{"id":113,"date":"2006-11-07T11:22:30","date_gmt":"2006-11-07T11:22:30","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=113"},"modified":"2006-11-07T15:20:11","modified_gmt":"2006-11-07T15:20:11","slug":"L'Afrique \u00e0 genoux","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=113","title":{"rendered":"L&rsquo;Afrique \u00e0 genoux"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" style=\"width: 262px; height: 210px\" src=\"http:\/\/a69.g.akamai.net\/7\/69\/7515\/v1\/img5.allocine.fr\/img_cis\/images\/festivaldecannes\/img\/photo\/019042.jpg\" alt=\"\" width=\"262\" height=\"210\" \/><br \/>\n<em>Bamako, un film de Abderrahmane Sissako<br \/>\n<\/em>&nbsp;<br \/>\nBamako est un film de Abderrahmane Sissako. Il se d&eacute;roule dans la cour d&#39;une maison de Bamako o&ugrave; vaquent les femmes (lessive et teinturerie), tandis que se tient au milieu des bassines, des enfants et d&#39;une ch&egrave;vre, le proc&egrave;s intent&eacute; par la soci&eacute;t&eacute; civile africaine &agrave; la Banque mondiale et au FMI. Les juges sont noirs ou caf&eacute; au lait, l&#39;avocat de la Bande mondiale est un petit vieux aux cheveux blancs d&#39;un style acad&eacute;micien qui d&eacute;ploie une grande &eacute;nergie &agrave; d&eacute;fendre ses clients, en maniant un certain paternalisme quand il s&#39;adresse &agrave; la partie civile, teint&eacute; malgr&eacute; tout d&#39;une relative compr&eacute;hension, car les torts qui lui sont faits, &agrave; cette partie civile, nul ne songe &agrave; les nier tant ils sont flagrants (restent &agrave; trouver les coupables&#8230;).\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\nLes t&eacute;moins d&eacute;filent &agrave; la barre. Beaucoup de femmes, instruites ou non, toujours concr&egrave;tes et souvent avec des chiffres &agrave; l&#39;appui. Ainsi, Aminata Traor&eacute;, ancienne ministre de la Culture malienne, qui n&#39;est pas pr&eacute;sent&eacute;e comme telle mais comme une &eacute;crivain experte (&laquo;&nbsp;vous devez rester dans votre r&ocirc;le, d&eacute;noncer si besoin est mais ne pas vous substituer &agrave; l&#39;expert&#8230;&nbsp;&raquo;, une remarque douteuse de l&#39;avocat g&eacute;n&eacute;ral), une autre, citoyenne malienne en bambou qui d&eacute;gaine ses statistiques relatives &agrave; la dette et au service de la dette, un jeune homme qui a fuit la mis&egrave;re en traversant &agrave; pied le d&eacute;sert marocain pour essayer d&#39;atteindre l&#39;eldorado espagnol (avec les r&eacute;sultats que l&#39;on sait, caravane noire reconduite de force et abandonn&eacute;e dans le Sahara, morts de soif, coups et blessures&#8230;), etc.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa langue est d&#39;Afrique, riche, raffin&eacute;e et imag&eacute;e, les t&eacute;moins plaident la cause d&#39;un continent &eacute;cras&eacute; par la dette, avec des institutions internationales et des Etats riches (le fameux G8) tout fiers d&#39;annoncer r&eacute;guli&egrave;rement, la main sur le c&oelig;ur, qu&#39;ils remettent une partie de la fameuse dette &agrave; leurs d&eacute;biteurs, son service, &eacute;norme, restant cependant d&ucirc; (ce qui n&#39;est pas tr&egrave;s clairement expliqu&eacute;&#8230;).&nbsp;Une femme&nbsp;explique tr&egrave;s concr&egrave;tement&nbsp;le m&eacute;canisme de la mis&egrave;re qui commence par des r&eacute;formes structurelles tr&egrave;s dures impos&eacute;es par la Bande mondiale et le FMI, entra&icirc;nant la privatisation des services de la sant&eacute;, de l&#39;&eacute;ducation, des transports, avec suppression de lignes dans la campagne malienne, ce qui conduit ainsi les habitants au ch&ocirc;mage et &agrave; la mis&egrave;re (plus personne pour acheter leurs fruits et l&eacute;gumes sur le quai des gares&#8230;). Un professeur explique, sans col&egrave;re, avec s&eacute;r&eacute;nit&eacute; m&ecirc;me, le long chemin qui a conduit un continent aux forces vid&eacute;es par l&#39;esclavage pendant des si&egrave;cles, puis &eacute;cras&eacute; par la colonisation (son aspect positif est ici absolument peu &eacute;vident&#8230;), &agrave; se retrouver finalement sous la botte d&#39;institutions et de multinationales qui le spolient et le m&eacute;prisent.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa Banque mondiale et le FMI ne sont cependant&nbsp;pas jug&eacute;s comme &eacute;tant les uniques responsables de cette situation o&ugrave; un sud mis&eacute;rable tente de survivre face &agrave; un Nord riche et puissant (avec d&eacute;sormais la Chine en ombre chinoise mena&ccedil;ante&#8230;), mais ils sont la pierre cardinale de ce syst&egrave;me jug&eacute; unanimement pr&eacute;dateur et qui a pour unique conscience, la religion du profit et le partage des richesses entre quelques uns.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa corruption est &eacute;galement d&eacute;nonc&eacute;e, elle existe aussi en Occident, temp&egrave;re l&#39;avocat de la partie accus&eacute;e, mais elle fait moins de victimes (quoique&#8230; les entreprises d&#39;armement qui manient sans doute cette derni&egrave;re pour d&eacute;crocher des march&eacute;s ill&eacute;gaux vont faire leur d&eacute;g&acirc;ts ailleurs&#8230;), la corruption en revanche s&eacute;vit en Afrique, &agrave; tous les &eacute;chelons et produit des dommages parfois irr&eacute;parables. A ce propos, la responsabilit&eacute; des dirigeants africains est quelque peu pass&eacute;e sous silence alors qu&#39;elle est &eacute;norme. C&#39;est dommage car cela aurait permis de montrer comment le syst&egrave;me s&#39;entretient, car il n&#39;y a pas de myst&egrave;re, il y a des complices partout pour que cela tienne, y compris dans les rangs africains.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEn coup de gr&acirc;ce, la plaidoirie de l&#39;avocat de la partie civile, t&ecirc;te blanche de po&egrave;te un peu foufou, qui apr&egrave;s un d&eacute;marrage l&eacute;g&egrave;rement pompeux, fait monter l&#39;&eacute;motion, y compris chez ces jeunes qui &eacute;coutent le proc&egrave;s dans la rue et qui d&eacute;branchent r&eacute;guli&egrave;rement le m&eacute;gaphone par saturation de tous ces mots (surtout ceux de l&#39;avocat de la Banque mondiale). Un monde privatis&eacute;, d&eacute;plore avec col&egrave;re l&#39;avocat, tout a &eacute;t&eacute; brad&eacute; dans ces pays, les habitants ont &eacute;t&eacute; pris en otage, vendez&nbsp;! une &eacute;ducation devenue payante, une sant&eacute; sinistr&eacute;e, des liens sociaux &eacute;clat&eacute;s o&ugrave; le pharmacien regarde mourir sur son pas de porte celui qui n&#39;a pas les moyens de se payer le bon m&eacute;dicament, avec en cerise sur le g&acirc;teau (sec), les larmes de crocodile de Paul Wolfowitz, nouveau pr&eacute;sident de la Banque mondiale apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; le strat&egrave;ge de Bush en Irak, qui d&eacute;plore les milliers de morts enfantines &agrave; venir sur le continent&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nL&#39;Afrique &agrave; genoux, s&#39;&eacute;crie l&#39;avocat, l&#39;Afrique &agrave; genoux et le m&eacute;pris de l&#39;Occident pour seul r&eacute;confort, femme savante, pousuit-il avec rage, j&#39;ai entendu murmurer &agrave; propos de celle qui osait brandir des chiffres et montrer qu&#39;elle savait lire un bilan. Une femme, la femme savante, pleure dans l&#39;assistance&#8230; Terrible id&eacute;e qui est dans nos cerveaux, ici d&eacute;nonc&eacute;e par l&#39;avocat, et&nbsp;qui voudrait que l&#39;Afrique est originellement mis&eacute;rable et foutue, qu&#39;on y peut rien, alors que c&#39;est tout un syst&egrave;me qui est ici accus&eacute; d&#39;organiser la pauvret&eacute; sur ce continent et ailleurs.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa messe est dite, la messe est dite, r&eacute;p&egrave;te comme exsangue l&#39;avocat, je ne demande pas la mort de ces gens l&agrave;, non, juste une condamnation &agrave; des travaux d&#39;int&eacute;r&ecirc;t g&eacute;n&eacute;ral au service l&#39;humanit&eacute;, ce pour quoi ils ont &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute;s, qu&#39;ils reviennent &agrave; leur mission originelle et essentielle, servir l&#39;humanit&eacute;. Vous &ecirc;tes forc&eacute;ment partiaux, dit l&#39;avocat de la Banque mondiale aux juges, et je vous comprends, cette douleur est la v&ocirc;tre. Il choisit de plaider de son c&ocirc;t&eacute; pour la (relative) bonne foi d&#39;un syst&egrave;me emball&eacute; qui, s&#39;il contribue &agrave; des situations mortif&egrave;res, ne peut tout de m&ecirc;me pas vouloir la mort des habitants d&#39;Afrique&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl n&#39;y aura pas de verdict, &agrave; proprement parler. Le seul verdict est peut &ecirc;tre ce coup de pistolet que se donne dans la t&ecirc;te un des habitants de la maison dont la femme est repartie au S&eacute;n&eacute;gal en le laissant avec leur petite fille (le mobile n&#39;est pas clair, on suppose qu&#39;il s&#39;agit d&#39;une autre histoire de mis&egrave;re).<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMalgr&eacute; un certain fouillis et un d&eacute;marrage un peu lent, Bamako est un film r&eacute;ussi, qui a le remarquable m&eacute;rite de nous laisser finalement seuls juges de l&#39;&eacute;tat de ce monde, et de qui en est responsable, l&#39;avocat des &laquo;&nbsp;m&eacute;chants&nbsp;&raquo; n&#39;&eacute;tant pas &agrave; cours d&#39;arguments pour d&eacute;montrer combien l&#39;affaire est complexe et dilu&eacute;e entre des milliers de mains&#8230; A vous de voir!!!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bamako, un film de Abderrahmane Sissako &nbsp; Bamako est un film de Abderrahmane Sissako. 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