{"id":231,"date":"2009-11-10T11:37:06","date_gmt":"2009-11-10T11:37:06","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=231"},"modified":"2009-11-10T11:58:25","modified_gmt":"2009-11-10T11:58:25","slug":"Le mur a chu","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=231","title":{"rendered":"Le mur a chu"},"content":{"rendered":"<p>\nQue faisiez-vous dans la journ&eacute;e<br \/>\ndu 9 novembre 1989&nbsp;? hein&nbsp;? Il para&icirc;t que tout le monde s&#39;en souvient,<br \/>\ndixit le festival des journalistes et BHL consorts du moment. Je ne dirai pas<br \/>\ncomme le tsar Nicolas Ier que, ah ben justement dites donc j&#39;y &eacute;tais, vu qu&#39;avec<br \/>\nl&#39;intuition politique qui me caract&eacute;rise, j&#39;avais saut&eacute; dans le premier avion en<br \/>\npartance pour Berlin le matin du 9 novembre pour me tenir fin pr&ecirc;te au pied du<br \/>\nmur avec ma pioche et ma bombe de couleur afin que nul ne puisse d&eacute;nier le fait<br \/>\nque je faisais d&eacute;j&agrave; corps avec l&#39;Histoire.\n<\/p>\n<p>\nNon, moi je n&#39;y &eacute;tais<br \/>\ncertainement pas, mais j&#39;&eacute;tais tout de m&ecirc;me dans un bus qui revenait de l&#39;Est, de<br \/>\nBudapest tr&egrave;s exactement. Un voyage &eacute;tudiant o&ugrave; la veille au soir, pint&eacute;es &agrave; la<br \/>\nvodka avec une copine, on avait regard&eacute; en gloussant Eric le sournois coller un<br \/>\nchwim gum dans la serrure de la chambre d&#39;une cong&eacute;n&egrave;re sur laquelle il avait<br \/>\njet&eacute; sa sournoiserie. On avait l&#39;air tr&egrave;s b&ecirc;te, et puis tr&egrave;s coupable quand ensuite,<br \/>\ntout le monde s&#39;&eacute;tait retrouv&eacute; dans le couloir de l&#39;h&ocirc;tel avec la victime<br \/>\n&eacute;plor&eacute;e, bloqu&eacute;e devant sa porte de chambre, tandis qu&#39;une cohorte de grooms de<br \/>\nl&#39;Est, plus irrit&eacute;s qu&#39;affair&eacute;s, s&#39;essayaient &agrave; ouvrir sa porte, pour finir par<br \/>\nen d&eacute;monter enti&egrave;rement la serrure afin que la malheureuse puisse enfiler son<br \/>\npilou pilou et se remettre de ses &eacute;motions dans son pucier.\n<\/p>\n<p>\nEt dire que pendant ce temps l&agrave;, dans<br \/>\nune d&eacute;mocratie populaire voisine, un mur tremblait sur ses vieux parpaings<br \/>\nlaids et ses barbel&eacute;s de m&ecirc;me&#8230;\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p>\nBref, m&ecirc;me pas franchement possible<br \/>\nde dire que, venant de l&#39;Est, j&#39;avais senti le vent tourner, et je me souviens par<br \/>\nailleurs de mon &eacute;tonnement quand certains de mes cong&eacute;n&egrave;res &eacute;tudiants avaient<br \/>\nparl&eacute; de se rendre au besoin en stop &agrave; Berlin pour assister &agrave; l&#39;&eacute;v&egrave;nement que<br \/>\nla radio du bus, pleine de scruitch, nous avait appris sur le chemin du retour<br \/>\nalors que nous abordions notre destination finale, l&#39;Alsace. Personnellement, bien<br \/>\nque ce soit honteux en ces temps d&#39;intense voire hyst&eacute;rique comm&eacute;moration murale,<br \/>\nje dois le confesser humblement, aller assister &agrave; la chute du mur &agrave; Berlin en<br \/>\n1989, &ccedil;a ne me serait m&ecirc;me pas venu &agrave; l&#39;id&eacute;e.\n<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\" class=\"MsoNormal\">\nQuant &agrave; ce mur, je savais bien<br \/>\nqu&#39;il en existait un &agrave; l&#39;Est mais sans plus. Je connaissais comme tout le monde<br \/>\nces histoires d&#39;Allemands qui essayaient de gagner l&#39;Ouest et se faisaient<br \/>\ntirer comme des lapins au fa&icirc;te du mur, mais comme tout le monde aussi, du<br \/>\nmoins de mon &acirc;ge, 20 ans, je m&#39;aga&ccedil;ais des r&eacute;cits lyriques et id&eacute;ologiques du type<br \/>\n<em>J&#39;ai choisi la libert&eacute;. <\/em>Je n&rsquo;&eacute;tais ni communiste ni<br \/>\nanti-communiste et par ailleurs, les r&eacute;publiques d&eacute;mocratiques populaires de<br \/>\nl&rsquo;Est ne m&rsquo;attiraient ni en termes de sujet d&rsquo;&eacute;tude ni en ceux de destination<br \/>\nde voyage. Mon mur &agrave; moi, en terme d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t et de fantasme, c&rsquo;&eacute;tait bien<br \/>\nplut&ocirc;t le mur des lamentations de J&eacute;rusalem qui allait &ecirc;tre supplant&eacute; en terme<br \/>\nde mur par celui qu&rsquo;&eacute;rigerait au deuxi&egrave;me mill&eacute;naire Isra&euml;l jusque dans les<br \/>\njardins et champs palestiniens de Cisjordanie.\n<\/p>\n<p>\nCependant, si je cherche bien, j&#39;ai<br \/>\nun autre souvenir du mur. C&#39;&eacute;tait au cours d&#39;un autre voyage, en classe<br \/>\nlinguistique celui-l&agrave; et &agrave; l&#39;adolescence, soit &agrave; peu pr&egrave;s 5 ans avant, o&ugrave; on<br \/>\nnous avait emmen&eacute; &agrave; l&#39;est de Kassel, notre ville de s&eacute;jour au sud de<br \/>\nl&#39;Allemagne, sur une route qui longeait la fronti&egrave;re avec interdiction absolue<br \/>\nde la quitter car les bas c&ocirc;t&eacute;s &eacute;taient min&eacute;s. On avait eu l&#39;impression de<br \/>\nvivre un grand moment d&#39;aventure mais dans un cadre parfaitement banal. Car mis<br \/>\n&agrave; part cette histoire de bas c&ocirc;t&eacute;s suppos&eacute;s &ecirc;tre min&eacute;s (par les orties?), il<br \/>\nn&#39;y avait strictement rien de remarquable au sujet de cette fronti&egrave;re, pas de<br \/>\nsoldats, pas de chiens en laisse, m&ecirc;me pas de miradors, quant aux cadavres,<br \/>\nn&#39;en parlons m&ecirc;me pas, c&#39;est peu dire que nous &eacute;tions d&eacute;&ccedil;us.\n<\/p>\n<p>\nEt puis apr&egrave;s, quand j&#39;ai &eacute;t&eacute; &agrave;<br \/>\nBerlin &agrave; la fin 2006, du mur, je n&#39;en ai vu que de vagues vestiges, et ce n&#39;est<br \/>\npas franchement check point Charlie, point de passage mythique entre Berlin Est<br \/>\net Berlin Ouest, et son faux soldat am&eacute;ricain avec qui on peut se faire<br \/>\nphotographier, sans oublier les hordes de touristes en num&eacute;rique qui d&eacute;ferlent<br \/>\nsur le mus&eacute;e-boutique, qui m&#39;ont permis de saisir l&#39;atmosph&egrave;re de la ville jadis<br \/>\ncoup&eacute;e en deux. Mieux vaut encore lire les panneaux qui bordent les alentours<br \/>\ndu c&eacute;l&egrave;bre check point o&ugrave; est ainsi retrac&eacute;e l&#39;histoire du mur et les anecdotes croustillantes au<br \/>\nsujet de ceux et celles qui tent&egrave;rent de le franchir, telle cette femme<br \/>\nretrouv&eacute;e pli&eacute;e en accord&eacute;on dans la bo&icirc;te &agrave; gants d&#39;une traban (bon, peut &ecirc;tre<br \/>\npas la bo&icirc;te &agrave; gants mais un espace tr&egrave;s r&eacute;duit pr&egrave;s du levier de vitesse et<br \/>\ndont le nom m&#39;&eacute;chappe).\n<\/p>\n<p>\nQuoiqu&#39;il en soit, je ne sais pas<br \/>\npour ceux ou celles qui ont vibr&eacute; de rage et de d&eacute;sespoir le 13 ao&ucirc;t 1961 &agrave; la<br \/>\nconstruction du mur, puis de joie et d&#39;extatisme le 9 novembre 1989 lorsqu&#39;il<br \/>\nchut, au point de s&#39;&eacute;crier des trucs bizarres du style C&#39;est la fin de<br \/>\nl&#39;histoire, ou C&#39;est le triomphe du monde libre, mais en tout cas, la<br \/>\nc&eacute;l&eacute;bration de ce vingti&egrave;me anniversaire, commenc&eacute;e une semaine avant sur ma<br \/>\nradio favorite France Inter, m&#39;a conduite &agrave; une sorte d&#39;overdose avant m&ecirc;me la<br \/>\nconsommation du produit le jour dit.\n<\/p>\n<p>\nDe toute fa&ccedil;on, comme tout<br \/>\nsujet trop rab&acirc;ch&eacute; par trop de monde, on ne peut &eacute;chapper &agrave; cette sensation doubl&eacute;e d&#39;une<br \/>\nin&eacute;vitable confusion puisque l&#39;histoire serait trop belle, et trop simple, de<br \/>\nse dire qu&#39;un mur qui tombe, et c&#39;est tout le monde, du moins l&#39;Est et l&#39;Ouest,<br \/>\nqui tombe dans les bras l&#39;un de l&#39;autre pour une nouvelle page d&#39;histoire qui<br \/>\ns&#39;ouvre o&ugrave; l&#39;opulence le dispute &agrave; la libert&eacute; et l&#39;harmonie fraternelle. On sait trop bien que le chemin du retour des Ex Allemands de l&#39;Est dans le giron de l&#39;Occident libre et riche ne fut pas, pour certains d&#39;entre eux, bord&eacute; de roses et que la chute de ce mur signa la chute de beaucoup d&#39;autres choses encore, pas forc&eacute;ment pour le meilleur. Le monde actuel uni ou multipolaire est-il devenu plus doux que celui qui existait auparavant, divis&eacute; (pour dire vite) en deux camps?\n<\/p>\n<p>\nImpossible d&#39;oublier de toute<br \/>\nfa&ccedil;on que moins de trois ans apr&egrave;s, la Yougoslavie explosait et qu&#39;une guerre<br \/>\nterrible allait se d&eacute;rouler pendant pr&egrave;s de 3 autres ann&eacute;es, avec d&#39;autres murs<br \/>\n(si&egrave;ge de Sarajevo, barbel&eacute;s entourant les camps des prisonniers bosniaques<br \/>\nd&eacute;tenus par les Serbes), et que d&#39;autres murs encore allaient voir le jour, tel<br \/>\ncelui courant le long de la fronti&egrave;re mexico-am&eacute;ricaine destin&eacute; &agrave; emp&ecirc;cher les<br \/>\nva-nu-pieds latinos de gagner l&#39;eldorado am&eacute;ricain, ou celui &eacute;rig&eacute; par les<br \/>\nIsra&eacute;liens entre leur territoire et la Cisjordanie afin de se pr&eacute;munir,<br \/>\nofficiellement, des attentats terroristes mais &eacute;galement, plus strat&eacute;giquement,<br \/>\ngagner du terrain, puisqu&#39;il fragmente encore un peu plus le territoire<br \/>\npalestinien o&ugrave; il n&#39;est pas rare que des villages et donc des familles, tel dans<br \/>\nle Berlin du pass&eacute;, se retrouvent coup&eacute;s en deux.\n<\/p>\n<p>\nEt question trouble dans l&#39;esprit<br \/>\ncomm&eacute;moratif, je ne vous parle m&ecirc;me pas de tous ces ex Allemands de l&#39;Est,<br \/>\nappel&eacute;s Ossis, qui ajoutent encore &agrave; la confusion en s&eacute;cr&eacute;tant une douce, voire am&egrave;re<br \/>\nnostalgie de ce que fut leur vie sous le r&eacute;gime dictatorial de l&#39;Allemagne de<br \/>\nl&#39;Est o&ugrave;, si on ne pouvait pas causer en public de ce qu&#39;on pensait, au moins,<br \/>\non avait un boulot et les enfants &eacute;taient gard&eacute;s gratuitement.\n<\/p>\n<p>\nEt voil&agrave; qu&#39;avec tout &ccedil;a, nous<br \/>\nsommes d&eacute;j&agrave; le 10 novembre, et que demain on remet &ccedil;a en terme de comm&eacute;moration<br \/>\navec la der des der, qui ne fut donc pas la der des der, et le dernier poilu<br \/>\nvivant, Lazare Ponticelli (un nom m&ecirc;me pas franchement de chez nous) qui va<br \/>\ndevoir se farcir &agrave; son grand &acirc;ge une ultime c&eacute;l&eacute;bration en compagnie de celui<br \/>\nqui, tout de m&ecirc;me, ne pourra pas dire qu&#39;il y &eacute;tait l&agrave; aussi.\n<\/p>\n<p>\nApr&egrave;s, promis, c&#39;est fini<br \/>\njusqu&#39;au mois prochain o&ugrave;, pour la saint Nicolas, le 6 d&eacute;cembre, on sera juste tous<br \/>\npri&eacute; de manger un <em>manele<\/em>, ce petit<br \/>\npersonnage en pain d&#39;&eacute;pice que les Alsaciens s&#39;offrent dans la rue ce jour l&agrave;,<br \/>\nafin de f&ecirc;ter avec d&eacute;votion la saint de notre tr&egrave;s petit p&egrave;re du peuple, Nicolas<br \/>\nIer. Ca nous laisse tout de m&ecirc;me 24 jours de r&eacute;pit, ouf.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que faisiez-vous dans la journ&eacute;e du 9 novembre 1989&nbsp;? hein&nbsp;? Il para&icirc;t que tout le monde s&#39;en souvient, dixit le festival des journalistes et BHL consorts du moment. Je ne dirai pas comme le tsar Nicolas Ier que, ah ben justement dites donc j&#39;y &eacute;tais, vu qu&#39;avec l&#39;intuition politique qui me caract&eacute;rise, j&#39;avais saut&eacute; dans &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=231\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/231"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=231"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/231\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}