{"id":64,"date":"2006-09-08T22:09:51","date_gmt":"2006-09-08T22:09:51","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=64"},"modified":"2006-09-08T22:21:07","modified_gmt":"2006-09-08T22:21:07","slug":"Sarajevo, mon amour","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=64","title":{"rendered":"Sarajevo, mon amour"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\n<a href=\"index2.php?option=com_jce&amp;task=popup\" target=\"PopupImage\" onclick=\"window.open(this.href+&#39;&amp;img=images\/stories\/18668074.jpg&amp;title=Sarajevo_mon amour&amp;w=120&amp;h=160&amp;mode=0&amp;print=0&amp;click=0&#39;,&#39;Sarajevo_mon amour&#39;,&#39;height=160,width=120,top=304,left=452,scrollbars=no,resizable=no&#39;);return false;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"images\/stories\/small\/thumb_18668074.jpg\" border=\"0\" alt=\"18668074.jpg\" title=\"18668074.jpg\" hspace=\"5\" vspace=\"5\" width=\"112\" height=\"150\" align=\"left\" \/><\/a>Hanan m&#39;a invit&eacute;e pour la premi&egrave;re de <em>Sarajevo mon amour<\/em>, le film de Jasmila Zbanic qui a obtenu l&#39;ours d&#39;or de Berlin en 2005.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nC&#39;&eacute;tait &agrave; l&#39;Unesco et &ccedil;a m&#39;a fait tout rigolo de me retrouver dans un h&eacute;micycle comme si on allait d&eacute;cider du sort du monde. Bon, ok c&#39;est l&#39;Unesco et pas l&#39;Onu, mais c&#39;&eacute;tait troublant. Elle m&#39;a pr&eacute;sent&eacute; des amis &agrave; elle, des Bosniaques, la plupart arriv&eacute;s en France avec la guerre et qui nourrissaient des liens pouss&eacute;s de communaut&eacute;, renforc&eacute;s par leur exil (et leur pass&eacute; douloureux&nbsp;). Ils parvenaient, pour la plupart, &agrave; parler remarquablement une langue, le fran&ccedil;ais, apprise sur le tas &agrave; l&#39;&acirc;ge m&ucirc;r, tout en red&eacute;marrant souvent avec succ&egrave;s une seconde vie. Il y avait bien s&ucirc;r Milan, le Combattant, qui m&#39;a encore dit apr&egrave;s le film, je te souhaite de ne pas subir ce que nous avons subi, c&#39;est trop la merde&#8230;\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\nSarajevo, mon amour, c&#39;est l&#39;histoire d&#39;une m&egrave;re, Esma, qui &eacute;l&egrave;ve seule sa fille, Sara, &agrave; qui elle raconte que son p&egrave;re est en mort en h&eacute;ros durant la guerre. Elle travaille pour gagner (chichement) sa vie dans une bo&icirc;te de nuit peupl&eacute;e de gens plut&ocirc;t vulgaires&#8230; le chanteur qui anime la sc&egrave;ne, tout comme les danseurs (cheveux longs et gras) et danseuses (gros seins, robe moulante), donnent la furieuse impression d&#39;une mode datant des ann&eacute;es plus les n&ocirc;tres, un m&eacute;lange de disco et de boites pour camionneurs en manque, sans oublier quelques voyous mafieux qui continuent leur guerre par d&#39;autres moyens.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nUne partie du film est consacr&eacute;e &agrave; la qu&ecirc;te d&#39;Esma pour d&eacute;goter les 200 &euro; qui permettront &agrave; sa fille de partir avec sa classe en excursion (l&#39;&eacute;cole bosniaque n&#39;y va pas de main l&eacute;g&egrave;re&#8230;) tandis que la dite enfant, mignonne &agrave; croquer (et &agrave; gifler parfois), devant les silences de sa m&egrave;re relativement &agrave; son p&egrave;re d&eacute;funt et &agrave; sa lutte pour survivre, glisse lentement vers une forme de d&eacute;linquance en jouant du pistolet avec son amoureux buissonnier.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nApr&egrave;s un d&eacute;marrage un peu lent, on&nbsp;est gagn&eacute; peu &agrave; peu&nbsp;(moi du moins) par un charme qui tient essentiellement aux personnages et &agrave; la ville ex-martyre qui, par petites touches, nous restituent le drame d&#39;une guerre forc&eacute;ment mal dig&eacute;r&eacute;e. On sent bien que quelque chose va exploser&#8230; le <em>something must happen<\/em> couve sous la cendre. Et la tension va grandissant, avec &ccedil;a et l&agrave; des petites touches d&#39;un humour noir que j&#39;allais apprendre &agrave; conna&icirc;tre avec Hanan et ses amis.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa m&egrave;re, Esma, jou&eacute;e par une actrice c&eacute;l&egrave;bre de Belgrade, Mirjana Karanovic, comme la fille de 12 ans, Luna Mijovic, petite nymphette en format gar&ccedil;on manqu&eacute;, personnages admirablement interpr&eacute;t&eacute;s (la gamine est assez extra dans son genre), nous entra&icirc;nent progressivement vers le drame, et ce qui au d&eacute;part semblait non pas l&eacute;ger (vu le sujet&#8230;) mais anecdotique voire &agrave; peine &eacute;bauch&eacute;, devient soudain grave, et plein de douleur. Il faut taire ici le secret de la m&egrave;re, m&ecirc;me si ce sera sans doute divulgu&eacute; par tous les cr&eacute;tins de critiques qui adorent vous raconter un film avant que vous n&#39;alliez le voir, car la sc&egrave;ne dans laquelle la m&egrave;re crache ce secret &agrave; la face de sa fille est d&#39;une violence et d&#39;une douleur qui font voler en &eacute;clats le relatif ronron qui pr&eacute;c&eacute;dait sa r&eacute;v&eacute;lation&#8230;\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nLa guerre est l&agrave;, encore et toujours, et la m&egrave;re comme la fille pourraient bien sombrer, l&#39;une dans la d&eacute;pression et l&#39;autre, dans le d&eacute;sespoir et la d&eacute;linquance. Pour lutter contre la douleur, des femmes se r&eacute;unissent dans un groupe de parole anim&eacute; par une th&eacute;rapeute, livrant chacune &agrave; leur tour,&nbsp;leur mal de guerre. Esma se tait, jusqu&#39;au jour o&ugrave;, ayant crach&eacute; &agrave; la face de sa fille son secret, &agrave; son tour, elle livre aux autres le r&eacute;cit de son mal &agrave; elle&#8230; <br \/>\n&nbsp;<br \/>\nBref. Quand on est sorti de la salle, j&#39;avais du mal &agrave; regarder Hanan et ses amis, qui pourtant riaient et se tombaient dans les bras des uns des autres selon ce que j&#39;allais apprendre &agrave; conna&icirc;tre, la retrouvance &agrave; la mode bosniaque (gros bisous, grosses embrassades, y compris entre hommes&#8230;). Hanan m&#39;a dit que depuis la guerre, depuis qu&#39;elle &eacute;tait en France, elle ne ratait aucun film sur son pays, et qu&#39;au fur et &agrave; mesure o&ugrave; les ann&eacute;es passaient, elle anesth&eacute;siait peu &agrave; peu le souvenir&#8230; C&#39;est ma th&eacute;rapie &agrave; moi&nbsp;! Elle m&#39;a dit en riant, le nez dans une coupe de champagne, apr&egrave;s qu&#39;elle ait forc&eacute; le barrage des body gards qui gardaient l&#39;entr&eacute;e de la manne r&eacute;serv&eacute;e au cercle des privil&eacute;gi&eacute;s. Je devais apprendre &agrave; conna&icirc;tre la force de Hanan, derri&egrave;re le sourire, il y avait de la douleur, certes, mais il y avait aussi un immense go&ucirc;t &agrave; vivre qui passait par le bonheur tout simple&nbsp;d&#39;&ecirc;tre avec les autres. Elle &eacute;tait une des rares &agrave; avoir su conserver certaines amiti&eacute;s que d&#39;autres avaient enterr&eacute; pour des motifs de guerre&#8230; La guerre a g&acirc;ch&eacute; une partie de ma vie, elle rigolait, je vais pas lui laisser bousiller mes amiti&eacute;s non&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;oublierai jamais le visage de mes amis morts, a ajout&eacute; Milan qui passait par l&agrave;, un gros cigare &agrave; la main, je te souhaite de ne jamais voir le visage d&#39;un de tes mais morts.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEuh en effet.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAvec tout &ccedil;a, j&#39;en avais oubli&eacute; Marc&#8230; quand soudain, mon t&eacute;l&eacute;phone a sonn&eacute; alors que je p&eacute;dalais furieusement en direction de Tintamarre, le sang plein de bulles et le cerveau &eacute;motionnel d&eacute;bordant d&#39;images. J&#39;ai stopp&eacute; net, je l&#39;aurai cette fois, et j&#39;ai d&eacute;croch&eacute;.\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tAllo&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tAllo, c&#39;est Marc!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nVoix pleine d&#39;all&eacute;gresse me faisant soudain douter de la solidit&eacute; de ma raison&nbsp;: avais-je dramatis&eacute; excessivement la situation&nbsp;?\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tD&eacute;sol&eacute; d&#39;avoir tant merd&eacute; pour te rappeler&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tBen euh&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tJe te raconterai ce qui m&#39;est arriv&eacute;&#8230; ohlala&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nJe doutais que &ccedil;a puisse avoir la force d&#39;un drame bosniaque.\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tOn peut se voir bient&ocirc;t?\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tEuh oui&#8230; (bravo Marie)\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tDemain?\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tEuh oui&#8230; (je devais voir Aveline)\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tBon ben viens chez moi si tu veux?\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nQuoi. Carr&eacute;ment. D&eacute;j&agrave;. Non. Un lieu neutre.\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tSarajevo? J&#39;ai propos&eacute;.\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tComment? Il a demand&eacute; fort surpris.\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tRien, je d&eacute;connais&#8230; euh&#8230; on pourrait se retrouver &agrave; <em>Pas folle la vache<\/em>, un petit resto sympa vers la Pastille? Tu connais?\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tNon mais donne moi l&#39;adresse!\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nJe lui ai donn&eacute; l&#39;adresse, puis il a raccroch&eacute; en me disant qu&#39;il &eacute;tait dans les toilettes d&#39;amis chez qui il &eacute;tait invit&eacute;, qu&#39;il devait donc rejoindre, et qu&#39;il n&#39;avait cess&eacute; de penser &agrave; moi depuis Kimperl&eacute;&#8230;\n<\/p>\n<ul>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tGaffe, m&#39;a dit Baba quand je suis rentr&eacute;e, ce gar&ccedil;on sent le monoxyde de carbone &agrave; plein nez&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<li>\n<div align=\"justify\">\n\tPeuh&#8230;\n\t<\/div>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"justify\">\nElle buvait une tisane &agrave; la rakjia en jouant aux &eacute;checs avec Ernesto qui avait daign&eacute; quitter les arri&egrave;res du frigidaire pour ce faire. Je lui ai racont&eacute; Sarajevo mon amour, elle a pris cet air qu&#39;elle sait si bien prendre, du-bi-ta-tif. Elle m&#39;a appris ensuite que nous &eacute;tions invit&eacute;es &agrave; d&eacute;jeuner chez mes parents dimanche prochain. La tasse. Et elle m&#39;a dit de bien vouloir aller me coucher et de cesser de jouer les ingrates relativement &agrave; mes vieux &agrave; qui je devais la vie, l&#39;&eacute;ducation, et Tintamarre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nEn partant me pieuter, j&#39;ai eu l&#39;image soudaine de Sara et sa m&egrave;re, dans une de leurs prises de bec quotidiennes&#8230; je me suis couch&eacute;e, le c&oelig;ur ivre de tout.<br \/>\n&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hanan m&#39;a invit&eacute;e pour la premi&egrave;re de Sarajevo mon amour, le film de Jasmila Zbanic qui a obtenu l&#39;ours d&#39;or de Berlin en 2005. 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