{"id":104,"date":"2006-10-27T10:13:44","date_gmt":"2006-10-27T10:13:44","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=104"},"modified":"2006-10-27T10:18:03","modified_gmt":"2006-10-27T10:18:03","slug":"Repas de famille","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=104","title":{"rendered":"Repas de famille"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah ben quand m&ecirc;me&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nS&#39;&eacute;crie ma m&egrave;re en ouvrant la porte. Je me suis pourtant salement grouill&eacute;e. J&#39;accuse le coup de dix huit verres de vin rouge hier au soir et d&#39;un mal de t&ecirc;te qui me porte au c&oelig;ur. Je sens l&#39;odeur de la b&ecirc;te morte, enfourn&eacute;e dans un four br&ucirc;lant, accompagn&eacute;e du cri des frites plong&eacute;es dans de l&#39;huile bouillante.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nD&eacute;j&agrave;, j&#39;en ai ma claque. D&eacute;j&agrave;, je voudrais &ecirc;tre rentr&eacute;e chez moi.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;est dimanche. La famille m&#39;attend, embusqu&eacute;e dans les fauteuils et les sofas mous. Eux, ont la t&ecirc;te claire. Forc&eacute;ment, hier au soir, ils se sont couch&eacute;s &agrave; une heure encore fra&icirc;che, avec au sang &agrave; peine un doigt de porto, l&#39;haleine parfum&eacute;e aux sept l&eacute;gumes, et les enfants bien rang&eacute;s dans leur lit. Y en a qui ont dispos&eacute; leurs dents dans leur verre, et leurs oreilles artificielles dans leur coffret. Ma grand-m&egrave;re Lucie et sa frangine, Ernestine, &agrave; peine un an moins vieille. Y en a qui ont &eacute;t&eacute; re&ccedil;us dans le grand danger de l&#39;ext&eacute;rieur, mon fr&egrave;re et sa femme, par exemple, mais au prix des baby-sitters, la peau des fesses de tous les enfants de la terre, ils sont rentr&eacute;s bien avant le couvre-feu pour un sommeil rempli de choses saines, pendant que moi, j&#39;essayais de d&eacute;goter le contrat du si&egrave;cle, l&#39;Amour hips.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMa s&oelig;ur, la reine Nathalie, se tient droite comme la justice, la bouche de sa petite derni&egrave;re plant&eacute;e au sein. On dirait une figure antique, le genre de statue qu&#39;on croiserait dans un mus&eacute;e, l&#39;Ode &agrave; la Maternit&eacute; et &agrave; la Guerre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non mais t&#39;as vu l&#39;heure &agrave; laquelle tu d&eacute;barques&nbsp;?! Les m&ocirc;mes vont bient&ocirc;t attaquer les raviers et les verres tellement ils ont faim&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLes m&ocirc;mes en question, Pimprenelle et Melchior, 6 et 4 ans, sont en train de gribouiller consciencieusement le fauteuil&nbsp;&agrave; roulettes de leur arri&egrave;re-a&iuml;eule, qui, s&eacute;diment&eacute;e dedans, n&#39;y voit goutte. Elle y feuillette depuis des ann&eacute;es maintenant le m&ecirc;me magazine, Marie-Claire, 1967, ann&eacute;e de la pilule, sans m&ecirc;me s&#39;en apercevoir, &eacute;tant donn&eacute; qu&#39;elle n&#39;a plus ses yeux, et pas plus sa t&ecirc;te, mais l&agrave;, c&#39;est juste quand elle veut pas. Elle m&#39;a confi&eacute;e, il y a trois No&euml;ls d&eacute;j&agrave;, que la vie lui pesait salement, et que durer pour durer, qu&#39;il s&#39;agisse d&#39;amour ou de vie, &ccedil;a usait sans m&ecirc;me parvenir &agrave; tuer, ah quelle crotte.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSa s&oelig;ur C&eacute;lestine, quatre vingt onze cand&eacute;labres, commence d&eacute;j&agrave; &agrave; angoisser, rapport &agrave; ses oreilles. Elle appuie sans cesse sur la manette de son sonotone en marmonnant des, mais parlez, mais parlez donc, que je puisse r&eacute;gler le son de ce fichu crotte bidule&#8230;A c&ocirc;t&eacute; d&#39;elle se tient fr&egrave;re Jean, un oncle adepte du c&eacute;libat librement consenti, parce que Dieu, &ccedil;a suffit &agrave; vous remplir un homme. Et &agrave; c&ocirc;t&eacute; encore, il y a la femme de mon fr&egrave;re, Cl&eacute;mentine, enceinte de six semaines trois quart, et si vous le savez pas, c&#39;est que vous arrivez de Mars. Barnab&eacute;, leur premier &oelig;uf, est dans la cuisine avec son Papy. Il adore l&eacute;cher et sa langue doit &ecirc;tre d&eacute;j&agrave; en train de tra&icirc;ner dans tous les plats.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSon papy, mon p&egrave;re, lui, fredonne, tiens voil&agrave; du boudin, et ma t&ecirc;te me fait encore un peu plus mal. Le boudin, c&#39;est pour mon caract&egrave;re de cochon, qui justifie que je sois seule, il pr&eacute;tend, quand ma s&oelig;ur, mari&eacute;e, est pourtant bien moins risette que moi. Je la d&eacute;fie de boire dix huit verres de vin rouge en faisant rire la galerie avec l&#39;histoire &eacute;difiante de mon dernier cas social. Un pur vendeur de savonnettes, comme on dit dans le m&eacute;tier, celui des filles qui cherchent &agrave; &ecirc;tre enfin heureuses en amour. Avant hier au soir, derri&egrave;re son &eacute;cran, il a &eacute;t&eacute; pris d&#39;une brutale douleur au dos, alors que je venais de lui confesser dans un mail poignant mon &acirc;ge canonique, apr&egrave;s trois semaines d&#39;&eacute;changes torrides sur le net, 37 ans, et pof, je te rappelle d&egrave;s que ma douleur sera pass&eacute;e.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T&#39;as d&ucirc; encore faire la nouba&#8230; grogne ma s&oelig;ur en me regardant d&#39;un air suspicieux. A bient&ocirc;t 40 ans, tu m&egrave;nes encore une vie d&#39;&eacute;tudiante en histoire de l&#39;art&nbsp;! Quand donc penseras-tu enfin &agrave; te poser&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMa s&oelig;ur, 38 ans et demi, trois enfants, dipl&ocirc;m&eacute;e en &eacute;cole de commerce olfactif, &frac34; temps chez Lanc&ocirc;me, actuellement en cong&eacute; parental, ce qui lui permet d&#39;exposer plus longtemps ses seins, avant l&#39;atroce sevrage dont sera victime sa derni&egrave;re Merveille. Ma s&oelig;ur, qui n&#39;a toujours pas compris qu&#39;une &eacute;cole d&#39;archi n&#39;a rien &agrave; voir avec l&#39;histoire de l&#39;art, respect de l&#39;art et de son histoire, et que quand on n&#39;a pas de mec, on a pas le choix, IL FAUT SORTIR LE SOIR&nbsp; MEME SI ON EST GRABATAIRE.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh ben &ccedil;a va, t&#39;&eacute;nerve pas, r&acirc;le ma s&oelig;ur, on peut plus rien te dire&#8230; on y est pour rien si t&#39;es c&eacute;libataire merde&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu fais quoi &agrave; No&euml;l&nbsp;? Me demande ma m&egrave;re pour d&eacute;tourner les tirs. Tu vas encore pr&eacute;texter quoi pour ne pas venir f&ecirc;ter la naissance de Petit J&eacute;sus en famille&nbsp;? Tu sais, Anna, on est tous contents que tu sois l&agrave;&nbsp;! M&ecirc;me seule&nbsp;! M&ecirc;me avec un traitement psychiatrique pour le moral&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je pensais me bourrer la gueule jusqu&#39;&agrave; plus d&#39;homme, je marmonne.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous avez bonne mine en tout cas&#8230; glisse de fa&ccedil;on constructive Georges, le beau-p&egrave;re de ma s&oelig;ur, invit&eacute; parce que quand sa femme est en voyage d&#39;affaires, il est comme un chien perdu.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Regardez&nbsp;! S&#39;&eacute;crie soudain ma s&oelig;ur. Regardez comme Jos&eacute;phine prend bien le sein toute seule&nbsp;! A six mois &agrave; peine&nbsp;! C&#39;est Extraordinaire&nbsp;! Elle a m&ecirc;me r&eacute;ussi &agrave; d&eacute;grafer mon 105 D pour s&#39;en saisir&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Seigneur, B&eacute;nissez ce sein que Vous avez offert &agrave; la femme pour qu&#39;elle nourrisse le petit d&#39;homme&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nTout le monde s&#39;exclame, roucoule, jubile, ou remercie les puissances sup&eacute;rieures pour fr&egrave;re Jean, tout en matant le sein &eacute;norme de ma s&oelig;ur, stri&eacute; d&#39;horribles veines bleues mais c&#39;est beau, c&#39;est la nature, c&#39;est trop.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est pas tout &ccedil;a, baille Daniel, le jules de ma s&oelig;ur et le fils du beau-p&egrave;re, et si on passait &agrave; table&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nOn passe &agrave; table. On m&#39;a laiss&eacute; la vieille chaise pourrie parce que je suis un vieux meuble, qui vient se faire tabasser depuis 37 ans chez ses parents deux dimanches par mois. Une petite malheureuse qui, non seulement vivote en free lance dans un petit cabinet d&#39;architectes boh&egrave;mes, mais n&#39;a pas encore remport&eacute; un seul CDI sur le march&eacute; des corps &agrave; placer. Par ailleurs, les autres convolant et se reproduisant, c&#39;est plus difficile de les traiter comme des enfants &agrave; qui on refile les si&egrave;ges t&acirc;ch&eacute;s, l&#39;assiette &eacute;br&eacute;ch&eacute;e et le quignon, tandis que moi, avec mon velours us&eacute;, mes baskets et mes pulls &agrave; chat, forc&eacute;ment, je fais cible, comme la Bosniaque en pull rose vif dans une rue de Sarajevo.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ma s&oelig;ur se prend pour l&#39;Infante d&#39;Espagne&#8230; glousse mon fr&egrave;re. Il lui faudrait un tr&ocirc;ne pour asseoir son royal s&eacute;ant&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ma s&oelig;ur fait la difficile&#8230; explique r&eacute;guli&egrave;rement ma s&oelig;ur aux autorit&eacute;s incomp&eacute;tentes, elle n&#39;a pas encore compris que l&#39;amour, c&#39;est surtout descendre de son tr&ocirc;ne et retrousser le bas de sa robe pour l&#39;entretenir&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe suis assise &agrave; c&ocirc;t&eacute; de Pimprenelle. Pimprenelle a de grands yeux liquides, des cheveux en bouclette, et un autre pos&eacute; sur sa langue qui va plus vite que la musique. Je l&#39;aime comme on aime une belle paire de chaussures derri&egrave;re la vitrine. Quelque chose qu&#39;on ne peut pas s&#39;offrir mais qu&#39;on peut essayer, juste pour voir. Elle s&#39;obstine &agrave; me demander o&ugrave; sont de mes enfants, et je suis bien nouille, car &agrave; chaque fois je rougis comme si elle me demandait la date de mon dernier rapport sexuel. En fait, j&#39;exag&egrave;re, elle est bien plus qu&#39;une paire de chaussures, c&#39;est un vrai petit enfant avec qui jouer et causer, qu&#39;on habille de bisous et qu&#39;on taquine aussi parfois.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca boom l&#39;&eacute;cole&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hum&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T&#39;as qui comme amies cette ann&eacute;e&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben des copines&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et t&#39;as des copains aussi&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouais bof quoi les garzons&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et la ma&icirc;tresse, elle est gentille&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSon fr&egrave;re Melchior, quant &agrave; lui, n&#39;a pas voulu l&acirc;cher son feutre. Il l&#39;a pos&eacute; comme un fusil &agrave; c&ocirc;t&eacute; de sa fourchette et mon beau-fr&egrave;re dit que &ccedil;a va &ecirc;tre encore la guerre pour lui faire ouvrir la bouche et lui enfourner patates, poulet et cr&egrave;me vanille. Melchior n&#39;aime pas manger, pas plus que jouer avec d&#39;autres enfants ou dormir longtemps la nuit. Il peut rester des heures dans un fauteuil, les yeux fich&eacute;s dans le rien, &agrave; faire bouger ses l&egrave;vres comme un petit vieux. Il s&#39;invente des histoires et sinon, il s&#39;adonne au dessin, sur toutes les surfaces disponibles. Le b&eacute;b&eacute; de ma s&oelig;ur n&#39;a pas voulu regagner les coulisses et elle bave avec constance sur les genoux de sa m&egrave;re. Elle prend peut &ecirc;tre le sein toute seule, Jos&eacute;phine, mais elle n&#39;a pas un poil sur la t&ecirc;te, un triple menton et des cuisses de catcheuse. Aussi, je le dis objectivement, je pr&eacute;f&egrave;re ne pas avoir d&#39;enfant que d&#39;avoir <em>&ccedil;a<\/em>.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Seigneur, b&eacute;nissez ce repas&#8230; glapit fr&egrave;re Jean alors que tout le monde, Ernestine en t&ecirc;te qui adore manger comme son petit-neveu Barnab&eacute;, a d&eacute;j&agrave; entam&eacute; les betteraves et les tomates.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chaigneur, b&eacute;nichez che repache, marmonne mon p&egrave;re en se tapant sur les nichons en guise de signe de croix.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSchroumph, shroumph. La conversation est passionnante, c&#39;est vrai, et je ne m&#39;ennuie certainement pas plus qu&#39;avec mes cas sociaux qui ont mal au dos.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors, Anna, <em>toujours la folle vie &agrave; la capitale&nbsp;<\/em>? me demande Georges le beau-p&egrave;re, histoire d&#39;alimenter la conversation qui se tra&icirc;ne dans les bouches.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQu&#39;entendez-vous par folle vie, Georges&nbsp;? Quelque chose de fou heureux ou de fou pas heureux&nbsp;? Parce que le coup du vendeur de savonnette, d&#39;une certaine fa&ccedil;on, c&#39;est un peu fou. Fou aussi celui qui m&#39;a invit&eacute;e &agrave; d&icirc;ner &agrave; la Closerie des Lilas et m&#39;a pos&eacute; des tas de questions &agrave; voix super haute,&nbsp;avec &agrave; c&ocirc;t&eacute; un couple Super Heureux qui s&#39;emmerdait pas l&#39;amour &agrave; tout &eacute;couter, comme on s&#39;amuse &agrave; se faire peur&nbsp;devant des images de guerre :<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Depuis combien de temps travailles-tu chez Images&amp;Constructions&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel &eacute;tait ton rang de classement &agrave; la sortie de l&#39;&eacute;cole d&#39;archi de la Villette&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; As-tu d&eacute;j&agrave; v&eacute;cu avec un homme plus d&#39;un an&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; As-tu d&eacute;j&agrave; subi un avortement&nbsp;? un viol&nbsp;? une tentative d&#39;assassinat&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que penses-tu des allocations familiales r&eacute;serv&eacute;es aux seules familles n&eacute;cessiteuses&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Doit-on interdire le port du voile en classe&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai pas d&ucirc; bien r&eacute;pondre car &agrave; la fin du repas, il a fil&eacute; comme pet sur toile cir&eacute;, avec juste un au revoir l&acirc;ch&eacute; dans le vide, qui est venu s&#39;&eacute;craser &agrave; mes pieds, espoir tr&egrave;s d&eacute;&ccedil;u. Je d&eacute;cide de r&eacute;pondre &agrave; la mode Pimprenelle.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca va plut&ocirc;t bien&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tant qu&#39;on a la sant&eacute;, glisse Ernestine toute heureuse d&#39;avoir pu saisir ce passionnant dialogue.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La sant&eacute;, la sant&eacute;, c&#39;est bien beau, bougonne ma grand-m&egrave;re, mais si on peut rien en faire&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allons M&egrave;re, fait fr&egrave;re Jean en lui tapotant le bras, vous n&#39;&ecirc;tes pas la plus &agrave; plaindre&#8230; 93 ans et vous mangez encore toute seule&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;aime pas les vieux, d&eacute;clare Melchior, y savent pas s&#39;arr&ecirc;ter&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Melchior&nbsp;! S&#39;exclame ma s&oelig;ur, indign&eacute;e.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les &oelig;ufs, c&#39;est plein de vitamines, constate Ernestine avec philosophie. Tu devrais en manger plus souvent, mon petit Melchior&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel con ce m&ocirc;me, reconna&icirc;t Pimprenelle.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pimprenelle&nbsp;! Braille mon beau-fr&egrave;re en calottant sa fille.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiin&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPimprenelle sanglote dans ma manche. Je lui tapote la t&ecirc;te. Cl&eacute;mentine est en train d&#39;expliquer &agrave; ma s&oelig;ur comment elle a d&eacute;couvert qu&#39;elle &eacute;tait enceinte, suite &agrave; un fond de culotte d&#39;&eacute;trange texture, apr&egrave;s un rapport sexuel qu&#39;ils pensaient pourtant ne pas avoir achev&eacute;, si-tu-vois-ce-que-je-veux-dire&#8230; Envie de vomir.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand est-ce que tu nous le pr&eacute;sentes, ton petit fianc&eacute;&nbsp;? Demande Ernestine.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais c&#39;est &agrave; Pimprenelle qu&#39;elle s&#39;adresse. La gamine s&egrave;che ses larmes et lui fait un petit sourire bleu.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Y m&#39;aime pas, y pr&eacute;f&egrave;re les filles aux cheveux plats&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quel jeune cr&eacute;tin&nbsp;! Compatit Ernestine. On en fera pas tout un plat, enfin, il exag&egrave;re&nbsp;! Qu&#39;il brave sa timidit&eacute; naturelle et qu&#39;il vienne prendre place &agrave; notre table&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Seigneur, b&eacute;nissez ce poulet, ces frites, et ce bon vin de Bordeaux&#8230; roucoule Fr&egrave;re Jean, qui avait un peu piqu&eacute; du nez.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfin voyons Ernestine, intervient mon p&egrave;re en gloussant, Pimprenelle ne peut pas se marier tant que sa tante ch&eacute;rie ne s&#39;est pas d&eacute;cid&eacute; &agrave; convoler&#8230; les Dieux en seraient tout f&acirc;ch&eacute;s&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAh, ah. Je fusille mon p&egrave;re du regard et je baisse mes yeux dans mon verre. J&#39;ai envie de pleurer et en plus, je suis toute rouge.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh je plaisante, ma ch&eacute;rie&#8230; s&#39;excuse mon p&egrave;re qui est devenu lui aussi tout rouge. Je ne pensais pas &agrave; mal&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMal.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dire&#8230; dire que je ne vivrais plus JAMAIS &ccedil;a&#8230; soupire ma s&oelig;ur en regardant le ventre de Cl&eacute;mentine, qui ressemble &agrave; la panse d&#39;un buveur de bi&egrave;re pass&eacute; la soixantaine.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh mais tu as d&eacute;j&agrave; v&eacute;cu &ccedil;a trois fois&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCl&eacute;mentine bafouille en rougissant, parce qu&#39;elle est timide et que tous les regards, m&ecirc;me de ceux de Fr&egrave;re Jean ont converg&eacute; vers son bas ventre. Et moi, je pourrais la tuer, ma s&oelig;ur. Jamais elle ne tourne sa fichue langue dans sa fichue bouche&nbsp;? Avec elle, c&#39;est la crucifixion permanente, &agrave; croire qu&#39;elle se balade toujours avec le bois de votre croix et les clous qui vont avec pour &ecirc;tre s&ucirc;re de pas rater un chantier. Je dis comme les vieux avec la guerre, ma s&oelig;ur, elle n&#39;a jamais connu &ccedil;a, la morne plaine du c&eacute;libat et ses batailles inutiles. Forc&eacute;ment, elle a trouv&eacute; son jules dans ses chaussures de tennis, &agrave; dix huit ans, club de sport du samedi apr&egrave;s-midi, limonade et renvoi de baballes. Un jeune brave boutonneux qui est devenu son amoureux et m&ecirc;me son mari, avec qui elle n&#39;a eu aucun mal &agrave; fabriquer ses trois t&ecirc;tes chauves. M&ecirc;me pas st&eacute;rile, la garce. Et m&ecirc;me pas cocue, je suis s&ucirc;re, quand nous, les filles pas cas&eacute;es, on fait voiture balais pour les cas sociaux et app&eacute;ricubes pour les convolants.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est pas fort malin, Nathalie, intervient &eacute;tonnement ma m&egrave;re, je te fais bien remarquer qu&#39;il y a ici des femmes qui n&#39;ont jamais procr&eacute;&eacute;&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Moi par exemple&nbsp;! S&#39;&eacute;crie Ernestine, ravie une fois encore de pouvoir comprendre. Qu&#39;est-ce que j&#39;entends bien aujourd&#39;hui&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bah&#8230; grogne ma ch&egrave;re s&oelig;ur, Anna n&#39;est pas tant &agrave; plaindre que &ccedil;a&nbsp;! Elle n&#39;a pas &agrave; se taper comme moi les couches, la lessive, le Auchan, les cris quand elle rentre le soir du boulot&nbsp;! Elle, c&#39;est direction le bar, le cinoche ou la drague sur les quais de Seine, tango, tango&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSilence autour de la table. M&ecirc;me mes vieux, peu &eacute;quip&eacute;s, se rendent bien compte que quelque chose cloche dans ce splendide raisonnement.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Et vous n&#39;&ecirc;tes donc pas fatigu&eacute;e de sortir ainsi tous les soirs&nbsp;?<\/em> insiste p&eacute;niblement le beau-p&egrave;re de ma s&oelig;ur, histoire de rompre l&#39;&eacute;pais voile de conneries qu&#39;a largement contribu&eacute; &agrave; tisser ma frangine.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est &agrave; dire que c&#39;est &ccedil;a ou la branlette, j&#39;explique aimablement.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La bavette, c&#39;est ce qu&#39;il y a de meilleur dans le b&oelig;uf, opine d&#39;un air songeur Ernestine.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;ai d&ucirc; mal entendre, balbutie le beau-p&egrave;re la main en cornet.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nUn ange passe. On entend Jos&eacute;phine qui fait des prouts, pour d&eacute;tourner l&#39;attention de mon couloir a&eacute;rien.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et ta soir&eacute;e d&#39;hier, c&#39;&eacute;tait bien frangine&nbsp;? Demande ma s&oelig;ur en faisant un effort de bont&eacute; digne de la Croix rouge. Y avait du cum&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du cum&#8230; s&#39;exclame ma grand-m&egrave;re, mais qu&#39;est-ce que c&#39;est donc que ce truc l&agrave;&nbsp;?!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCum, c&#39;est du mec, mamie. Du vrai, du bon. Du &eacute;lev&eacute; en plein air et courant libre, sans bague &agrave; la patte. Hier soir, par exemple, tu vois, c&#39;&eacute;tait la soir&eacute;e de la derni&egrave;re chance, avant No&euml;l, si on veut pas boire sa lie toute seule en famille. Avec Zine et Valie, on y a &eacute;t&eacute; comme &agrave; la guerre. Fortes psychologiquement, pr&ecirc;tes &agrave; accepter l&#39;&eacute;chec plus encore que l&#39;amour, puisque l&#39;&eacute;chec, c&#39;est toujours bon pour la croissance de l&#39;exp&eacute;rience. Disent les gens qui gagnent. A la soir&eacute;e, il n&#39;y avait qu&#39;un seule homme seul, et on comprenait facilement pourquoi. <em>Y ressemble au gars de l&#39;affiche du film, 40 ans et toujours puceau<\/em>, m&#39;a gliss&eacute; Valie en pouffant. On a d&eacute;cid&eacute; de se consacrer &agrave; l&#39;alcool. Zine, elle, n&#39;avait pas la frite. On lui avait annonc&eacute; que son correspondant internet &eacute;tait mort. Or, elle venait de constater chez moi que le type existait toujours sur le site lamourpournousaussi.com. C&#39;&eacute;tait profond&eacute;ment d&eacute;courageant, <em>et c&#39;est pas la naissance &agrave; nouveau du petit J&eacute;sus qui allait nous mettre du foutre au c&oelig;ur<\/em>, a glouss&eacute; Ren&eacute;, un homosexuel patent&eacute; qui n&#39;a jamais connu le c&eacute;libat, un comble. On est rentr&eacute;es seules comme des ombres, chez nous seules, et devant la glace de la salle de bains, j&#39;ai essuy&eacute; mes larmes, parce que mais oui, cher Georges, j&#39;en avais marre, et curieusement, le manque d&#39;amour me pesait.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous reprendrez bien un peu de poulet&nbsp;? Fredonne mon p&egrave;re en jetant des os gr&ecirc;les dans l&#39;assiette du beau-p&egrave;re.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben c&#39;est &agrave; dire que&#8230; bredouille ce dernier en regardant son assiette d&#39;un air &eacute;perdu.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ch&eacute;ri&nbsp;! s&#39;&eacute;crie ma m&egrave;re. Les os c&#39;est pour les vieilles&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si je pouvais crever en m&#39;en enfon&ccedil;ant un dans la gorge, tiens&nbsp;! grogne ma grand-m&egrave;re d&#39;un air hargneux.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu bois trop, m&#39;a fait remarquer mon fr&egrave;re. Seule et alcoolique, j&#39;ai tir&eacute; le gros lot avec ma petite s&oelig;ur&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bah laissez la&#8230; grommelle ma grand-m&egrave;re. Au moins, elle finira peut &ecirc;tre pas &agrave; 90 ans dans un fauteuil roulant &agrave; feuilleter un vieux Marie-Claire en se faisant passer pour une gourde&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&#39;est-ce que vous dites, M&egrave;re&nbsp;?! S&#39;&eacute;crie Fr&egrave;re Jean. Dieu vous donne la Vie Quasi Eternelle et vous Lui r&eacute;pondez <em>&ccedil;a<\/em>&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il ne faut pas abuser des bonnes choses, glousse le beau-p&egrave;re, m&ecirc;me si le plaisir s&#39;use que si on ne le consomme pas&#8230; ou trop&#8230; hihi&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl glousse dans sa serviette, tout excit&eacute; par sa boutade vaguement sexuelle, jetant des petits coups d&#39;&oelig;il fi&eacute;rots autour de lui pour voir si l&#39;assistance a compris et en est joyeusement choqu&eacute;e. Il est professeur de sciences politiques, et je crois bien que &ccedil;a ne porte pas &agrave; faire du Desproges mais bien plut&ocirc;t du Duhamel. Ce qui est tout de m&ecirc;me vachement moins dr&ocirc;le.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Depuis que je suis m&egrave;re, intervient alors sa bru, Cl&eacute;mentine, qui d&#39;habitude n&#39;ouvre pas la bouche, je ne fais plus que <em>niquer<\/em>&nbsp;! Etre m&egrave;re m&#39;a permis d&#39;&ecirc;tre femme&nbsp;! Alors qu&#39;on ne vienne pas me dire que la maternit&eacute;, c&#39;est la mort de l&#39;orgasme&nbsp;! Je n&#39;ai jamais AUTANT joui que depuis que j&#39;ai accouch&eacute; de Barnab&eacute;&nbsp;! Anna&nbsp;! Fais toi faire un m&ocirc;me, et le reste suivra&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chut&nbsp;! S&#39;&eacute;crie son mari, Daniel, on n&#39;&eacute;tale pas ses richesses ainsi devant l&#39;indigent&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMa m&egrave;re a &ocirc;t&eacute; son cardigan. En dessous, elle porte un caraco couleur chair et on voit TOUT. Je lui fais des signes d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s mais elle ne voit rien. Cl&eacute;mentine a repris son air de sainte nitouche et ma s&oelig;ur a d&eacute;cid&eacute; de laisser ses gros n&eacute;n&eacute;s profiter tout pleinement de la conversation. Melchior dessine sur son assiette tandis que sa s&oelig;ur et son cousin testent les diff&eacute;rents vins en pr&eacute;sence. Je me frotte les yeux. Est-ce que je r&ecirc;ve&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Et que pensez-vous du ph&eacute;nom&egrave;ne dit du c&eacute;libat urbain&nbsp;?<\/em> me demande d&#39;un air d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; le beau-p&egrave;re en se tournant vers moi pour ne pas laisser ses yeux tomber sur tous ces seins.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je pense que c&#39;est de la belle saloperie, que je lui r&eacute;ponds tout de go, je pense qu&#39;on s&#39;est faite baiser quelque part, au moins l&agrave;&#8230; parce qu&#39;on n&#39;est pas diff&eacute;rentes que les autres, on a les m&ecirc;mes ovaires, on a le m&ecirc;me ut&eacute;rus, r&eacute;gl&eacute;s sur la m&ecirc;me horloge&#8230; on se marre pas plus que les autres quand on rentre seule chez soi et qu&#39;on doit faire tout toute seule, &agrave; commencer l&#39;amour&#8230; vrai qu&#39;on ne se p&egrave;te pas non plus la zygomatique dans les r&eacute;unions de famille &agrave; voir les enfants qu&#39;on a pas, l&#39;amour qu&#39;on a pas, la baise qu&#39;on fait pas&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Depuis que N&eacute;nette morte, je n&#39;baise plus&#8230; chantonne Ernestine en battant la cadence sur la table avec son couteau pour vieille dame, pas de bord aigu et un manche qui fait canne blanche.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMon p&egrave;re reprend le refrain avec Ernestine. Cl&eacute;mentine et Nathalie frappent dans leurs mains tandis que Daniel, le fils de l&#39;autre, a entrepris un grand nettoyage de printemps de ses fosse nasales. Ma m&egrave;re, elle, essaye de toucher le fond de son verre avec sa langue&#8230; Je me sens toute chose.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne le nie pas, proteste alors le beau-p&egrave;re qui sue abondamment, mais ne pensez-vous pas que ce ph&eacute;nom&egrave;ne est largement amplifi&eacute; par les m&eacute;dias comme le spot qu&#39;on plaque, par exemple, sur les feux de voitures en banlieue&#8230; et que les int&eacute;ress&eacute;es du c&eacute;libat cherchent avant tout la casse en soupirant apr&egrave;s l&#39;Utopie de l&#39;Homme Parfait&#8230; au lieu que de retrousser leurs jupes et d&#39;en mettre un bon coup&#8230; que c&#39;est bien plut&ocirc;t dans leur<em> id&eacute;alo-exigence<\/em> qu&#39;est &agrave; chercher la raison de leur posture masturbatoire&#8230; plut&ocirc;t que dans la pr&eacute;tendue cassure des sexes qui ferait que les hommes sont devenus une sous-race&#8230; que la sur-race f&eacute;minine ne saurait d&eacute;cemment condescendre &agrave; fr&eacute;quenter&#8230; m&ecirc;me pour de simples rapports sexuels, y compris oraux&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMon beau-p&egrave;re, en tant que professeur dot&eacute;e d&#39;une grande Chaire, dit des choses tr&egrave;s longues et tr&egrave;s intelligentes dans des salles immenses appel&eacute;es amphis. M&ecirc;me qu&#39;il va devenir directeur de Sciences Po Paris l&#39;ann&eacute;e prochaine, si la r&egrave;gle des quotas fonctionne enfin pour lui. Il se raccroche &agrave; la science pour &eacute;chapper &agrave; la folie qui monte sur Terre, comme la fum&eacute;e sur le fumier, dit-il toujours avec cette mod&eacute;ration dans l&#39;action sociale comme dans le parler buccal qui le caract&eacute;rise, ce gros empaff&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quand j&#39;&eacute;tais jeune, explique aimablement ma grand-m&egrave;re en se penchant sur lui de tout son dentier, je n&#39;&eacute;tais pas comme vous maintenant&#8230; ou comme Anna&#8230; tous mes membres et mes organes me servaient &agrave; moi&#8230; mon cul, c&#39;&eacute;tait pas que pour m&#39;asseoir, j&#39;aime mieux vous dire&#8230; au bal, je faisais pas p&acirc;tisserie, &ccedil;a non&nbsp;! j&#39;en ai connu des mites avant la mite de votre grand-p&egrave;re, les enfants&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Maman&nbsp;! glapit ma m&egrave;re. Ne tire pas la chauffeuse &agrave; toi comme tu l&#39;as toujours fait quand j&#39;&eacute;tais jeune fille et que tu draguais les hommes qui daignaient s&#39;int&eacute;resser enfin &agrave; moi&nbsp;! Parce qu&#39;avec les moches habits que tu me faisais porter, les lunettes triple foyer et ma licence de droit p&eacute;nien, j&#39;aime mieux te dire que je faisais fuir&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Charlotte&nbsp;! S&#39;&eacute;crie mon p&egrave;re. Laisse ta m&egrave;re s&#39;exprimer&nbsp;! La vieille dame est une personne&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl s&#39;est dress&eacute;, furieux. Ce qui me permet de voir qu&#39;il porte sous son tablier une de mes mini-jupes d&#39;il y a bien 20 ans maintenant. Avec des porte-jarretelles. Je lui adresse des signes d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;s, &agrave; lui aussi, mais le poings sur la hanche, il se dandine tout en faisant une bouche &agrave; la Marylin. Ma s&oelig;ur parle &agrave; ses seins et Fr&egrave;re Jean s&#39;adresse au lustre du plafond en lui disant qu&#39;il ne faut pas mettre la langue sous le poisseux. Je me frotte encore les yeux.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Barnab&eacute;&nbsp;! Braille de son c&ocirc;t&eacute; mon fr&egrave;re. Enl&egrave;ve ta langue du plat&nbsp;! Ca-ne-se-fait-pas&nbsp;! Ceci n&#39;est pas Ton plat mais celui du Collectif 612 de la Division 813&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je crois que je vais y aller&#8230; pleurniche mon beau-p&egrave;re.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu peux pas partir avant le dezert m&eacute;zant papi, zozotte Pimprenelle, za ne ze fait pas&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez Anna quoi&#8230; te bile pas, roucoule ma s&oelig;ur en me tapotant le bras, tu trouveras bien un mec, t&#39;auras qu&#39;un enfant et puis ce sera bien assez vu que j&#39;en ai trois et notre frangin, deux&nbsp;! La Terre croule d&eacute;j&agrave; bien assez sous la chair humaine&nbsp;! Tiens, je te pr&ecirc;te ma fille pour le dessert!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt elle me colle la grosse chauve sur les genoux. Qui roucoule en me griffant le cou de ses petits ongles. Elle me regarde, ravie, comme si j&#39;&eacute;tais un &eacute;norme t&eacute;ton. Le beau-p&egrave;re lui nous regarde tous, comme si nous &eacute;tions des monstres. Enfin eux, surtout.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Seigneur&nbsp;! Pardonne leur&nbsp;! Ils ne savent pas ce qu&#39;ils font&nbsp;! S&#39;&eacute;crie fr&egrave;re Jean en se servant trois parts de g&acirc;teau tout en finissant la bouteille de vin d&#39;Alsace au goulot.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La famille, vous savez Georges, roucoule ma m&egrave;re au beau-p&egrave;re tout en lui battant des cils, c&#39;est le dernier rempart face &agrave; la d&eacute;cadence du monde actuel, vous ne croyez pas&nbsp;? Vous Qui Savez Tout&nbsp;? Qu&#39;en Pense Sciences Po&nbsp;A Ce Propos ?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si, si, balbutie l&#39;autre, plein de sueur, heureusement que la famille est l&agrave;&#8230; &ccedil;a &ccedil;a&#8230; &ccedil;a fait du bien&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tiens, il a pas fait une phrase longue de six cent huit mots, remarque d&#39;un air distrait Cl&eacute;mentine en se frottant &agrave; mon fr&egrave;re. Ca nous change de ses Attention convois sp&eacute;ciaux&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est vrai, &ccedil;a papa&nbsp;! S&#39;exclame son fils.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQui, une fois son nez r&eacute;cur&eacute;, &eacute;tait parti jouer sur le tapis, &agrave; quatre pattes, avec les trois mouflets. Il &eacute;tait le chef de gare, et les m&ocirc;mes faisaient les wagons, t&ucirc;t t&uuml;t.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu vas jamais conserver la chair de ta chaire si tu r&eacute;tr&eacute;cis ainsi tes propos&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQu&#39;il s&#39;esclaffe encore, le Daniel.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je vais, je vais&#8230; supplie le beau-p&egrave;re, blanc et tremblant.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je vais et jeeeeeeeeeeeeeeeeeee viens&#8230; zentre tes reiiiiiiiiiiiiiiiiins&#8230; chantonne Ernestine en oscillant dangereusement.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Georgy, Georgy fais moi fais moi mal&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nFredonne pour sa part ma grand-m&egrave;re.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Georgy&nbsp;! elle lui crie, au malheureux beau-p&egrave;re, tout en lui tendant la manette de son sonotone, tuez moi donc &agrave; coups de d&eacute;cibels&nbsp;! La Police n&#39;y verra que du feu&nbsp;! Elle est trop occup&eacute; &agrave; traquer le jeune Beur&nbsp;! Allez&nbsp;! Du cran&nbsp;! Hardi&nbsp;le Prof&nbsp;! Tuez la vioque&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais le beau-p&egrave;re s&#39;est lev&eacute;. Je me l&egrave;ve aussi. Et je le raccompagne &agrave; ses affaires, imperm&eacute;able, parapluie &agrave; l&#39;anglaise, puis &agrave; la porte. Il est blanc comme un linge, la peur et la rage. J&#39;excuse les miens, m&ecirc;me ceux qui sont pas &agrave; moi, comme son fils, par exemple.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne sais pas ce qu&#39;ils ont&#8230; je balbutie. Je ne comprends pas&nbsp;! je n&#39;ai JAMAIS vu &ccedil;a&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est scandaleux&nbsp;! Il hoqu&egrave;te. Je vais le dire &agrave; monsieur l&#39;Ev&ecirc;que&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il n&#39;y pourra pas grand chose, je le raisonne, sans compter qu&#39;il a d&eacute;j&agrave; un proc&egrave;s de p&eacute;dophilie sur les bras&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Seigneur, quelle &eacute;poque ma petite&nbsp;Anna, il me balbutie tout en m&#39;embrassant, sans y penser, l&#39;&eacute;motion, sur la bouche.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe referme la porte et je rentre dans la salle &agrave; manger. Ils sont tous assis, bien gentiment &agrave; table.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il est d&eacute;j&agrave; parti&nbsp;? S&#39;&eacute;tonne ma m&egrave;re. Je ne lui ai m&ecirc;me pas donn&eacute; le baiser de la paix&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien&#8230; je balbutie.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ni moi le calumet filial&nbsp;! S&#39;&eacute;crie son fils, vex&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une petite partie de croquet, &ccedil;a vous dirait&nbsp;les enfants&nbsp;? Propose ma grand-m&egrave;re.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh oui&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Trop cool&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chouette&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCrient-ils tous. Et ils se l&egrave;vent de table, en ch&oelig;ur, m&ecirc;me Ernestine, et disparaissent dans le jardin, en poussant le fauteuil de ma grand-m&egrave;re. Seule Jos&eacute;phine est rest&eacute;e assise, dans son si&egrave;ge. Elle bave, aux anges, sur le crucifix professionnel qu&#39;a distraitement oubli&eacute; son grand-oncle, Fr&egrave;re Jean, sur la table de sa chaise haute.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu comprends &ccedil;a toi&nbsp;? Je lui demande, ahurie.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle me regarde, et me sourit. Elle me tend ensuite ses petits bras grassouillets, ravie qu&#39;une pauvre fille c&eacute;libataire, mais saine de corps et d&#39;esprit soit rest&eacute;e l&agrave; pour s&#39;occuper d&#39;elle. Je la prends dans mes bras, je lui colle un baiser doux et soyeux sur son cr&acirc;ne d&#39;oiseau. Elle glousse, et moi je pars rejoindre les autres, Jos&eacute;phine &agrave; califourchon sur une hanche, avec une folle envie de rire qui me remonte irr&eacute;sistiblement des entrailles.<br \/>\n&nbsp;\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah ben quand m&ecirc;me&nbsp;! &nbsp; S&#39;&eacute;crie ma m&egrave;re en ouvrant la porte. Je me suis pourtant salement grouill&eacute;e. J&#39;accuse le coup de dix huit verres de vin rouge hier au soir et d&#39;un mal de t&ecirc;te qui me porte au c&oelig;ur. Je sens l&#39;odeur de la b&ecirc;te morte, enfourn&eacute;e dans un four br&ucirc;lant, accompagn&eacute;e &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=104\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/104"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=104"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/104\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=104"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=104"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}