est bien ce que je pensais&#8230; B&eacute;nidiou, il glousse, B&eacute;nidiou en Australie&#8230; elle est bien bonne celle-l&agrave;&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl se penche soudain vers la t&acirc;teuse d&#39;avocats, et il lui dit d&#39;un ton glacial.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Apprenez, madame l&#39;Id&eacute;aliste, que B&eacute;nidiou n&#39;est certainement pas en Australie&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah bon, elle r&eacute;pond sans se d&eacute;monter, et o&ugrave; est-il donc alors&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En Samarie, il l&acirc;che du m&ecirc;me ton, il est en Samarie&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPuis il se recule dans son fauteuil et se met &agrave; tapoter le bureau d&#39;un air fort satisfait.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Menteur&nbsp;! braille la femme. Kapo&nbsp;! Tra&icirc;tre aux droits de l&#39;homme&nbsp;! Affabulateur&nbsp;! Imposteur&nbsp;! Caniche aux Puissants&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et c&#39;est o&ugrave; la Samarie&nbsp;? je demande.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment &ccedil;a c&#39;est o&ugrave;&nbsp;? me fusille du regard monsieur Jambon.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben oui, j&#39;insiste, c&#39;est o&ugrave;&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien sur Terre, &eacute;videmment&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl l&egrave;ve les bras d&#39;un air exasp&eacute;r&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais encore, j&#39;insiste, o&ugrave; exactement sur Terre&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&#39;avez-vous besoin de savoir &ccedil;a&nbsp;? il me tonne dans les oreilles, avez-vous l&#39;intention de b&eacute;n&eacute;ficier, en plus, d&#39;une le&ccedil;on particuli&egrave;re de g&eacute;ographie, en lieu et place de ce qui n&#39;est jamais qu&#39;une surface commerciale&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl me glapit dessus, alors que l&#39;aborig&eacute;nophile &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi marmonne, B&eacute;nidiou, B&eacute;nidiou pas en Australie, et puis quoi encore&#8230; Je regarde par la fen&ecirc;tre, comme si c&#39;&eacute;tait super int&eacute;ressant, mais je sens les yeux ardents du Jambon pos&eacute;s sur moi.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et puis quoi encore&#8230; grogne Marcel Jambon, on arr&ecirc;te mes &eacute;tudes, on m&#39;oriente &agrave; 15 ans dans une fili&egrave;re de formation professionnelle&#8230; on m&#39;apprentise&#8230; on m&#39;exploitise durant mes plus belles ann&eacute;es&#8230; on me fait avancer &agrave; la sueur de mon front, de mes aisselles, &agrave; soulever ainsi des cartons&#8230;&nbsp; des cartons d&#39;avocats, d&#39;oranges, de pommes d&#39;o&ugrave; qu&#39;ils soient&#8230; et on essaye de me pincer sur la localisation d&#39;un pays!!!!!!!!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl hurle &ccedil;a soudain. Mince alors. Zut.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Excusez moi, je grelotte, je ne pensais pas &agrave; mal, je&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On me m&eacute;prise, hein c&#39;est &ccedil;a&nbsp;? il vocif&egrave;re, on me consid&egrave;re comme une merde sub-prol&eacute;tarienne hein c&#39;est &ccedil;a&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh, je marmonne.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais qui &ecirc;tes-vous&nbsp;? il me demande, m&eacute;chamment, qui &ecirc;tes vous pour me m&eacute;priser ainsi, hein&#8230; qui &ecirc;tes vous pour me tra&icirc;ner ainsi dans la boue&nbsp;? Esp&egrave;ce de sale petite bourgeoise, prot&eacute;g&eacute;e, g&acirc;t&eacute;e, ex &eacute;tudiante sur-subventionn&eacute;e&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe baisse le nez sur le tapis qui figure une danse dite des cochonnets.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bon eh ben c&#39;est pas tout &ccedil;a, fait soudain la grande t&acirc;teuse d&#39;avocats, mais j&#39;ai d&#39;autres missions &agrave; accomplir&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle se l&egrave;ve, et prend son sac &agrave; main.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais o&ugrave; allez vous&nbsp;? lui demande d&#39;un ton &eacute;tonnamment plaintif Marcel Jambon.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A Rungis&nbsp;! elle rugit, y a des tonnes de cageots qui m&#39;attendent&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt elle se casse, sans se retourner, son sac &agrave; perlouzes, Katmandou 1978, se balan&ccedil;ant sur son &eacute;paule, tandis que ses tongs de luxe font entendre quelques clipeuclapeuh qui vont en d&eacute;croissant tout le long du corridor.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me l&egrave;ve &agrave; mon tour, pas trop s&ucirc;re de pouvoir filer. Je me dirige honteusement vers la porte. J&#39;ai d&eacute;j&agrave; la main sur la poign&eacute;e quand j&#39;entends un petit sanglot sec&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et vous, me demande alors doucement monsieur Jambon, et vous, o&ugrave; allez-vous&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je vais acheter des avocats, je r&eacute;pond, rougissante, car je ne compte pas investir dans les siens.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah,&#8230; un sanglot lui fissure la voix&#8230; comme vous avez de la chance de croire en quelque chose&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl hulule avant de se prendre la t&ecirc;te dans les mains, et de se mettre &agrave; pleurer.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si seulement je pouvais croire en quelque chose, il g&eacute;mit, si seulement, si seulement&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAlors je sors, sur la pointe des pieds. Je me sens un peu secou&eacute;e, et les poignets me font mal. Je sors du grand magasin sous le regard plein de haine de Blouse grise en train de bichonner ses avocats originaires de B&eacute;nidiou. Je me retrouve dans la rue, tous les stores sont en train d&#39;&ecirc;tre baiss&eacute;s.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nO&ugrave; vais-je trouver des avocats moi, et des avocats de pas d&#39;l&agrave; bas qui plus est, merde, Adnan.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe poursuis ma tourn&eacute;e pour le moins peu triomphale par les petits &eacute;piciers arabes du quartier. Des avocats, &agrave; cette &eacute;poque de l&#39;ann&eacute;e, la plupart n&#39;en ont pas, ou alors durs, petits, maigrelets, la Peau plus &eacute;paisse qu&#39;une centenaire. Ils ont l&#39;air de couilles racornies, de cacas de reptiles ou d&#39;hippopotames fam&eacute;liques. Ils viennent de r&eacute;gions pour le moins incongrues, Alabama, Pachtounie, Zoroastrie&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAu quatri&egrave;me, l&#39;&eacute;picerie arabe de mon quartier de fait, je trouve enfin des avocats bien bruns, ronds, moelleux, gros &agrave; souhait.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et d&#39;o&ugrave; viennent-ils&nbsp;? je demande forc&eacute;ment un peu &eacute;chaud&eacute;e au marchand.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; B&eacute;nidiou&nbsp;! il m&#39;informe d&#39;un ton jovial.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai un mouvement de recul.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Samarie, il pr&eacute;cise.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et c&#39;est o&ugrave; la Samarie&nbsp;? je demande d&eacute;j&agrave; alarm&eacute;e.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous voyez J&eacute;rusalem&nbsp;? il me lance.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh oui, je balbutie, sentant la d&eacute;prime me tomber dessus.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien c&#39;est pas l&agrave; bas il glousse, c&#39;est pas la peine d&#39;aller &agrave; J&eacute;rusalem l&#39;an prochain&#8230; vous n&#39;en trouveriez pas&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAhahahahahaha. Le voil&agrave; mort de rire, il s&#39;en tape m&ecirc;me les mains sur les cuisses.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais c&#39;est o&ugrave; EXACTEMENT&nbsp;? je lui demande d&#39;un ton un peu agressif, je le reconnais.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chez eux&nbsp;! il r&eacute;torque soudain calm&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qui chez eux&nbsp;? je me sens &agrave; bout de nerfs.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben pas chez nous&nbsp;! il r&eacute;plique, d&#39;un ton &eacute;nerv&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSeigneur, je m&#39;assois sur le tabouret de la boutique, et j&#39;essaye de reprendre, calmement.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourriez-vous me dire pr&eacute;cis&eacute;ment, j&#39;articule, o&ugrave; se trouve g&eacute;ographiquement et politiquement la Samarie&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCar m&ecirc;me moi, sous-d&eacute;velopp&eacute;e g&eacute;o-politiquement, je me doute que dans cette r&eacute;gion du monde, il y a visiblement plusieurs pays en un. Et en un, plusieurs visions qui se marchent sur la queue.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ne bougez pas&nbsp;! il me r&eacute;pond alors.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt il s&#39;en va farfouiller dans son arri&egrave;re boutique.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEntrent alors deux femmes, que l&#39;on peut sans peine qualifier de travailleuses du soir, pour ne pas dire de mauvaise vie que ce soit en jours ouvrables ou ouvr&eacute;s. Elles arborent la traditionnelle jupe en cuir pour le moins minimaliste, les hautes bottes &agrave; talon en pic de piolet. L&#39;une porte un manteau en Peau de lapin, et l&#39;autre, un esp&egrave;ce d&#39;imperm&eacute;able en Plastique noir. Elles s&#39;en vont farfouiller dans les rayons light au fond de la boutique.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Marre, <\/em>j&#39;entends l&#39;un d&#39;elle dire<em>, marre, il faut rester &agrave; la fois grasse et mince.<\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Ouais, fait l&#39;autre, avoir un gros cul, pos&eacute; sur des cuisses rondes et fermes&#8230; <\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Avec des gros nibards, rajoute sa cong&eacute;n&egrave;re. <\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Ouais, et tant qu&#39;&agrave; faire, prolong&eacute;s par une taille fine, braille presque sa coll&egrave;gue de travail.<\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Quelle bande de connards, elle ajoute, j&#39;te boycotterai tout &ccedil;a moi&nbsp;! <\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Oui mais de quoi on vivrait alors hein sans ces connards&nbsp;? reprend l&#39;autre. <\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Je reprendrai mes &eacute;tudes m&eacute;sopotamiques&nbsp;! r&eacute;plique sa cong&eacute;n&egrave;re d&#39;un ton vibrant. <\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Ah, fait sa coll&egrave;gue qui, comme moi, se demande en quoi &ccedil;a consiste.<\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe marchand revient. Il tient un livre &eacute;norme dans une main, et un autre, tout aussi gros, dans l&#39;autre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&#39;est-ce que c&#39;est que &ccedil;a&nbsp;? je lui demande d&eacute;j&agrave; fatigu&eacute;e.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; From one hand, la Bible, il r&eacute;torque tout fr&eacute;tillant, et from the other, le Coran&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous n&#39;auriez pas un truc genre atlas tout simple, je balbutie, &ccedil;a me para&icirc;trait plus neutre&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSans me r&eacute;pondre, il commence &agrave; feuilleter l&#39;un des bouquins, Samarie, Samarie, il marmonne, Samarie&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Sans compter qu&#39;&agrave; force de sucer, s&#39;exclame-t-on dans l&#39;arri&egrave;re boutique,&nbsp; j&#39;ai les dents toutes ab&icirc;m&eacute;es&#8230; <\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Oui, reprend-t-on de concert, je trouve qu&#39;il y a un r&eacute;el probl&egrave;me&#8230; les poils pubiens sont devenus excessivement d&eacute;tachables&#8230; <\/em><br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>La pollution sans doute, &eacute;met comme hypoth&egrave;se sa cons&oelig;ur, le trou dans l&#39;ozone, le&#8230; <\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me passe une main tremblante sur la figure.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Samarie, Samarie&#8230; Voyons, voyons voir, marmonne le marchand, ah&nbsp;voil&agrave;&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt il se met &agrave; lire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Samarie&#8230; r&eacute;gion comprise entre le d&eacute;sert de Jordanie et la mer de m&eacute;diterran&eacute;e, bord&eacute;e au nord par les contreforts du mont Liban et au sud, par les premi&egrave;res dunes du d&eacute;sert du Sina&iuml;&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPersonnellement, j&#39;&eacute;touffe un soupir de d&eacute;sespoir.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; les habitants de Samarie sont appel&eacute;s les Samaritains, il pr&eacute;cise en relevant la t&ecirc;te, les yeux brillants et la l&egrave;vre l&eacute;g&egrave;rement humide.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et les avocats, je demande d&#39;un ton morne, on peut savoir, c&#39;est quoi leur petit nom&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors, j&#39;lui dis&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLes deux travailleuses de la nuit reviennent les mains charg&eacute;es de produits di&eacute;t&eacute;tiques.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T&#39;es gentil mon gars je lui ai dit, mais les bons Samaritains, c&#39;est pas ici&#8230; y a pas marqu&eacute; just married &agrave; la porte du bordel&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLes deux femmes se mettent &agrave; pousser des hurlements de rire, genre C&eacute;line Dion coinc&eacute;e dans une porte.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; &agrave; tout te dire, on fait dans le liquide, c&#39;est vrai&#8230;&nbsp; mais pas pr&eacute;cis&eacute;ment dans le lait et le miel&#8230; alors pour l&#39;&eacute;picerie fine, faudra aller voir ailleurs&nbsp;!!!!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt re-hurlements de rire, ouafffffffffffffffffffffff&#8230; On dirait vraiment qu&#39;une bande de hy&egrave;nes hyst&eacute;riques a envahi la petite &eacute;picerie.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pousse toi p&eacute;tasse, me dit celle qui a le manteau en Peau de lapin, faut pas croire, y en a qui travaillent pass&eacute;s 17&nbsp;H 30&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hihihihi, glousse sa copine.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;obtemp&egrave;re, je me pousse. Je suis l&agrave; pour la cause des avocats, moi, pas pour me battre avec des femmes de nuit. Je me demande juste quelle t&ecirc;te a leur enfant int&eacute;rieur, quel adulte int&eacute;rieur a d&eacute;ball&eacute; ses petites affaires en leur sein, et comment se passe leur cohabitation avec l&#39;adulte vrai, b&ecirc;te, laid et vulgaire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca nous dit pas o&ugrave; c&#39;est exactement la Samarie, je dis &agrave; l&#39;&eacute;picier en choisissant de les ignorer souverainement.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;La Samarie, intervient cependant la fille au Plastique noir&#8230; elle glousse&#8230; c&#39;est dr&ocirc;le, c&#39;est justement de l&agrave; dont venait mon client, y a pas une heure&#8230; un Samaritain pur sucre&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt elle se tourne vers l&#39;&eacute;picier.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; eh bien&#8230; m&ecirc;me que figure toi&#8230; il m&#39;a propos&eacute; le mariage ce con&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah tiens, r&eacute;pond l&#39;&eacute;picier d&#39;un air poliment surpris.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui&nbsp;! il voulait m&#39;emmener en voyage de noce &agrave; &agrave;&#8230; comment donc&#8230; d&eacute;j&agrave;&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSon front se plisse sous l&#39;intense r&eacute;flexion dont il est le si&egrave;ge.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; B&eacute;nidiou peut &ecirc;tre&nbsp;? je propose d&#39;une voix de pas y toucher.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui&nbsp;! C&#39;est &ccedil;a&nbsp;! s&#39;exclame Plastique noir, tu connais&nbsp;? elle me demande avidement.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh non, pas vraiment, je bafouille, mais euh&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous voyez ces avocats&nbsp;? me coupe l&#39;&eacute;picier, en leur montrant les foutus fruits ou l&eacute;gumes je ne sais m&ecirc;me plus.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui&nbsp;! font les bonnes femmes en ch&oelig;ur.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien ils sont originaires de B&eacute;nidiou, il dit d&#39;un ton gonfl&eacute; d&#39;importance.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et alors&nbsp;? crachote Peau de lapin.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien, nous nous demandions, ma cliente et moi-m&ecirc;me, roucoule l&#39;&eacute;picier, o&ugrave; exactement se trouvait B&eacute;nidiou&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl a dit &ccedil;a d&#39;un air de grand contentement, en se frottant les mains comme une mouche qui vient de se d&eacute;goter le caca du si&egrave;cle.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben en Samarie banane&nbsp;! r&eacute;torque Plastique noir.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On le sait merci, je r&eacute;torque &agrave; mon tour, mais o&ugrave; est exactement situ&eacute;e la Samarie&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElles ouvrent des yeux ronds. Je m&#39;aper&ccedil;ois alors que l&#39;une d&#39;elle tient en ses mains un pain azyme de toute &eacute;vidence p&eacute;tri &agrave; B&eacute;nidiou, tandis que l&#39;autre balance &agrave; son bras un pack de jus d&#39;oranges o&ugrave; s&#39;&eacute;tale en toutes lettres le slogan, <em>&agrave; B&eacute;nidiou en Samarie, le fruit d&eacute;licieux est b&eacute;ni des dioux<\/em>&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSeigneur. B&eacute;nidiou, c&#39;est &agrave; croire que c&#39;est le nombril de l&#39;industrie alimentaire mondiale, la plaque tournante du globe, le point G&eacute;otoutique de notre m&egrave;re la Terre, vu que depuis tout &agrave; l&#39;heure, tout semble ne venir que de B&eacute;nidiou. Avocats, oranges et demandeur en mariage&#8230; tout semble tourner autour, comme des satellites g&eacute;o-stationnaires, des &eacute;lectrons aimant&eacute;s par ce p&ocirc;le n&eacute;anmoins fort lointain pour qui vit, pr&eacute;sentement, dans une &eacute;picerie de mon quartier.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEn attendant, l&#39;&eacute;picier a ouvert l&#39;autre livre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nL&#39;&eacute;picier rel&egrave;ve la t&ecirc;te, d&#39;un air hagard, il l&acirc;che.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; la mer morte n&#39;en est pas loin&#8230; et la mer m&eacute;diterran&eacute;e, en son ouest, bat ses flancs septentrionaux&#8230; il exhale enfin en un long soupir exsangue.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nUn silence navr&eacute; accueille ces propos.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais c&#39;est o&ugrave; exactement&nbsp;? je me mets &agrave; g&eacute;mir&#8230; je veux dire&#8230; o&ugrave;, politiquement&#8230; est-ce que c&#39;est le peuple d&#39;Adnan qui a plant&eacute; ces avocatiers qui ont vu leurs fruits atterrir dans votre boutique&#8230; ou est-ce que c&#39;est l&#39;Ennemi Int&eacute;rieur qui leur a fauch&eacute; le terrain pour y faire cro&icirc;tre les fruits de l&#39;Exploitation destin&eacute;e au Commerce Ext&eacute;rieur&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPeau de lapin me regarde soudain d&#39;un air pour le moins suspicieux. Si ce n&#39;est m&ecirc;me peu content.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dis moi, la p&eacute;tasse, tu roules pour qui&nbsp;? elle me lance, t&#39;es antis&eacute;mite ou quoi&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;aurais du mal, je proteste vertement, le peuple d&#39;Adnan est lui m&ecirc;me s&eacute;mite&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est quoi ces mites&nbsp;? b&ecirc;le Plastique noir.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSon pain azyme se tient serr&eacute; contre son sein, sur lequel se pressent &eacute;galement des agrumes &agrave; l&#39;origine plus ou moins pr&eacute;cise, je sp&eacute;cifie une nouvelle fois.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ne joue pas sur les mots&nbsp;! crache Peau de lapin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle a sorti son air le moins am&egrave;ne, pas franchement pourparlers de paix. Merde, qu&#39;est-ce que j&#39;ai dit moi.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ma famille est partie en fum&eacute;e, elle se met &agrave; crier, toute ma famille&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Doux Allah&nbsp;! s&#39;exclame l&#39;&eacute;picier d&#39;un air sinc&egrave;rement d&eacute;sol&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;&eacute;tait y a quelques d&eacute;cennies au cas o&ugrave; t&#39;aurais fait l&#39;impasse sur le sujet&nbsp;! me crie encore Peau de lapin.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah bon, se rassure l&#39;&eacute;picier.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et on ne se laissera pas faire une seconde fois&nbsp;! elle dit, tremblante, fini le peuple &eacute;lu tabass&eacute; et assassin&eacute; trois fois le si&egrave;cle chaque si&egrave;cle&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt disant cela, nous pouvons tous constater qu&#39;une larme &eacute;paisse s&#39;efforce de ne pas couler le long de ses faux cils, de m&ecirc;me &eacute;pais.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que d&#39;&eacute;motion pour de simples fruits et l&eacute;gumes, grelotte &agrave; nos c&ocirc;t&eacute;s l&#39;&eacute;picier, qui ne raffole pas des discussions politiques dans sa boutique.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt moi, je me sens toute chose, j&#39;avale ma salive. Et je vois soudain Adnan, plant&eacute; dans sa cuisine, le t&eacute;l&eacute;phone &agrave; la main. Dix huit mille cigarettes mourant dans son cendrier, et sa voix qui bat de l&#39;aile quand on lui annonce l&#39;air de pas y toucher qu&#39;on a encore ras&eacute; des maisons en bord de bande, et que c&#39;est normal, et que ces gens l&agrave; l&#39;ont bien cherch&eacute;, et que.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAlors je lance, remont&eacute;e comme dix lance-pierres.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T&#39;inqui&egrave;te pas, ma poule, cette fois, &ccedil;a risque plut&ocirc;t d&#39;&ecirc;tre les Adnaniens qui vont partir en fum&eacute;e&#8230; enfin, il conviendrait de dire concass&eacute;s&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPeau de lapin va pour r&eacute;pliquer quand on entend l&#39;&eacute;picier qui tente de concilier la client&egrave;le.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La situation r&eacute;gionale r&eacute;clamerait bien plut&ocirc;t une intervention de l&#39;Ami Ext&eacute;rieur, il explique ainsi, il conviendrait en effet de comprendre enfin que le Pass&eacute; Ant&eacute;rieur doit s&#39;incliner face au Pr&eacute;sent Pr&eacute;sent&#8230; et en ce sens&#8230; tout le monde devrait consentir &agrave; s&#39;asseoir autour d&#39;une grande et belle table en c&egrave;dre cir&eacute;&#8230; pour discuter de ce qu&#39;il convient d&#39;accepter de donner &agrave; l&#39;un&#8230; pour que l&#39;autre puisse vivre en paix&#8230; conclue-t-il d&#39;un petit ton satisfait&#8230; &ccedil;a vous fait cinq euros dix, il pr&eacute;cise aux deux femmes.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais comment voulez-vous discuter avec des tueurs d&#39;enfants&nbsp;! tonne soudain Plastique noir d&#39;un ton ardent.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nA croire qu&#39;elle se r&eacute;veille et qu&#39;elle vient enfin de saisir qui &eacute;taient ces mites.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment voulez-vous parler autour d&#39;une belle et grande table&#8230; avec des m&egrave;res qui envoient leurs b&eacute;b&eacute;s empiler leurs cubes devant les chars&#8230; avec des p&egrave;res qui envoient leurs fils &#8230; pardonnez moi l&#39;expression&#8230; se faire sauter la bidoche dans les transports en commun&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle a cri&eacute; ces derniers mots. Ce qui fait fuir quelques clients potentiels qui d&eacute;cident d&#39;aller acheter leur boutanche ailleurs plut&ocirc;t que de risquer de p&eacute;rir dans un attentat &agrave; l&#39;avocat pi&eacute;g&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nL&#39;&eacute;picier est &agrave; la torture. Il se roule les mains comme de la bonne p&acirc;te, mais en plus douloureux, et il va pour parler quand, je ne sais pas ce qui se passe, mon brave Enfant Int&eacute;rieur, sur le chemin du non-non-non, s&#39;arr&ecirc;te et se retourne vers l&#39;Adulte Int&eacute;rieur qui l&egrave;ve, pour une fois, le nez de son journal intime et pas concern&eacute;. Puis ils se tourne, lentement, vers moi, l&#39;adulte du moment, un avocat dans la main et mon vison bleu joli aux fesse. Et alors je me mets &agrave; brailler&nbsp;:<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais enfin putain bordel de merde et de&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voyons&nbsp;! s&#39;&eacute;crie l&#39;&eacute;picier, surveille ton langage la goy&nbsp;! c&#39;est une maison s&eacute;rieuse ici&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous &ecirc;tes connes ou quoi&nbsp;?! je continue n&eacute;anmoins sur le m&ecirc;me ton, on pi&eacute;tine les gens, on les humilie, on les emp&ecirc;che de gagner leur vie, on bousille leurs maisons, on arrache leurs oliviers, &agrave; moins qu&#39;on ne les bombarde carr&eacute;ment, syst&eacute;matiquement, tranquillement&#8230; et on est tous surpris, ah ben merde alors, de ne pas trouver en face de soi de braves citoyens pacifiques&#8230; courtois et doux&#8230; et tous dispos&eacute;s &agrave; tendre la joue&#8230; si toutefois elle n&#39;est pas ensevelie, la joue&#8230; sous les ruines&#8230; et d&#39;ailleurs des citoyens de quoi&nbsp;?! De B&eacute;nidiou peut &ecirc;tre hein&nbsp;? Cinq centim&egrave;tres carr&eacute;s de terrain, barrage &agrave; l&#39;entr&eacute;e, bombardement au plat principal et tuerie au dessert&nbsp;?!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt toc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est eux qui ont commenc&eacute;&nbsp;! clame Peau de lapin, c&#39;est eux les premiers qui ont tu&eacute; nos femmes et nos enfants dans ces l&acirc;ches attentats&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allons allons, temp&egrave;re l&#39;&eacute;picier en joignant les mains, il n&#39;est pas d&eacute;plac&eacute; de dire que la situation dans laquelle vivent les Adnaniens pourrait faire perdre patience &agrave; l&#39;individu le plus flegmatique&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est &ccedil;a, je gueule, bien s&ucirc;r, tout n&#39;&eacute;tait que lit de roses et mer de lait avant ces l&acirc;ches attentats&#8230; vous croyez peut &ecirc;tre que la foutue arm&eacute;e des Civilis&eacute;s fait des entrechats dans les rues des villes l&agrave; bas avant&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Moins fort&nbsp;! supplie l&#39;&eacute;picier, moins fort&nbsp;! Nous sommes en territoire public&nbsp;! Les discussions ostentatoires tombent sous le coup de la loi&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt sur ce, quelque chose m&#39;atteint en pleine poire. C&#39;est Peau de lapin qui m&#39;a balanc&eacute; un avocat dans la gueulante.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne laisserai personne traiter mon peuple de colons et d&#39;assassins&nbsp;! elle gueule.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allons allons, essaye encore une fois de temp&eacute;rer l&#39;&eacute;picier, il n&#39;est pas totalement faux de dire que les habitants des territoires ont un c&ocirc;t&eacute; un tantinet colonisateur&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jamais&nbsp;! elle hurle, que pouvez-vous comprendre, vous les goys, &agrave; la douleur des pers&eacute;cut&eacute;s et des chass&eacute;s de toute la Terre&nbsp;? Des enfourn&eacute;s dans les chambres et n&#39;y revenez plus&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe ramasse &agrave; mon tour un avocat, et je le balance en plein dans l&#39;&oelig;il droit de Peau de lapin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Esp&egrave;ce d&#39;assassins&nbsp;! je lui crie, toute la phrasodie d&#39;Adnan me remonte &agrave; la gorge. Peuple d&#39;assassin&eacute;s devenu peuple de bourreaux&nbsp;! Enfants de tu&eacute;s devenus adultes tueurs&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Raciste&nbsp;! me hurle Peau de lapin.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Anti leurs mites&nbsp;! clame Plastique noir.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Arr&ecirc;tez les filles&nbsp;! supplie l&#39;&eacute;picier, arr&ecirc;tez, ces avocats n&#39;y sont rien, ils sont innocents, la Nature n&#39;est pas responsable des fautes commises par les hommes&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt les avocats de B&eacute;nidiou se mettent &agrave; voler &agrave; travers toute l&#39;&eacute;picerie. Nous sommes bient&ocirc;t couvertes de bleus, de rouge, de vert brun &eacute;cras&eacute;. Je saigne du nez, la moumoute jaune de Plastique noir est &agrave; moiti&eacute; arrach&eacute;e, et l&#39;&oelig;il de Peau de lapin a vir&eacute; au violet.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCourant des unes aux autres, l&#39;&eacute;picier crie, en levant les bras bien hauts..<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pace, pace, fare la pace&nbsp;! fare l&#39;amore et non la gu&eacute;rilla&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nRaciste&nbsp;! antis&eacute;mite&nbsp;! colon&nbsp;! assassins&nbsp;! samaritains de mes seins&nbsp;! sionistes de mes kystes&nbsp;! barbus arabes barbares de ma barbichette&nbsp;! sont &agrave; peu pr&egrave;s les seuls mots qui accompagnent d&eacute;sormais le ballet des avocats, et de l&#39;&eacute;picier, qui gaillardement vont et viennent des unes aux autres.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPinpompin&#8230; Nous sommes si occup&eacute;es &agrave; (d&eacute;)battre que nous n&#39;entendons pas la sir&egrave;ne des policiers que l&#39;&eacute;picier a, en d&eacute;sespoir de cause, appel&eacute; &agrave; la rescousse.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est pas beau la guerre, c&#39;est pas beau, il ne cesse de r&eacute;p&eacute;ter, alors que nous montons dans le panier &agrave; salade&#8230; C&#39;est pas beau la guerre, et nous sommes pourtant tous des fr&egrave;res&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPeut &ecirc;tre, mais nous sommes en rage. Puis peu &agrave; peu, nous nous calmons, et aucune de nous trois, je le parierai, n&#39;est fi&egrave;re de ce qui vient de se passer.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tiens mon fr&egrave;re, glousse un des policiers en tendant son sac &agrave; Peau de lapin.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Va te faire enculer&nbsp;! lui r&eacute;torque Peau de lapin, juste parce que &ccedil;a d&eacute;foule.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nUn silence navr&eacute; accueille ces propos peu polis dans le panier &agrave; salade. Silence juste entrecoup&eacute; par le bruit que fait Plastique noir en m&acirc;chouillant son chwim latex, et celui de la calculette d&#39;un des flics stagiaires qui calcule combien &ccedil;a fait en francs, la passe en euros.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe suis assise dans un coin de la cellule. J&#39;ai pleur&eacute;, un peu, je dois l&#39;avouer. Et &agrave; ma grande honte, j&#39;ai l&eacute;ch&eacute; un peu de l&#39;avocat qui restait sur mon visage car j&#39;avais faim. Que les Adnaniens me pardonnent. J&#39;ai peur, j&#39;ai froid, je voudrais rentrer chez moi. Le clodo s&#39;est enfin endormi, et les prostitu&eacute;es ont fini de faire leurs comptes.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La journ&eacute;e a &eacute;t&eacute; bonne, fait entendre dans un gloussement satisfait Plastique noir.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si on veut&#8230; r&eacute;pond l&#39;autre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle se l&egrave;ve et vient vers moi. Par r&eacute;flexe, je l&egrave;ve le bras pour me prot&eacute;ger.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T&#39;es Adnanienne&nbsp;? me demande Peau de lapin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle s&#39;assoit &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi. C&#39;est tr&egrave;s g&ecirc;nant car sa jupe remonte et on voit tr&egrave;s bien qu&#39;elle a pas de culotte.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, je r&eacute;pond en restant les yeux fix&eacute;s sur mes chaussures.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe refuse de discuter avec l&#39;Ennemie Int&eacute;rieure &agrave; ma prison et qui me vaut ce s&eacute;jour ici m&ecirc;me.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mahom&eacute;tante alors&nbsp;? elle insiste, pleine de bonne volont&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non plus, je r&eacute;ponds, boudeuse.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas Rach&eacute;lienne, tout de m&ecirc;me&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle fait &ccedil;a, en ouvrant de grands yeux.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nanananananananananan, je me mets &agrave; g&eacute;mir, je suis rien rien rien rien&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben alors pourquoi t&#39;as fait toutes ces histoires pour des cons d&#39;avocats&nbsp;? elle s&#39;enquiert non sans une certaine curiosit&eacute; dans la voix.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne sais pas, je r&eacute;ponds&#8230; puis, d&#39;une petite voix, je pr&eacute;cise, pour Adnan&#8230; j&#39;ai fait &ccedil;a pour Adnan&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt je me remets &agrave; pleurnicher. Oh Adnan, viens me chercher&#8230; Mais ordre du ministre int&eacute;rieur des affaires du dedans, nous devons rester boucl&eacute;es jusqu&#39;&agrave; demain matin, au moins. Ca nous apprendra &agrave; semer la zizanie avec des affaires relevant du domaine ext&eacute;rieur, et que d&#39;aucuns, tr&egrave;s extr&ecirc;mement comp&eacute;tents, ont en mains, qu&#39;y disent.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Adnan, c&#39;est ton ch&eacute;ri&nbsp;? elle me demande presque gentiment.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, je pleurniche, c&#39;est un ami et il &eacute;tait si triste, je murmure&#8230; je pouvais bien faire &ccedil;a pour lui, ne pas manger des avocats d&#39;l&agrave; bas&#8230; je dis en un beuglement path&eacute;tique.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non mais quelle connerie, elle me r&eacute;plique en haussant les &eacute;paules, tu crois que &ccedil;a aurait chang&eacute; grand chose ma fille&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peut &ecirc;tre un tout petit peu&#8230; j&#39;avance prudemment, sait-on jamais&#8230; un d&eacute;but&#8230; un frisson d&#39;action&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe renonce &agrave; lui expliquer les flux et influx des march&eacute;s internes et externes avec r&eacute;percutions de l&#39;&eacute;conomique sur le politique.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est bien d&#39;une certaine fa&ccedil;on d&#39;avoir un engagement, dit pensivement Peau de lapin, dans cette soci&eacute;t&eacute; individualiste&#8230; et corrompue par le sexe facile&#8230; sans joie&#8230; consum&eacute;riste&#8230; toute cette consommation &agrave; tout va&#8230; sans plus d&#39;identit&eacute; autre&#8230; qu&#39;avaler, avaler, avaler&#8230; mais&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEst-ce bien cette fille sans joie qui parle ainsi&nbsp;? Elle se l&egrave;ve, en me tapotant la joue.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; mais c&#39;est dommage qu&#39;il s&#39;en prenne &agrave; des innocents&#8230; &agrave; des innocents avocats&#8230; dommage aussi qu&#39;il fasse l&#39;impasse sur certaines autres histoires et souffrances qui ne tiennent pas dans un seul trait&eacute;&#8230; et qu&#39;il&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe renonce &agrave; lui expliquer le a d&#39;avant jusqu&#39;au z, zizanie&#8230; Alors elle va se coucher dans son coin, en tirant soigneusement sur sa jupe qui lui arrive courageusement jusqu&#39;&agrave; mi-cuisse.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et avec tout &ccedil;a, fait entendre Plastique noir du fond de la cellule, on sait toujours pas o&ugrave; se trouve exactement B&eacute;nidiou&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;est pas faux.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;entends dans un lointain brouillard le flic de garde parler au t&eacute;l&eacute;phone.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Ouais je pars une semaine me dorer le cul au sud&#8230; c&#39;est pas dommage&#8230; chuis cuit crev&eacute; cass&eacute;&#8230; les manifs des enseignants, les petites vieilles bloqu&eacute;es dans les arbres, les jeunesbanlieusards&nbsp; mal &eacute;lev&eacute;s&#8230; ouais, je pars &agrave; B&eacute;nidiou&#8230;&nbsp; chais pas si tu connais&#8230; <\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSamarie, je marmonne dans mon demi sommeil&#8230; c&#39;est en Samarie&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<em>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/em><em>Ouais, je sais, &ccedil;a craint un peu mais bo&#8230;&nbsp; marre de la grisaille, de la pluie&#8230; envie de soleil et c&#39;&eacute;tait pas cher&#8230; ouais mais j&#39;m&#39;en tape de savoir qui tape sur qui&#8230; c&#39;est rien que des Adnaniens et des Racheliens&#8230; qui se tapent dessus depuis la nuit du temps&#8230; <\/em><br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;est pas vrai, je marmonne avant de sombrer dans le sommeil, c&#39;est m&ecirc;me pas vrai&#8230; C&#39;est nous qui avons port&eacute; la merde l&agrave; bas, au 19<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle, ils s&#39;entendaient tr&egrave;s bien, tr&egrave;s tr&egrave;s bien&#8230; Gar&ccedil;on un demi&nbsp;! glapit le vieux clodo en se retournant dans son sommeil, et que &ccedil;a saute, ou j&#39;boycotte ton brezingue&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe lendemain, on me secoue, un flic me ricane dessus, mon fr&egrave;re, y a ton fr&egrave;re qui t&#39;attend. Ce flic a l&#39;humour bien r&eacute;p&eacute;titif. Et voil&agrave; que je retrouve en effet mon fr&egrave;re Adnan, tir&eacute; &agrave; quatre &eacute;pingles, parlant avec le commissaire, monsieur Moutarde, du scandale du mur de protection, en raison notamment du mat&eacute;riau canc&eacute;rig&egrave;ne us&eacute; &agrave; cet effet.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe viens vers eux, en tra&icirc;nant les pieds. J&#39;ai du tartre sur les dents et l&#39;aisselle huileuse, j&#39;ai horreur de &ccedil;a. Je me sens super moche, sale et meurtrie. J&#39;ai failli perdre ma vie &agrave; moi, merde. Adnan me fait un immense sourire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis venu te chercher, missieur Ali m&#39;a pr&eacute;venu, il me dit, j&#39;ai cru &agrave; une blague&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben non, tu le vois bien, je lui r&eacute;torque pas am&egrave;ne.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;aurais jamais cru que tu ferais tout &ccedil;a pour des avocats&#8230; il ajoute.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt disant cela, je dois bien convenir qu&#39;il a l&#39;air surpris, pour ne pas dire admiratif, voire adorateur. Mais non, j&#39;exag&egrave;re.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPlus tard, dans la rue, il me dit&nbsp;:<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;ai pr&eacute;par&eacute; un bon d&eacute;jeuner &agrave; l&#39;atelier, pour f&ecirc;ter &ccedil;a&#8230; ton premier vrai engagement dans la vie&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe donne des coups de pied aux feuilles mortes par terre. Je voudrais me terrer dans un trou, avec mon enfant et mon adulte int&eacute;rieurs.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je t&#39;ai pr&eacute;par&eacute; des avocats de B&eacute;nidiou, il glousse, avec des crevettes d&#39;Aubervilliers&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tr&egrave;s dr&ocirc;le, je grince.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et une mayonnaise du Berry profond&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAlors je lui donne un coup de pied dans les tibias, et je pars en courant. Vrai qu&#39;on me fiche la paix avec ce B&eacute;nidou, plaque tournante de l&#39;alimentation, pomme de la discorde et agent provocateur de la b&ecirc;tise humaine, compliqu&eacute; quand l&#39;avocat, lui, ne l&#39;est pas. Quand on y songe.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt Adnan se lance &agrave; ma poursuite, en poussant des cris de sioux carbonis&eacute;, ses bronches. Il court, comme jamais, malgr&eacute; ses poumons flemmards, ses coronaires us&eacute;es, malgr&eacute; les id&eacute;es noires, ses corbeaux &agrave; lui, lourds et collectifs et historiques pos&eacute;s sur la branche de son dos, qui ploie. Et je me dis que je lui ai au moins donn&eacute;, avec ces cons d&#39;avocats, un peu de gaiet&eacute; et une once de sportivit&eacute; encore jamais observ&eacute;e chez lui. Toujours &ccedil;a de pris.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Engagez-vous, qu&#39;il disait, engagez-vous. Certes, seulement moi, l&#39;engagement en quoi que ce soit n&#39;a jamais &eacute;t&eacute; mon fortiche &agrave; moi. C&#39;est quelque chose comme une incapacit&eacute; g&eacute;n&eacute;tique, une maladie de naissance ou de croissance. 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