{"id":108,"date":"2006-11-02T17:19:49","date_gmt":"2006-11-02T17:19:49","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=108"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T15:00:00","slug":"Terrorismes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=108","title":{"rendered":"Terrorismes"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nJ&#39;ai &eacute;cout&eacute; la radio ce matin. Ils pr&eacute;voyaient une journ&eacute;e rose, &ccedil;a voulait dire sans trop d&#39;effusions de sang. Risques d&#39;attentats sur la ligne B du Rer, tirs de rockets envisageables mais peu probables sur les pistes cyclables de l&#39;Ouest parisien. Rien de grave donc. J&#39;ai juste pris un parapluie anti-nucl&eacute;aire et mes pilules contre l&#39;agent orange, qui transite d&eacute;sormais par les pigeons.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt je suis partie me confesser.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;&eacute;tais en effet au ch&ocirc;mage. Je devais en cons&eacute;quence aller une fois par jour me confesser au Presbyt&egrave;re de l&#39;Emploi, afin de les assurer de la puret&eacute; de mes intentions professionnelles. On avait droit &agrave; trois offres de travail, apr&egrave;s on &eacute;tait bannis de la Paroisse et on rejoignait la cohorte des Sans. Ni Dieu ni Moyens. J&#39;&eacute;tais dipl&ocirc;m&eacute;e en philologie orientale. D&#39;accord &ccedil;a ne sert &agrave; rien, mais est-ce une raison pour avoir gliss&eacute; dans les trois offres, celle d&#39;une vendeuse de fouets pour dames, moi qui ne fouette pas m&ecirc;me les oeufs. Une autre pour un gardiennage de nuit dans une fabrique de bouffe pour chiens, moi qui, pour longtemps encore, me couchera de bonne heure.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuant &agrave; la troisi&egrave;me, ce jour m&ecirc;me, c&#39;&eacute;tait la tartufferie ultime. J&#39;&eacute;tais en effet suppos&eacute;e aller vendre des &eacute;chantillons d&#39;urine porcine &agrave; des usagers d&#39;un grand supermarch&eacute;, afin qu&#39;ils se pr&eacute;munissent contre l&#39;anthrax. L&agrave;, j&#39;ai craqu&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous plaisantez&nbsp;! Trois Doctorats dont un traduit en perse, pachtoune et grec ancien pour aller vendre de la pisse de porc&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQue j&#39;ai dit &agrave; ce jeune cr&eacute;tin, mon Confesseur de l&#39;Emploi, qui sort tout droit du cervelet droit d&#39;HEC. Ce qui laisse &agrave; supposer que lui non plus n&#39;a pas trouv&eacute; de troisi&egrave;me offre &agrave; sa comp&eacute;tence.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non mademoiselle&nbsp;! Il a presque cri&eacute;. Je ne plaisante pas&nbsp;! C&#39;est votre derni&egrave;re danse&nbsp;! Libre &agrave; vous de ne pas la moisir, d&#39;autres en profiteront toujours allez&#8230; une telle baleine&#8230; les pieds au chaud, un sandwich au pain &agrave; d&eacute;gueuler et un biquet de Rer zone 4 en crime&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl avait un probl&egrave;me d&#39;&eacute;locution. HEC et j&#39;te bafouille. Et moi, je suis peut &ecirc;tre un cas particulier, philologie orientale, mais le gars qui &eacute;tait &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi, jeune cadre des plus banals, il cherchait dans cette vieille lune, l&#39;informatique. Eh bien &ccedil;a ne semblait pas plus dynamo-porteur, comme ils disent maintenant. Il est reparti avec sous le bras, une offre de chasseur de moustiques, c&#39;&eacute;tait &agrave; cause du &laquo;&nbsp;ique&nbsp;&raquo;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPour dire que l&#39;&eacute;poque, je ne sais pas si vous la vivez, mais c&#39;est pas facile.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai dit alors &agrave; mon jeune cr&eacute;tin de confesseur de bien vouloir aller s&#39;enfoncer dans le cul sa machine &agrave; actualiser la carte &agrave; puce magn&eacute;tique greff&eacute;e &agrave; m&ecirc;me le bras du Supplicateur d&#39;emploi. Il a fait celui qui n&#39;avait pas compris.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous faire enculer quoi, je lui ai pr&eacute;cis&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dehors&nbsp;! Il a cri&eacute;. Dehors&nbsp;! Vous &ecirc;tes radis&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nRadi&eacute;e. Son probl&egrave;me d&#39;&eacute;locution. Mais je m&#39;en fichais car en fait, j&#39;&eacute;tais renti&egrave;re. Depuis hier. Mon a&iuml;eule, &acirc;g&eacute;e d&#39;un si&egrave;cle, s&#39;&eacute;tait d&eacute;cid&eacute; &agrave; rompre son contrat de vie, comme on disait maintenant, car le mot &laquo;&nbsp;mort&nbsp;&raquo;, pr&eacute;sent en surabondance dans les actualit&eacute;s, les faisait tous pleurnicher sous les draps. Ce qui fait qu&#39;on l&#39;avait pl&eacute;onasm&eacute; pour pas d&eacute;courager la Courneuve ou Billancourt.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAinsi, paix &agrave; sa couenne, gr&acirc;ce ma Nanie des Ardennes, j&#39;avais touch&eacute; une somme rondelette, hier au soir, devant notaire et catafalque ouvert. J&#39;&eacute;tais donc riche.&nbsp;Pas &agrave; millions, mais tout de m&ecirc;me assez pour voir le nuage radioactif des Sans s&#39;&eacute;loigner de moi, ainsi que mon J&#39;te bafouille, &agrave; qui je pouvais proposer, ah quel bonheur, d&#39;aller se faire ennuyer. Comme il aurait dit.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt j&#39;allais pouvoir faire les boutiques&nbsp;! J&#39;avais envie de faire des folies, avec des v&ecirc;tements taill&eacute;s dans des mat&eacute;riaux co&ucirc;teux mais m&eacute;dicalement ultra protecteurs&nbsp;! La folie&nbsp;! J&#39;ai descendu la rue. Je surplombais les masses, je suis une grande femme. Les gens marchaient vite, car ils avaient peur. Les attentats. Les tueries. Les traquenards. Et aussi les Confessions. Que faites-vous l&agrave;. Vous n&#39;&ecirc;tes donc pas en train de travailler. Voleurs. Feignants. La France fout le camps, mon G&eacute;n&eacute;ral.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai pris le m&eacute;tro, tout le monde regardait tout le monde. Journ&eacute;e rose. Un homme, lourdement habill&eacute;, attirait tout particuli&egrave;rement les regards. C&#39;&eacute;tait un &ecirc;tre d&#39;origine basan&eacute;, et tout en lui semblait faire tic tac. Le fait qu&#39;il fasse pr&egrave;s de 0 degr&eacute; ne semblait pas suffire aux usagers, rapport &agrave; son habillement. Aussi s&#39;&eacute;cartaient-ils de lui, ostensiblement. Il avait donc quatre si&egrave;ges &agrave; sa disposition. Cr&acirc;nement, je me suis assise en face de lui.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Montparnasse, c&#39;est dans cette direction&nbsp;? Il m&#39;a requise.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Voui, j&#39;ai r&eacute;pondu.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;&eacute;tait m&ecirc;me pas vrai. Mais j&#39;avais sauv&eacute; les gens de Montparnasse.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous descendez &agrave; Montparnasse&nbsp;? Il m&#39;a ensuite demand&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, j&#39;ai r&eacute;torqu&eacute;, j&#39;y descends pas.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSouhait-il me sauver la vie. Ou au contraire, me gober dans les statistiques de la journ&eacute;e. Le corps d&eacute;tach&eacute; d&#39;une jeune femme de 39 ans, v&ecirc;tu d&#39;un poil de chameau&nbsp;et d&#39;une jupe mauve, a &eacute;t&eacute; retrouv&eacute; non loin, quatre membres, une t&ecirc;te, de la d&eacute;pouille de son kamikaze.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous descendez o&ugrave; alors&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl a insist&eacute;, le lourdaud.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca vous regarde&nbsp;? J&#39;ai demand&eacute;, pas fort aimable c&#39;est vrai.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, il a bafouill&eacute;, mais &ccedil;a me rassurerait&#8230; de savoir o&ugrave; vous descendez&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah tiens, j&#39;ai dit, ironique, et on peut savoir pourquoi&#8230;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien je me dis&#8230; il a marmouill&eacute;&#8230; qu&#39;en compagnie d&#39;une belle femme comme vous, rien de n&eacute;faste ne peut m&#39;arriver&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAh tiens. Une belle femme comme vous. Il a pass&eacute; sa langue sur ses l&egrave;vres. Il avait un beau visage, &agrave; la Oussama, mais sans la barbe, voyez. Mourir pour des id&eacute;es, oui mais de mort lente, lalalala. Avait-il seulement consomm&eacute;, un jour, de la chair de femme c&#39;te pauvre h&egrave;re&nbsp;? Je veux dire, sexuellement. Ou allait-il mourir, vierge, pour s&#39;en aller hardiment &agrave; la d&eacute;pucellisation des 70 promises de son Paradis &agrave; lui, fa&ccedil;on sexe du pauvre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous avez peur de quoi au juste&nbsp;? J&#39;ai demand&eacute; froidement.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Des terroristes&#8230; il a murmur&eacute;, en rougissant. Quels qu&#39;ils soient. J&#39;ai peur que je meurs&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai juste dit. C&#39;&eacute;tait peut &ecirc;tre juste un pi&egrave;ge. Ceci dit,&nbsp;j&#39;avais jamais entendu dire que les meurtriers attentatistes parlaient avant de commettre leur crime, sur le lieu dit, avec leurs futures victimes, tout en leur demandant la direction de ce m&ecirc;me lieu.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai hauss&eacute; les &eacute;paules. Et je me suis alors plong&eacute;e dans le <em>Lib&eacute;ration<\/em> du jour. Cent dix pages de meurtres, d&#39;attentats, de guerres, de r&egrave;glements de comptes. Assassinat dans les all&eacute;es de ce vieux <em>Bon march&eacute;<\/em> de monsieur Goujon, chef de rayon,&nbsp;par une employ&eacute;e parfumerie. Qui, je cite <em>&laquo;&nbsp;en avait plein le cul d&#39;avoir ce fichu morpion de Goujon coll&eacute; au lieu dit sous le fallacieux pr&eacute;texte de v&eacute;rifier sa cadence de vente&nbsp;&raquo;.<\/em> Au <em>Bon March&eacute;&nbsp;<\/em>! Jamais on aurait vu &ccedil;a au temps o&ugrave; je fr&eacute;quentais l&#39;&eacute;cole des S&oelig;urs, &agrave; c&ocirc;t&eacute;&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nA part &ccedil;a. Tuerie dans un lyc&eacute;e de la ZEP, Zone d&#39;Enfer P&eacute;riph&eacute;rique. Un &eacute;l&egrave;ve de onze ans tue &agrave; l&#39;arme chimique son professeur de biologie, au motif que ce dernier lui avait demand&eacute; de bien vouloir cesser de m&acirc;chouiller son Burger King, &ccedil;a faisait des miettes. Ils &eacute;tudiaient la drosophile quand la bombe avait explos&eacute;, tuant monsieur Chamelier sur le coup. La Censeur et l&#39;&eacute;quipe p&eacute;dagogique &eacute;taient sous le choc, les &eacute;l&egrave;ves jouaient au foot dans la cour en attendant bon ben alors quoi.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai soupir&eacute;. Le kamikaze regardait par dessus mon &eacute;paule. Il avait l&#39;air horrifi&eacute; par ce qu&#39;il lisait. Et moi j&#39;ai horreur qu&#39;on lise par dessus mon &eacute;paule, j&#39;ai ferm&eacute; le Lib&eacute; d&#39;un coup sec. Il a &eacute;touff&eacute; un petit cri, et je suis descendue.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce cama&iuml;eu de mauve et d&#39;orange vous va &agrave; ravir&#8230; a roucoul&eacute; la vendeuse, une belle jeune femme qui avait d&ucirc; faire quinze ann&eacute;es d&#39;&eacute;tude rien que pour me dire &ccedil;a.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;&eacute;tais rentr&eacute;e dans une boutique de v&ecirc;tements luxueux. Du nylon permanganat&eacute;, qui prot&egrave;ge des rayons ultra-violets. C&#39;&eacute;tait tr&egrave;s cher, mais face au cancer, peut-on l&eacute;siner. Alors que nous dissertions sur les l&egrave;vres et les cama&iuml;eux, un cri a retentit devant la devanture, prot&eacute;g&eacute;e de panneaux &eacute;lectrifi&eacute;s invisibles. C&#39;&eacute;tait juste un Sdf qui s&#39;&eacute;tait fait marcher dessus par une cliente qui sortait un peu press&eacute;e de la boutique. Comme elle &eacute;tait chauss&eacute;e d&#39;un 4&#215;4, le Sdf n&#39;&eacute;tait plus de ce monde, et il a fallut appeler le service nettoyage.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les gens devraient faire un peu attention, a r&acirc;l&eacute; la vendeuse, &ccedil;a salit mon pas de porte&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me suis sentie bizarre. J&#39;ai repens&eacute; &agrave; mon enseignement de religion. Ce n&#39;&eacute;tait pas il y a si longtemps, trente ans quoi, chipotez pas. Quelque chose ne collait pas avec tout &ccedil;a. Je n&#39;aurais peut &ecirc;tre pas d&ucirc; &ecirc;tre en train de disserter sur les cama&iuml;eux alors qu&#39;on mourrait beaucoup autour de moi en ce moment. En m&ecirc;me temps, ils avaient fait les croisades et les Ev&ecirc;ques portaient des v&ecirc;tements co&ucirc;teux, alors ils n&#39;avaient pas &agrave; me turlupiner la Conscience. Profil bas, moi je dis.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe suis sortie de la boutique en faisant attention aux restes du Sdf. J&#39;ai aper&ccedil;u des enfants entass&eacute;s dans une poussette pouss&eacute;e par une fillette &agrave; peine plus &acirc;g&eacute;e que l&#39;a&icirc;n&eacute; d&#39;entre eux. Une petite Asiatique. C&#39;est un souci. Ca se fait de plus en plus, le travail des enfants, pour des enfants. Les gens bossent, et il faut bien garder leurs petits. Les enfants riaient et la petite Asiatique serrait les dents, la poussette &eacute;tait lourde.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDes enfants. J&#39;ai chass&eacute; leurs rires de mes yeux en agitant ma main, fra&icirc;chement gant&eacute;e de soie anti-radioactivit&eacute;, pour ne pas &ecirc;tre parasit&eacute;e par cette image. Je vis seule depuis que le Renard est parti chasser ailleurs. Je n&#39;ai donc personne avec qui planter la petite graine dans ce sac nutritionnel d&eacute;nomm&eacute; ut&eacute;rus. Le Renard, j&#39;ai toujours su que je n&#39;arriverai pas &agrave; le garder. La concurrence &eacute;tait devenue trop rude. Un homme pour six femmes. Parce que beaucoup d&#39;hommes n&#39;ont pas suivi le Progr&egrave;s. Ils consid&egrave;rent que rien d&#39;&ecirc;tre assis au restaurant &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&#39;elle, la dame, &ccedil;a lui suffit. Mais non, &ccedil;a ne lui suffit pas. Ca ne suffisait d&eacute;j&agrave; pas &agrave; mon a&iuml;eule des Ardennes, alors hein, c&#39;est pas de nos jours qu&#39;on va s&#39;en taper les mains de satisfaction.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe Renard, il avait toujours une cohorte de femmes &agrave; ses poils. Les ex, qui ne d&eacute;crochaient pas, et les rencontr&eacute;es par hasard, qu&#39;on met de c&ocirc;t&eacute; dans un coin, au cas o&ugrave;. Le Renard s&#39;est lass&eacute; de moi quand j&#39;ai commenc&eacute; &agrave; lier l&#39;orgasme &agrave; la f&eacute;condation. Ensuite, j&#39;ai ramp&eacute; pendant au moins six mois pour sortir de ce bourbier &agrave; l&#39;afghane. Et j&#39;ai perdu mon emploi du moment, vu que j&#39;avais plus le c&oelig;ur &agrave; rien. Apr&egrave;s, &ccedil;a a &eacute;t&eacute; le coup des trois offres, comme une vieille fille au bal &agrave; qui on pr&eacute;sente trois rogatons en lui disant qu&#39;elle ne peut plus faire la difficile ou c&#39;est branlette &agrave; vie dans des cartons sur le trottoir.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nChi&eacute;. Je suis rentr&eacute;e dans une boulangerie.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bonjour madame, a r&eacute;cit&eacute; la commer&ccedil;ante, d&#39;un air joyeux, sous son masque. Qu&#39;est-ce qu&#39;il vous fallait lalalala&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle portait un masque chirurgical sur la bouche, trente ann&eacute;es qu&#39;on nous promettait que la grippe aviaire se lasserait des poulets.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un pain au chocolat, s&#39;il vous plait&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle a saisit un pain au chocolat dans sa vitrine avec une pince tr&egrave;s longue, comme si c&#39;&eacute;tait un scorpion tr&egrave;s dangereux.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous le faites cuire au moins une heure, elle m&#39;a pr&eacute;cis&eacute;, c&#39;est plus prudent avec les miasmes des immigr&eacute;s&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plait-il&nbsp;? J&#39;ai demand&eacute;, interloqu&eacute;e.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On les fait faire en banlieue, c&#39;est moins cher, et en banlieue, y a beaucoup de&#8230; enfin vous voyez quoi&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais je croyais qu&#39;on avait tout ras&eacute;&nbsp;! Je me suis vertement exclam&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca repousse, &ccedil;a repousse&#8230; elle m&#39;a dit d&#39;un air bizarre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMoi aussi, je me suis sentie bizarre. Qu&#39;est-ce qui s&#39;&eacute;tait pass&eacute; dans nos vies pour qu&#39;on dise des choses pareilles. Sans rougir. Quand avant on disait &laquo;&nbsp;black&nbsp;&raquo; pour noir, et &laquo;&nbsp;isra&eacute;lite&nbsp;&raquo; pour juif&#8230; quand avions-nous tr&eacute;buch&eacute;s, nous les habitants du Centre&nbsp;? Je me revoyais en robe de communiante, mon cierge et ma couronne d&#39;orangers, le pr&ecirc;tre venait d&#39;Afrique, et personne ne prenait des pains au chocolat avec une pince longue d&#39;un m&egrave;tre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuelle &eacute;poque. C&#39;&eacute;tait mieux avant, comme disait le Renard. Avant, on allait au parc, on faisait du toboggan en l&eacute;chant des faux coquillages aux couleurs folles et sans danger. On cueillait des fleurs, interdites, pas parce qu&#39;elles &eacute;taient remplies de toxines, mais parce qu&#39;elles &eacute;taient pour les yeux de tous. Et on n&#39;&eacute;tait poursuivis que par le gardien des parcs et Jardins, quand maintenant, les enfants sont la proie des Crs, des professeurs des &eacute;coles et des publicitaires.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n<em>La contamination est partout, rien n&#39;&eacute;chappe plus &agrave; la d&eacute;gradation, &agrave; la d&eacute;ception, au d&eacute;senchantement&#8230;<\/em> ce &agrave; quoi, J&#39;te bafouille m&#39;avait r&eacute;pliqu&eacute;, on vous baise pas pour que vous soyez aussi vaginale.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me suis d&eacute;p&ecirc;ch&eacute;e. J&#39;avais un d&icirc;ner de copines pr&eacute;vu ce soir. On allait examiner les renards sur Internet avec Rita qui boira trop et dira, faut que je trouve verre &agrave; mon gosier avant que d&#39;&ecirc;tre canc&eacute;r&eacute;e du foie. Et M&eacute;thyl&egrave;ne qui se maquillera pendant dix ans, m&ecirc;me si on ne courtise jamais que derri&egrave;re un &eacute;cran. Moi je dirais comme d&#39;habitude que j&#39;ai parle six langues dont cinq mortes, que je r&ecirc;ve d&#39;un champs de lavande au pied d&#39;une montagne et que je porte pas de culotte. J&#39;ai repris le m&eacute;tro. J&#39;&eacute;tais riche, mais je n&#39;avais pas encore les r&eacute;flexes.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous descendez toujours pas &agrave; Montparnasse&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai lev&eacute; les yeux. En face de moi, &eacute;tait assis le Maghr&eacute;bin de ce matin. Il portait toujours son gros blouson et &agrave; ses sacs, il y avait un pied de sport. Que dis-je, &agrave; ses pieds, un sac de gym sans doute bourr&eacute; de dynamite&nbsp;mortif&eacute;rante !<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Que me voulez-vous&nbsp;? J&#39;ai demand&eacute; d&#39;une voix ferme<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rien, a balbuti&eacute; le type, je demandais juste si&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, j&#39;ai r&eacute;pliqu&eacute;, je ne descends pas &agrave; Montparnasse&nbsp;! Ce m&eacute;tro va &agrave; Belleville&nbsp;! Mettez vous &ccedil;a dans le cr&acirc;ne&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je n&#39;arrive pas &agrave; atteindre cette station&#8230; il a g&eacute;mit.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nul, j&#39;ai marmonn&eacute;, vous &ecirc;tes nul.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, il a vertement protest&eacute;, je ne suis pas d&#39;ici, c&#39;est tout&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous avez des liens avec Abou Gino&nbsp;? J&#39;ai demand&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;allais pas me laisser tuer alors que j&#39;&eacute;tais devenue riche. Abou Gino mena&ccedil;ait de tout faire sauter si on n&#39;autorisait pas les gens &agrave; porter des tongs &agrave; la Banque de France.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qui&nbsp;? Il a fait en &eacute;carquillant ses yeux, nantis de cils immenses.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Laissez tomber, j&#39;ai soupir&eacute;, si vous voulez, je vous dis comment aller &agrave; Montparnasse&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je veux bien, il a rougit, ce serait vraiment gentil&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe lui ai expliqu&eacute;, plan &agrave; l&#39;appui. Il a finit par m&#39;avouer qu&#39;il n&#39;avait jamais vu de plan de sa vie. Qu&#39;il ne savait pas lire, ni &eacute;crire. En 2029&nbsp;! Avait-il travers&eacute; nos mers &agrave; la nage, depuis l&#39;Afrique, ce qui expliquerait le sac de sports &agrave; ses pieds et son analphab&eacute;tisme crasse. O&ugrave; &eacute;taient ses papiers. Pourquoi ne les portait-il pas autour du cou, comme exig&eacute; par la Loi, concernant tout &eacute;tranger-pas-d&#39;ici afin de moins fatiguer la langue de la Police, vos papiers.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et qu&#39;est-ce que vous allez y faire &agrave; Montparnasse&nbsp;? J&#39;ai plut&ocirc;t choisi de demander.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien&#8230; il a regard&eacute; &ccedil;a et l&agrave; autour de lui.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAllait-il me faire une r&eacute;v&eacute;lation explosive. J&#39;ai serr&eacute; les poings.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;aimerais tant manger une cr&ecirc;pe&#8230; il a confess&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nooon&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si&nbsp;! Une compl&egrave;te&#8230; &ccedil;a serait Merveilleux&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl a dit &ccedil;a avec l&#39;air exhal&eacute; que je verrais bien chez qui d&eacute;couvre les 70 promises derri&egrave;re la porte, devant laquelle s&#39;encadrent saint Pierre, saint Mohamed et saint Isaac, touchez pas c&#39;est pour moi. Etait-il fou, innocent ou menteur. Donc kamikaze. La contamination &eacute;tait partout, je le r&eacute;p&egrave;te. Ceci dit, il avait l&#39;air de manger du jambon, rapport &agrave; la compl&egrave;te.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais euh&#8230; pourquoi cette envie aussi euh triviale&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai plut&ocirc;t choisi de demander.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ecris mon nom, je suis Arabe&#8230; il a d&eacute;clam&eacute;, mais je d&eacute;nombre une a&iuml;eule bretonne dans mon olivier, il m&#39;a aussi expliqu&eacute;, et comme la Bretagne, c&#39;est plus possible, et que le ghetto breton se situe &agrave; Montparnasse&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe comprenais mieux. Il est vrai que les dix &eacute;normes p&eacute;troliers qui s&#39;&eacute;taient &eacute;chou&eacute; sur les plages de la Bretagne, il y a une d&eacute;cennie, avaient quelque peu port&eacute; pr&eacute;judice au PIB esth&eacute;tique et touristique des lieux. Sans oublier effectivement que les communaut&eacute;s culturello-r&eacute;gionales s&#39;&eacute;taient attribu&eacute;es chacune un arrondissement de la Capitale. On n&#39;y entrait qu&#39;avec le bon patois et l&#39;accoutrement ad&eacute;quat. Le 1, c&#39;&eacute;tait les homosexuels, le 2, les Juifs, le 3, les joueurs de rap, moi j&#39;&eacute;tais au 10, les Arabes, les Chinois avaient choisi le 13, finalement, et ma m&egrave;re, le 16, les enfourrur&eacute;es.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je peux venir avec vous&nbsp;? J&#39;ai plut&ocirc;t choisi de demander.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQu&#39;est-ce qui me prenait. Aller manger une cr&ecirc;pe avec un Maghr&eacute;bin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si vous voulez&nbsp;! Il a r&eacute;pondu, ravi comme un enfant devant une fleur pour de vrai.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEt nous sommes partis manger une cr&ecirc;pe. J&#39;ai d&ucirc; graisser la p&acirc;te du docker qui gardait l&#39;entr&eacute;e du ghetto, et j&#39;ai offert le cidre. On a discut&eacute;. C&#39;&eacute;tait la premi&egrave;re offre de ma vie de femme riche, et elle sentait bon le sable chaud. Elle &eacute;tait simple et belle, comme la lavande. J&#39;ai song&eacute; &agrave; J&#39;te bafouille, et je me suis dit que d&eacute;cid&eacute;ment, j&#39;emmerdais HEC.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl s&#39;appelait Idriss. Sa m&egrave;re &eacute;tait de Berb&eacute;rie, avec une m&egrave;re bigoud&egrave;ne, et son p&egrave;re, un fier Touareg qui montait des chameaux de bois au Man&egrave;ge. Le d&eacute;sert existait toujours mais il y faisait 90 degr&eacute;s d&eacute;sormais, ah la vie Th&eacute;odore. Un Touareg restant un Touareg, il continuait donc de monter ses b&ecirc;tes et ses tentes, m&ecirc;me si c&#39;&eacute;tait plus que pour distraire la galerie. Lui, Idriss, il parlait sept dialectes mais n&#39;en &eacute;crivait aucun. Il aimait le dessin, les beaux v&ecirc;tements, et la Bretagne. Au mur de sa chambre, dans le Sonacotra tenu par la compagnie 110 des CRS de Stalingrad, il avait punais&eacute; une carte postale o&ugrave; l&#39;on voyait une barque de bois, &eacute;chou&eacute;e sur des galets avec une maison aux volets bleus, derri&egrave;re. Dans la barque, il y avait une petite fille qui riait, elle avait des t&acirc;ches de rousseur et ses yeux &eacute;taient bleus comme ceux de mon renard enfui.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;&eacute;tait son a&iuml;eule, &agrave; Idriss. Enfin, d&#39;il y a au moins cent ann&eacute;es.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe lui ai avou&eacute; ma carte postale secr&egrave;te &agrave; moi. Une montagne rose de Provence, le soleil couchant, et le champs de lavande devant, avec le vert des arbres, le rouge des coquelicots et un vieux cheval tir&eacute; par un enfant au cr&acirc;ne ras&eacute;. Mon filleul. J&#39;ai parrain&eacute; en effet dans cette r&eacute;gion recul&eacute;e, un enfant d&eacute;sh&eacute;rit&eacute; qui n&#39;a pas la chance de pouvoir passer sa journ&eacute;e le cul assis sur une chaise, &agrave; taper sur son ordinateur de b&eacute;b&eacute;, avec le masque &agrave; Bon-air, les &eacute;lectrodes &agrave; la cervelle pour aimer Vivendi, l&#39;unique saison, et le foot avec les copains par t&eacute;l&eacute;-&eacute;cran interpos&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nOn s&#39;est dit qu&#39;on allait se montrer nos cartes postales. C&#39;&eacute;tait fort. Chaud. Je dirais m&ecirc;me sexuel. Nos fronts se touchaient, nos haleines se m&eacute;langeaient, la pomme du cidre, nos yeux partaient ensemble vers les steppes, cheval tir&eacute;, barque &eacute;chou&eacute;e, ces lointains que l&#39;on ne peut plus atteindre que par.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nBANGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGGG&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe Front de Lib&eacute;ration de la Bretagne. J&#39;aurais tant aim&eacute; ne pas exploser. Maintenant que j&#39;avais d&eacute;couvert la beaut&eacute; de l&#39;ailleurs, l&#39;amour. Mais il est vrai que la Provence est belle, elle aussi, dans la barque d&#39;Idriss. Elle traverse en glissant doucement ce champs de lavande, tandis qu&#39;une petite fille aux t&acirc;ches de son, aux yeux tr&egrave;s bleus, la main dans celle d&#39;un petit gar&ccedil;on au cr&acirc;ne ras&eacute;, nous fait un signe de la main, au revoir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&#39;ai &eacute;cout&eacute; la radio ce matin. Ils pr&eacute;voyaient une journ&eacute;e rose, &ccedil;a voulait dire sans trop d&#39;effusions de sang. Risques d&#39;attentats sur la ligne B du Rer, tirs de rockets envisageables mais peu probables sur les pistes cyclables de l&#39;Ouest parisien. Rien de grave donc. J&#39;ai juste pris un parapluie anti-nucl&eacute;aire et mes pilules contre &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=108\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/108"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=108"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/108\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=108"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=108"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=108"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}