{"id":58,"date":"2006-09-04T18:33:53","date_gmt":"2006-09-04T18:33:53","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=58"},"modified":"2006-09-07T10:45:43","modified_gmt":"2006-09-07T10:45:43","slug":"K\u00e9navo (partie III)","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=58","title":{"rendered":"K\u00e9navo (partie III)"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nJe me suis donc couch&eacute;e &agrave; pas d&#39;heure, le cr&acirc;ne plein de vin mais le c&oelig;ur pour une fois gris&eacute;. Camille gisait sur une chaise, les cadavres de ses chaussures &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ses pieds martyris&eacute;s, tandis que son mari vivait, sans doute, sa premi&egrave;re et sa derni&egrave;re cuite de sa vie (il gisait lui aussi mais sous la table, la bouche ouverte et les chaussures aux pieds). Sa famille (moins Gaston), pour sa part, &eacute;tait partie se coucher d&egrave;s 23 heures p&eacute;tantes, une fois le discours &agrave; la Nation du Pater prononc&eacute;. De bien grands f&ecirc;tards comme vous pouvez le constater.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\nJ&#39;ai pas beaucoup dormi parce qu&#39;on m&#39;avait aimablement install&eacute; mon matelas dans la chambre de Melville et de Kl&eacute;ber, avec Colombe qui a fait comme Ernesto (elle est sortie de son lit pour la sixi&egrave;me fois de la soir&eacute;e et s&#39;est couch&eacute; sur ma t&ecirc;te). J&#39;aime le traitement hospitalier g&eacute;n&eacute;ralement r&eacute;serv&eacute; aux c&eacute;libataires&nbsp;: chambres les plus moches, matelas dans le s&eacute;jour sous les pieds des f&ecirc;tards pas press&eacute;s de ronfler, voire tente dans le jardin, avec r&eacute;veil obligatoire avant 8 H 00 (les enfants) apr&egrave;s s&#39;&ecirc;tre couch&eacute;e la derni&egrave;re (attendre que les derniers f&ecirc;tards aient d&eacute;cid&eacute; d&#39;aller se coucher). Quand je serai plus c&eacute;libataire, j&#39;imposerai aux couples de dormir par terre dans le salon, parmi les m&eacute;gots et les odeurs de vin, afin qu&#39;il ne manquent pas, par ailleurs, le lever des enfants (7 H 00 du mat).\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nJe me suis lev&eacute;e, mal de t&ecirc;te, affreux. J&#39;ai enfil&eacute; un jean et un pull, le frimas, et je suis sortie me promener au bord de la mer, pr&egrave;s du port de Kimperl&eacute;, le village o&ugrave; la f&ecirc;te de mariage avait eu lieu. J&#39;avais trop bu la veille et le r&eacute;veil matinal occasionn&eacute; par les monstres de Madeleine (qui elle ronflait encore joyeusement &agrave; cette heure, &laquo;&nbsp;tu comprends, pour une fois que je peux me reposer&#8230;&nbsp;&raquo;) ne m&#39;aidait pas plus &agrave; marcher droit. C&#39;est pour &ccedil;a que quand je L&#39;ai vu, j&#39;ai cru &agrave; un mirage (un &eacute;ni&egrave;me).\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tSalut.\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tSalut.\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nOn se sentait pires que des cr&ecirc;pes aux nouilles. Ah oui, le mirage, c&#39;&eacute;tait Lui, Marc. M&ecirc;me avec 3,7 grammes dans le sang, j&#39;avais r&eacute;ussi &agrave; enclencher la machine &agrave; fantasmes depuis hier soir, 2 heures du mat. Je nous &eacute;tais vus (quelque chose comme &ccedil;a) faire environ 6 fois l&#39;amour, la sixi&egrave;me ayant &eacute;t&eacute; salop&eacute;e par la survenue brutale de Colombe dans mon lit (a peur). J&#39;avais construit environ 12 dialogues et imagin&eacute; 20 sortes de messages que je pourrais laisser sur sa messagerie, n&eacute;net ou bien t&eacute;t&eacute;l&eacute;fon. Ce qui explique que, soudain propuls&eacute;e face &agrave; lui, je n&#39;arrivais pas &agrave; articuler autre chose que salut, salut, salut.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nHeureusement, il a rit et il a sugg&eacute;r&eacute; qu&#39;on aille se prendre un petit-d&eacute;jeuner. Il errait dans ses parages dans le m&ecirc;me objectif que le mien, s&#39;a&eacute;rer le cerveau,&nbsp;et il n&#39;avait rien aval&eacute; depuis la veille.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nOn est entr&eacute; dans une cr&ecirc;perie et apr&egrave;s deux bol&eacute;es de cidre (toujours combattre le mal par le mal), les chiens &eacute;taient rompus (quelle expression &agrave; la con mais c&#39;est ma tante qui dit toujours &ccedil;a). On a d&eacute;cid&eacute; de partir en vadrouille dans le coin, visiter un romantique calvaire bourr&eacute; de symboles mortuaires, &agrave; compl&eacute;ter avec un ossuaire, toujours un grand moment d&#39;optimisme. Le ciel &eacute;tait instable, trou&eacute;es de bleu et folle allure des nuages, mais on a quand m&ecirc;me d&eacute;cid&eacute; de le faire en bicyclette (20 points pour lui qu&#39;il ne m&#39;ait pas fait le coup de la voiture de sport avec toit ouvrant bloqu&eacute; en cas de crachin virant ouest tremp&eacute;&#8230;). On les a lou&eacute;es sur le port et on a all&egrave;grement p&eacute;dal&eacute; dans le vent, le long de la c&ocirc;te, c&#39;&eacute;tait m&eacute;ga&nbsp;merveilleux. Bien plus merveilleux que dix Ladakh avec dix Babas, bien plus merveilleux que de saisir mes factures au boulot mais l&agrave; c&#39;&eacute;tait normal.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nQu&#39;est-ce que la philosophie&nbsp;? M&#39;en bats les mamelons, seul comptait le vent dans mes cheveux et le derri&egrave;re du cycliste devant moi qui se dandinait au gr&egrave;s des falaises.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nOn s&#39;est arr&ecirc;t&eacute; dans une crique et on s&#39;est longuement embrass&eacute;. Drelin drelin, c&#39;&eacute;tait son portable. Pourquoi &ccedil;a captait, merde. Il a fait allo (-20 points de r&eacute;pondre alors que j&#39;&eacute;tais l&agrave;, offert comme une beurre sucre), puis il a pris un air contrit. La personne vocif&eacute;rait au bout du fil. Une voix de femme. J&#39;ai senti mon ventre se tordre comme un essuie-tout de lendemain de f&ecirc;te et j&#39;ai &eacute;t&eacute; cacher mon d&eacute;sarroi niais au bord de l&#39;eau (toujours pareille, tu d&eacute;marres au quart de tour, m&ecirc;me pas couch&eacute; une seule fois ensemble que d&eacute;j&agrave;, tu l&#39;installes &agrave; Tintamarre, avec une place r&eacute;serv&eacute;e &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&#39;Ernesto derri&egrave;re le frigidaire). Il est venu me retrouver, il m&#39;a serr&eacute;e dans ses bras et m&#39;a dit&nbsp;d&#39;un ton solennel :\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tMa grand m&egrave;re a cass&eacute; sa pipe.\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nMais non, je rigole. Il m&#39;a dit que c&#39;&eacute;tait sa logeuse, qui r&acirc;lait de ce qu&#39;il avait pas sign&eacute; son ch&egrave;que, il le ferait plus tard. Apr&egrave;s la baignade. J&#39;ai senti quelque chose comme une &eacute;norme vague de joie se soulever en moi. Un soulagement digne d&#39;une rescap&eacute;e d&#39;un service d&#39;oncologie. On s&#39;est d&eacute;shabill&eacute; et on s&#39;est baign&eacute; follement dans les rouleaux bretons, nus et tout. Mais non. Il caillait velu, on a juste tremp&eacute; les pieds, en marchant le long de l&#39;eau, en se tenant gravement la main.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nJe cherchais quoi dire mais j&#39;achoppais. Raconter mes exp&eacute;riences anthropologiques ladahkies&nbsp;? Nul. Ma vie ouvrable&nbsp;? Archi nulle. Confesser mon penchant pour la souris-plume et mes d&eacute;boires castrants d&#39;avec ces gros encul&eacute;s d&#39;empaff&eacute;s d&#39;&eacute;diteurs de merde de mes couilles virtuelles&nbsp;? Trop impudique. Trop secret. Finalement, on s&#39;est embrass&eacute; (re) et on a d&ucirc; filer rejoindre qui sa proprio, qui sa famille (qui devait tambouriner sur la place du village en h&eacute;lant mon nom).<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nOn s&#39;est dit, on se revoit &agrave; Paris, hein,&nbsp;la semaine prochaine. Il a ajout&eacute; d&#39;un air profond, qu&#39;est-ce que je suis heureux d&#39;avoir fait ta connaissance&#8230; K&eacute;navo*, Marie!&nbsp;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me suis r&eacute;p&eacute;t&eacute; au moins cent fois cet <em>hadith<\/em> dans ma t&ecirc;te sur le chemin du retour. Marc, mon coran &agrave; moi, j&#39;ai braill&eacute; aux mouettes. Ce qui fait que quand je suis arriv&eacute;e en plein milieu du d&eacute;jeuner de la post-noce, les cris et les insultes du clan familial m&#39;ont gliss&eacute; dessus comme du guano sur de la toile cir&eacute;e oubli&eacute;e sur la plage (t&#39;&eacute;tais pass&eacute;e o&ugrave;? T&#39;as manqu&eacute; le discours matinal du beau-p&egrave;re!&nbsp;Enl&egrave;ve ce jean! Mets une jupe! Coiffe toi! Arr&ecirc;te de boire! Etc)<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQu&#39;est-ce que je suis heureux d&#39;avoir fait ta connaissance. Qu&#39;est-ce que je suis heureux d&#39;avoir fait ta connaissance. Qu&#39;est-ce que je suis heureux d&#39;avoir fait ta connaissance. Qu&#39;est-ce que je suis heureux d&#39;avoir fait ta connaissance&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;avais h&acirc;te de rentrer &agrave; Tintamarre. Et d&#39;&ecirc;tre la semaine prochaine, qui commen&ccedil;ait demain.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n* &ccedil;a veut dire au revoir en breton bigouden<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je me suis donc couch&eacute;e &agrave; pas d&#39;heure, le cr&acirc;ne plein de vin mais le c&oelig;ur pour une fois gris&eacute;. Camille gisait sur une chaise, les cadavres de ses chaussures &agrave; c&ocirc;t&eacute; de ses pieds martyris&eacute;s, tandis que son mari vivait, sans doute, sa premi&egrave;re et sa derni&egrave;re cuite de sa vie (il gisait lui &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=58\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/58"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=58"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/58\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=58"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=58"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=58"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}