{"id":53,"date":"2006-08-20T20:34:19","date_gmt":"2006-08-20T20:34:19","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=53"},"modified":"2006-08-20T20:40:19","modified_gmt":"2006-08-20T20:40:19","slug":"Chen chen*","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=53","title":{"rendered":"Chen chen*"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nLes restos ont repris. On retrouve certains princes et certaines princesses, avec leurs dauphins, qui ont pass&eacute; le mois de juillet &agrave; suer &agrave; Paris en mangeant les surplus &eacute;lectroraux des mairies alentour (dixit un chauffeur des camions).\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nLa reine Dodo a disparu. Connaissant son caract&egrave;re fantasque et auto-destructeur, je m&#39;inqui&egrave;te un peu, me demandant si &ccedil;a y est, elle dort dans la rue apr&egrave;s avoir r&eacute;p&eacute;t&eacute; en voyant le mur arriver sur elle, o&ugrave; est le frein, y a pas de frein, o&ugrave; est le frein, pas le courage de chercher le frein. A moins qu&#39;elle n&#39;aie r&eacute;pondu &agrave; une &eacute;ni&egrave;me petite annonce, se retrouvant ainsi au fin fond du Queyras avec un vieillard pervers. L&#39;h&eacute;riti&egrave;re de Pologne ne vient pas non plus, ses deux fils doivent &ecirc;tre en vacances avec leur p&egrave;re et elle, occup&eacute;e &agrave; passer la n&eacute;nette dans des bureaux vid&eacute;s de leurs habitants.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\nIl y a de nouvelles t&ecirc;tes. Une geisha de Chine (m&ucirc;re) et son b&eacute;b&eacute; d&#39;un an tr&egrave;s mignon, fille ou gar&ccedil;on, c&#39;est pas le pr&eacute;nom qui vous le dira. Elle a le sourire jusqu&#39;aux oreilles, et ne cesse de nous causer. En chinois. Tr&egrave;s sociable, elle parle avec tous le sourire toujours accroch&eacute; jusqu&#39;aux oreilles. Ce soir l&agrave;, elle a trouv&eacute; un porte-b&eacute;b&eacute; en la personne d&#39;un homme seul, qui mangeait en face d&#39;elle. Le b&eacute;b&eacute; sur les genoux, il avait l&#39;air aux anges tandis que la petite dame mangeait et babillait et souriait tout &agrave; la fois.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle est toujours dans les derni&egrave;res &agrave; partir, agitant le bras de son b&eacute;b&eacute; en nous babillant des au revoir en chinois, ou alors bye bye, je lui dis &ccedil;a, bye bye, parce que &ccedil;a me para&icirc;t &agrave; mi-chemin entre le mandarin et le fran&ccedil;ais. Comme tous les autres, elle fait en fin de repas notre tourn&eacute;e pour r&eacute;cup&eacute;rer des choses &agrave; manger chez elle. Elle insiste en nous demandant, bah&eacute;tan, bah&eacute;tan&#8230; On fronce les sourcils, on se creuse la t&ecirc;te, on prend des airs d&eacute;sol&eacute;s d&#39;incompr&eacute;hension, bah&eacute;tan, conna&icirc;t pas. Soudain, P&eacute;trole Hann, qui passe le balais, rel&egrave;ve la t&ecirc;te et nous lance un laconique, baguette, elle veut de la baguette. Un sourire nous &eacute;claire tous, de la Chinoise aux b&eacute;n&eacute;voles, c&#39;&eacute;tait donc &ccedil;a. Du pain. Quand m&ecirc;me, fallait comprendre. On essaye de lui faire prononcer le mot pain, &ccedil;a a l&#39;air plus dur pour elle que d&#39;escalader de nuit la grande muraille de Chine. Elle essaye &agrave; son tour de nous faire prononcer le mot en chinois, puis le mot merci de m&ecirc;me, chen chen, je cale sur le pain et le merci beaucoup. Le chinois, c&#39;est pas facilement pronon&ccedil;able, je comprends mieux le bah&eacute;tan maintenant.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCurieusement, malgr&eacute; la chouette ambiance mise par Nico en ce mois d&#39;ao&ucirc;t, les gens ont l&#39;air d&eacute;tendu. Ils sourient, bavardent, placent quelques mots de fran&ccedil;ais. Les enfants sont &eacute;trangement disciplin&eacute;s, ils dessinent tranquillement et bavardent. Aucun homme seul et avin&eacute; venant taper sa haine de la soci&eacute;t&eacute; &agrave; nos portes. A&iuml;cha d&#39;Oran est venue en rollers, elle d&eacute;ambule apr&egrave;s le dessin dans le r&eacute;fectoire, gracieuse et l&eacute;g&egrave;re, nous &eacute;vitant &agrave; chaque fois avec nos plateaux et nos balais. Suzanne de Turquie veut lire, elle m&#39;appelle ma&icirc;tresse, je me sens comme une vioque, mais elle est ravie de travailler &quot;comme &agrave; l&#39;&eacute;cole&quot; en ce mois d&#39;ao&ucirc;t. Je lis &agrave; Emir d&#39;Azerba&iuml;djan, Simbad le marin racont&eacute; par grand-m&egrave;re Donald, les Us sont vraiment partout, il m&#39;assure qu&#39;il comprend m&ecirc;me s&#39;il n&#39;a que 3 ans et ne parle que tr&egrave;s peu fran&ccedil;ais. Va savoir. Il y a une famille roumaine, venue de Hollande, apr&egrave;s la Roumanie, trois filles et un gar&ccedil;on, les filles ressemblent &agrave; des petites filles mod&egrave;les, avec leurs yeux immens&eacute;ment bleu et vert, leurs robes et leurs nattes. La derni&egrave;re a un pr&eacute;nom hollandais et la m&egrave;re baragouine qu&#39;ils sont partis de Hollande parce que probl&egrave;me.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nProbl&egrave;me. Le ma&icirc;tre mot. On ne voit qu&#39;&agrave; peine la surface de leur &laquo;&nbsp;probl&egrave;me&nbsp;&raquo;, certains viennent quelque temps puis disparaissent. On ne sait ce qui les a aval&eacute;s, charter ou d&eacute;placement, parfois dans une autre ville de France. On apprend parfois qu&#39;un tel ou une telle s&#39;est fait refuser l&#39;asile politique (beaucoup de non appel&eacute;s mais venus quand m&ecirc;me, tr&egrave;s tr&egrave;s peu d&#39;&eacute;lus&#8230;). Et ils demeurent.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe myst&egrave;re est de taille. Qui partira&nbsp;? Qui restera&nbsp;? Rosita, originaire du Rwanda et sa petite fille de un an et demi, est l&agrave; depuis un an. Sans papier, sans travail, sans homme&nbsp;mais&nbsp;toujours douce et souriante. On la retrouve comme une sorte de voisine, chaleureuse et paisible, avec qui on parle du temps qui fait et des petits pots pour b&eacute;b&eacute;s. Une Ha&iuml;tienne avec ses trois enfants, trois petites ic&ocirc;nes noires, beaux comme tout, turbulents de m&ecirc;me, le rire toujours aux dents, va comprendre, sanglotait un soir qu&#39;elle s&#39;&eacute;tait vue refuser l&#39;asile politique. Les semaines se sont suivies et elle est rest&eacute;e l&agrave;. Elle avait retrouv&eacute; le sourire, un sourire las, &eacute;norm&eacute;ment fatigu&eacute;, et trimballait d&eacute;sormais avec elle et ses enfants, une &eacute;norme guitare, dont elle voulait apprendre &agrave; jouer&#8230; Elle n&#39;est pas revenue en ce mois d&#39;ao&ucirc;t mais on ne sait pas ce qui s&#39;est pass&eacute;, charter ou d&eacute;m&eacute;nagement. Ses enfants nous embrassaient toujours follement comme du bon pain quand ils partaient, ils nous manquent.<\/p>\n<p>Probl&egrave;me. On pr&eacute;pare, on sert, on range et on rentre chez soi. C&#39;est la vie. On voudrait accomplir de plus grandes choses, mais j&#39;avoue que sans avoir rien fait, je&nbsp;me sens&nbsp;d&eacute;j&agrave; au bout du rouleau. C&#39;est pas le spectacle du&nbsp;Liban, l&#39;impunit&eacute; des uns, la toute puissance des autres, les enfants soldats, battus, abandonn&eacute;s, en bref, toute l&#39;immense oc&eacute;an des&nbsp;petites et grandes horreurs&nbsp;du genre humain, qui va me donner du c&oelig;ur &agrave; l&#39;ouvrage pour y planter ma micro cuill&egrave;re dedans. Alors, d&egrave;s fois, c&#39;est le fatalisme le plus ramollo qui me tombe dessus, avec une mauvaise conscience de mauvaise &eacute;l&egrave;ve du monde, pas efficace, pas &agrave; la hauteur, pas du tout assez engag&eacute;e, 2 sur 20, et parfois, aussi, je me contente.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me contente de servir, causer, ranger, lire, jouer. Je me contente de cette artificielle, peut &ecirc;tre,&nbsp;mais r&eacute;elle chaleur qui nous vient parfois des uns et des autres, certains soirs, et qui circule dans tout le r&eacute;fectoire, et m&ecirc;me dehors, sur le terrain vague, au point qu&#39;on rit tous b&ecirc;tement, de tout et de rien.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n* J&#39;ai chang&eacute; les pr&eacute;noms comme dans la vraie vie &agrave; la t&eacute;l&eacute;&nbsp;\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les restos ont repris. On retrouve certains princes et certaines princesses, avec leurs dauphins, qui ont pass&eacute; le mois de juillet &agrave; suer &agrave; Paris en mangeant les surplus &eacute;lectroraux des mairies alentour (dixit un chauffeur des camions). La reine Dodo a disparu. 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