{"id":45,"date":"2006-08-08T12:10:08","date_gmt":"2006-08-08T12:10:08","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=45"},"modified":"2006-08-08T12:12:20","modified_gmt":"2006-08-08T12:12:20","slug":"Elle voulait voir les Dogons","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=45","title":{"rendered":"Elle voulait voir les Dogons"},"content":{"rendered":"<p>\n<em>Texte publi&eacute; dans le cadre d&#39;un concours organis&eacute; par le Minist&egrave;re de la culture et de la communication (rigolez pas) au printemps 2006.<\/em>\n<\/p>\n<p>\nElle voulait voir les Dogons. Le m&eacute;decin avait dit, trois mois, pas un de plus. Il voulait parler du temps qui lui restait &agrave; vivre. Ma Simone, 36 ann&eacute;es de mariage, avait attrap&eacute; le crabe. Je soup&ccedil;onnais les l&eacute;gumes arros&eacute;s au plutonium, lors d&#39;une escale chez ma s&oelig;ur en Alsace. Simone disait que &ccedil;a n&#39;avait rien &agrave; voir, c&#39;&eacute;tait inscrit dans ses g&egrave;nes, la fatalit&eacute;, mais elle voulait partir outre-ciel voir les Dogons, avant que de.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nNous sommes donc partis un matin de f&eacute;vrier pour le Mali, vol Point Afrique, en compagnie d&#39;un kal&eacute;idoscope d&#39;associations humanitaires qui allaient porter stylos, sparadraps, pr&eacute;servatifs et m&ecirc;me un frigidaire aux Dogons, que nous, nous allions visiter les mains dans les poches. Les gens nous regardaient bizarrement, on &eacute;tait les seuls vieux et Simone n&#39;avait plus un poil sur le d&ocirc;me. On a atterri &agrave; l&#39;a&eacute;roport international de Mopti, un hangar en t&ocirc;les ondul&eacute;es pos&eacute; au bord de la piste de terre rouge. Une assembl&eacute;e de jeunes gens nous y attendaient, de pied ferme, pour proposer leurs services si on voulait pas rater ses vacances. Un gar&ccedil;on aux cheveux tress&eacute;s s&#39;est d&eacute;tach&eacute; du groupe. C&#39;&eacute;tait Moussa, celui qui allait &ecirc;tre notre ange africain pour tout le s&eacute;jour. Le hasard, comme pour le crabe, mais un hasard heureux car Moussa a &eacute;t&eacute; un h&ocirc;te &agrave; la hauteur de ce qu&#39;esp&eacute;rait Simone pour son dernier voyage sur Terre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nNous sommes partis de suite dans un taxi brousse pour Bandiagara, ville natale d&#39;Amadou Hampat&eacute; B&acirc;, ce grand &eacute;crivain africain aux accents doux-amers quand il abordait la rencontre des Blancs avec le continent noir. Enfin, c&#39;est ce qui &eacute;tait &eacute;crit dans mon guide, moi, je ne lisais pas. L&#39;&eacute;cole la&iuml;que et obligatoire m&#39;avait vaccin&eacute; &agrave; mort contre le virus de la lecture. Mais pas ma Simone, en pleine cure de chimioth&eacute;rapie, elle lisait encore et en avait m&ecirc;me oubli&eacute; un, <em>Contes du pays peuhl<\/em>, dans le scanner de l&#39;h&ocirc;pital Saint-Louis. J&#39;esp&egrave;re qu&#39;on verra leurs masques&#8230; elle m&#39;a chuchot&eacute; quand on a commenc&eacute; &agrave; marcher dans la brousse. Il faut demander, Moussa nous a renseign&eacute;s, normalement, on les sort que pour les voyages organis&eacute;s&#8230; mais comme vous &ecirc;tes vieux et que Simone a le crabe&#8230; On lui avait dit, pour Simone, c&#39;&eacute;tait plus loyal vis &agrave; vis de lui et plus raisonnable. Simone avait en effet tenu &agrave; marcher comme si elle avait la sant&eacute;. Moussa en avait con&ccedil;u un grand respect, pour le crabe, qui &eacute;tait encore tr&egrave;s respect&eacute; dans ces contr&eacute;es car les gens croyaient qu&#39;il fallait vivre vieux et &ecirc;tre sage pour y avoir droit.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nNombori, Teli, N&#39;die, Digui Bombo&#8230; que de merveilles&nbsp;! C&#39;est vrai qu&#39;on &eacute;tait venu pour &ccedil;a et qu&#39;on n&#39;avait pas besoin de se forcer. C&#39;est vrai aussi que c&#39;&eacute;tait notre dernier voyage, comme notre voyage de noces, en Provence, avait &eacute;t&eacute; le premier. On a vu les masques, d&egrave;s le premier soir, avec la danse, les djemb&eacute;s et les femmes qui &eacute;taient venues voir Simone pour lui apprendre &agrave; tresser les cheveux. Les leurs, pas les siens, forc&eacute;ment. Cela faisait peut-&ecirc;tre folklore &agrave; 4 CFA, mais cela sonnait si fort&#8230; Les gens des villages aimaient le badinage, alors on pouvait rester longtemps, m&ecirc;me au-del&agrave; des heures chaudes, sous un flamboyant ou un manguier, &agrave; discuter avec eux. Moussa nous traduisait, si besoin est. Un soir, on a pos&eacute; nos sacs &agrave; Kani-Kombol&eacute;. En s&#39;endormant cette nuit l&agrave;, sous le ciel &eacute;toil&eacute;, Simone m&#39;a press&eacute; la main, il faisait doux, et elle m&#39;a dit&nbsp;: au diable la chimio&#8230; restons ici&nbsp;! Je n&#39;ai plus mal, je n&#39;ai plus cette soif qui me d&eacute;vorait jour et nuit&#8230; Je me sens bien ici, vous n&#39;aurez qu&#39;&agrave; m&#39;enterrer avec le masque des morts sous un manguier, et qu&#39;on n&#39;en parle plus&nbsp;! La sagesse des vieux d&#39;Afrique l&#39;avait emport&eacute; sur le crabe&#8230;\n<\/p>\n<p>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte publi&eacute; dans le cadre d&#39;un concours organis&eacute; par le Minist&egrave;re de la culture et de la communication (rigolez pas) au printemps 2006. Elle voulait voir les Dogons. Le m&eacute;decin avait dit, trois mois, pas un de plus. Il voulait parler du temps qui lui restait &agrave; vivre. 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