{"id":163,"date":"2009-03-24T16:10:14","date_gmt":"2009-03-24T16:10:14","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=163"},"modified":"2009-03-25T15:46:29","modified_gmt":"2009-03-25T15:46:29","slug":"L'essentiel est ailleurs","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=163","title":{"rendered":"L&rsquo;essentiel est ailleurs"},"content":{"rendered":"<p>\nC&#39;est fou le nombre de fois o&ugrave; on peut se dire cette phrase l&agrave; dans une journ&eacute;e. Bon, pas tout le monde, mais un paquet de monde, quand m&ecirc;me.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;est &agrave; la fois une jolie maxime philosophique et une d&eacute;primante constatation. Un renoncement qui peut &ecirc;tre dict&eacute; par l&#39;abdication ou la d&eacute;ception comme par une vision un peu (voire tr&egrave;s) &eacute;largie de l&#39;existence. S&ucirc;r que cette phrase sera plus facilement prononc&eacute;e par un employ&eacute; de bureau que par un ministre en plein exercice de ses fonctions (mais qui la prononcera peut-&ecirc;tre quand on le d&eacute;mettra de ces derni&egrave;res afin d&#39;avoir l&#39;air beau joueur).\n<\/p>\n<p>\nPeut-on&nbsp;l&#39;imaginer prononc&eacute;e par un pr&eacute;sident de soci&eacute;t&eacute; qui,&nbsp;arriv&eacute; au terme de son mandat ou m&ecirc;me d&eacute;mis, taille la route avec 3 millions d&#39;euros en laissant son ex bo&icirc;te plomb&eacute;e&nbsp;avec 1300 de ses employ&eacute;s fichus &agrave; la porte? Je l&#39;imagine mal ou alors ce serait une &eacute;ni&egrave;me tranche de cynisme dans le gros g&acirc;teau bouffi de cr&egrave;me que ce tartuffe ordinaire et malheureusement sans vergogne s&#39;appr&ecirc;te &agrave; s&#39;empiffrer tout seul.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p>\nNon, en g&eacute;n&eacute;ral, cette phrase, on la prononce quand on est aux prises avec des &eacute;v&egrave;nements p&eacute;nibles, d&eacute;sagr&eacute;ables mais cependant pas au point de menacer notre vie, notre sant&eacute; ou celle de nos proches. On imagine mal quelqu&#39;un &agrave; qui on vient de trouver un cancer s&#39;exclamer, l&#39;essentiel est ailleurs.&nbsp; Ou alors, plus tard, quand il s&#39;appr&ecirc;tera &agrave; passer de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute;, s&#39;il est parvenu, apr&egrave;s avoir bien cuv&eacute; sa vie, &agrave; se remettre de l&#39;id&eacute;e d&#39;une mort qui emporte tout, ou plut&ocirc;t, s&#39;il a r&eacute;ussi &agrave; y voir un passage vers autre chose, alors oui, il pourrait bien s&#39;exclamer dans quelques cas tr&egrave;s rares, l&#39;essentiel est ailleurs. La fille de Fran&ccedil;oise Dolto rapporte qu&#39;au moment de son agonie, sa m&egrave;re l&#39;a exhort&eacute;e de bien vouloir cesser de se lamenter et de paniquer, au motif que &laquo;&nbsp;apr&egrave;s tout, ce n&#39;est jamais qu&#39;une vie qui s&#39;en va&#8230;&nbsp;&raquo;. J&#39;aime &agrave; croire que cette sortie est vraie car elle colle bien au personnage et me met du baume au c&oelig;ur, ce baume un peu bizarre qui consiste &agrave; admirer la fa&ccedil;on dont certains quittent ce monde comme s&#39;il s&#39;agissait d&#39;un simple d&eacute;part en voyage et qui vous r&eacute;conforte, comme le sourire de la vierge pour certains ou la pierre de la Kaa&#39;ba pour d&#39;autres.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDe m&ecirc;me, une femme &eacute;levant seule ses 6 enfants dans un bidonville de Calcutta aura sans doute plus de mal &agrave; la prononcer qu&#39;une bobo de Montreuil faisant son shopping bio (j&#39;ai rien contre les bobos hein, je suis m&ecirc;me en train de faire un test en labo pour savoir si j&#39;en suis une et si oui, &agrave; quel pourcentage). En m&ecirc;me temps, la dame du bidonville, ce n&#39;est pas impossible qu&#39;elle la dise. En effet, une blague palestinienne en vogue durant les bombardements de Gaza disait &agrave; peu pr&egrave;s ceci&nbsp;: la journ&eacute;e aura &eacute;t&eacute; bonne pour toi si ta maison est toujours debout, si la maison est par terre, elle aura &eacute;t&eacute; bonne si tu n&#39;as pas &eacute;t&eacute; bless&eacute;, et si tu as &eacute;t&eacute; bless&eacute; et que tu es toujours en vie, cette journ&eacute;e n&#39;aura pas &eacute;t&eacute; si mauvaise, oh et puis si tu es mort, la journ&eacute;e aura &eacute;t&eacute; bonne aussi, car apr&egrave;s tout tu auras quitt&eacute; ce monde de merde&#8230;&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPour en revenir &agrave; cette phrase, l&#39;essentiel est ailleurs, on la prononcera donc, g&eacute;n&eacute;ralement, dans une situation p&eacute;nible, laborieuse, face &agrave; un petit chef toxique, un photocopieur en bourrage papier, une s&eacute;cu qui ne vous rembourse plus rien depuis des mois, bref, face &agrave; une situation jug&eacute;e un peu minable, sans importance franchement existentielle, entendez, sans grand sens av&eacute;r&eacute;, cet <em>essentiel est ailleurs<\/em> nous donnant ainsi l&#39;impression de nous &eacute;lever au dessus de ce cloaque un peu minable qu&#39;est notre ordinaire pas toujours tr&egrave;s flamboyant et donc, de nous grandir, nous, petits employ&eacute;s de la grande vie sur terre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCertains en font leur code de vie. Je veux dire qu&#39;&agrave; un certain degr&eacute;, prise r&eacute;ellement au pied de la lettre, cette phrase donne lieu &agrave; de parfaits sages, au sens presque religieux, qui une bonne fois pour toutes, ont d&eacute;cid&eacute; de ce qui &eacute;tait important ou pas dans la vie, et donc, ont g&eacute;n&eacute;ralement consid&eacute;r&eacute; comme peu important, donc peu essentiel, l&#39;ambition, la r&eacute;ussite professionnelle, &nbsp;l&#39;argent au-del&agrave; de ce qui est n&eacute;cessaire pour vivre au plus juste de ses besoins (qu&#39;il reste &agrave; d&eacute;finir selon chacun). Un adepte de la d&eacute;croissance, un moine, un bouddhiste pourraient dire cette phrase au sens r&eacute;el et profond du terme&#8230;&nbsp;&nbsp;\n<\/p>\n<p>\nCependant, cette phrase peut &ecirc;tre prononc&eacute;e par quelqu&#39;un de parfaitement int&eacute;gr&eacute; dans le syst&egrave;me. J&#39;imagine assez un chirurgien apr&egrave;s une tr&egrave;s longue op&eacute;ration, d&eacute;licate et r&eacute;ussie, voulant s&#39;envoyer un expresso &agrave; la machine du coin et la trouvant en panne, s&#39;exclamer, l&#39;essentiel est ailleurs, sans que pour autant cela signifie qu&#39;il renonce &agrave; la gloire de sa fonction (comme aux milliers d&#39;euros qui vont avec).<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais alors, qu&#39;est-ce qui fait que disant cette phrase, certains ont l&#39;air profond et d&#39;autres, frustr&eacute;s&nbsp;? La diff&eacute;rence r&eacute;side certainement dans le ton mais &eacute;galement dans l&#39;attitude. Quelqu&#39;un qui la prononce sans amertume, tranquillement et qui ne se sent sinc&egrave;rement pas frustr&eacute; de cela, pourra s&#39;apparenter &agrave; cette sorte de sage dont je parlais ci-dessus, quand prononc&eacute;e avec aigreur, rage, d&eacute;pit, par quelqu&#39;un rong&eacute; par sa vie, eh bien, cette m&ecirc;me phrase sera l&#39;ultime paraphe d&#39;une existence malheureuse et on peut le dire, rat&eacute;e.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nBon, avec tout &ccedil;a, je vous laisse la prononcer, cette phrase, avec le ton qui vous convient le mieux, quand moi, je la prononce un peu trop en ce moment, comme me l&#39;a fait remarquer Cl&eacute;a Culpa, venue piquer du caf&eacute; chez nous (sa fin de mois difficile a commenc&eacute; le 10 du mois ce mois ci), qui elle, ne la prononce jamais, a-t-elle ajout&eacute;, non sans aigreur, tout simplement parce qu&#39;il n&#39;y a pas d&#39;ailleurs dans sa vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&#39;est fou le nombre de fois o&ugrave; on peut se dire cette phrase l&agrave; dans une journ&eacute;e. 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