{"id":39,"date":"2006-08-03T16:15:14","date_gmt":"2006-08-03T16:15:14","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=39"},"modified":"2006-08-03T16:28:02","modified_gmt":"2006-08-03T16:28:02","slug":"Bananas pas assez m\u00fbres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=39","title":{"rendered":"Bananas pas assez m\u00fbres"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Qui dit Inde, dit mendiants. On n&rsquo;y coupe pas. Des mendiants de toutes sortes, dans les rues, les gares (impressionnantes les gares), les bus. Des rues de mendiants&nbsp;pas si diff&eacute;rentes que &ccedil;a des n&ocirc;tres finalement (surtout au mois d&rsquo;ao&ucirc;t &agrave; Paris), except&eacute; le nombre de petits enfants, des l&eacute;preux et des difformes en tout genre, que l&rsquo;&eacute;chographie &agrave; 2 mois chez nous ainsi qu&rsquo;un bon suivi &agrave; la PMI permettent de faire dispara&icirc;tre. Car si on &eacute;vite les bidonvilles de Calcutta, de Bombay ou de Delhi, les d&eacute;charges &agrave; ordures, les asiles de nuit et certains trottoirs, il faut &ecirc;tre honn&ecirc;te, ce n&rsquo;est pas tellement pire que dans nos grandes villes. A part les petits enfants, les l&eacute;preux et les difformes en tout genre, d&rsquo;accord. <\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">Rencontre la plus r&eacute;pandue : la femme jeune, si possible enceinte, avec le dernier n&eacute; (6 &agrave; 14 mois) sur la hanche, mendicit&eacute; &agrave; la mode roumano-gitane. Mimiques de supplication, a faim, geste vers la bouche, my baby, on agite le petit bras du bambin, on vous l&rsquo;approche m&ecirc;me du visage (arri&egrave;re), on vous touche (bas les pattes), on g&eacute;mit, on supplie, etc. Je n&rsquo;ai pas le c&oelig;ur &agrave; me moquer de ces dames, soyez rassur&eacute;s, la journ&eacute;e du 2 ao&ucirc;t est derri&egrave;re nous, mais il se trouve qu&rsquo;en France, seules les femmes gitanes, (ou de l&#39;Est) mendient de cette fa&ccedil;on l&agrave;, quand les autres mendiants, Sdf dit-on, le font pour la plupart avec une certaine dignit&eacute;, s&rsquo;adressant &agrave; vous d&rsquo;&eacute;gal &agrave; &eacute;gal sans geindre ni supplier avec en plus ce c&ocirc;t&eacute; femme qui simule (mal) l&#39;ogasme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bref, que c&rsquo;est plus fort que moi, je le confesse, la mendicit&eacute; en g&eacute;missant, &ccedil;a me braque aussit&ocirc;t et ces femmes ne trouvaient que rarement le chemin de mon porte-monnaie. Mimiques &agrave; mon tour, non, secoue la t&ecirc;te, air navr&eacute;, non, montre mes mains vides, non, avec un sorry et g&eacute;n&eacute;ralement, elles laissaient choir l&rsquo;affaire. Le pire &eacute;tait cependant de voir le m&ecirc;me show se r&eacute;p&eacute;ter chez les bambins. Ainsi, deux pauvres gosses, celui de 5 ans qui agitait de son petit bras, le petit bras de son fr&egrave;re, 3 ans, en g&eacute;missant, please, give, for my baby, please&#8230; Leurs petits visages &eacute;taient tristes, fatigu&eacute;s, deux petits vieux avant l&rsquo;&acirc;ge, j&rsquo;ai eu alors le c&oelig;ur serr&eacute;, l&rsquo;estomac pli&eacute;, le rouge au front, la goutte &agrave; l&rsquo;&oelig;il, alors j&rsquo;ai donn&eacute;&hellip; <\/p>\n<p align=\"justify\">Mais d&egrave;s fois, foi de Chotek, c&rsquo;est la col&egrave;re qui l&rsquo;emporte. Col&egrave;re contre les femmes qui donnent une vie pour qu&rsquo;elle les serve, col&egrave;re contre les hommes qui laissent tomber ces femmes, col&egrave;re contre la mondialisation (qui accentue sans doute des situations qui existaient avant elle) et surtout col&egrave;re contre les Indiens (il y en a des riches et des moins riches) qui acceptent un tel syst&egrave;me parce que pour partie l&eacute;gitim&eacute; par le fatalisme et la religion, syst&egrave;me des castes hindoues o&ugrave; certains naissent non seulement mendiants, intouchables (dalis) mais sont mendiants. Alors on donne, si possible pas d&rsquo;argent aux minots mais quelque chose &agrave; manger et on r&eacute;colte parfois un pauvre sourire. <\/p>\n<p align=\"justify\">Mais g&eacute;n&eacute;ralement, le mendiant indien ne remercie pas. Que nenni. Quand il ne vous engueule pour votre pingrerie ou parce que les bananes ne sont pas assez m&ucirc;res. Ainsi, cette dame, enceinte de 4 mois, avec un mioche de 8 sur la hanche, qui me montrant des bananes, me geint dans l&rsquo;oreille, madame, please, banana, for my baby (&eacute;tait-il seulement en &acirc;ge de s&rsquo;enfiler ces fruits celui-l&agrave;?). Ok, je l&rsquo;emm&egrave;ne illico devant la marchande de bananes, choisit une grosse brass&eacute;e de fruits, mais voil&agrave; que la femme me tire la tronche car figurez-vous, ils ne sont pas assez m&ucirc;rs. Vex&eacute;e, je lui mets le sac dans la main mais elle continue &agrave; faire la gueule. Pas un thank you ou un namast&eacute; de trop. Je r&acirc;le comme une baronne, you can say thank you tout de m&ecirc;me. Mais la mendiante est d&eacute;j&agrave; occup&eacute;e &agrave; essayer de troquer son lot de bananes vertes contre un plus &agrave; son go&ucirc;t, engag&eacute;e en cela dans une croisade houleuse avec la marchande (pas coop&eacute;rative du tout la marchande). Je m&rsquo;&eacute;clipse, vaguement honteuse, et quand je repasse, un peu plus tard, j&rsquo;aper&ccedil;ois de loin les deux femmes en train de se hurler dessus comme deux p&eacute;troleuses &eacute;lectris&eacute;es. Ouille. Je longe les murs, &eacute;vite une nouvelle-femme-&agrave;-enfants-sur-la-hanche et m&rsquo;enfuis comme pet sur toile cir&eacute;e. <\/p>\n<p align=\"justify\">Je ferai ainsi souvent ce constat. Le plus souvent, on ne remercie pas le donateur, &agrave; moins que vous ne mettiez la dose, on r&acirc;le, on demande plus (tu m&rsquo;as fil&eacute; les bananes, file moi le sac plastique qui va avec) et on jette des regards mauvais &agrave; sa bienfaitrice m&ecirc;me pas d&rsquo;ici. Bon, vous allez me dire, je peux pas refuser les g&eacute;missements et demander la gratitude &eacute;ternelle avec yeux mouill&eacute;s. Ok.&nbsp;&nbsp;Et puis, peut &ecirc;tre parce que la mendicit&eacute; fait partie de la soci&eacute;t&eacute; indienne comme le cadre en &eacute;lectronique, le brahmane et la vache sacr&eacute;e, que c&rsquo;est une fonction, un r&ocirc;le, on entend bien le d&eacute;fendre &agrave; sa juste valeur&hellip; Chais pas. <\/p>\n<p align=\"justify\">Des mendiants, des mendiants&#8230; certains trottoirs sont de v&eacute;ritables dortoirs &agrave; toute heure du jour, mendiants, mis&eacute;rables et travailleurs des lieux r&eacute;unis dans un m&ecirc;me ronflement. Une famille enti&egrave;re campait dans la gare routi&egrave;re de Leh, Ladakh, et envoyait ses membres les plus jeunes geindre dans les jupes des routardes. Deux bananes donn&eacute;es &agrave; une gamine de 5 ans environ, aux yeux luisant de faim et de fatigue, m&rsquo;ont fait l&rsquo;impression d&rsquo;avoir laiss&eacute; tomber un sac d&rsquo;or dans les menottes de la petiote. Pas joyeusant non plus. Trop de faim, trop de crasse, de sommeil dans les yeux de la fillette&hellip; dont le p&egrave;re, allong&eacute; telle une diva sur un banc, prenait sans doute le juste repos de qui a trim&eacute; toute sa vie d&rsquo;enfant. Cohorte de femmes aux hanches peupl&eacute;es. L&eacute;preux aux mains disparues. Vieille femmes plus l&eacute;g&egrave;res qu&rsquo;une anorexique d&rsquo;Occident. Saddous (clochards c&eacute;lestes) avec leur mini&nbsp;slip fa&ccedil;on couche-culotte, maigres et charbonneux, recevant votre d&icirc;me sans qu&rsquo;un iota de leur visage ne s&rsquo;en &eacute;meuve. Un enfant difforme se tra&icirc;nait en g&eacute;missant dans la boue de Pahar Ganj, &agrave; Delhi, sans que nul ne s&rsquo;en &eacute;meuve. Spectacle pourtant insupportable. Un vieux &agrave; la sortie du m&eacute;tro, cass&eacute;, d&eacute;form&eacute;, le menton sur le ventre, &agrave; croire qu&rsquo;on ne savait plus le d&eacute;m&ecirc;ler, et tremp&eacute; de pluie, agitait sa s&eacute;bile sans discontinuer&hellip; <\/p>\n<p align=\"justify\">Mais comment fait-il, mais comment font-ils tous ceux l&agrave; pour ne pas &ecirc;tre morts ? Impression (lamentable je sais) de se trouver parfois face &agrave; ces organismes primitifs du style param&eacute;cie qui nous enterreront tous en cas de cataclysme nucl&eacute;aire tellement leur acharnement &agrave; survivre est violent, quand en Occident on parlerait de soins palliatifs, voire d&rsquo;euthanasie&hellip; <\/p>\n<p align=\"justify\">En cons&eacute;quence, je conseille &agrave; qui va en Inde de se munir telle la Bernadette de menue monnaie, environ 50 roupies par jour, d&rsquo;acheter des bananes mais m&ucirc;res (et pas trop non plus, mon sac garde le souvenir &eacute;mu de la bouillie maronasse que lui a valu deux bananes qui n&rsquo;avaient pas trouv&eacute; preneur) et d&rsquo;&eacute;valuer le mendiant. Cela &eacute;vitera de faire comme la princesse Chotek qui a donn&eacute; deux bananes (encore!) &agrave; un pauvre h&egrave;re qui se tra&icirc;nait avec sa s&eacute;bile au sol, &agrave; moiti&eacute; nu. Il n&rsquo;avait donc aucune poche pour remiser le mirifique butin, et a d&ucirc; continuer de se tra&icirc;ner en ce triste &eacute;quipage, encombr&eacute; par ces deux fichues bananes qu&rsquo;il ne savait o&ugrave; mettre&hellip; Bon voyage. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui dit Inde, dit mendiants. On n&rsquo;y coupe pas. Des mendiants de toutes sortes, dans les rues, les gares (impressionnantes les gares), les bus. 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