{"id":16,"date":"2006-06-02T14:23:13","date_gmt":"2006-06-02T14:23:13","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=16"},"modified":"2006-06-02T20:14:10","modified_gmt":"2006-06-02T20:14:10","slug":"Rencontre du troisi\u00e8me type : cherchez l'\u00e9diteur...","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=16","title":{"rendered":"Rencontre du troisi\u00e8me type : cherchez l&rsquo;\u00e9diteur&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Ce matin, une fois encore j&rsquo;ai trouv&eacute; une de Leur lettre dans ma bo&icirc;te. Je cite : <\/p>\n<p>&laquo; Malgr&eacute; tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que comporte le manuscrit que vous nous avez envoy&eacute;, nous regrettons de ne pouvoir le publier&hellip; &raquo;. <\/p>\n<p>Cela peut &ecirc;tre aussi : <\/p>\n<p>&laquo; Malgr&eacute; tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que comporte le manuscrit que vous nous avez envoy&eacute;, il n&rsquo;entre pas dans nos collections et nous sommes en cons&eacute;quence au regret de&hellip; &raquo; <\/p>\n<p>Ou : <\/p>\n<p>&laquo; En d&eacute;pit d&rsquo;id&eacute;es originales exprim&eacute;es sur l&rsquo;&egrave;re du temps, le comit&eacute; de lecture n&rsquo;a pas souhait&eacute;&hellip; &raquo;. <\/p>\n<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;un manuscrit sur la disparition des dinosaures, envoy&eacute; &agrave; la place de mon cousin C&eacute;lestin, qui est dinosautologue et tr&egrave;s emprunt&eacute; de sa personne. <\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p>Plus d&eacute;courageant encore, avant m&ecirc;me d&rsquo;avoir eu le temps d&rsquo;esp&eacute;rer : <\/p>\n<p>&laquo; Si aucune r&eacute;ponse de notre part ne vous est parvenue &agrave; cette date (indiqu&eacute;e ci-dessus), consid&eacute;rez que votre texte n&rsquo;est pas retenu. L&rsquo;afflux des manuscrits nous oblige en effet &agrave; limiter les notes de lecture personnalis&eacute;es aux seuls &eacute;crivains que nous souhaitons publier&hellip; &raquo; <\/p>\n<p>Personnalis&eacute;es, peut-&ecirc;tre, mais anonymes, gratuites et administratives&hellip; m&ecirc;me pas ? M&ecirc;me aux ch&ocirc;meurs, pourtant tr&egrave;s mal trait&eacute;s, on fait rarement ce coup l&agrave; ! <\/p>\n<p>Ou encore celle-ci, &eacute;manant d&rsquo;&eacute;tudiants dans un DESS d&rsquo;&eacute;dition organisant un concours pour la Grand Messe du livre, Porte de Versailles : <\/p>\n<p>&laquo; Malgr&eacute; tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que nous lui avons port&eacute; et apr&egrave;s m&ucirc;re r&eacute;flexion, nous avons d&eacute;cid&eacute; de ne pas le retenir&hellip; &raquo; <\/p>\n<p>Ils avaient 25 ans et ils avaient d&eacute;j&agrave; le jargon de leurs futures pairs ! Merde ! <\/p>\n<p>Ou bien : <\/p>\n<p>&laquo; Malgr&eacute; l&rsquo;absence totale d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que comporte le manuscrit que vous nous avez envoy&eacute;, nous regrettons de devoir le publier&hellip; &raquo;.<\/p>\n<p>L&agrave;, je rigole. Ce qui est s&ucirc;r c&#39;est que l&rsquo;on ne re&ccedil;oit jamais de r&eacute;ponses du style : <\/p>\n<p>&laquo; Vous &ecirc;tes visiblement une conne. Pourquoi faites-vous subir votre connerie personnelle au v&eacute;n&eacute;rable monde de l&rsquo;&eacute;dition ? Pourquoi ne vous en prenez-vous pas &agrave; des connards professionnels : l&rsquo;arm&eacute;e, la police ou les conducteurs de d&eacute;capotables ? <\/p>\n<p>M&ecirc;me si l&rsquo;envoyeur le pense tr&egrave;s fortement.<\/p>\n<p>Quoique, je me trompe. J&rsquo;ai re&ccedil;u une lettre de ce type une fois. La personne &eacute;tait directrice d&rsquo;une maison d&rsquo;&eacute;dition parisienne, de taille moyenne mais reconnue, facture classique et voyageuse. J&rsquo;esp&egrave;re que depuis elle est morte dans d&rsquo;atroces souffrances, assassin&eacute;e par un auteur non publi&eacute; au cours d&rsquo;un cocktail sous une pluie battante avec des toasts au jambon blanc en promo. <\/p>\n<p>J&rsquo;ai recherch&eacute; longuement cette lettre, pour vous en restituer des morceaux choisis, mais chose &eacute;trange, elle s&rsquo;est auto-dissoute dans mes cartons. Je vais n&eacute;anmoins faire preuve de courage : je vais vous en restituer le substantifique Esprit&#8230;<\/p>\n<p>En substance, pour commencer, la brave dame avouait ne m&ecirc;me pas avoir su par quel bout prendre ma &quot;chose&quot; (soit au moins un paragraphe l&agrave; dessus, j&rsquo;avais pourtant envoy&eacute; un manuscrit fa&ccedil;on m&eacute;moire avec le chiffre 1 suivi du chiffre 2&hellip; et ce, jusqu&rsquo;au chiffre 365) ; m&rsquo;y &eacute;tait ensuite recommand&eacute; de lire mes pairs avant m&ecirc;me de songer ne serait-ce m&ecirc;me &agrave; faire du style (lisez, ma petite, lisez et recopiez) et enfin, que mes pr&eacute;occupations solipsiste (j&rsquo;ai appris plein de nouveaux mots gr&acirc;ce &agrave; cette dame car sa lettre &eacute;tait riche d&rsquo;enseignements en mati&egrave;re de vocabulaire et de pr&eacute;tention) &eacute;taient risibles&hellip; Elle m&#39;a par ailleurs conseill&eacute; d&rsquo;user de la &laquo; varlope &raquo; (si !) pour &eacute;laguer la merde encombrant mon texte : des n&eacute;ologismes et des barbarismes n&eacute;s de l&#39;anglais et de l&#39;arabe, qui avaient d&ucirc; la conduire, pauvrette, &agrave; vomir son tarama du soir dans les toilettes de son Panth&eacute;on Immacul&eacute; des Lettres. <\/p>\n<p>On ne re&ccedil;oit jamais, en revanche, de lettres qui vous laisseraient ne serait-ce qu&rsquo;une petite porte ouverte : <\/p>\n<p>&laquo; Malgr&eacute; tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que comporte le manuscrit que vous nous avez envoy&eacute;, nous regrettons de ne pouvoir le publier&hellip; toutefois, si vous savez pratiquer de d&eacute;licieuses fellations, sans regarder au nombre ni &agrave; la personne, nous vous prions de nous contacter au num&eacute;ro ci-joint en dehors des heures de bureau&hellip; &raquo; <\/p>\n<p>Jamais.<\/p>\n<p>Ou : <\/p>\n<p>&laquo; Malgr&eacute; tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que comporte le manuscrit que vous nous avez envoy&eacute;, nous regrettons de ne pouvoir le publier&hellip; En effet, nous n&rsquo;avons pas relev&eacute; une seule fois le mot &laquo; bite &raquo;, &laquo; fist-fucking &raquo; ou m&ecirc;me, le simple et beau &laquo; chatte &raquo;, il n&rsquo;y a tout simplement pas une seule sc&egrave;ne de cul valable (pas de sodomie, pas d&rsquo;inceste, pas de fellation men&eacute;e sur une personne c&eacute;l&egrave;bre), votre vie sexuelle, mademoiselle, doit &ecirc;tre aussi pauvre que votre style. Enfin, nous n&rsquo;apprenons rien sur rien (qui couche avec qui, qui encule qui, et dans quelle mesure). Aucune trahison, aucune bassesse, aucune cruaut&eacute; n&rsquo;y figurent, qui sont pourtant la BASE de la Litt&eacute;rature, Mademoiselle, apprenez-le et revenez quand vous saurez et baiser et &eacute;crire sur la baise ! &raquo;. <\/p>\n<p>Whaou ! Pourtant, quand on les voit les &eacute;diteurs, c&rsquo;est pas franchement le mot &laquo; sexe &raquo; qui vous vient &agrave; la bouche. Mais bon. <\/p>\n<p>J&rsquo;ai re&ccedil;u r&eacute;guli&egrave;rement des refus d&rsquo;un &eacute;diteur qui me semblait l&rsquo;&eacute;diteur tout &agrave; la fois anormal et id&eacute;al : il lisait les manuscrits, figurez-vous, le fada ! Il avait publi&eacute; une jeune femme qui est ensuite devenue c&eacute;l&egrave;bre gr&acirc;ce au fruit de leur travail conjoint, un livre, un vrai, et qui lui est rest&eacute;e fid&egrave;le quand tous les Panth&eacute;ons Immacul&eacute;s des Lettres se sont alors mis &agrave; lui faire les yeux -d&rsquo;or- doux&hellip;. apr&egrave;s lui avoir, sans nul doute, envoy&eacute; des lettres du premier type (cf ci-dessus).<\/p>\n<p>Cet &eacute;diteur poussait m&ecirc;me la folie stupide jusqu&rsquo;&agrave; r&eacute;pondre parfois, de fa&ccedil;on personnalis&eacute;e, &agrave; quelques uns de ces malheureux auteurs cherchant veulement chaussure &agrave; leur pied. Mieux encore, il r&eacute;pondait de fa&ccedil;on humble et respectueuse ! Il me semble que, &agrave; mon avis mais il n&#39;est que le mien, etc. Bref, un pauvre type sans nul doute. <\/p>\n<p>&laquo; Malgr&eacute; ces r&eacute;ticences, votre &eacute;criture me para&icirc;t d&rsquo;une richesse certaine et prometteuse&hellip; &raquo; <\/p>\n<p>Vous serrez la lettre dans vos bras, et sur votre c&oelig;ur, d&eacute;sormais, elle sera tout le temps scotch&eacute;e (comme on renifle un papier &agrave; lettres parfum&eacute; au lilas fraise ou qu&rsquo;on vole sur Sa table, un de Ses stylos&hellip;). J&rsquo;ai longtemps cru que j&rsquo;avais enfin rencontr&eacute; le troisi&egrave;me type&hellip; <\/p>\n<p>Mais bon, malgr&eacute; que j&rsquo;&eacute;tais rudement prometteuse, malgr&eacute; trois essais, il ne m&rsquo;a jamais &eacute;pous&eacute;e euh publi&eacute;e. Comme les b&eacute;guins contrari&eacute;s, on s&rsquo;acharne et souvent, c&rsquo;est un autre qui sort du chapeau. Alors j&rsquo;attends cet autre, depuis.<\/p>\n<p>Je lui en ai voulu, bien entendu. Comme &agrave; un gar&ccedil;on dont on est secr&egrave;tement amoureuse et qui vous dit, je pr&eacute;f&egrave;re qu&rsquo;on reste amis. De m&ecirc;me que l&rsquo;on poursuit longtemps ce gar&ccedil;on, j&rsquo;ai poursuivi r&eacute;guli&egrave;rement cet &eacute;diteur (la poursuite s&rsquo;exprimant ici par le simple envi d&rsquo;un manuscrit). Il a parfois (vaguement) faibli, comme le gar&ccedil;on faiblit parce qu&rsquo;il ne veut pas vous blesser. Puis en d&eacute;finitive, j&rsquo;ai appris incidemment qu&rsquo;il en avait choisit une autre, une b&ecirc;te, une nullasse, une pas marrante ! Alors, je lui ai tourn&eacute; le dos&hellip; tout en sentant mon c&oelig;ur s&rsquo;&eacute;mouvoir malgr&eacute; moi quand j&rsquo;ai re&ccedil;u sa derni&egrave;re lettre : <\/p>\n<p>&laquo; On peut dire que nos relations sont compliqu&eacute;es ; encore une fois, je vais refuser un de vos manuscrits. Sachez que ce n&rsquo;est pas de gaiet&eacute; de c&oelig;ur, mais je suis toujours partag&eacute; &agrave; vous lire- je sais que c&rsquo;est un peu cruel de vous infliger mes &eacute;tats d&rsquo;&acirc;me&hellip; &raquo; <\/p>\n<p>N&rsquo;est-ce pas &eacute;mouvant ? Surtout quand on repense &agrave; l&rsquo;empaff&eacute;e des lettres et son solipsisme gav&eacute; d&#39;arrogance&hellip; <\/p>\n<p>Aussi, malgr&eacute; tout, malgr&eacute; l&rsquo;attente et les d&eacute;ceptions, malgr&eacute; la TRAHISON, je sacrifie &agrave; la grande l&eacute;chouille et je lui suis reconnaissante du fond du c&oelig;ur de m&rsquo;avoir envoy&eacute; trois courriers, simples et chaleureux. C&rsquo;est vous dire comme le monde de l&rsquo;&eacute;dition est dur, on en vient &agrave; remercier avec c&oelig;ur celui qui vous refuse, juste parce qu&rsquo;il l&rsquo;a fait avec des MOTS. <\/p>\n<p>Il faut se r&eacute;p&eacute;ter ceci. Tout est virtuel, au fond. Scriptum demeurum, comme dit ma chef, une informaticienne latiniste, les &eacute;crits demeurent, qu&rsquo;ils soient -je pense- publi&eacute;s ou non (penser &agrave; faire des enfants pour qu&rsquo;ils conservent mes manuscrits et les transmettre &agrave; leur propre prog&eacute;niture) et le malheur du monde reste le plus fort : g&eacute;nocides, guerres, d&eacute;c&egrave;s, c&eacute;libat&hellip; qu&rsquo;est-ce que tout &ccedil;a &agrave; c&ocirc;t&eacute; de pas &ecirc;tre publi&eacute;e hein ?! <\/p>\n<p>Rien du tout. Ou presque. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce matin, une fois encore j&rsquo;ai trouv&eacute; une de Leur lettre dans ma bo&icirc;te. Je cite : &laquo; Malgr&eacute; tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que comporte le manuscrit que vous nous avez envoy&eacute;, nous regrettons de ne pouvoir le publier&hellip; &raquo;. Cela peut &ecirc;tre aussi : &laquo; Malgr&eacute; tout l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t que comporte le manuscrit que vous nous avez &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=16\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}