{"id":105,"date":"2006-10-27T10:16:26","date_gmt":"2006-10-27T10:16:26","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=105"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T15:00:00","slug":"Coeur de pierres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=105","title":{"rendered":"Coeur de pierres"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nJ&#39;habite dans une r&eacute;gion fr&eacute;quent&eacute;e par la guerre. Je n&#39;ai pas de domicile fixe, vu que je passe de main en main, de part et d&#39;autre de cette terre o&ugrave; je suis n&eacute;. Un jour ici, le lendemain, en face. On m&#39;appelle Boutros&nbsp;; mais aussi bien caillou, pierre, projectile, arme du pauvre, et cela, en h&eacute;breu, arabe, aram&eacute;en, anglais, russe, balte&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCe matin l&agrave;, je me souviens, j&#39;ai &eacute;t&eacute; r&eacute;veill&eacute; par le pneu d&#39;une jeep, qui m&#39;a roul&eacute; dessus. Sale r&eacute;veil, j&#39;&eacute;tais de mauvais poil. A peine le temps de me remettre que pan, voil&agrave; les &eacute;coliers du village qui arrivent. Leur &eacute;cole est situ&eacute;e de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute; du mur, et chaque matin, ils doivent attendre que le bidasse, en face, veuille bien ouvrir le portail construit dans la barri&egrave;re &eacute;lectrique, mur de protection ou cl&ocirc;ture de s&eacute;curit&eacute;, qui s&eacute;pare le village en deux parties dont une &agrave; la Mosqu&eacute;e, et l&#39;autre, l&#39;&eacute;cole.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouvrez-nous la porte&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La porte&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On doit aller &agrave; l&#39;&eacute;cole&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le ma&icirc;tre nous attend&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nComme chaque matin, les enfants ont cri&eacute; &ccedil;a, et comme chaque matin, le soldat leur a r&eacute;pondu par un geste grossier. Maintenant, le soldat glousse dans son t&eacute;l&eacute;phone portable tout en faisant des cercles avec son pied dans la poussi&egrave;re. Alors, les mains des enfants se baissent vers les pierres, et je sens une menotte se refermer sur mon corps.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chien&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enfoir&eacute; de ta race&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; B&acirc;tard&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Encul&eacute;&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc. Les pierres voltigent en direction du soldat, qui monte tranquillement dans son tank. Je m&#39;envole par del&agrave; le grillage, vers le ciel&#8230; la menotte lance haut et fort&nbsp;! Alors que je redescends de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute;, je croise une pierre, ronde et rose, douce &agrave; l&#39;allure&#8230; lanc&eacute;e par une autre main d&#39;enfant. Car les enfants d&#39;en face, qui sont les camarades d&#39;&eacute;cole de ceux qui ont commenc&eacute; &agrave; jeter les pierres, se sont mis &agrave; r&eacute;pondre &agrave; leur tour, et certaines pierres s&#39;envolent pour retomber de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute; de la barri&egrave;re.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEn croisant la jolie pierre, je la regarde, elle me regarde. Quelque chose comme de la poussi&egrave;re qui poudre l&#39;atmosph&egrave;re autour d&#39;une &eacute;toile filante s&#39;&eacute;chappe dans les airs. Ebloui, boulevers&eacute;, je retombe au sol. En face, un enfant se penche lui aussi vers la terre, &agrave; genoux, et moi je prie pour qu&#39;il ramasse ma douce et me la renvoie de ce c&ocirc;t&eacute;. Mais l&#39;enfant reste couch&eacute; sur le sol. Nature berce le chaudement, il a froid, et il a deux trous rouges au c&ocirc;t&eacute; droit.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nToute la nuit, sous les bottes du soldat, je veille. Le soldat passe et repasse sur moi, la fum&eacute;e de sa cigarette me chatouille et me berce. J&#39;aime l&#39;odeur du tabac dans la nuit. De l&#39;autre c&ocirc;t&eacute;, les femmes pleurent, crient, g&eacute;missent, et les hommes fourbissent celui qui ira se faire exploser dans un des transports qu&#39;empruntera peut-&ecirc;tre ce jeune soldat. Le lendemain, les enfants sont l&agrave;. Bien s&ucirc;r, le soldat n&#39;ouvre pas la porte. Hier, c&#39;&eacute;tait par m&eacute;pris ou provocation, aujourd&#39;hui, c&#39;est par consigne.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Salopard&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Damn&eacute; de ta race maudite&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chien&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouvre cette porte&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc. Le soldat ne r&eacute;pond pas mais il va se r&eacute;fugier dans le tank. Les pierres explosent, comme des gerbes, aux mains des enfants remplis de rage. Si ma douce pouvait atterrir par ici&#8230; En voil&agrave; une qui tombe &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s. Mais c&#39;est une tr&egrave;s vieille pierre, aux angles adoucis par le temps, grenue et ardois&eacute;e.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bonjour madame&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bonjour petit&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh&#8230; vous auriez pas vu une pierre&#8230; en face&#8230; une pierre dans les roses&#8230; aux angles doux&#8230;&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh petit, tu crois peut-&ecirc;tre que je me balade moi en face&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&#8230; mais on sait jamais&#8230; le hasard&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le hasard a fait que j&#39;ai pass&eacute; dix jours en face, entour&eacute;e&#8230; que dis-je&#8230; cern&eacute;e par des pierres vulgaires&#8230; des morceaux de ciment mais oui&#8230; arrach&eacute;s aux murs d&#39;une quelconque habitation&#8230; &ccedil;a cause chiffons, peinture, chaulage, imperm&eacute;abilisant&#8230; affreux, affreux&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais&#8230; vous n&#39;avez jamais vu de pierre comme &ccedil;a&#8230; ronde et rose&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh dis petit, tu te crois o&ugrave;&nbsp;? Aux Tropiques&nbsp;? A la plage&nbsp;??<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non mais&#8230; j&#39;en ai crois&eacute; une hier&#8230; alors je me disais&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En tout cas, pierre rose ou verte, c&#39;est fini pour aujourd&#39;hui&#8230; j&#39;entends les sir&egrave;nes de la Police, de l&#39;Arm&eacute;e, de la Croix rouge internationale, du Croissant rouge, des pacifistes-&eacute;colo-recyclants&#8230; Repos&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nRepos. Une nouvelle nuit vient, et le d&eacute;sespoir m&#39;envahit. La vieille pierre s&#39;agite &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi. Elle r&acirc;le de ce que nous sommes bien mal entour&eacute;s.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des fausses pierres&#8230; de la pierre pas naturelle&#8230; galvaud&eacute;e, corrompue, vici&eacute;e&#8230; ne leur parle pas petit&nbsp;! Non seulement, tu risquerais d&#39;&ecirc;tre infect&eacute;, mais en plus, tu serais un TRAITRE aux tiens&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLes miens. Quels miens. Un jour ici, un jour en face, je n&#39;appartiens &agrave; personne, et personne ne me retient. Pas de m&egrave;re-pierre, pas de p&egrave;re-pierre, pas plus de fr&egrave;res ou de s&oelig;urs, nous avons &eacute;t&eacute; &eacute;parpill&eacute;s &agrave; travers tout le territoire, et m&ecirc;me au-del&agrave;, aux quatre coins de la Terre, export des richesses min&eacute;rales et g&eacute;ologiques en direction des cinq continents. Je me bouche les oreilles. Et le lendemain, les enfants sont l&agrave;, de plus en plus enrag&eacute;s.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chien&nbsp;galeux !<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouvre nous la porte&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Assassin&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Ibn Charmouta<\/em>&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc. Je me tiens pr&ecirc;t. La vieille pierre, &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s, est elle aussi bien d&eacute;cid&eacute;e &agrave; passer de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas question que je reste une minute de plus chez ces <em>m&eacute;cr&eacute;ants<\/em>&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe hasard me veut du bien. Une main se referme sur moi. Une grosse main. Celle d&#39;une femme voil&eacute;e, le regard y compris, au point que j&#39;ai peur de finir dans un tank ou sur un arbre&#8230; En me lan&ccedil;ant, elle hurle&nbsp;:<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tiens&nbsp;! Fils de ta race maudite&nbsp;! Au nom de Mounir&nbsp;! Que son corps repose en paix dans la terre de ses anc&ecirc;tres&nbsp;! Que son &acirc;me innocente vienne te torturer la nuit, toi, esp&egrave;ce de chien qui l&#39;a tu&eacute;&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuelle force&nbsp;! Je m&#39;envole au-dessus de la terre, du grillage, des soldats, des enfants en face&#8230; &ocirc; secours&nbsp;! Je retombe, loin de la cl&ocirc;ture. Malheur&nbsp;! Je me retrouve, loin, &agrave; la lisi&egrave;re d&#39;un jardin minuscule&#8230; Comment vais-je retrouver ma douce&nbsp;? Je pleure. Oui, m&ecirc;me les pierres pleurent&nbsp;! Et pour parfaire mon malheur, voil&agrave; que la vieille pierre, &eacute;galement lanc&eacute;e par cette femme &agrave; la force corano-biblique, atterrit &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah, me voil&agrave; de retour chez moi&#8230; soupire-t-elle d&#39;aise.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous habitez vraiment l&agrave;&nbsp;? Je grommelle.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, je suis n&eacute;e ici&#8230; le hasard m&#39;a fait transporter pr&egrave;s de la barri&egrave;re&#8230; et depuis, &ccedil;a repart et &ccedil;a revient&#8230; je n&#39;en peux plus&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mffffffffffffffff&#8230; je soupire. Je ne reverrai jamais ma douce&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peuh&#8230;&nbsp;! Crois-moi, petit, cette pierre devait &ecirc;tre &eacute;trang&egrave;re&#8230; une pas d&#39;ici&#8230; tu n&#39;avais aucun avenir avec elle&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Parce que j&#39;en ai un ici peut-&ecirc;tre&nbsp;? Je m&#39;&eacute;nerve.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T&uuml;t&uuml;t&uuml;t&#8230; tiens voil&agrave; la petite Jasmin&#8230; c&#39;est elle qui s&#39;occupe de ce beau et grand jardin, un vrai petit coin de paradis&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nGrand et beau jardin. Un m&egrave;tre sur deux, quelle vieille g&acirc;teuse. Jasmin vient vers nous. Elle se penche et me prend dans sa main.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh mais tu es jolie toi&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis un gar&ccedil;on&#8230; je marmonne.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh pardon&#8230; que tu es joliiiii&#8230; tu viens d&#39;o&ugrave;&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais&#8230; mais&#8230; je bafouille&#8230; tu parles aux pierres&nbsp;??<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben bien s&ucirc;r&nbsp;! Fait la petite fille en haussant les &eacute;paules.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jasmin est une petite fille pas comme les autres, me susurre la vieille pierre, elle a le don de parler et de comprendre les pierres&#8230; a contrario, elle ne sait pas parler l&#39;humain&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, c&#39;est donc une enfant tr&egrave;s seule qui, du coup, cause aux pierres, aux patates et aux plantes qu&#39;elle comprend &eacute;galement&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe regarde Jasmin, &agrave; la fois &eacute;bahi et attendri.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu ne jettes pas les pierres avec les autres enfants&nbsp;? Je lui demande.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Peuh&#8230; elle hausse &agrave; nouveau les &eacute;paules. Pourquoi faire&nbsp;? J&#39;aurais pas plus de place sur Terre avec un peu plus ou un peu moins de terre&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On l&#39;appelle Jasmin la zinzin&#8230; explique gracieusement la vieille pierre.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oh mais t&#39;es vraiment trop joliiiiiiii, roucoule Jasmin, je t&#39;emm&egrave;ne dans ma maison&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt Jasmin m&#39;emm&egrave;ne avec elle. Mon c&oelig;ur se fend encore un peu plus, adieu ma douce, tu ne risques pas d&#39;atterrir dans l&#39;&eacute;vier de cette maison&nbsp;!&nbsp; Je ne dis rien &agrave; Jasmin, je me tais, malheureux comme moi-m&ecirc;me. Jasmin me pose sur une &eacute;tag&egrave;re, remplies de livres.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon p&egrave;re est professeur&#8230; enfin, &eacute;tait&#8230; il ne peut plus aller travailler en face, alors&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De quoi vivez-vous alors&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe lui demande &ccedil;a, et Jasmin ne me r&eacute;pond pas. Je comprends vite une chose&nbsp;:&nbsp;Jasmin cesse de comprendre les pierres, les fleurs, les carottes, que sais-je encore, une fois qu&#39;elle est entr&eacute;e dans la maison. Un voile noir tombe sur moi. Chaque jour qui passera me verra de plus en plus opaque, noir, d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;. Jusqu&#39;au jour o&ugrave; Jasmin, rentrant en trombe dans la pi&egrave;ce, posera &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi, sur l&#39;&eacute;tag&egrave;re, une pierre&#8230; une pierre douce et ronde. Ma douce&nbsp;! Mon c&oelig;ur se r&eacute;veille d&#39;un seul &agrave;-coup&nbsp;! Ma douce est l&agrave;&nbsp;! A c&ocirc;t&eacute; de moi&nbsp;! Mais ma douce ne veut pas me parler. Non. Parce qu&#39;elle vient de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute;. Parce qu&#39;elle n&#39;est pas des miens. Parce que nous sommes des pierres ennemies.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais je n&#39;ai pas de miens&nbsp;! Je crie, d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDu temps passe. Des jours et des jours. Je lui parle, tout le temps. Elle se d&eacute;ride peu &agrave; peu, mais reste distante.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu viens d&#39;o&ugrave; pour &ecirc;tre comme &ccedil;a&#8230; rose et douce&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du bord de la mer, elle me r&eacute;pond, soudain songeuse.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La mer de Galil&eacute;e&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;! La mer d&#39;Afrique&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais d&#39;o&ugrave;, en Afrique&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ethiopie&nbsp;! Je vivais pr&egrave;s de la mer et un jour, la petite fille d&#39;une famille de r&eacute;fugi&eacute;s Falachas m&#39;a ramass&eacute;e et m&#39;a emport&eacute;e, ici, avec elle&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est quoi les Falachas&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est des juifs noirs. Ils vivaient en Ethiopie mais comme on leur faisait du mal, on les a fait venir ici&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais alors&#8230; t&#39;es une &eacute;trang&egrave;re&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe jubile.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe m&#39;arr&ecirc;te quand je m&#39;aper&ccedil;ois que ma douce s&#39;est mise &agrave; pleurer. Je me tais, et je me dis que ma douce perdra ses pr&eacute;jug&eacute;s, avec le temps et loin des siens. La nuit d&#39;apr&egrave;s le village est bombard&eacute;, les tressautements de la maison nous font nous rapprocher peu &agrave; peu. Ma douce a peur, elle se serre contre moi. Tout contre moi. Un peu plus tard, Jasmin rentre en pleurant.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mon p&egrave;re est mort&nbsp;! Elle sanglote. Papa&nbsp;! Papa&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMa douce ne dit rien, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi. D&#39;une certaine fa&ccedil;on, ce sont les siens des siens qui ont tu&eacute; le p&egrave;re de la petite Jasmin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, je proteste, nous n&#39;avons rien &agrave; voir avec &ccedil;a&nbsp;! Ce sont des histoires d&#39;humains&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et Jasmin&nbsp;! Crie ma douce. Tu crois qu&#39;elle a &agrave; voir avec &ccedil;a&nbsp;? Elle qui est une enfant&nbsp;! Qui n&#39;est ni un humain ni une pierre ni une fleur ni une carotte&nbsp;! Rien&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&#8230; mais elle n&#39;a pas le choix, nous oui&nbsp;! On peut dire non &agrave; &ccedil;a&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe lendemain, Jasmin entre dans la pi&egrave;ce et se dirige vers moi. Elle me prend dans sa main. Et elle me dit ceci&nbsp;:<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu vas aller sur la tombe de Papa&nbsp;! Tu resteras toute ta vie avec lui&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;! Non&nbsp;! Non&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;! Non&nbsp;! Non&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe crie &ccedil;a, et ma douce, aussi. Ma douce Rachel. Elle a juste eu le temps de me dire son nom, avant qu&#39;on &eacute;change notre premier baiser et que la petite main de Jasmin se referme sur moi. Jasmin qui ne peut pas nous entendre. Elle m&#39;emporte dans le jardin, o&ugrave; il y a une tombe. Celle de son p&egrave;re.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jasmin&#8230; je murmure.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle ne me r&eacute;pond pas. Et elle me pose, sur la tombe, creus&eacute;e pr&egrave;s d&#39;un petit olivier.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jasmin ne nous comprend plus&#8230; me murmure un petit olivier.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&nbsp;?!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si&#8230; depuis que son p&egrave;re est mort&#8230; elle ne comprend plus ni les arbres ni les fleurs ni les pierres&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est affreux&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En revanche, elle comprend les humains maintenant&#8230; et ils la comprennent&#8230; elle parle et entend l&#39;humain&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe retrouve le d&eacute;sespoir. Des jours passent, je m&#39;&eacute;tiole. L&#39;olivier est un bon copain, mais il ne remplace pas ma douce. Une nuit arrive, qui apporte un &eacute;ni&egrave;me bombardement. Le sol tremble, la tombe et l&#39;olivier aussi. Moi, je m&#39;en fous d&#39;&ecirc;tre pulv&eacute;ris&eacute;&#8230; Puis la maison s&#39;&eacute;croule par terre. Avec la famille, dedans. Et ma douce. Les secours entreprennent de d&eacute;gager les habitants des ruines. On porte un corps d&#39;enfant, que l&#39;on pose tout pr&egrave;s de moi. Jasmin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; O Jasmin&#8230; je g&eacute;mis. Dis moi que tu n&#39;es pas morte&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non&#8230; r&acirc;le l&#39;enfant. Je suis pas tout &agrave; fait morte&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle tient dans sa main une pierre. Douce et rose.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rachel&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Boutros&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJasmin ouvre avec peine les yeux.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est vrai que vous vous connaissez&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais tu nous comprends &agrave; nouveau&nbsp;! Je m&#39;exclame, r&eacute;alisant soudain &ccedil;a.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis bient&ocirc;t une enfante-morte-innocente&nbsp;! Elle rit, puis g&eacute;mit. J&#39;ai mal&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jasmin&#8230; murmure Rachel. Prends Boutros, avec toi, dans ta main&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi&nbsp;? R&acirc;le la petite.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Parce que nous nous aimons&nbsp;! Crions-nous en ch&oelig;ur.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais&#8230; mais c&#39;est interdit&#8230; souffle-t-elle.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jasmin&nbsp;! Supplie Rachel. Tu n&#39;as plus rien &agrave; voir avec &ccedil;a&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jasmin&nbsp;! Je pleure. Laisse nous nous aimer, et nous resterons avec toi, sous terre, nous te tiendrons compagnie pour l&#39;&eacute;ternit&eacute;&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAlors&#8230; la petite main de l&#39;enfant me prend, difficilement, dans sa main, qui tient d&eacute;j&agrave; ma douce. Nous y logeons &agrave; peine, mais nous sommes l&#39;un contre l&#39;autre. Et Rachel entame une berceuse pour Jasmin, pour qu&#39;elle s&#39;endorme en paix, douce et tranquille. L&#39;un contre l&#39;autre, pos&eacute;e contre elle, nous attendons de savoir ce que sera l&#39;avenir.<br \/>\n&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&#39;habite dans une r&eacute;gion fr&eacute;quent&eacute;e par la guerre. Je n&#39;ai pas de domicile fixe, vu que je passe de main en main, de part et d&#39;autre de cette terre o&ugrave; je suis n&eacute;. Un jour ici, le lendemain, en face. On m&#39;appelle Boutros&nbsp;; mais aussi bien caillou, pierre, projectile, arme du pauvre, et cela, en &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=105\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=105"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/105\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=105"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=105"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=105"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}