{"id":59,"date":"2006-09-04T18:44:20","date_gmt":"2006-09-04T18:44:20","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=59"},"modified":"2006-09-07T10:46:18","modified_gmt":"2006-09-07T10:46:18","slug":"Marie a le blues (des suites du mariage I, II, III)","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=59","title":{"rendered":"Marie a le blues (des suites du mariage I, II, III)"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nLundi, rien. Mardi, rien. Mercredi, rien. Je parle bien entendu d&#39;un hypoth&eacute;tique message de l&#39;Homme de Kimperl&eacute; (se reporter aux &eacute;pisodes pr&eacute;c&eacute;dents, pas le courage du tout de r&eacute;p&eacute;ter).<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe lundi, j&#39;ai r&eacute;ussi &agrave; tenir &agrave; peu pr&egrave;s le coup. On devait plancher au boulot sur &laquo;&nbsp;la lettre de refus qui ne dit pas non mais refuse quand m&ecirc;me&nbsp;&raquo; (je conseille aux &eacute;diteurs, enfin, ceux qui ont encore le temps d&#39;&eacute;crire aux pauvres connards qui croient encore qu&#39;ils vont &ecirc;tre un jour publi&eacute;s). Ce qui &eacute;tait au d&eacute;part une &eacute;norme baveuse de corv&eacute;e est devenue une vaste partie de fous rires&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMonsieur,<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMalgr&eacute; l&#39;extr&ecirc;me qualit&eacute; de votre dossier, la commission sociale a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; vous non allouer une aide financi&egrave;re, dans le but de pr&eacute;server la fra&icirc;cheur de votre &eacute;ternelle et admirable r&eacute;volte&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n(&agrave; un artiste de 95 ans qui nous abreuve d&#39;insultes depuis des lustres et que l&#39;on a baptis&eacute; le vieil harpon)<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMademoiselle,<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nVotre talent &eacute;gale la taille de votre jupe. En cons&eacute;quence, nous y ajustons notre aide. Veuillez ainsi recevoir ce ch&egrave;que de 0,00 euros correspondant &agrave;&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n(&agrave; une nympho qui est persuad&eacute;e qu&#39;elle a r&eacute;invent&eacute; le nouveaux vieux roman de fesses tout &ccedil;a parce qu&#39;elle porte pas de culotte)<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEtc.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\nMardi, j&#39;ai commenc&eacute; &agrave; sombrer. Persuad&eacute;e par Ernesto qu&#39;&agrave; l&#39;homme, le premier pas, est une vieille lune suicidaire, je lui ai envoy&eacute; un message. J&#39;ai fix&eacute; l&#39;&eacute;cran toute la sainte journ&eacute;e, renon&ccedil;ant m&ecirc;me &agrave; aller cuver mon angoisse &agrave; la cantoche, mais rien de rien. J&#39;ai appel&eacute; six fois l&#39;informaticien pour lui demander si mon internet d&eacute;connait, et quand il m&#39;a dit ben non, vous voyez bien que vous recevez des messages (un message d&#39;insultes du vieil harpon), j&#39;ai failli &eacute;clater en sanglots. Il m&#39;a dit que je prenais mon boulot trop &agrave; c&oelig;ur et m&#39;a propos&eacute; d&#39;aller boire un verre apr&egrave;s le boulot (quand on a un mec, les autres accourent, c&#39;est bien connu, mais je n&#39;ai PAS DE MEC, justement&#8230; &agrave; moins que&#8230; j&#39;y ai vu un signe&nbsp;: quelque part, on devait toujours &ecirc;tre ensemble, Marc et moi, d&#39;o&ugrave; que l&#39;informaticien me propose la pinte).<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe soir, le petit prince, qui passait par l&agrave;, m&#39;a dit que j&#39;&eacute;tais une vraie p&eacute;tasse, envoyer la premi&egrave;re un message, c&#39;&eacute;tait se griller &agrave; coup s&ucirc;r&#8230; J&#39;ai poursuivi Ernesto jusque derri&egrave;re le frigidaire et il m&#39;a tir&eacute; la langue en me disant, les grenouilles sont moins nouilles, elles font &ccedil;a rien que pour les &oelig;ufs, l&#39;amour, &ccedil;a n&#39;existe pas. Super. J&#39;ai bu plus que de raison, apr&egrave;s avoir essay&eacute; de joindre Aveline qui &eacute;tait en train d&#39;agoniser devant sa bo&icirc;te aux lettres (15 jours qu&#39;elle a &eacute;crit &agrave; son berger corse).<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nSoit il se passe rien (pendant). Soit il se passe rien&nbsp;(mais apr&egrave;s). On n&#39;avait m&ecirc;me pas encore bais&eacute;, j&#39;ai g&eacute;mi au t&eacute;l&eacute;phone, il aurait pu au moins m&#39;accorder &ccedil;a&#8230; Vous remarquerez au passage combien l&#39;&acirc;ge et les ann&eacute;es d&#39;errance arrivent &agrave; faire d&#39;une fille &agrave; peu pr&egrave;s normale, ind&eacute;pendante et active, une cr&eacute;ature digne d&#39;une concubine oubli&eacute;e dans un coin de harem.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nOn s&#39;est dit avec Aveline, on se tient au courant, craque pas, jeudi soir, au plus tard, on s&#39;fait une bouffe&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMercredi, j&#39;ai sombr&eacute; totalement. Baba, venue m&#39;apporter mes courses comme si c&#39;&eacute;tait moi la vieille, a jou&eacute; les &acirc;nesses&nbsp;:\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tJe ne comprends pas&#8230; tu l&#39;as vu une soir&eacute;e et &ccedil;a te met dans cet &eacute;tat l&agrave;?!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tLa p&eacute;nurie, baba, le manque&#8230; tu dois conna&icirc;tre &ccedil;a avec la guerre non?!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tJe ne te suis pas, ma fille&#8230; tu ne le connais m&ecirc;me pas, ce gar&ccedil;on&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tIl avait l&#39;air si bien&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tEt il ne s&#39;est rien pass&eacute; entre vous&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tOn s&#39;est embrass&eacute; Baba!!!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tEmbrass&eacute;&#8230; &agrave; notre &eacute;poque!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nMerde et merde. Comprenait rien la vieille. J&#39;ai entam&eacute; une non gr&egrave;ve de la soif pr&egrave;s du t&eacute;l&eacute;phone. Je me sentais moche, meurtrie, merdique, morveuse, microbienne, martyre, mauvaise, moulue, malax&eacute;e, m&eacute;connue&#8230; Ernesto a pass&eacute; la nuit avec moi, il avait peur que je me suicide, il m&#39;a dit. Cette phrase m&#39;a fait r&eacute;fl&eacute;chir. La folie &eacute;tait proche d&eacute;sormais, et tel Artaud, l&#39;&eacute;diteur en moins, je sentais son souffle morbide siffler dans mes oreilles.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQu&#39;est-ce qui se passait avec moi pour que tout foire tout le temps avant m&ecirc;me que ce soit commenc&eacute;&nbsp;? Je veux dire, qu&#39;il ne se passe rien, c&#39;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; tr&egrave;s &eacute;prouvant, mais ce c&ocirc;t&eacute; pervers de la vie, je te donne une becqu&eacute;e et je t&#39;arrache le plat des mains, &eacute;tait carr&eacute;ment INSOUTENABLE.\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tMoi qui ai perdu un mari au front, j&#39;avoue que cette attitude aussi extr&ecirc;me qu&#39;immature me sid&egrave;re&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nMais le manque, Baba. Le puits en soi. La vie qui passe. Les enfants des autres. Les projets des autres. Et toi, toujours assise comme la reine de l&#39;acn&eacute;, sur ton banc, au bal de la premi&egrave;re &agrave; la derni&egrave;re chance. Je ressentais ce que doit ressentir un jeune frustr&eacute; qui br&ucirc;le des voitures, un smicard qui apprend que son patron touche 12&nbsp;000 euros de prime rien qu&#39;en passant du 31 d&eacute;cembre au Ier janvier. La HAINE. Et le d&eacute;sespoir. Pourquoi moi&nbsp;? Pourquoi jamais moi&nbsp;? Pourquoi les autres filles avaient-elles le droit d&#39;&ecirc;tre aim&eacute;es et pas moi&nbsp;? Pourquoi elles plaisaient et pas moi, pourquoi elles baisaient et pas moi, pourquoi, pourquoi&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa main de Baba s&#39;est pos&eacute; avec douceur sur ma t&ecirc;te enfonc&eacute;e dans l&#39;oreiller, abruti de larme. J&#39;ai senti qu&#39;elle avait, malgr&eacute; tout, de la peine pour moi. Elle m&#39;a dit d&#39;une voix boulevers&eacute;e&nbsp;:\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tJe vais te le faire buter par un Tchetnik, ce gros connard, tu vas voir &ccedil;a!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tNON!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nJ&#39;ai hurl&eacute;, avant que de pleurer &agrave; nouveau. Toutes les larmes accumul&eacute;es dans mon corps depuis au moins 600 ans, corps d&eacute;sert&eacute; par l&#39;amour ou &agrave; d&eacute;faut, le sexe (amour de la pauvre), ruisselaient de ma t&ecirc;te &agrave; mes pieds. Avant Kimperl&eacute;, je ne pleurais pas. Jamais. Laissez vous aller une demie soir&eacute;e, le c&oelig;ur, ce vieux b&eacute;b&eacute;, red&eacute;marre et c&#39;est la mar&eacute;e&#8230; J&#39;allais tout refermer, je serai m&eacute;chante avec tous les gar&ccedil;ons (oui mais lesquels&nbsp;?), je serai de marbre, ils me passeraient d&eacute;sormais sur le corps sans m&ecirc;me ne serait-ce qu&#39;effleurer la surface surfacielle de mon c&oelig;ur imb&eacute;cile.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe me suis couch&eacute;e dans les larmes et la crevure d&#39;en soi. Dans mon malheur, j&#39;avais au moins Baba qui dormait &agrave; c&ocirc;t&eacute; et Ernesto, dans mon lit, la couverture bien tir&eacute;e sous sa langue. Ernesto qui m&#39;a dit, on est jamais que mercredi, et puis, merde, il est peut &ecirc;tre mort, non&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;avoue que cette id&eacute;e m&#39;est apparue &eacute;go&iuml;stement plus plaisante que le plaquage sur le sol apr&egrave;s chute de 120 m&egrave;tres de haut. Sur ce, je me suis enfin endormie.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi, rien. Mardi, rien. Mercredi, rien. Je parle bien entendu d&#39;un hypoth&eacute;tique message de l&#39;Homme de Kimperl&eacute; (se reporter aux &eacute;pisodes pr&eacute;c&eacute;dents, pas le courage du tout de r&eacute;p&eacute;ter). &nbsp; Le lundi, j&#39;ai r&eacute;ussi &agrave; tenir &agrave; peu pr&egrave;s le coup. On devait plancher au boulot sur &laquo;&nbsp;la lettre de refus qui ne dit pas &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=59\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[2],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=59"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/59\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=59"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=59"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=59"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}