{"id":539,"date":"2017-06-22T20:34:49","date_gmt":"2017-06-22T11:34:49","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=539"},"modified":"2017-06-22T20:37:52","modified_gmt":"2017-06-22T11:37:52","slug":"la-verite-si-cest-un-cliche","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=539","title":{"rendered":"La v\u00e9rit\u00e9 si c&rsquo;est un clich\u00e9!"},"content":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, des images du Japon sont venues tourner faire une petite ronde nostalgique et narquoise dans mon esprit pourtant super occup\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger le compte-rendu d\u2019une r\u00e9union o\u00f9 il \u00e9tait question de clips, de supports et de proc\u00e9dure de levage de roue.<\/p>\n<p>Un besoin imp\u00e9rieux de temples, de m\u00e9tros climatis\u00e9s et de gogoneries clignotantes s&rsquo;est mis \u00e0 le tarauder au point que j&rsquo;ai d\u00fb m&rsquo;arr\u00eater (la bonne excuse).<\/p>\n<p>La passoire du temps, qu\u2019on appelle chez moi la m\u00e9moire, transforme chaque jour ce Japon en une s\u00e9rie de clich\u00e9s, je dirais m\u00eame, de sensations diffuses qui r\u00e9guli\u00e8rement viennent me visiter. Une image peut soudain me tomber dessus, la baie de Kamakura au d\u00e9tour du sentier qui sort du bois, le soir qui tombe sur le Yoyogi koen, les rues \u00e9troites comme des traits de maquettes, le crossing au bordel organis\u00e9 de Shibuya.<\/p>\n<p>Et les temples. Du Japon, hors personnes palpables et vivantes, les temples sont ce qui me manque le plus intens\u00e9ment. Le Japon me manque mais d\u2019une fa\u00e7on subtile, pas comme sa dope au drogu\u00e9 ou ses z\u00e9ro au trader.<\/p>\n<p>Son souvenir est doux. Son souvenir devient de plus en plus impr\u00e9cis en m\u00eame temps que son noyau dur de plus en plus subsiste.<\/p>\n<p>Je me souviens que vous \u00e9tiez venue au Japon, Jo\u00eblle, et je suppose qu\u2019\u00e0 l\u2019instar de tout visiteur, vous y avez trouv\u00e9 de ces images identiques \u00e0 celles que vous aviez en vous au d\u00e9part (je savais bien que les Japonais m\u00e2les portaient tous un costume noir avec une chemise blanche) cependant fortifi\u00e9es, approfondies ou nuanc\u00e9es par leur mise en contact avec leur r\u00e9alit\u00e9 (mais je ne savais pas qu\u2019ils portaient <em>en plus<\/em> des sacs de femme).<\/p>\n<p>Vous avez pu \u00eatre d\u00e9\u00e7ue par certaines de ces images offertes par la r\u00e9alit\u00e9 (merde, je n\u2019imaginais pas les geishas si vulgaires) ou au contraire confort\u00e9e par leur similitude \u00e0 ces clich\u00e9s sans lesquels notre cervelle aux dimensions succinctes ne survivrait pas (c\u2019est fou, elles sont <em>vraiment<\/em> blanches comme des culs).<\/p>\n<p>Sachant que la geisha n\u2019existe plus (ou presque).<\/p>\n<p>Comme on ne peut pas et voir tout et \u00eatre partout \u00e0 la fois, il faut donc bien avoir quelques clich\u00e9s en t\u00eate sur cette vaste pl\u00e9iade de sujets d\u2019observation qu\u2019est pour nous le monde. Il n\u2019y a pas de honte \u00e0 avoir des clich\u00e9s. Il n\u2019y a pas \u00e0 se consid\u00e9rer comme touristiquement attard\u00e9 le fait qu\u2019on en ait.<\/p>\n<p>Il est honteux en revanche d\u2019en rester l\u00e0 quand on a mati\u00e8re \u00e0 les confronter au r\u00e9el pour les compl\u00e9ter (ou les d\u00e9noncer).<\/p>\n<p>Il y a les clich\u00e9s vrais (globalement oui, les Japonais sont respectueux de l\u2019ordre social et donc plut\u00f4t rigides) et les clich\u00e9s beaucoup moins vrais (le Japonais ne rit jamais et n\u2019exprime jamais ses \u00e9motions).<\/p>\n<p>De m\u00eame, vous ne nierez pas Jo\u00eblle, ce clich\u00e9 qui veut que le Fran\u00e7ais soit globalement incivique et port\u00e9 sur l\u2019ironie, est un clich\u00e9 en partie vrai&#8230; et donc en partie faux (M\u00e9lanchon est certes ironique mais sans doute civique alors que madame Michu qui gare les crottes de son chien devant ma porte n\u2019est pas pour autant perm\u00e9able \u00e0 l\u2019ironie du Vous avez laiss\u00e9 tomber quelque chose par terre).<\/p>\n<p>Revenons au Japon.<\/p>\n<p>Prenez un temple. Prenez toutes les images de temples que vous voulez, Jo\u00eblle, vous y trouverez toujours du brun (le bois fonc\u00e9 des charpentes), du vert en profusion, du rouge vermillon, des mains jointes devant un tronc et un moine qui passe derri\u00e8re tout \u00e7a, furtif comme un chat \u00e0 la conscience intranquille.<\/p>\n<p>Seulement voil\u00e0, tout ceci ne compose pas le clich\u00e9 en son entier. Quand on y est, il faut ajouter le bruit de l\u2019eau, ou plut\u00f4t le silence juste travers\u00e9 par le bruit de l\u2019eau qui glougloute&#8230; \u00e0 moins qu\u2019un groupe de lyc\u00e9ennes vienne \u00e0 passer en gloussant pour glisser la pi\u00e8ce trou\u00e9e de 5 yen dans le tronc consacr\u00e9 pour ne pas se bananer \u00e0 l\u2019examen de <em>kanjis<\/em> (les moines s\u2019ach\u00e8tent-ils ensuite des roudoudous\u00a0avec toutes ces petites pi\u00e8ces ?).<\/p>\n<p>En revanche, aucun groupe de Chinois ne devrait venir perturber ce silence, ils sont peu port\u00e9s sur les temples \u00e0 l\u2019\u00e9tranger mais en revanche, tr\u00e8s actifs aux alentours de Ginza et de ses boutiques de luxe (clich\u00e9 v\u00e9rifi\u00e9).<\/p>\n<p>Il faut aussi glisser dans le clich\u00e9, ce bourdonnement \u00e9trange qui sourde d\u2019une b\u00e2tisse. Le chant d\u2019un moine, ou les cordes d\u2019un arc que des ombres v\u00eatues de bleu et de blanc au sexe ind\u00e9termin\u00e9 bandent dans la lumi\u00e8re diffuse. Le gong aussi, que des petits blancs mal surveill\u00e9s peuvent s\u2019amuser \u00e0 faire r\u00e9sonner jusqu\u2019\u00e0 ce leurs parents l\u00e8vent enfin le nez de leur portable.<\/p>\n<p>N\u2019oubliez pas non plus les vapeurs de l\u2019encens. Vous en avez plein le nez, certains d\u00e9testent, moi j\u2019en raffole, mon esprit pesant alors desserre sa ceinture de contention et s\u2019\u00e9l\u00e8ve de quelques centim\u00e8tres. L\u2019encens est l\u00e0 qui envahit de toute son odeur chaque pore du clich\u00e9 \u00ab\u00a0temple\u00a0\u00bb o\u00f9 le clich\u00e9 \u00ab\u00a0moine\u00a0\u00bb passe \u00e0 quelques pas de mule du clich\u00e9 \u00ab\u00a0petit parterre de cailloux soigneusement peign\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il convient \u00e9galement d\u2019ajouter la d\u00e9coupe parfaite du toit en forme de spatule qui dessine dans le ciel un accent circonflexe \u00e0 l\u2019envers. Le vert des arbres, parfois obscur comme un poing serr\u00e9 dans le m\u00eame ciel. Les pierres qui dorent ou rougissent avec les ombres qui avancent.<\/p>\n<p>La nuit est tomb\u00e9e, le cri des oiseaux envahit le ciel, et voil\u00e0 que des hommes en costume franchissent le <em>tori<\/em> rouge apr\u00e8s une l\u00e9g\u00e8re flexion du chef, mallette serr\u00e9e au flanc. Vous me croirez si vous le voulez, Jo\u00eblle, mais parmi ces hommes, il y a parfois des yakuzas (maffieux) qui viennent d\u00e9poser cette offrande qui les prot\u00e8gera de la concurrence ou des flics.<\/p>\n<p>Si vous \u00eates dans un temple shinto,\u00a0vous pouvez y ajouter un pr\u00eatre habill\u00e9 de fa\u00e7on extravagante, un c\u00f4t\u00e9 Elvis pour les pompes qui rebiquent et le chef en forme de banane sans oublier l\u2019\u00e9toffe blanche des pieds \u00e0 la t\u00eate et qui, muni d\u2019une sorte de plumeau, b\u00e9nira votre nouvelle Honda.<\/p>\n<p>Le clich\u00e9 est \u00e0 sa parfaite compl\u00e9tude. Et il n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus si clich\u00e9 que cela.<\/p>\n<p>Concluons par cet autre clich\u00e9 globalement vrai. La religion au Japon est apaisante au sens o\u00f9 il suffit de payer. Nulle querelle de chapelle, de voile ou de croix arbor\u00e9s, nulle \u00e9cole et nulle secte, nul d\u00e9bat sur la la\u00efcit\u00e9 les cr\u00e8ches de M\u00e9nard et les burkinis taille 48, non, juste des hommes et des sous. Quand rester assis plusieurs heures dans un temple, parfois en pleine ville, d\u2019autres fois dans la nature ou un somptueux jardin, ne vous co\u00fbtera g\u00e9n\u00e9ralement pas un rond.<\/p>\n<p>Encens, verdure, silence et gong pour pas un yen. La religion comme on l\u2019aime.<\/p>\n<p>Mon but \u00e9tait ici de parler du clich\u00e9, in\u00e9vitable \u00e0 notre esprit car en partie vrai (et donc en partie faux), mais surtout des temples, qui me manquaient furieusement aujourd\u2019hui en ce jour de chaleur, d\u2019ennui et de labeur (clips, supports et roue de levage).<\/p>\n<p>Je m\u2019y remets.<\/p>\n<p>Il a fait encore rudement chaud Jo\u00eblle et j\u2019esp\u00e8re que vous avez pu emmener avec vous la perf et le traitement dans les p\u00e2turages du Vercors. Voici ma citation du jour.<\/p>\n<p><strong><em>Si ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort, ce qui nous tue alors, comment\u00a0nous rend-il ?<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, des images du Japon sont venues tourner faire une petite ronde nostalgique et narquoise dans mon esprit pourtant super occup\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger le compte-rendu d\u2019une r\u00e9union o\u00f9 il \u00e9tait question de clips, de supports et de proc\u00e9dure de levage de roue. 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