{"id":156,"date":"2009-02-24T17:02:34","date_gmt":"2009-02-24T17:02:34","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=156"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T15:00:00","slug":"La squatteuse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=156","title":{"rendered":"La squatteuse"},"content":{"rendered":"<p>\nDepuis deux ans maintenant, la non muse squatte mon existence (et mon appartement).\n<\/p>\n<p>\nC&#39;est une petite bonne femme rondouillarde dont on ne se m&eacute;fie pas au premier abord, et c&#39;est &ccedil;a justement qui la rend redoutable. Je l&#39;ai h&eacute;berg&eacute;e au sortir de l&#39;h&ocirc;pital (ma sortie) au motif que d&eacute;barquant de province, avec une improbable valise en carton, j&#39;&eacute;tais son seul contact en Ile e France. Avec ses cheveux fris&eacute;s, ses grosses lunettes, sa tenue frip&eacute;e fa&ccedil;on rescap&eacute;e des ann&eacute;es beatnik, pos&eacute;e sur le paillasson, pleine de pluie et de nuages flous dans les yeux, elle m&#39;a fait piti&eacute;. J&#39;ai pens&eacute; aux sans papiers (bien qu&#39;elle en ait), et &agrave; l&#39;engagement de ceux et celles qui les soutiennent, allant jusqu&#39;&agrave; les loger chez eux (encore vu une affichette &agrave; Montreuil pos&eacute;e par une dame demandant un peu de soutien car elle loge depuis plus d&#39;un an, les enfants d&#39;une Malienne puis la Malienne, puis la s&oelig;ur de la Malienne, tout &ccedil;a dans un trois pi&egrave;ces), sachant que je ne risque m&ecirc;me pas le Tribunal en logeant cette cr&eacute;ature bien de chez nous.\n<\/p>\n<p>\nDepuis ma non muse n&#39;est jamais repartie, et je dois dire qu&#39;elle me p&egrave;se chaque jour un peu plus.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p>\nLe matin commence par un petit caf&eacute; interminable. La non muse me tient la jambe, jugeant utile de me faire conna&icirc;tre son opinion du moment sur l&#39;explosion du PS, le show de S&eacute;gol&egrave;ne, la boutanche de Martine, la n&eacute;vrose de pouvoir de Sarkozy, cette fa&ccedil;on si plate et si fausse de consid&eacute;rer la bonne sant&eacute; d&#39;un pays en scrutant les tickets de caisse de ses habitants, et je vous en passe. Comme elle s&#39;est lev&eacute;e tardivement, elle m&#39;impose ensuite g&eacute;n&eacute;ralement de regarder sur internet la chronique de St&eacute;phane Guillon qu&#39;elle v&eacute;n&egrave;re car elle trouve son humour grin&ccedil;ant tr&egrave;s &agrave; son go&ucirc;t. Je ris m&ecirc;me si je n&#39;ai pas le c&oelig;ur &agrave; rire (l&#39;heure tourne), tout en me demandant secr&egrave;tement comment DSK fait pour se taper la terre enti&egrave;re, ce qui entra&icirc;ne de la part de ma non muse une remarque agac&eacute;e comme quoi le physique n&#39;est pas tout et que cet homme rec&egrave;le sans nul doute des charmes profonds &agrave; commencer par sa brillante intelligence (je demeure dubitative car on ne couche pas avec un homme au motif qu&#39;il fait des d&eacute;veloppements macroc&eacute;conomiques brillants en 3 parties et qui, au vu de ce qui a &eacute;t&eacute; donn&eacute; de voir par la suite, n&#39;est pas non plus fort d&#39;humour, grin&ccedil;ant du moins). Mon &oelig;il tra&icirc;ne sur l&#39;horloge, d&eacute;j&agrave; 11 h 00 et je n&#39;ai encore rien fait, sachant qu&#39;avant, Z&eacute;bulon a fait &eacute;quipe avec ma non muse pour m&#39;emp&ecirc;cher d&#39;approcher l&#39;ordinateur. A quatre pattes dans l&#39;appartement, ils ont r&eacute;ussi &agrave; faire tomber un meuble dans la cuisine bourr&eacute; d&#39;&eacute;pices qui se sont r&eacute;pandues sur le sol, fendre une vitre en tapant dessus avec ma bo&icirc;te &agrave; couture car oui je suis oblig&eacute;e de faire de la couture comme Z&eacute;bulon arrache tous ses boutons avec ses petites pattes, ils ont ensuite &eacute;parpill&eacute; tout le linge qui s&eacute;chait &agrave; droite et &agrave; gauche car oui, je ne cesse plus de faire des lessives&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEnfin Z&eacute;bulon est parti faire sa sieste du matin et j&#39;ai r&eacute;ussi &agrave; exp&eacute;dier ma non muse chercher le pain. J&#39;ouvre fichier apr&egrave;s fichier, texte apr&egrave;s texte, sans r&eacute;ussir &agrave; me mettre vraiment dans l&#39;un. Je passe d&#39;une histoire &agrave; l&#39;autre, incapable de me d&eacute;cider entre relecture, d&eacute;marrage de toute autre chose, j&#39;&eacute;chafaude des d&eacute;buts de roman en me disant &ccedil;a y est c&#39;est parti&#8230;&nbsp;&nbsp; et voil&agrave; ma non muse d&eacute;j&agrave; de retour, qui se tient par-dessus mon &eacute;paule pour s&#39;assurer que je n&#39;ai rien &eacute;crit.\n<\/p>\n<p>\nC&#39;est bien, d&eacute;clare-t-elle d&#39;un ton satisfait, tu n&#39;as rien foutu.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPuis elle prend carr&eacute;ment la souris et va v&eacute;rifier mes comptes, tout en se baladant sur le monde.fr ou rue89, ou tout autre quotidien en ligne qui lui permette de penser qu&#39;elle suit l&#39;actualit&eacute; et qu&#39;en cons&eacute;quence, elle a des opinions (dont elle me rebattra ensuite les oreilles). A midi 15, Z&eacute;bulon refait son apparition, c&#39;est l&#39;heure du d&eacute;jeuner, ma non muse a branch&eacute; la radio car elle est fan du jeu des 1000 euros qu&#39;elle &eacute;coutait enfant avec sa m&egrave;re, et c&#39;est sur fond de Banco, banco&nbsp;! que nous d&eacute;jeunons tous. Ma non muse pousse des ah et des ho devant la culture des candidats, et je suis bien oblig&eacute;e de reconna&icirc;tre qu&#39;ils en savent bien plus que moi, ce qui ach&egrave;ve le travail d&#39;auto-sape du matin. Avant, nous avons &eacute;cout&eacute; <em>Carnets de campagne<\/em>, o&ugrave; je me suis imagin&eacute;e tour &agrave; tour en agricultrice biodynamique, en animatrice culturelle ou en manageuse d&#39;un centre de vacances pour enfants handicap&eacute;s. Je r&ecirc;ve de quitter Montreuil (et ma non muse), de vivre dans de vastes paysages, cha&icirc;nes des Alpes ou vaste oc&eacute;an, &agrave; moins que je n&#39;emprunte les sentiers de Provence o&ugrave; j&#39;aurais une petite maison dans un village &agrave; la Pagnol avec le chant des grillons pour seul parasitage de mon activit&eacute; d&#39;&eacute;criture. Ma non muse ricane, elle me rappelle que je ne sais rien faire, et elle me laisse ensuite me farcir la vaisselle parce qu&#39;elle a (toujours) une coupure &agrave; la main droite.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl est 14 H 30. Z&eacute;bulon est parti faire la sieste, et je me dis que &ccedil;a y est, j&#39;ai deux bonnes heures pour me mettre <em>vraiment<\/em> &agrave; &eacute;crire. Mais ma non muse veille, elle n&#39;arrive pas &agrave; faire la sieste, elle me dit, quand tu auras un second Z&eacute;bulon, l&agrave; c&#39;est s&ucirc;r que &ccedil;a sera compl&egrave;tement cuit, question &eacute;criture&#8230; du coup, tu passeras un concours administratif pour avoir enfin un vrai boulot&nbsp;? Je lui fais vertement remarquer que je suis vieille et qu&#39;en cons&eacute;quence, je n&#39;aurais peut-&ecirc;tre pas d&#39;autre Z&eacute;bulon, elle fait la moue, en ce cas, tu seras encore plus malheureuse, avoir un enfant unique,&nbsp;c&#39;est moche, et pour l&#39;enfant et pour ses vieux&#8230; tu t&#39;en voudras toute ta vie de t&#39;y avoir mise si tardivement. Je vais pour lui r&eacute;pondre que je n&#39;ai pas eu le choix mais elle s&#39;est mise &agrave; ronfler, et je me dis que cette fois, &ccedil;a y est, je vais pouvoir bosser&#8230; et c&#39;est alors A rentr&eacute; plus t&ocirc;t du boulot qui me demande de relire un de ses devoirs, je relis, corrige, r&eacute;&eacute;cris certaines phrases, me sentant le cerveau aussi vif que celui d&#39;Hibernatus avant son r&eacute;veil, ou alors c&#39;est yahoo messenger qui se met en marche, une copine qui s&#39;ennuie au boulot, ou alors c&#39;est Z&eacute;bulon qui se r&eacute;veille avant l&#39;heure en hurlant, rage de dents ou alors&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe soir arrive, j&#39;ai &eacute;crit une ligne, en faisant croire &agrave; ma non muse que j&#39;allais aux toilettes, la nuit va tomber, le roman du si&egrave;cle, &ccedil;a sera pas pour aujourd&#39;hui, et ma non muse, satisfaite, raconte &agrave; A notre journ&eacute;e en disant que je suis id&eacute;alement faite pour le m&eacute;tier de m&egrave;re, ou de dame de compagnie, et que c&#39;est dommage cet ent&ecirc;tement que je met &agrave; vouloir essayer d&#39;&eacute;crire quand on sait que m&ecirc;me ceux qui ont du talent ne sont pas forc&eacute;ment publi&eacute;s, et que m&ecirc;me ceux qui sont publi&eacute;s, restent aux oubliettes, sans compter que le livre est en crise, que plus personne ne lit, &agrave; commencer par elle. Qui pr&eacute;f&egrave;re converser ou &eacute;couter la radio.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe pars tristement me coucher, avec le sentiment d&#39;&ecirc;tre un grand sac vide, mais j&#39;ai tout de m&ecirc;me le droit de lire, et donc je lis, je lis, et je me dis, courage, la non muse repartira bien un jour, elle assure que sa verte vall&eacute;e lui manque comme &agrave; moi, l&#39;&eacute;criture&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis deux ans maintenant, la non muse squatte mon existence (et mon appartement). C&#39;est une petite bonne femme rondouillarde dont on ne se m&eacute;fie pas au premier abord, et c&#39;est &ccedil;a justement qui la rend redoutable. Je l&#39;ai h&eacute;berg&eacute;e au sortir de l&#39;h&ocirc;pital (ma sortie) au motif que d&eacute;barquant de province, avec une improbable valise &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=156\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=156"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/156\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=156"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=156"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=156"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}