{"id":14,"date":"2006-05-30T11:55:49","date_gmt":"2006-05-30T11:55:49","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=14"},"modified":"2006-05-30T12:40:10","modified_gmt":"2006-05-30T12:40:10","slug":"Portrait de famille","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=14","title":{"rendered":"Portrait de famille"},"content":{"rendered":"<p>Ma m&egrave;re Carla Brosse, sans doute fatigu&eacute;e par les errances (pas de mec, pas de mari, pas d&rsquo;enfants) de sa fille unique et l&eacute;gitime, con&ccedil;ue avec le professeur Colza (mon p&egrave;re donc), s&rsquo;est un jour dot&eacute;e d&rsquo;une fille parfaite.&nbsp; Cette fille, j&rsquo;ignore o&ugrave; elle se l&rsquo;est d&eacute;got&eacute;e, je sais juste que c&rsquo;est comme une adoption mais &agrave; l&rsquo;&acirc;ge adulte. Vous voyez, un peu comme Simone de Beauvoir qui, parvenue &agrave; l&rsquo;&acirc;ge m&ucirc;r sans enfants, a adopt&eacute; intellectuellement (et civilement) une fille qui, je crois, &eacute;tait une ancienne de ses &eacute;l&egrave;ves. Sans doute une forte en th&egrave;me, Simone n&rsquo;aurait certainement pas adopt&eacute;e une cancre faisant des fautes d&rsquo;orthographe pr&egrave;s du radiateur au fond de la classe.&nbsp;<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p>Cette fille parfaite est donc ma s&oelig;ur. Elle s&rsquo;appelle Parfaite, normal. Parfaite a &eacute;pous&eacute; un Prince (aux yeux de ma m&egrave;re), un pur Emir vu qu&rsquo;il travaille dans une soci&eacute;t&eacute; p&eacute;troli&egrave;re, il enfonce un b&acirc;ton dans le sol, et il dit, creusez. Enfin, c&rsquo;est ce qu&rsquo;a compris ma m&egrave;re. Elle, Parfaite, elle, &laquo; lui a donn&eacute; &raquo; deux beaux enfants (l&rsquo;expression consacr&eacute;e est r&eacute;p&eacute;t&eacute;e &agrave; l&rsquo;envi par madame Brosse), qu&rsquo;elle &eacute;l&egrave;ve tout en travaillant dans la publicit&eacute; pour des marques comme celles des yaourts Shaman, le roi de la yourte, ou des strings Barcasse, la reine de la culasse. A vomir. Ses deux beaux enfants s&rsquo;appellent Jade et Orneille, dr&ocirc;les de noms me direz vous, ils sont blonds et roses, bien &eacute;lev&eacute;s, dociles et d&eacute;j&agrave; rep&eacute;r&eacute;s comme enfants surdou&eacute;s.<\/p>\n<p>A part &ccedil;a, Parfaite est belle, grande, mince, la peau claire et les cheveux de m&ecirc;me (genre fascho Aryenne quoi). Elle lit 65 livres par an, ne fait jamais une faute d&rsquo;accord, parle trois langues dont une rare (le peuhl du nord), n&rsquo;a jamais connu le c&eacute;libat, car c&rsquo;est bien simple, d&egrave;s 12 ans, les gar&ccedil;ons se pressaient &agrave; sa porte et c&rsquo;&eacute;tait bataille sur bataille pour savoir qui aurait le mirifique honneur de lui porter son sac Charlotte-aux-fraises. Qu&rsquo;est-ce que tu en sais, je dis &agrave; ma m&egrave;re, tu ne l&rsquo;as m&ecirc;me pas connue &agrave; cet &acirc;ge l&agrave;, je le sais, un point c&rsquo;est tout, proteste ma m&egrave;re, je suis une f&eacute;e, oui ou merde ? Merde.En tout cas, c&rsquo;est le genre de fille &agrave; soupirer ce genre d&rsquo;inepties : qu&rsquo;est-ce que je donnerai pour avoir quelques jours SEULE, sans MEC, sans ENFANTS&hellip; comme &ccedil;a doit &ecirc;tre bien d&rsquo;&ecirc;tre c&eacute;libataire&hellip; parfois&#8230; dire, dire que je ne sais m&ecirc;me pas ce que c&rsquo;est&hellip; Soupir. Car il va de soi que Parfaite n&#39;imagine pas un SEUL instant que ce genre de chose atroce comme le c&eacute;libat longue dur&eacute;e puisse lui arriver. Parfaite donne aussi des cours b&eacute;n&eacute;volement &agrave; des enfants mourants dans les h&ocirc;pitaux, elle s&rsquo;occupe d&rsquo;une vieille voisine, 102 ans, qui a&nbsp; enterr&eacute; toute sa famille depuis au moins 50 ans (elle est l&rsquo;unique rescap&eacute;e de barbiers d&eacute;port&eacute;s en Pologne) et cette voisine ne craint d&rsquo;affirmer que Parfaite est la m&egrave;re T&eacute;r&eacute;sa personnifi&eacute;e, mod&egrave;le Laura Ashley. &nbsp;<\/p>\n<p>A part &ccedil;a, mon p&egrave;re, pour ne pas &ecirc;tre en reste, s&rsquo;est fabriqu&eacute; un soir de cuite une sorte de Pinocchio, qu&rsquo;il a baptis&eacute;, Emile. Emile, c&rsquo;est mon fr&egrave;re donc. Emile a r&eacute;ussi sa crise d&rsquo;adolescence, puisqu&rsquo;il est devenu un homme, un vrai. Il a mis les bouts, &eacute;tudiant l&rsquo;informatique au grand d&eacute;sespoir de son charpentier de p&egrave;re, il a un great job, comme on dit, d&eacute;bile, assure mon p&egrave;re, et trois filles, la princesse Onie, la f&eacute;e Licie et la f&eacute;e Cl&eacute;o, qui a quitt&eacute; le berceau il y a peu. Sa femme est ok, c&rsquo;est une Barbie rescap&eacute;e du caoutchouc, apr&egrave;s un passage dans le porno, elle s&rsquo;est finalement consacr&eacute;e &agrave; une ma&icirc;trise de droit qui a pour objet les &eacute;quivalences fruits dans la Communaut&eacute; europ&eacute;enne (enfin, c&rsquo;est ce qu&rsquo;a compris mon p&egrave;re). Elle s&rsquo;est &eacute;galement reproduite naturellement. Sans rabot ni moule &agrave; plastique. Elle est petite et brune, ma m&egrave;re l&rsquo;appelle le Pruneau, parce que mon fr&egrave;re dit toujours que sa femme est la prunelle de ses yeux.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai aussi une grand-m&egrave;re, une sacr&eacute;e. Elle vit dans une maison con&ccedil;ue &agrave; cet effet, plein de vieux comme elle. Elle a un caddie qui roule super vite, un chien petit comme une crotte, il s&rsquo;appelle Maximilien, et une rage vis &agrave; vis du monde qui tient &agrave; distance les foules les plus fanatis&eacute;es, m&ecirc;me la mort a peur d&rsquo;elle, c&rsquo;est dire. Je vous en parlerai plus une autre fois. <\/p>\n<p>Voil&agrave;. Moi, je suis la seule n&eacute;e de circonstances naturelles et je crois bien que je suis la moins bien aim&eacute;e. Carlo Brosse hausse les &eacute;paules, elle me dit, on est toujours plus dur avec ce qui vous est le plus proche, &ccedil;a n&rsquo;emp&ecirc;che pas une certaine forme d&rsquo;amour. En plus, je lui ressemble. J&rsquo;ai h&eacute;rit&eacute; de ses irritations : les gens qui ne tiennent pas la porte dans le m&eacute;tro, les m&eacute;m&eacute;s &agrave; fourrure qui doublent dans les queues de supermarch&eacute;s ou de mus&eacute;es, les publicit&eacute;s &agrave; gros n&eacute;n&eacute;s, la pluie au mois de mai, les gens qui savent pas partir de chez vous alors qu&rsquo;on a fini de manger depuis au moins deux heures et que vous baillez comme le poisson hors de l&rsquo;eau, etc&hellip;. J&rsquo;ai aussi son nez en forme de cornichon et les m&ecirc;mes doigts de pieds, gr&acirc;ce auxquels je peux soulever un petit sac de 500 grammes &agrave; un m&egrave;tre du sol, ou faire la gamme de do, sans fautes. Encore un truc inutile quoi. <\/p>\n<p>Voil&agrave;. Ma s&oelig;ur Parfaite vient aujourd&rsquo;hui pour l&rsquo;ap&eacute;ro, avec sa fausse m&egrave;re, elle a &agrave; me parler, dixit ma m&egrave;re, car elle &laquo; s&rsquo;inqui&egrave;te pour moi &raquo;. Tout un programme. Je vous raconterai &ccedil;a demain, si j&rsquo;en ai la force, car parfois, Parfaite produit sur moi le ph&eacute;nom&egrave;ne paradoxal qui est que, notez, &laquo; un intense d&eacute;gagement d&rsquo;&eacute;nergie de la part de Parfaite, exprim&eacute; par un flot de paroles et d&rsquo;opinions p&eacute;remptoires, engendre chez l&rsquo;interlocut&eacute; une d&eacute;perdition exponentielle de sa propre &eacute;nergie, exprim&eacute;e par une soudaine envie de hurler, pleurer, dormir, je veux m&rsquo;enfuir &raquo;. <\/p>\n<p>Mon p&egrave;re, le grand professeur Colza, qui a un diff&eacute;rend avec sa fausse bru, car il n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; consult&eacute; pour l&rsquo;adoption (quand tu as rabot&eacute; Emile, tu ne m&rsquo;en as pas demand&eacute; l&rsquo;autorisation non plus &agrave; ce que je sache, lui r&eacute;torque toujours ma m&egrave;re), essaye depuis plusieurs mois de mettre cette assertion en &eacute;quation : <\/p>\n<p>-E=PP<sup>6<\/sup><\/p>\n<p>L&rsquo;Energie perdue est &eacute;gale &agrave; Parfaite x Parlotte multipli&eacute; par six. Mon p&egrave;re a fabriqu&eacute; un petit appareil pour mesurer tout cela, c&rsquo;est sans doute pour cela aussi que ce soir, il s&rsquo;incruste &agrave; l&rsquo;ap&eacute;ro.&nbsp; Affaire &agrave; suivre, vous dis-je.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ma m&egrave;re Carla Brosse, sans doute fatigu&eacute;e par les errances (pas de mec, pas de mari, pas d&rsquo;enfants) de sa fille unique et l&eacute;gitime, con&ccedil;ue avec le professeur Colza (mon p&egrave;re donc), s&rsquo;est un jour dot&eacute;e d&rsquo;une fille parfaite.&nbsp; Cette fille, j&rsquo;ignore o&ugrave; elle se l&rsquo;est d&eacute;got&eacute;e, je sais juste que c&rsquo;est comme une adoption &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=14\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}