{"id":302,"date":"2010-11-29T14:31:19","date_gmt":"2010-11-29T14:31:19","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=302"},"modified":"2010-11-29T14:52:42","modified_gmt":"2010-11-29T14:52:42","slug":"Le lait noir d'Elif* (ou le post-partum \u00e0 la turque)","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=302","title":{"rendered":"Le lait noir d&rsquo;Elif* (ou le post-partum \u00e0 la turque)"},"content":{"rendered":"<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Elif<br \/>\nShafak est une jeune auteur turque qui, on est jeune auteur quand on<br \/>\nest n&eacute;e en 1971 et que l&#39;on a d&eacute;j&agrave; plus de 10 livres &agrave; son actif<br \/>\ndont 4 traduits en fran&ccedil;ais, me pr&eacute;cise charitablement ma non muse<br \/>\nqui lit, comme &agrave; son habitude, par dessus mon &eacute;paule, une jeune<br \/>\nauteur donc, qui, arriv&eacute;e &agrave; l&#39;&acirc;ge de 33 ans, fait le point. <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Elle<br \/>\na une ind&eacute;niable et d&eacute;vorante passion, l&#39;&eacute;criture, qui remplit<br \/>\ntoute sa vie, et dont elle vit entre livres publi&eacute;s, conf&eacute;rences et<br \/>\ncours donn&eacute;s en fac. Elle est &eacute;galement c&eacute;libataire, sans enfants,<br \/>\nce qui dans un pays demeur&eacute; port&eacute; sur la prog&eacute;niture (mais quel pays ne l&#39;est pas?), ne va pas sans lui poser des probl&egrave;mes, plus<br \/>\naccrus que ceux d&#39;une brave CE comme Marie Chotek au m&ecirc;me &acirc;ge,<br \/>\npr&eacute;cise &agrave; son tour Cl&eacute;a Culpa qui s&#39;en revient avec sa fille<br \/>\nCosette, 16 ans, de l&#39;&eacute;picerie des Restos du coeur, un paquet de<br \/>\ncouches sous le bras &laquo;&nbsp;parce que je n&#39;en ai peut-&ecirc;tre plus<br \/>\nbesoin mais c&#39;est gratuit et on ne sait jamais, j&#39;ai trop marn&eacute;<br \/>\nquand Cosette &eacute;tait b&eacute;b&eacute;&nbsp;&raquo;.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Elif<br \/>\nShafak est par ailleurs le th&eacute;&acirc;tre d&#39;un perp&eacute;tuel combat int&eacute;rieur<br \/>\nentre ses diff&eacute;rentes miss : miss Ego ambition, miss Intelligence<br \/>\npratique, miss Cynique intello, dame Derviche, et puis, miss Satin<br \/>\nvolupt&eacute; et maman g&acirc;teau, chacune essayant d&#39;imposer sa loi aux<br \/>\nautres ce qui ne va pas sans causer tiraillements et inconfort &agrave;<br \/>\nleur logeuse. Suite &agrave; un putsch perp&eacute;tr&eacute; par miss Cynique intello<br \/>\net miss Ego ambition, Elif Shafak s&#39;envole pour les Etats-Unis, elle<br \/>\nvient de d&eacute;crocher une bourse d&#39;&eacute;criture aupr&egrave;s de la prestigieuse<br \/>\nuniversit&eacute; de Mount Holyoke pr&egrave;s de Boston, &eacute;tablissement cr&eacute;&eacute;<br \/>\nen 1837 par une enseignante id&eacute;aliste et f&eacute;ministe du nom de Mary<br \/>\nLyon, qui souhaitait ardemment que les femelles puissent acc&eacute;der au<br \/>\nm&ecirc;me titre que les m&acirc;les &agrave; un haut niveau de formation et qui, de<br \/>\nnos jours, est devenue une universit&eacute; fr&eacute;quent&eacute;e par quelque 2000<br \/>\n&eacute;tudiantes originaires de plus de 60 pays diff&eacute;rents&#8230; dont Elif<br \/>\nShafak, turque, &eacute;crivain et f&eacute;ministe.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Entre<br \/>\n&eacute;criture et &eacute;tude, Elif s&#39;efforce de ne pas se laisser envahir par<br \/>\nla lutte particuli&egrave;rement enrag&eacute;e cette ann&eacute;e l&agrave; qui anime ses<br \/>\ndiff&eacute;rents moi&#8230; D&#39;abord victorieuses, symbole du triomphe du<br \/>\ncerveau sur la mati&egrave;re, les miss Ego ambition, Intelligence pratique<br \/>\net Cynique intello vont devoir l&#39;ann&eacute;e d&#39;apr&egrave;s laisser la place &agrave;<br \/>\nmaman g&acirc;teau lorsque Elif Shafaf, de retour &agrave; Istanbul, non<br \/>\nseulement se marie mais tombe enceinte dans la foul&eacute;e, soit deux<br \/>\npetites ann&eacute;es &agrave; peine apr&egrave;s avoir &eacute;crit son Manifeste de la<br \/>\nC&eacute;libataire, en r&eacute;action &agrave; une proximit&eacute; de hasard sur un bateau<br \/>\nqui la ramenait &agrave; Istanbul. Assise &agrave; ses &ocirc;t&eacute;s, une big mamma de son &acirc;ge, enceinte de son troisi&egrave;me jusqu&#39;aux tr&eacute;fonds des yeux et visiblement, malgr&eacute;<br \/>\nun ind&eacute;niable d&eacute;labrement physique et intellectuel, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">tr&egrave;s fi&egrave;re de l&#39;&ecirc;tre, <\/span><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">la regardait avec commis&eacute;ration, voire d&eacute;sapprobation, si ce n&#39;est m&ecirc;me m&eacute;pris (enfin, lui avait-il sembl&eacute;). <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Suite<br \/>\n&agrave; sa prise de pouvoir, maman G&acirc;teau instaure la Monarchie et Elif<br \/>\nplonge dans les affres d&#39;une grossesse un peu plomb&eacute;e par des<br \/>\nangoisses, qui plus est aliment&eacute;es par l&#39;&eacute;loignement ordonn&eacute; par maman G&acirc;teau<br \/>\nde tout ce qui s&#39;approche de pr&egrave;s ou de loin &agrave; un livre. Et une<br \/>\nfois sa fille n&eacute;e, les choses ne s&#39;arrangent pas. Elif Shafaf va<br \/>\nm&ecirc;me franchement sombrer, en se retrouvant cette fois, victime du<br \/>\nfascisme totalitaire de la d&eacute;pression post-partum, incarn&eacute; en la<br \/>\npersonne d&#39;un djinn, Lord Poton, dont elle demeurera la prisonni&egrave;re<br \/>\ndix longs mois. Ballot&eacute;e jour apr&egrave;s jour par ce qu&#39;elle appelle la<br \/>\nmer sans rivage, priv&eacute;e du go&ucirc;t de tout, catatonique voire<br \/>\nd&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e, elle est d&eacute;sormais incapable de lire ou d&#39;&eacute;crire&#8230;<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">&laquo;Plus<br \/>\nmon impossibilit&eacute; d&#39;&eacute;crire se confirmait, plus je me d&eacute;sint&eacute;ressais<br \/>\ndu monde, plus je me d&eacute;sint&eacute;ressais du monde, plus j&#39;&eacute;tais<br \/>\npassive, plus j&#39;&eacute;tais passive, plus je perdais confiance en moi,<br \/>\nplus mon imagination s&#39;atrophiait&#8230; Je ne pouvais plus<br \/>\n&eacute;crire.&nbsp;L&#39;&eacute;criture, cette colle existentielle qui, depuis tant<br \/>\nd&#39;ann&eacute;es, maintenait ensemble les parties morcel&eacute;es de mon moi&#8230;<br \/>\nLorsque l&#39;&eacute;criture fut tarie, la colle disparut, elle aussi. Alors,<br \/>\nje volai en &eacute;clats&#8230;&nbsp;&raquo;<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Et<br \/>\nle lait noir remplace alors le lait blanc.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">&laquo;&nbsp;J&#39;ai<br \/>\nappel&eacute; ce livre <em>Lait noir<\/em> pour deux raisons. Avant tout, il<br \/>\ns&#39;agit de d&eacute;pression post-natale et montre que le lait maternel<br \/>\nn&#39;est pas toujours aussi blanc et immacul&eacute; que la soci&eacute;t&eacute; voudrait<br \/>\nbien le croire. Ensuite, de cette d&eacute;pression est n&eacute;e l&#39;inspiration.<br \/>\nDe ce lait noir, j&#39;ai pu extraire une forme d&#39;encre.&nbsp;&raquo;<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">En<br \/>\neffet, une fois sauv&eacute;e de ce qu&#39;elle a cru &ecirc;tre un moment &ecirc;tre une<br \/>\nd&eacute;finitive noyade, Elif Shafak d&eacute;cide de coucher sur le papier tous<br \/>\nces moments v&eacute;cus, avant, pendant et apr&egrave;s la naissance de sa<br \/>\nfille, enjoignant ses lecteurs et lectrices de faire &agrave; son instar, &agrave;<br \/>\nsavoir de lire et d&#39;oublier tout aussit&ocirc;t ce livre &eacute;crit &agrave; cette<br \/>\nseule fin : que cette terrible p&eacute;riode du post-partum sombre &agrave;<br \/>\njamais dans la mer sans rivage.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Dans<br \/>\nce <em>Lait noir,<\/em> qui d&eacute;marre sur cette interrogation, peut-on<br \/>\n&ecirc;tre &eacute;crivain et m&egrave;re?, Elif Shafak va notamment passer au crible<br \/>\nl&#39;exemple de quelques femmes &eacute;crivains c&eacute;l&egrave;bres qui devinrent<br \/>\n&eacute;galement m&egrave;res pour le meilleur mais essentiellement pour le pire.<br \/>\n<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Ainsi Sylvia Plath.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Sylvia<br \/>\nPlath&#8230; Cette jeune femme avait d&eacute;j&agrave; rencontr&eacute; le succ&egrave;s quand<br \/>\nelle &eacute;pousa,Ted Hugues, un &eacute;crivain tout comme elle, avec qui elle<br \/>\neut coup sur coup deux enfants. Suite &agrave; cette double maternit&eacute;,<br \/>\nSylvia Platt souffrit tr&egrave;s vite de ne plus pouvoir &eacute;crire, coinc&eacute;e<br \/>\nqu&#39;elle &eacute;tait entre les couches de ses morveux et le pudding du soir<br \/>\nde son petit mari qui, lui au contraire, voyait sa carri&egrave;re<br \/>\ns&#39;envoler vers les sommets. Apr&egrave;s avoir jou&eacute; quelques temps la m&egrave;re<br \/>\net l&#39;&eacute;pouse parfaites, Sylvia Plath rendit finalement son tablier,<br \/>\net ils se s&eacute;par&egrave;rent.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Et<br \/>\n\tensuite, poursuit ma non muse en transe, quand Sylvia Plath, une<br \/>\n\tfois s&eacute;par&eacute;e de ce triste sire, s&#39;est remise &agrave; &eacute;crire, c&#39;&eacute;tait<br \/>\n\t&agrave; l&#39;aube, de 4 h 00 du matin (4 h 00 du mat, Mimi!) au lever de ses<br \/>\n\tenfants, et le soir, une fois qu&#39;ils &eacute;taient couch&eacute;s (et elle<br \/>\n\t&eacute;tait debout depuis 4 h 00 du mat Mimi!!). Elle est ainsi parvenue<br \/>\n\t&agrave; &eacute;crire de purs chefs d&#39;oeuvre par la seule force de sa volont&eacute;,<br \/>\n\tet de son talent, cela va sans dire.. <\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\">&hellip; <span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">sans<br \/>\n\toublier ses maigres rentr&eacute;es d&#39;argent, rajoute Cl&eacute;a Culpa, qui<br \/>\n\tprovenaient pour l&#39;essentiel de prix qu&#39;elle avait remport&eacute;s ou de<br \/>\n\tbourses d&#39;&eacute;criture qu&#39;elle baptisait &laquo;&nbsp;bourses de garde<br \/>\n\td&#39;enfants&nbsp;&raquo; (car au contraire de toi, Mimi, elle n&#39;&eacute;tait pas<br \/>\n\tn&eacute;e avec une cuill&egrave;re en or dans la bouche).<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Bourses<br \/>\n\td&#39;&eacute;criture qui signifiaient que non seulement elle &eacute;crivait mais<br \/>\n\tqu&#39;elle &eacute;tait publi&eacute;e, lue et appr&eacute;ci&eacute;e! conclue charitablement<br \/>\n\tma non muse.<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Peut<br \/>\n&ecirc;tre mais cette malheureuse, alors qu&#39;elle n&#39;avait m&ecirc;me pas encore<br \/>\nf&ecirc;t&eacute; ses 30 ans, servit un soir la soupe &agrave; ses enfants, les mit au<br \/>\nlit, calfeutra avec soin la porte de leur chambre &agrave; coucher puis,<br \/>\napr&egrave;s avoir aval&eacute; des somnif&egrave;res, se fourra la t&ecirc;te dans le four<br \/>\n&agrave; gaz. Histoire d&#39;&ecirc;tre s&ucirc;re de ne pas se rater, perfectionniste<br \/>\nqu&#39;elle &eacute;tait, <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Car<br \/>\nSylvia Plath se voulait &ecirc;tre et une m&egrave;re parfaite et une po&eacute;tesse<br \/>\nparfaite. Ce qui sans doute signifiait pour elle &ecirc;tre 100% m&egrave;re et<br \/>\n100% po&eacute;tesse, soit vivre &agrave; 200%. Ce qui est impossible, ou du<br \/>\nmoins tr&egrave;s difficile&#8230; et ce qui en g&eacute;n&eacute;ral ne manque pas<br \/>\nd&#39;engendrer d&eacute;pression, folie ou bien suicide.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Eh<br \/>\n\toui Mimi, la t&ecirc;te dans le four&#8230; reprend Cl&eacute;a Culpa, quand<br \/>\n\td&#39;aucunes se pr&eacute;lassent ind&ucirc;ment dans leur cong&eacute; parental<br \/>\n\td&#39;&eacute;ducation&#8230;. <\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Mais<br \/>\n\tje ne suis m&ecirc;me pas en cong&eacute; parental, je suis toujours en cong&eacute;<br \/>\n\tmaternit&eacute;! Je proteste avec v&eacute;h&eacute;mence.<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\">&hellip; <span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">ou<br \/>\n\tdans leur d&eacute;risoire emploi de bureau au Syndicat du crime &egrave;s<br \/>\n\tlivres&#8230; ajoute de son c&ocirc;t&eacute; la non muse en se regardant le<br \/>\n\tdessous des ongles.<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Alors<br \/>\n\tl&agrave; d&eacute;sol&eacute;e, je proteste, mais Frank Kafka &eacute;tait lui aussi<br \/>\n\temploy&eacute; de bureau! Et Fernando Pessoa! et&#8230;<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Mimi,<br \/>\n\tte comparerais-tu par hasard &agrave; Kafka? Et &agrave; Pessoa? Glousse avec<br \/>\n\tvigueur ma non muse. <\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Que<br \/>\nr&eacute;pondre &agrave; cela?<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Mais<br \/>\nil y a aussi ces femmes comme Jane Austen qui ont pr&eacute;f&eacute;r&eacute;<br \/>\ncarr&eacute;ment renoncer la veille de leurs noces, apr&egrave;s une nuit<br \/>\nblanche, au mariage et aux enfants, pour que rien, absolument rien,<br \/>\nne les emp&ecirc;che de se consacrer &agrave; leur art. Il y aussi ces &eacute;pouses<br \/>\nde grands &eacute;crivains, telle Sophie Tolsto&iuml;, qui fut la bonne, la<br \/>\nsecr&eacute;taire, la m&egrave;re et le repos du guerrier de son grand homme,<br \/>\ntra&icirc;n&eacute;e par ailleurs et n&eacute;anmoins dans la boue de ses &eacute;crits,<br \/>\nemp&ecirc;ch&eacute;e elle-m&ecirc;me d&#39;&eacute;crire (quoique finalement publi&eacute;e des<br \/>\nd&eacute;cennies apr&egrave;s). Et puis Zelda Fritzgerald, le grand amour de<br \/>\nScott, et la m&egrave;re de ses enfants, Scott qui avait &agrave; coeur que sa<br \/>\nfemme ne vienne empi&eacute;ter sur son royaume, l&#39;&eacute;criture, o&ugrave; elle<br \/>\naurait bien pu le d&eacute;passer, et qui fit tout pour l&#39;emp&ecirc;cher de s&#39;y<br \/>\nadonner, exploitant par ailleurs certains de ses bons mots et bonnes id&eacute;es.<br \/>\nAmour maudit qui conduisit Zelda &agrave; l&#39;asile de fous o&ugrave; elle devait<br \/>\np&eacute;rir dans un incendie quelques ann&eacute;es apr&egrave;s la mort de son mari,<br \/>\ntant aim&eacute; et tant ha&iuml;, sans que jamais le lien entre elle et lui,<br \/>\nde son vivant, ne soit rompu tant ils avaient besoin maladivement de<br \/>\nl&#39;autre (et pas que pour se piquer des bons mots et des belles<br \/>\nintrigues).<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Bon,<br \/>\nmais &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ces destins malheureux de femmes m&egrave;res &eacute;crivains,<br \/>\ndu si&egrave;cle pass&eacute; faut-il le pr&eacute;ciser, on en trouve de nos jours de<br \/>\nplus heureux, comme celui, par exemple, de Nancy Huston (je ne<br \/>\nconnais pas tous les v&eacute;cus de femmes-m&egrave;res-&eacute;crivains). Devenue<br \/>\nm&egrave;re &agrave; l&#39;approche de la trentaine alors qu&#39;&agrave; 20 ans, elle jurait<br \/>\nqu&#39;elle n&#39;aurait jamais d&#39;enfants, elle avait d&eacute;j&agrave; &eacute;crit et publi&eacute;<br \/>\nun certain nombre de textes (des essais) et un roman. Femme sensuelle<br \/>\net intellectuelle pragmatique, Nancy Huston a toujours affirm&eacute; avoir<br \/>\nd&eacute;couvert avec surprise, et tr&egrave;s grande joie aussi, que non<br \/>\nseulement la maternit&eacute; la rendait heureuse et &eacute;panouie mais qu&#39;elle<br \/>\nl&#39;enrichissait en tant qu&#39;&eacute;crivain. Elle va jusqu&#39;&agrave; dire qu&#39;elle a<br \/>\nm&ecirc;me appr&eacute;ci&eacute; ces quelques mois faisant suite &agrave; la naissance o&ugrave;<br \/>\nelle ne pu &eacute;crire&#8230; (j&#39;imagine la t&ecirc;te de Sylvia Plat ou d&#39;Elif<br \/>\nShafak en entendant &ccedil;a).<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Est-ce<br \/>\npour cela? Suite &agrave; cette maternit&eacute;, Nancy Huston devait d&eacute;laisser<br \/>\nles essais, et rencontrer le succ&egrave;s comme un large public dans<br \/>\nl&#39;univers du roman, peupl&eacute; de personnages de chair et d&#39;os, dont des<br \/>\nm&egrave;res et des enfants, figures r&eacute;currentes dans ses r&eacute;cits.<br \/>\nNancy Huston est m&ecirc;me devenue une sorte de h&eacute;rault de la femme<br \/>\n&eacute;crivain, &eacute;panouie et agrandie par sa maternit&eacute;, &agrave; mille lieues<br \/>\nde ces femmes n&eacute;vros&eacute;es, &eacute;crivains et m&egrave;res, qui ont fini la t&ecirc;te<br \/>\ndans leur four ou &agrave; l&#39;asile &agrave; c&ocirc;t&eacute; de chez elles&#8230; <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Par<br \/>\nailleurs, note Elif Shafak, si par hasard les femmes &eacute;crivains se<br \/>\nlancent dans la maternit&eacute;, elles ont g&eacute;n&eacute;ralement un ou deux<br \/>\nenfants au maximum, &agrave; croire qu&#39;il est impossible esp&eacute;rer &eacute;crire<br \/>\nau del&agrave; de deux mineurs fr&eacute;quentant votre appartement. <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Except&eacute;<br \/>\nla Marie Ndiaye, je temp&egrave;rerai, ce cas de par chez nous, et si<br \/>\nsinguli&egrave;rement atypique il est vrai. Auteur reconnue &agrave; pas m&ecirc;me 18<br \/>\nans, elle commence &agrave; vivre de sa plume &agrave; l&#39;&acirc;ge o&ugrave; les autres<br \/>\npassent leurs UV &agrave; la fac ou commencent laborieusement &agrave; engranger<br \/>\nleurs points retraite avec un Smic mensuel, puis elle rencontre son<br \/>\nfutur compagnon, Jean-Yves Cendrey, sans m&ecirc;me avoir &agrave; sortir de<br \/>\nchez elle (et Meetic n&#39;existait m&ecirc;me pas encore!!), suite &agrave; un<br \/>\n&eacute;change &eacute;pistolaire entam&eacute; par ce dernier fascin&eacute; par son premier<br \/>\nroman, <em>Quant au riche avenir. <\/em><span style=\"font-style: normal\">Je<br \/>\npr&eacute;cise &agrave; peine que ce monsieur devait &eacute;galement devenir un<br \/>\n&eacute;crivain talentueux quelques ann&eacute;es apr&egrave;s, sans qu&#39;il n&#39;essaie<br \/>\npour autant d&#39;entraver les pulsions cr&eacute;atrices de sa compagne.<br \/>\nR&eacute;sultat des courses, &agrave; la quarantaine, notre Marie Ndiaye<br \/>\nnationale se retrouve<\/span> trois fois m&egrave;re, auteur d&#39;une vingtaine<br \/>\nde livres &agrave; son actif, avec un prix F&eacute;mina en 2001, un prix<br \/>\nGoncourt en 2009&#8230; et toujours pas de t&ecirc;te enfonc&eacute;e dans le four &agrave;<br \/>\ngaz ni m&ecirc;me de plus petit s&eacute;jour en h&ocirc;pital psychiatrique!!!<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Aurait-ce<br \/>\n&eacute;t&eacute; le m&ecirc;me cheminement si elle &eacute;tait n&eacute;e &agrave; l&#39;&eacute;poque de Jane<br \/>\nAusten, &agrave; celle de Sylvia Plath ou de Zelda Fritzgerald? Ou bien son<br \/>\ntalent et sa personnalit&eacute; l&#39;auraient-elles fait triompher, quoiqu&#39;il<br \/>\narrive, de toute adversit&eacute; et entrave &agrave; son ambition cr&eacute;atrice,<br \/>\nqu&#39;elle soit n&eacute;e au pal&eacute;olithique, &agrave; la Renaissance ou dans les<br \/>\nann&eacute;es folles? <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Je<br \/>\nconclurai avec les hommes &eacute;crivains, et leurs conseils sagaces aux<br \/>\njeunes auteurs (masculins). Ainsi Rainer Maria Rilke, qui affirmait dans <em>Lettres<br \/>\n&agrave; un jeune po&egrave;te<\/em> qu&#39;il ne fallait en aucun cas faire le choix<br \/>\nd&#39;&eacute;crire&#8230; sauf si on ne pouvait vraiment pas faire autrement. En<br \/>\neffet, si &eacute;crire n&#39;&eacute;tait pas absolument vital, alors mieux valait<br \/>\nfuir &agrave; toutes jambes cette terrible carri&egrave;re. Et qu&#39;aurait-il ainsi<br \/>\nconseill&eacute;, le grand po&egrave;te, si au lieu d&#39;un jeune cadre militaire<br \/>\npiqu&eacute; de po&eacute;sie, c&#39;&eacute;tait une jeune femme, po&eacute;tesse, qui lui avait<br \/>\n&eacute;crit? Que lui aurait-il r&eacute;pondu si elle lui avait pos&eacute; la<br \/>\nquestion, puis-je un jour imaginer &ecirc;tre et &eacute;crivain et m&egrave;re de<br \/>\nfamille? Pensez-vous que cela soit possible, aimer ses livres et<br \/>\naimer ses enfants, aussi intens&eacute;ment et sans sacrifier les uns pour<br \/>\nles autres? <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">J&#39;imagine<br \/>\n&agrave; peu pr&egrave;s ainsi la r&eacute;ponse du grand po&egrave;te : ligaturez vous les<br \/>\ntrompes ou bien fuyez!<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Quoiqu&#39;il<br \/>\nen soit, Elif Shafak, apr&egrave;s bien des tourments (et des r&eacute;gimes<br \/>\npolitiques, pour reprendre sa m&eacute;taphore) parvient enfin &agrave; la<br \/>\nd&eacute;mocratie, &agrave; savoir l&#39;acceptation &agrave; &eacute;galit&eacute; de toutes ses<br \/>\npluralit&eacute;s, au point qu&#39;elle remercie Lord Poton qui, par sa funeste<br \/>\nmais sans doute in&eacute;vitable pr&eacute;sence, lui a finalement permis de<br \/>\ntrouver un <em>modus vivendi<\/em> entre toutes ses diff&eacute;rentes Miss.<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">A<br \/>\nla fin du <em>Lait noir<\/em>, alors qu&#39;Elif Shafak effectue sa premi&egrave;re<br \/>\nsortie dans le monde apr&egrave;s ses dix mois de d&eacute;pression, elle croise<br \/>\nune c&eacute;l&egrave;bre auteur turque, Adalet Agaoglu, femme d&eacute;sormais &acirc;g&eacute;e<br \/>\nqui a fait le choix longtemps auparavant de ne pas avoir d&#39;enfant<br \/>\npour se consacrer enti&egrave;rement &agrave; l&#39;&eacute;criture. Un jour o&ugrave; elles<br \/>\nprenaient le th&eacute; ensemble, pour faire connaissance, Agadet Agaoglu<br \/>\nlui avait demand&eacute; d&#39;un ton tr&egrave;s s&eacute;rieux si elle comptait, elle,<br \/>\navoir des enfants (Elif Shafak avait bott&eacute; en touche)&#8230; et voil&agrave; que cette vieille dame la saluant, lui<br \/>\nd&eacute;clare tout de go &laquo;&nbsp;J&#39;y ai r&eacute;fl&eacute;chi par la suite&#8230; vous<br \/>\navez bien fait d&#39;avoir un enfant, j&#39;ai beaucoup de respect pour votre<br \/>\nchoix&nbsp;&raquo;. Et moi, pour le v&ocirc;tre&#8230; lui r&eacute;pond Elif Shafak,<br \/>\n&eacute;mue aux larmes. <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Chacune,<br \/>\nparce qu&#39;ayant sans doute test&eacute; les limites et contraintes de son<br \/>\npropre choix, &eacute;tant apte &agrave; comprendre ce que signifie aussi le<br \/>\nchoix contraire&#8230; <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Et<br \/>\nmoi dans tout &ccedil;a? Suis-je susceptible malgr&eacute; tout (auteur sans<br \/>\n&eacute;diteur) d&#39;&ecirc;tre victime du post-partum de l&#39;&eacute;crivaine&#8230;? Entendez<br \/>\ndonc ce rire gras, c&#39;est celui de ma non muse. Alors que j&#39;&eacute;cris ces<br \/>\nquelques lignes, profitant de ce que la Zouflette dort et que j&#39;ai<br \/>\nenvoy&eacute; son frangin qu&ecirc;ter dans le m&eacute;tro avec une brave dame &agrave;<br \/>\nfichu noir et large jupe &agrave; broderies vertes, elle s&#39;est pendue au<br \/>\nt&eacute;l&eacute;phone et raconte &agrave; une de ses coll&egrave;gues comme quoi elle est<br \/>\nactuellement en ch&ocirc;mage technique, sa non prot&eacute;g&eacute;e ayant eu l&#39;id&eacute;e<br \/>\nstupide de se reproduire une seconde fois, ce qui fait que ses<br \/>\npropres enfants se chargent eux-m&ecirc;mes de l&#39;emp&ecirc;cher d&#39;&eacute;crire,<br \/>\nfaut-il &ecirc;tre masochiste (ou sans ambition ou vell&eacute;itaire ou etc). <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Pauvre<br \/>\nc&#8230;, je me dis in petto, qu&#39;est-ce que tu crois que je suis en train<br \/>\nde faire l&agrave;? Mais &agrave; ce moment l&agrave;, vous pouvez &ecirc;tre s&ucirc;rs que la<br \/>\nt&eacute;tine de la Zouflette va tomber, ou bien cela va sonner &agrave; la<br \/>\nporte, ce qui la r&eacute;veillera, en plus, ce sera sans doute un flic me<br \/>\nramenant le Z&eacute;bulon, un enfant de 2 ans et demi ne qu&ecirc;te pas dans<br \/>\nle m&eacute;tro, on n&#39;accepte que ceux qui ont 3 ans r&eacute;volus et ne font<br \/>\nplus pipi caca dans leur culotte, &agrave; moins que ce ne soit ma tante<br \/>\nDolores qui ne se soit pendue &agrave; ma sonnette pour me montrer ses<br \/>\nderniers r&eacute;sultats d&#39;examen ou ma tante Babeth Babater brandissant<br \/>\nses drogues anti-mont&eacute;e de lait&#8230;<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Car<br \/>\nsi je ne me connais pas de miss Ego ambition, de miss Intelligence<br \/>\npratique ou de miss Cynique intello, je me connais bien en revanche<br \/>\nune non muse (n&#39;essaye m&ecirc;me pas d&#39;ouvrir ton ordi) et sa soeur, Cl&eacute;a<br \/>\nculpa (&eacute;crire tranquillement chez soi quand le monde alentour<br \/>\ns&#39;effondre, quel &eacute;go&iuml;sme et quelle absolue vacuit&eacute; ma pauvre<br \/>\nfille). Il y a aussi la cousine Morph&eacute;ophobe (Mimi, il est 4 h 00 du<br \/>\nmat, tu dors?), mais bon, celle-l&agrave; m&#39;a l&acirc;ch&eacute; un peu la grappe<br \/>\ngr&acirc;ce &agrave; la mont&eacute;e de lait (blanc) et aux pilules magiques. J&#39;ai<br \/>\naussi sur le dos ma m&egrave;re, la grande Simone, une sorte de miss Ego<br \/>\nambition doubl&eacute;e d&#39;une Cynique intello (tout dans ta vie, Mimi,<br \/>\nabsolument tout doit &ecirc;tre absolument n&eacute;cessaire), sans oublier sa<br \/>\nsoeur siamoise, la tante Babeth Babater, la crois&eacute;e anti-allaitement<br \/>\n(t&eacute;t&eacute;e et pur&eacute;e bio sont l&#39;actuel complot contre la femme<br \/>\nlib&eacute;r&eacute;e), et la Parfaite, cette fausse soeur adopt&eacute;e par ma m&egrave;re,<br \/>\nr&eacute;ussissant tout ce qu&#39;elle fait, de la tarte normande &agrave; la th&egrave;se<br \/>\nde doctorat en passant par la maternit&eacute; et l&#39;aide aux personnes dans<br \/>\nle besoin (oh je n&#39;y suis pour rien, je dois juste avoir de la<br \/>\nchance&#8230;).<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Mimi,<br \/>\n\tme secoue mon non muse, tu veux que je te dise pourquoi toi tu<br \/>\n\t&eacute;cris, ou plut&ocirc;t pourquoi toi, tu n&#39;&eacute;cris plus&#8230;?<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Non.<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Eh<br \/>\n\tbien, elle poursuit, toi, tu as &eacute;crit parce que tu &eacute;tais seule.<br \/>\n\tPlus pr&eacute;cis&eacute;ment, tu as &eacute;crit parce que tu &eacute;tais seule et que tu<br \/>\n\td&eacute;sirais avoir un jules et des mouflets. Obtenant et un jules et<br \/>\n\tdes mouflets, il est quelque peu juste et normal que tu n&#39;arrives<br \/>\n\tplus &agrave; &eacute;crire non? A moins que d&eacute;sormais tu n&#39;&eacute;crives plus que<br \/>\n\tdans le d&eacute;sir de r&eacute;ussir &agrave; &eacute;crire puisque, semble-t-il, le<br \/>\n\tmanque est chez toi, comme chez tant de gens, ton moteur dans la<br \/>\n\tcr&eacute;ation&#8230; voire dans la vie?<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">&Ccedil;a<br \/>\ndoit &ecirc;tre &ccedil;a, merci pour la r&eacute;ponse &agrave; cette question que je<br \/>\nn&#39;avais pas pos&eacute;e. <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Et<br \/>\npuis tiens, si suite &agrave; cette seconde maternit&eacute;, la non muse<br \/>\ndevenait mon lord Poton &agrave; moi, hein?<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\t<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Fume,<br \/>\n\tc&#39;est du belge! Me fait cette derni&egrave;re avec un geste vulgaire de la<br \/>\n\tmain. Je ne suis l&agrave; que parce que tu le veux bien, et je ne fais<br \/>\n\tque ce que pour quoi je suis faite. La plus belle fille du monde ne<br \/>\n\tpeut donner que ce qu&#39;elle a&#8230;<\/span><\/span><\/span>\n\t<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">Ne<br \/>\ncomptons donc que sur nos propres forces. Comme Sylvia et les autres,<br \/>\nd&#39;une certaine fa&ccedil;on. <\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">(&agrave;<br \/>\npropos, ai-je bien &eacute;teint le gaz? Allons v&eacute;rifier&#8230;)<\/span><\/span><\/span>\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n\n<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm\">\n<span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: arial,helvetica,sans-serif\"><span style=\"font-size: 10pt\">*<br \/>\nElif Shafak, <em>Lait noir<\/em>, 10\/18, 2010.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elif Shafak est une jeune auteur turque qui, on est jeune auteur quand on est n&eacute;e en 1971 et que l&#39;on a d&eacute;j&agrave; plus de 10 livres &agrave; son actif dont 4 traduits en fran&ccedil;ais, me pr&eacute;cise charitablement ma non muse qui lit, comme &agrave; son habitude, par dessus mon &eacute;paule, une jeune auteur donc, &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=302\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/302"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=302"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/302\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=302"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=302"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=302"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}