{"id":82,"date":"2006-10-01T15:36:09","date_gmt":"2006-10-01T15:36:09","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=82"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T15:00:00","slug":"La belle Nancy","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=82","title":{"rendered":"La belle Nancy"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nHier, j&#39;ai sacrifi&eacute; au rituel digne d&#39;une pasionaria de Johnny ou de Jean Tib&eacute;ri, j&#39;ai &eacute;t&eacute; au festival <em>Am&eacute;rica<\/em> et je ne me suis int&eacute;ress&eacute;e, quasiment, qu&#39;&agrave; la belle Nancy (Huston).\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nPour les rebuts de l&#39;humanit&eacute; qui ne conna&icirc;traient pas encore&nbsp;la Belle Nancy, je vais vous r&eacute;sumer en quelques lignes, comme si j&#39;&eacute;tais n&eacute;crologue des vivants, ce qu&#39;elle est. C&#39;est une femme n&eacute;e au d&eacute;but des ann&eacute;es 50, Canada, Calgary, une femme belle et grande, ses origines canadiennes sans nul doute, ces fils et filles de trappeurs, bouffeurs de pancakes au sirop d&#39;&eacute;rable. Elle est venue tr&egrave;s jeune en France,&nbsp;&eacute;tudier la langue sans doute, et les bonshommes pourquoi pas, ce qui pr&eacute;sentait par ailleurs l&#39;agr&eacute;able perspective de fuir l&#39;obscur giron des familles emp&ecirc;cheuses d&#39;exister en soi-m&ecirc;me. Famille au sens large car sa m&egrave;re n&#39;&eacute;tait pas sa m&egrave;re, mais sa belle-doche (ni Folcoche ni Dolto) que son p&egrave;re avait &eacute;pous&eacute; en seconde noce, la premi&egrave;re s&#39;&eacute;tant enfuie, son cerveau sous le bras, quand la belle Nancy &eacute;tait une ravissante enfant de six ans (abandon cruel et fondateur), famille au sens plus large encore car la culture comme le pays d&#39;origine ne sont-ils pas &eacute;galement des familles emp&ecirc;cheuses de, mais dont on ressasse, parfois, une fois loin, la douce-am&egrave;re nostalgie?\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\n.\n<\/p>\n<p><!-- more --><\/p>\n<p align=\"justify\">\nLa belle Nancy est alors &eacute;tudiante, elle commence une th&egrave;se tout en &eacute;crivant beaucoup, des essais au d&eacute;part, des articles aussi pour les <em>Sorci&egrave;res<\/em>, la revue cr&eacute;&eacute;e par&nbsp;ce cercle de femmes de tout horizon qui se r&eacute;unissent r&eacute;guli&egrave;rement pour &eacute;changer des id&eacute;es et luttrer contre le mythe de l&#39;homme de Cromagnon (tu es femme, tu resteras &agrave; la maison et Moulinex sera ton cerveau).\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nCela donne des textes militants et r&eacute;jouissants pour l&#39;intelligence humaine, ils seront pour certains regroup&eacute;s &nbsp;beaucoup plus tard dans <em>D&eacute;sir et r&eacute;alit&eacute;, 1996<\/em>, <em>Ames et corps, 2004<\/em>&#8230; La belle Nancy &eacute;crit aussi son premier roman, <em>Cantiques des plaines<\/em>, refus&eacute; en anglais, traduit en fran&ccedil;ais, refus&eacute; &eacute;galement si j&#39;ai bien compris, et publi&eacute; plus tard quand elle aura fait ses preuves (amis auteurs non publi&eacute;s, ne perdez pas espoir, vous serez publi&eacute; si un jour vous &ecirc;tes publi&eacute;&#8230;). Elle &eacute;crit <em>Variations Golberg<\/em> en 1981, un roman &agrave; partir de la musique de Bach, intelligent et r&eacute;galant &agrave; lire. La machine est lanc&eacute;e, les livres se suivent, y compris sur la maternit&eacute; (<em>Journal de la cr&eacute;ation<\/em>, pour sa seconde grossesse, <em>Visages de l&#39;aube<\/em>&#8230;) elle qui s&#39;&eacute;tait jur&eacute; de ne jamais mettre bas (encore un choc fondateur). Il y a aussi le merveilleux <em>Lettres parisiennes&nbsp;: autopsie de l&#39;exil<\/em>, publi&eacute; en 1986, un &eacute;change de lettres avec l&#39;&eacute;crivain &laquo;&nbsp;mixte&nbsp;&raquo;, France et Alg&eacute;rie, Leila Sebbar, tellement diff&eacute;rente de la belle Nancy, plus dure, plus complaisante aussi parfois mais tout aussi singuli&egrave;re.\n<\/p>\n<p align=\"justify\">\nEn 1996, Marie Chotek, sans profession et auteur non publi&eacute;, d&eacute;couvre <em>Instruments des t&eacute;n<\/em>&egrave;bres, et du m&ecirc;me coup la Belle Nancy. Elle entreprend alors de rattraper le temps perdu en lisant les autres publications de la belle. surtout <em>D&eacute;sirs et r&eacute;<\/em>alit&eacute; qui l&#39;emballent par cette pens&eacute;e qu&#39;elle y trouve, belle, passionn&eacute;e et originale. Elle &eacute;choue sur le <em>Cantique des plaines<\/em>, trop compliqu&eacute; &agrave; son go&ucirc;t, pour y parvenir des ann&eacute;es apr&egrave;s, avec bonheur, alors qu&#39;elle vient d&#39;achever la lecture de <em>Professeurs de d&eacute;sespoir<\/em>, un essai sur les philosophes, et\/ou &eacute;crivains, du pessimisme et du n&eacute;antisme paru en 2004 et injustement boud&eacute; par la critique, en France du moins. R&eacute;volt&eacute;e, Marie Chotek &eacute;crit &agrave; la belle Nancy pour lui faire de son soutien, car elle suppute, la Marie, que ce milieu &eacute;triqu&eacute;, &nbsp;profond&eacute;ment phallocrate et panth&eacute;onesque des lettres et des philosophes surtout s&#39;ils sont cyniques et glauques au possible, de ne pas avoir appr&eacute;ci&eacute; du tout qu&#39;une porteuse d&#39;ovaires se soit m&ecirc;l&eacute;e de d&eacute;sacraliser ces bouffeurs d&#39;espoir (parfois talentueux) &eacute;lev&eacute;s au rang d&#39;intouchables que sont par exemple Schopenhauer ou Emil Cioran, mais &eacute;galement, voire surtout, d&#39;avoir os&eacute; les confronter &agrave; l&#39;exp&eacute;rience v&eacute;cue, la leur, ordinaire et pleine d&#39;enseignements sur l&#39;&eacute;dification de leur pens&eacute;e qui se veut tellement autonome et universelle sup&eacute;rieure. La belle Nancy r&eacute;pond une longue lettre &agrave; Marie, louant son esprit combatif et passionn&eacute; (sisi) c&#39;en est trop, la Marie manque de sombrer dans une adoration sans limites vu que jamais personne en g&eacute;n&eacute;ral ne lui r&eacute;pond de cet autre c&ocirc;t&eacute; de la barri&egrave;re (&eacute;diteurs et &eacute;dit&eacute;s).<\/p>\n<p>L&#39;histoire passionnante de la Marie et de la belle Nancy s&#39;arr&ecirc;te l&agrave;, mais quand j&#39;ai vu que la belle Nancy &eacute;tait au festival <em>Am&eacute;rica<\/em>, ce week-end &agrave; Nancy, j&#39;ai fonc&eacute; sur mon v&eacute;lo pour aller l&#39;entendre et acheter son dernier roman, <em>Lignes de failles<\/em>, commenc&eacute; d&egrave;s ce matin au saut du lit (14 H 00). Il y a &eacute;t&eacute; question d&#39;histoire personnelle et d&#39;&eacute;criture, de f&eacute;minit&eacute;, de maternit&eacute;, &ecirc;tre m&egrave;re et &eacute;crivain, de faire du m&eacute;nage un usage autrement existentiel du corps, du savoir tuer dans les livres quand on est une femme, et une m&egrave;re, de ce m&eacute;lange &agrave; la Nancy qui m&#39;est si parlant du prosa&iuml;que et du spirituel (Virginia Wool, cit&eacute;e une autre fois par la belle Nancy, qui dans son journal intime, &eacute;crivit le jour de son suicide, quelque chose du style, lav&eacute; la salade ou fait mes vitres&#8230;).<\/p>\n<p>Je suis rentr&eacute;e, le c&oelig;ur en f&ecirc;te, l&#39;esprit dop&eacute;, happant au passage dans le coeur-de-ville de Vincennes dessuperbes photos de Montr&eacute;al, la ville-aux-&icirc;les, accompagn&eacute;es de petits textes de fiction, qui m&#39;ont donn&eacute; aussit&ocirc;t l&#39;envie, pour la premi&egrave;re fois, de quitter Asie, Afrique, pour m&#39;en aller aux Am&eacute;riques profiter des espaces vides et de la <em>wilderness Nature<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hier, j&#39;ai sacrifi&eacute; au rituel digne d&#39;une pasionaria de Johnny ou de Jean Tib&eacute;ri, j&#39;ai &eacute;t&eacute; au festival Am&eacute;rica et je ne me suis int&eacute;ress&eacute;e, quasiment, qu&#39;&agrave; la belle Nancy (Huston). 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