{"id":219,"date":"2009-09-29T22:16:35","date_gmt":"2009-09-29T22:16:35","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=219"},"modified":"2009-09-29T22:21:04","modified_gmt":"2009-09-29T22:21:04","slug":"Le monde \u00e0 mar\u00e9e basse","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=219","title":{"rendered":"Le monde \u00e0 mar\u00e9e basse"},"content":{"rendered":"<p><!--[if gte mso 9]><xml>\n<\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml>\nNormal\n0\n21\nfalse\nfalse\nfalse\nFR\nX-NONE\nX-NONE\n<\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml>\n<\/xml><![endif]--><br \/>\n<!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n\/* Style Definitions *\/\ntable.MsoNormalTable\n{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\nmso-tstyle-rowband-size:0;\nmso-tstyle-colband-size:0;\nmso-style-noshow:yes;\nmso-style-priority:99;\nmso-style-qformat:yes;\nmso-style-parent:\"\";\nmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\nmso-para-margin:0cm;\nmso-para-margin-bottom:.0001pt;\nmso-pagination:widow-orphan;\nfont-size:11.0pt;\nfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\nmso-ascii-font-family:Calibri;\nmso-ascii-theme-font:minor-latin;\nmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\nmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\nmso-hansi-font-family:Calibri;\nmso-hansi-theme-font:minor-latin;\nmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\nmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n\n<![endif]--><\/p>\n<p>\nQuand en lisant Christian Bobin (<em>La merveille et l&#39;obscur<\/em>, paru chez Paroles d&#39;Aube en 1991), je<br \/>\nsuis tomb&eacute;e sur ces mots, le monde &agrave; mar&eacute;e basse, j&#39;ai trouv&eacute; cette expression<br \/>\n&eacute;blouissante, et j&#39;ai cru qu&#39;il s&#39;appliquait &agrave; ce sentiment que l&#39;on a parfois<br \/>\nd&#39;un &eacute;loignement d&#39;avec le monde r&eacute;el, ce moment o&ugrave; tout semble en parvenir<br \/>\n&eacute;touff&eacute;, lointainement, sans que cela ne soit un mal, une souffrance&#8230; Puis je<br \/>\nl&#39;ai relue, cette expression, et je me suis dit qu&#39;en fait, Christian Bobin<br \/>\ndevait vouloir parler de la perception qu&#39;on avait du monde quand on est en<br \/>\nretrait, un peu d&eacute;prim&eacute;, une perception diminu&eacute;e, amoindrie, comme si on l&#39;&eacute;coutait<br \/>\nla t&ecirc;te sous l&#39;oreiller. Que ce n&#39;&eacute;tait pas le monde en quelque sorte qui &eacute;tait<br \/>\n&agrave; mar&eacute;e basse, mais plut&ocirc;t nous.\n<\/p>\n<p>\nEt puis non, &ccedil;a n&#39;&eacute;tait pas &ccedil;a, pas vraiment &ccedil;a. Christian<br \/>\nBobin voulait en fait parler du monde de l&#39;enfance, qui, dit-il est un &eacute;tat<br \/>\nplus qu&#39;un &acirc;ge (ce qui explique sans doute que les po&egrave;tes, notamment, puissent<br \/>\nse trouver encore ou toujours en enfance). Enfants qui, il &eacute;crit aussi, n&#39;ont<br \/>\npas besoin de justifier leur vie, ils jouent, pleurent, rient, dorment,<br \/>\nmangent, ils vivent et c&#39;est tout. Leur vie se suffit en elle-m&ecirc;me. Ils vivent<br \/>\ndans un &eacute;tat de temps suspendu, un &eacute;tat qu&#39;il retrouve parfois quand en lui,<br \/>\nsoudain, le temps ne passe plus. &laquo;&nbsp;Un temps doux, calme. Je retrouve<br \/>\nl&#39;enfance dans cette &eacute;tendue vide &#8211; le monde &agrave; mar&eacute;e basse. J&#39;y retrouve<br \/>\nl&#39;enfance imp&eacute;rissable, incorrompue. Le c&oelig;ur sommeille sous ce temps pur, comme<br \/>\nl&#39;herbe sous la neige&nbsp;&raquo;.\n<\/p>\n<p><!-- more --><br \/>\n<!--[if gte mso 9]><xml>\n<\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml>\nNormal\n0\n21\nfalse\nfalse\nfalse\nFR\nX-NONE\nX-NONE\n<\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml>\n<\/xml><![endif]--><!--[if !mso]>\n<object \nclassid=\"clsid:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D\" id=ieooui> \n<\/object>\n\n\n<style>\nst1:*{behavior:url(#ieooui) }\n<\/style>\n\n\n<![endif]--><br \/>\n<!--[if gte mso 10]>\n\n\n<style>\n\/* Style Definitions *\/\ntable.MsoNormalTable\n{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\nmso-tstyle-rowband-size:0;\nmso-tstyle-colband-size:0;\nmso-style-noshow:yes;\nmso-style-priority:99;\nmso-style-qformat:yes;\nmso-style-parent:\"\";\nmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\nmso-para-margin:0cm;\nmso-para-margin-bottom:.0001pt;\nmso-pagination:widow-orphan;\nfont-size:11.0pt;\nfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\nmso-ascii-font-family:Calibri;\nmso-ascii-theme-font:minor-latin;\nmso-fareast-font-family:\"Times New Roman\";\nmso-fareast-theme-font:minor-fareast;\nmso-hansi-font-family:Calibri;\nmso-hansi-theme-font:minor-latin;\nmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\nmso-bidi-theme-font:minor-bidi;}\n<\/style>\n\n\n<![endif]--><\/p>\n<p>\nJoli Bobin que j&#39;aime &agrave; lire de temps &agrave; autre comme certains<br \/>\nlisent des mantras de sages tr&egrave;s sages pour s&#39;apaiser, se ressourcer entre deux<br \/>\nagitations forc&eacute;ment toujours un peu vaines d&egrave;s qu&#39;on l&egrave;ve le nez au-dessus du<br \/>\nguidon de son quotidien. Chez lui, on y trouve ce flottement, ce go&ucirc;t pour le<br \/>\nrien, cette &eacute;tendue vide comme il dit, ce genre d&#39;espace dont raffolent les<br \/>\nbouddhistes et les m&eacute;lancoliques.\n<\/p>\n<p>\nAinsi donc, parfois, il a de ces phases o&ugrave; le monde est &agrave;<br \/>\nmar&eacute;e basse. Une d&eacute;prime passag&egrave;re&nbsp;? Une panne d&#39;&eacute;criture&nbsp;? Se<br \/>\ndemande-t-on car forc&eacute;ment, quand on lit ce genre de propos pas vraiment en<br \/>\nad&eacute;quation avec la r&eacute;alit&eacute; banale o&ugrave; le rien signifie des &eacute;tats n&eacute;gatifs,<br \/>\nindigence, ch&ocirc;mage, solitude, souffrance, on cherche &agrave; traduire ce que signifie<br \/>\nchez lui cette soudaine absence.\n<\/p>\n<p>\nChez un po&egrave;te, se dit-on, le rien doit &ecirc;tre ces moments o&ugrave;<br \/>\nil n&#39;arrive plus &agrave; &eacute;crire. O&ugrave; plus rien ne fait sens pour lui, o&ugrave; plus aucun<br \/>\nvers ne lui vient du spectacle du monde. Le paysage n&#39;existe plus, ce n&#39;est<br \/>\nqu&#39;un amas d&#39;arbres pos&eacute; sur une colline, et le soleil n&#39;a plus de clart&eacute; (car<br \/>\ndieu sait s&#39;il aime ce mot), il fait juste mal aux yeux.\n<\/p>\n<p>\nSauf que Bobin semble heureux de ces phases, en tout cas pas<br \/>\nm&eacute;content (sans doute aussi parce qu&#39;elles ne durent pas). Il parle d&#39;herbe<br \/>\nsous la neige, donc de vie qui couve sous l&#39;apparent n&eacute;ant, un peu comme on a<br \/>\nappris en classe que le Moyen Age, &egrave;re des t&eacute;n&egrave;bres, portait en soi les graines<br \/>\nde la Renaissance. Il<br \/>\nne semble pas s&#39;ennuyer de ce soudain ennui, il ne semble pas paniqu&eacute; de ce<br \/>\nsoudain trou dans sa vie quand nous, les basiques, aurions tendance &agrave; le<br \/>\nremplir &agrave; toute force. Ce n&#39;est d&#39;ailleurs pas de la d&eacute;prime puisqu&#39;il lit les<br \/>\njournaux de A &agrave; Z dans ces moments l&agrave;. Or, quand on est d&eacute;prim&eacute;, on coupe avec le<br \/>\nmonde, on se r&eacute;fugie au mieux dans des lectures qui vident la t&ecirc;te, et les<br \/>\njournaux que lit Bobin ne doivent &ecirc;tre ni Elle ni Voici (enfin je suppose).\n<\/p>\n<p>\nEn d&eacute;finitive, avec lui, avec sa simplicit&eacute; et sa clart&eacute;, sa<br \/>\ndistance tranquille au monde o&ugrave; cependant il revendique d&#39;y vivre, je suis<br \/>\ndevant la m&ecirc;me &eacute;nigme qu&#39;avec les bouddhistes qui disent que pour vivre<br \/>\nheureux, c&#39;est-&agrave;-dire sereins, il faut bannir tout d&eacute;sir, soit sans doute toute<br \/>\nentreprise men&eacute;e avec force volont&eacute; dans le r&eacute;el.\n<\/p>\n<p>\nDevant le myst&egrave;re de leur pens&eacute;e, &agrave; Christian Bobin comme<br \/>\naux moines en soutane rouge, qui se fonde sur le vide en toute chose, je me dis<br \/>\nqu&#39;au fond, &nbsp;le vrai bouddhiste ou le<br \/>\nvrai po&egrave;te, est un d&eacute;pressif qui a r&eacute;ussit. Ce qui ouvre quelques portes aux<br \/>\nd&eacute;prim&eacute;s de toute condition, en ce monde o&ugrave;, &eacute;crit Bobin, l&#39;injonction<br \/>\nparadoxale est de jouir sans ne rien esp&eacute;rer, puisque la souffrance y c&ocirc;toie<br \/>\nsans raison la joie, et la douleur, le plaisir, ce sans raison qui peut faire<br \/>\nperdre la t&ecirc;te &agrave; plus d&#39;un quidam s&#39;il s&#39;y attarde un peu trop&#8230; &agrave; moins<br \/>\nqu&#39;il n&#39;&eacute;crire des vers ou qu&#39;il ne l&#39;&eacute;rige en philosophie ordinaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand en lisant Christian Bobin (La merveille et l&#39;obscur, paru chez Paroles d&#39;Aube en 1991), je suis tomb&eacute;e sur ces mots, le monde &agrave; mar&eacute;e basse, j&#39;ai trouv&eacute; cette expression &eacute;blouissante, et j&#39;ai cru qu&#39;il s&#39;appliquait &agrave; ce sentiment que l&#39;on a parfois d&#39;un &eacute;loignement d&#39;avec le monde r&eacute;el, ce moment o&ugrave; tout semble en &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=219\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/219"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=219"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/219\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=219"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=219"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=219"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}