{"id":21,"date":"2006-06-13T11:35:32","date_gmt":"2006-06-13T11:35:32","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=21"},"modified":"2006-06-13T13:46:54","modified_gmt":"2006-06-13T13:46:54","slug":"La charit\u00e9","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=21","title":{"rendered":"La charit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><em>La main qui re&ccedil;oit est toujours en dessous de celle qui donne<\/em><\/p>\n<p>Amadou Hamp&acirc;t&eacute; B&acirc; <img decoding=\"async\" src=\"mambots\/editors\/tinymce\/jscripts\/tiny_mce\/plugins\/emotions\/images\/smiley-laughing.gif\" border=\"0\" alt=\"Laughing\" title=\"Laughing\" \/><\/p>\n<p>La charit&eacute; existe depuis au moins 4 millions d&rsquo;ann&eacute;es, c&rsquo;est prouv&eacute;. Disons qu&rsquo;au temps des dinosaures et des hommes en peau, elle n&rsquo;existait peut &ecirc;tre pas de fa&ccedil;on flagrante mais je suis s&ucirc;re qu&rsquo;elle existait : tel chasseur apportant sa part de viande &agrave; la veuve de son camarade de chasse, telle velue acceptant de prendre en charge un pauvre enfant de m&ecirc;me poilu abandonn&eacute; par ses vieux&hellip;<\/p>\n<p>La charit&eacute; est devenue compliqu&eacute;e avec l&rsquo;apparition de J&eacute;sus. Elle est devenue un devoir, pour ne pas dire une obligation. Bon, ok, d&eacute;j&agrave; dans la Bible, il en &eacute;tait question mais ne parle-t-on pas essentiellement de &ldquo; charit&eacute; chr&eacute;tienne &rdquo; ? Non pas que les Juifs n&rsquo;&eacute;taient pas g&eacute;n&eacute;reux, je ne veux pas dire &ccedil;a, remballez le proc&egrave;s, mais il semble bien qu&rsquo;il &eacute;tait plus question dans ce livre l&agrave; de mariages, de lois et d&rsquo;exodes que de charit&eacute; sur ces trottoirs que devrait parcourir des si&egrave;cles apr&egrave;s J&eacute;sus le fils.&nbsp;<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p>Avec l&rsquo;obligation de charit&eacute;, est venue celle de la culpabilit&eacute;. Avant, Dieu n&#39;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; pas marrant mais il avait un c&ocirc;t&eacute; au-dessus de la m&ecirc;l&eacute;e et les petits travers du quotidien lui &eacute;chappaient totalement. Avec son fils, est venu un Dieu plus trivial, qui vous regarde par le trou de la serrure et soup&egrave;se vos bonnes et mauvaises actions Y COMPRIS celles non encore effectu&eacute;es. La charit&eacute; en religion est de fait une sorte d&rsquo;imp&ocirc;t moral obligatoire impos&eacute; &agrave; tous pour que le groupe survive en coh&eacute;rence &agrave; d&eacute;faut d&rsquo;harmonie (si les riches ne donnaient rien aux pauvres, il n&rsquo;y aurait plus aucun syst&egrave;me social qui tienne debout), quand il ne s&rsquo;agit pas carr&eacute;ment de s&rsquo;acheter son coin de paradis en faisant &oelig;uvre de charit&eacute; (les indulgences d&rsquo;antan). Le comble de la lib&eacute;ration du chr&eacute;tien &eacute;tant de tout donner quand la femme se lib&egrave;re, elle, en ne donnant jamais que ce qu&rsquo;elle veut bien donner (et pas plus).<\/p>\n<p>Une charit&eacute; reposant sur la culpabilit&eacute; et la peur de griller en enfer n&rsquo;est pas une charit&eacute; tr&egrave;s honn&ecirc;te, cela saute au porte-monnaie du premier venu,<\/p>\n<p>Et puis, n&rsquo;est-on pas toujours prisonnier de la charit&eacute;, qu&rsquo;on soit la main du dessus ou la main du dessus ? Est-ce pour cela que la reine Dodo de chez les potes refuse toujours (avec le sourire) quoique ce soit qui vienne de moi, du ticket de m&eacute;tro en passant par la paire de chaussures ou le vison de ma m&egrave;re? La charit&eacute; associative et institutionnelle, oui, la charit&eacute; de la main &agrave; la main, merci bien.<\/p>\n<p>Car il semble bien que, plus la main qui donne est &eacute;loign&eacute;e (g&eacute;ographiquement, humainement, statutairement), moins la main qui re&ccedil;oit ne semble li&eacute;e &agrave; ce don. La distance dilue la violence du don, et si, en plus, c&rsquo;est une institution qui donne, l&rsquo;anonymat de ce don (l&rsquo;Institution, c&rsquo;est personne et tout le monde) peut m&ecirc;me atteindre la pure inconscience&hellip; au point que l&rsquo;on en viendra parfois &agrave; consid&eacute;rer que ce don tombe du ciel et non d&rsquo;une main (celle des citoyens impos&eacute;s cotisants). Tout d&eacute;pend de ce que cache le don : est-ce pour manger, s&rsquo;habiller, cr&eacute;er, aider ? Est-ce une question de survie ou d&rsquo;expression (artistique) ?<\/p>\n<p>La charit&eacute; est forc&eacute;ment contradictoire car s&rsquo;il suffisait de donner pour &ecirc;tre juste, voire bon, pour ne pas dire saint, ce serait trop facile. De m&ecirc;me, si recevoir, vous rendait automatiquement redevable, ce serait un peu court &ccedil;a aussi. Nous sommes surtout vite rattrap&eacute;s par la trouble charit&eacute; qui surgit d&egrave;s qu&rsquo;il s&rsquo;agit de &ldquo; donner &rdquo;, or donner et recevoir ne signifie pas forc&eacute;ment charit&eacute;.<\/p>\n<p>Ainsi, ces patrons qui vous font la charit&eacute; de vous &ldquo; donner &rdquo; du travail, au point qu&rsquo;il faudrait baiser cette main, la leur, qui ne fait que vous verser un salaire qui n&rsquo;est pourtant que du donnant-donnant. De m&ecirc;me encore, ceux qui, dans les Institutions, ont le r&ocirc;le de la main du dessus, et qui confondent la main du contribuable (nous tous) et la leur. Ils tendent &agrave; faire la charit&eacute; aux pr&eacute;caires comme aux artistes au lieu de faire ce pourquoi on les paie : soutenir quelque chose, la vie, la cr&eacute;ation, l&#39;&eacute;ducation&#8230;<\/p>\n<p>Il y a aussi ces terroristes de la charit&eacute; qui vous traquent partout avec des symboles de souffrance et de culpabilisation (b&eacute;quilles minuscules, sacs de riz miniatures, photos d&rsquo;enfants aux yeux de martiens&hellip;) et pour qui il est impensable que l&rsquo;on ne soit pas la main du dessus, &eacute;tant donn&eacute; qu&rsquo;Eux, font est le Bien. Il y aussi ceux qui sont c&eacute;l&egrave;bres et que la charit&eacute; habille pour pas un rond, t&rsquo;as vu comme je suis bon, et si le ceux est une celle, actrice ou mannequin, cela devient carr&eacute;ment de la fringue de luxe. Ceux des riches artistes poss&eacute;dant une vraie et large paume, se reconnaissaient au fait qu&rsquo;on ne les conna&icirc;tra jamais en tant que main du dessus.<\/p>\n<p>Il y a enfin le comble du don o&ugrave; celui qui re&ccedil;oit vous fait son oblig&eacute; : vous devez lui &ecirc;tre reconnaissant de lui donner ce qu&rsquo;il vous ordonne de recevoir. Ainsi en est-il des parasites professionnels qui gagnent leur vie &agrave; partir de subsides qui, on est d&#39;accord, n&#39;&eacute;manent pas d&#39;un organisme de charit&eacute; (la Caf n&#39;est pas une chapelle) mais qui &agrave; force, tendent &agrave; le devenir puisque l&#39;aide devient un d&ucirc; sans lequel on ne saurait imaginer vivre, &agrave; l&#39;instar de celui qui qu&ecirc;te dans la rue.<\/p>\n<p>De m&ecirc;me, ces paraistes professionnels qui gravitent dans des milieux tels que la Culture (mais je suis s&ucirc;re que &ccedil;a existe aussi dans la vente d&rsquo;armes ou le porte-&agrave;-porte en appareils m&eacute;nagers). Leur dire non provoque aussit&ocirc;t une salve de lettres indign&eacute;es o&ugrave; l&#39;on se fait bien vite traiter de bureaucrate born&eacute;, d&#39;employ&eacute; stalinien, lettre accompagn&eacute;e de l&#39;in&eacute;vitable je-vais-en-r&eacute;f&eacute;rer au Ministre. Le demandeur a beau &ecirc;tre le roi des parasites, ne jamais vouloir mettre une bille dans ses projets, au point qu&rsquo;il en cr&egrave;verait m&ecirc;me d&rsquo;imaginer mettre la main au portefeuille pour vous payer le caf&eacute; qu&rsquo;il vous a oblig&eacute; &agrave; prendre pour que vous &eacute;coutiez ses dol&eacute;ances, qu&rsquo;importe, l&rsquo;argent de l&rsquo;Etat, c&rsquo;est Son argent ! Il fait de la Culture lui madame, pas de l&rsquo;&eacute;picerie ni des boulons en usine ! Ce parasite l&agrave; finit par confondre l&rsquo;aide &agrave; la cr&eacute;ation avec la S&eacute;curit&eacute; sociale o&ugrave;, quoiqu&rsquo;on veuille nous faire croire, on ne pratique pas la charit&eacute; mais le retour sur investissement (vos cotisations sur salaire).<\/p>\n<p>La charit&eacute; est une chose bien compliqu&eacute;e, en ce que le don comme l&rsquo;argent a toujours une odeur. Nous n&rsquo;avons aucune solution &agrave; vous proposer, une vie qui se passerait sans jamais rien donner, serait une bien triste vie et les vies qui passent leur temps &agrave; donner ne sont pas forc&eacute;ment les plus libres et les plus heureuses. Plus on donne, plus on re&ccedil;oit, ceci n&rsquo;est jamais qu&rsquo;un th&eacute;or&egrave;me destin&eacute; &agrave; simplifier l&rsquo;&eacute;normit&eacute; du territoire du don (donner quoi ? et &agrave; qui ? et comment ? se donner soi ? son argent ? Si on est plein aux as, quelle valeur cela a-t-il ce don qui ne vous touche qu&rsquo;&agrave; peine ?).<\/p>\n<p>Non seulement, nous n&rsquo;avons rien &agrave; ajouter mais nous tournons d&eacute;sormais en rond, aussi ayez la charit&eacute; de me laisser aller prendre l&rsquo;ap&eacute;ro, j&rsquo;ai soif et je n&rsquo;ai plus rien &agrave; vous donner.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La main qui re&ccedil;oit est toujours en dessous de celle qui donne Amadou Hamp&acirc;t&eacute; B&acirc; La charit&eacute; existe depuis au moins 4 millions d&rsquo;ann&eacute;es, c&rsquo;est prouv&eacute;. Disons qu&rsquo;au temps des dinosaures et des hommes en peau, elle n&rsquo;existait peut &ecirc;tre pas de fa&ccedil;on flagrante mais je suis s&ucirc;re qu&rsquo;elle existait : tel chasseur apportant sa &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=21\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=21"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/21\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}