{"id":90,"date":"2006-10-09T10:44:55","date_gmt":"2006-10-09T10:44:55","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=90"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T15:00:00","slug":"J'ai \u00e9pous\u00e9 un D\u00e9croissant","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=90","title":{"rendered":"J&rsquo;ai \u00e9pous\u00e9 un D\u00e9croissant"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\nAu d&eacute;part, L&eacute;onard, dit le L&eacute;o, &eacute;tait un mec normal. Je l&#39;ai rencontr&eacute; dans une brocante musicale, vieux meubles et tango, j&#39;aurais peut &ecirc;tre d&ucirc; me m&eacute;fier.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe L&eacute;o &eacute;tait un gar&ccedil;on aux yeux un peu vagues, ni bleus ni gris ni verts, et il portait par dessus des lunettes qu&#39;il remontait sans cesse avec un doigt. Le L&eacute;o travaillait dans la publicit&eacute;. Il n&#39;avait rien de publicitaire, ce gar&ccedil;on, mais il avait fait des &eacute;tudes de lettres et ne s&#39;appelait pas Jean-Paul Sartre. Alors il &eacute;crivait les slogans et les textes de plaquettes destin&eacute;es aussi bien aux cellulaires, qu&#39;aux dents blanches ou aux al&egrave;ses pour chiens.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMoi, je travaillais &agrave; la Poste. Je faisais guicheti&egrave;re et &ccedil;a devenait compliqu&eacute; avec tous leurs produits financiers. L&#39;impression de travailler dans une banque, les sous en moins et le service public en plus. Ou l&#39;inverse, je m&#39;y perds. Je faisais les brocantes et je retapais des meubles. Je lisais aussi beaucoup, m&ecirc;me &agrave; table, avec les autres, j&#39;habitais en colocation. Mes colocataires, une fonctionnaire des imp&ocirc;ts et une douani&egrave;re des airs, disaient que j&#39;&eacute;tais devenue une vraie ourse pas l&eacute;ch&eacute;e, et que je ne trouverai jamais de jules &agrave; mon pied.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAvec le L&eacute;o, on avait ensuite d&eacute;cid&eacute; d&#39;aller au cin&eacute;ma. C&#39;&eacute;tait un autre soir. On a vu un film, j&#39;&eacute;tais surtout occup&eacute;e &agrave; me demander si on allait conclure, et si oui, &agrave; quelles conditions. J&#39;aimais le c&ocirc;t&eacute; lunaire de ce gar&ccedil;on, mais il &eacute;tait plus jeune que moi, je me sentais vieille, je croulais vers la quarantaine. Lui, il croyait visiblement que j&#39;&eacute;tais du m&ecirc;me &acirc;ge que les poup&eacute;es russes du film. Il me disait, c&#39;est fou comme c&#39;est flou, hein, notre g&eacute;n&eacute;ration non&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bof, j&#39;avais r&eacute;pondu, je suis pas mannequin, je parle que le fran&ccedil;ais, je bosse &agrave; la Poste, et accessoirement,&nbsp;je vais souffler mes 38 cand&eacute;labres le mois prochain&#8230; alors bof quoi.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nCa ne l&#39;avait pas d&eacute;courag&eacute;, l&#39;&acirc;ge, et on avait conclu, en mangeant des chips sur un banc dans un jardin, tout en buvant &agrave; m&ecirc;me au goulot de la bouteille, un rouge qui f&acirc;che pas la cervelle.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuelques mois plus tard, je suis venue habiter chez le L&eacute;o. Il y avait des tas de gadgets, re&ccedil;us en cadeau dans le cadre de son travail. Un s&egrave;che-maillot de bain, un peigne &agrave; eau, avec un pshitt comme pour les fers &agrave; repasser, un appareil qui faisait des sons, des images et des sous-titres, un t&eacute;l&eacute;vision quoi. Je ne vivais pas dans le d&eacute;nuement mais j&#39;&eacute;tais assez &eacute;loign&eacute;e de la haute technologie. C&#39;&eacute;tait surtout les vieux meubles &agrave; retaper qui me plaisaient, et il y avait d&eacute;j&agrave; assez de boutons &agrave; pousser &agrave; la Poste. Sinon, je lisais, je lisais de plus en plus car le vie &eacute;tait de plus en plus sans int&eacute;r&ecirc;t, guerre et guerre. Cette occupation ne concernait aucunement la haute technologie, qui n&#39;avait pas encore invent&eacute; d&#39;appareils pour m&#39;emp&ecirc;cher de lire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa vie avec le L&eacute;o &eacute;tait plut&ocirc;t facile. L&eacute;o parlait peu, il prenait aussi pas beaucoup de place. Il &eacute;tait tendre, il aimait faire la cuisine et ranger les chaussettes deux par deux. Il &eacute;tait bien une peu casse-pied avec ses appareils divers et vari&eacute;s, mais il jouait avec surtout quand je dormais. Je dormais beaucoup, dix heures par nuit. Le truc pas facile, c&#39;est qu&#39;il fallait s&#39;occuper ensemble. Faire les brocantes, j&#39;aimais bien, mais parler &agrave; table, par exemple, ou voir quoi acheter comme meubles plein de boutons, c&#39;&eacute;tait la tasse, et je n&#39;avais plus assez de temps pour lire.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDe fait, j&#39;&eacute;tais l&agrave;, sans &ecirc;tre l&agrave;. Dans ses bras, au milieu des multiples boutons, lit inclinable et ordinateur portable. Le dos contre son dos, je d&eacute;vorais des pages et des pages, et le monde s&#39;&eacute;loignait. Je le reconnais, c&#39;&eacute;tait faux. Il s&#39;&eacute;loignait parce que j&#39;avais le dos de L&eacute;o contre le mien. Si cela avait &eacute;t&eacute; le mur, le dos, je ne me serai pas &eacute;loign&eacute;e comme &ccedil;a, le monde aurait gard&eacute; tous ses dangers et son ennui. Arrim&eacute;e &agrave; L&eacute;o, je pouvais ainsi m&#39;en &eacute;loigner, la vie malgr&eacute; tout &eacute;tait l&agrave;, contre moi.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMais en fait, le L&eacute;o, s&#39;il parlait peu, en fait, c&#39;est que je parlais pas, je n&#39;avais pas r&eacute;alis&eacute; &ccedil;a. Qu&#39;il en souffrait et que j&#39;ai d&ucirc;, en quelque sorte, participer au processus de contamination. Je l&#39;ai isol&eacute;, dans son mal, quand il a &eacute;t&eacute; atteint du syndrome de la d&eacute;croissance, qui a d&eacute;but&eacute; par la maladie de la publicit&eacute;. Je n&#39;ai pas su l&#39;&eacute;couter et c&#39;est sans doute pour &ccedil;a qu&#39;on en est l&agrave;, aujourd&#39;hui. A vivre dans un cabanon, au fond de la for&ecirc;t, avec nos peaux de b&ecirc;te et le feu qui s&#39;&eacute;teint tout le temps.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nL&eacute;o avait en effet de plus en plus de mal avec la publicit&eacute;. Il partait travailler en avalant des cachets, et le soir, il buvait trop. Il n&#39;y avait jamais vraiment cru mais l&agrave;, les forces de persuasion l&#39;abandonnaient. Il disait que les publicitaires &eacute;taient des putes qui ne vendaient m&ecirc;me pas du plaisir, que de l&#39;air et de l&#39;air empoisonn&eacute;. Tout sourire, avec les fesses de la p&eacute;tasse ou le rire du petit enfant, on envoyait les gens se faire tuer sur les routes, s&#39;engraisser de mauvaises graisses, se ruiner en appareils technologiques &agrave; hautes &eacute;missions radioactives&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le temps viendra, criait-il en arpentant l&#39;appartement comme un d&eacute;ment, o&ugrave; l&#39;on verra m&ecirc;me des petits enfants poser pour des mines anti-personnel&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D&#39;accord, je disais, mais parle moins fort, je lis, ch&eacute;richou.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl devenait nerveux, agit&eacute;. Il disait qu&#39;il allait donner sa d&eacute;mission et vite fait, bande d&#39;encul&eacute;s. Il avait lu un article dans <em>T&eacute;l&eacute;rama<\/em> sur les profs dans les banlieues difficiles, humanitaires de l&#39;Education nationale. Il avait &eacute;crit dans les coll&egrave;ges et lyc&eacute;es des Zep les plus pourries mais fallait le concours, m&ecirc;me si on se faisait des couilles en or dans la publicit&eacute;. A que &ccedil;a ne tienne, il allait le passer, ce concours, il avait un Dea de lettres modernes, il y arriverait bien&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe laissais causer et je tournais les pages, la vie &eacute;tait ailleurs comme dirait l&#39;autre.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nQuelques semaines ont pass&eacute;. Je retapais mes meubles, vendais mes placements financiers et mes timbres dans l&#39;industrie publique, et le L&eacute;o allait travailler de plus en plus d&eacute;prim&eacute;. On se parlait, mais de moins en moins. Disons qu&#39;on se parlait dans les all&eacute;es des brocantes, je daignais lui r&eacute;sumer certaines de mes lectures et lui, quand il commen&ccedil;ait &agrave; s&#39;emballer sur ces produits &agrave; plaquetter, slogandiser, je fermais mes &eacute;coutilles.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nUn jour, ce fut le printemps. L&eacute;o avait un jour de cong&eacute;, j&#39;&eacute;tais &agrave; la Poste, et il est rentr&eacute; dans une salle de cin&eacute;ma. C&#39;&eacute;tait un documentaire sur les Indiens d&#39;Amazonie, suivi d&#39;un d&eacute;bat. Il a eu un choc. Au boulot, il &eacute;tait en train de plancher sur le dernier mod&egrave;le des usines Renault, une sorte de tank pour famille nombreuse ou m&ecirc;me pas, qui mangeait comme quatre et trouait la couche d&#39;ozone rien qu&#39;en p&eacute;tant dans son garage. Alors la for&ecirc;t de l&#39;Amazonie, avec le grand chef et les transes, la libert&eacute; des petits enfants, les femmes aux seins libres, et nus, &ccedil;a l&#39;a frapp&eacute; en pleine poire. Le d&eacute;bat ensuite portait sur la menace de la modernit&eacute; concernant cette tribu, sans oublier le massacre arboricole, &agrave; cause de la Transamazonienne et les gaz d&#39;&eacute;chappement, je vous r&eacute;sume. Il y avait un repr&eacute;sentant de la tribu, assis quasi tout nu sur l&#39;estrade, et son air calme, au-dessus de tout &ccedil;a, les grosses voitures, les appareils &agrave; boutons, avait compl&egrave;tement subjugu&eacute; le L&eacute;o.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLa vie, elle &eacute;tait l&agrave;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe soir, je l&#39;ai retrouv&eacute; prostr&eacute; dans le noir. Il &eacute;tait en &eacute;tat de stup&eacute;faction, tout tremblant de larmes et de sanglots, la transe amazonienne. Le lendemain, il a descendu tous ses gadgets &agrave; la poubelle. Il est parti travailler en pleurant, &ccedil;a m&#39;a choqu&eacute;e, j&#39;ai eu du mal &agrave; pratiquer le taux d&#39;agios et la lettre pour Bamako, elle erre encore &agrave; Lhassa. Je n&#39;aime pas voir le L&eacute;o pleurer, un homme, &ccedil;a ne pleure pas, la roche s&#39;effrite, sinon.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nC&#39;est un coll&egrave;gue qui l&#39;a ramen&eacute; le soir. Il para&icirc;t que le L&eacute;o, au cours d&#39;une r&eacute;union, dont l&#39;objet &eacute;tait une publicit&eacute; pour des tagliatelles au saumon pour siamois, avait &eacute;clat&eacute; litt&eacute;ralement. Il avait trait&eacute; le chef de projet de nazi, &agrave; donner &agrave; bouffer aux chats quand les petits Africains crevaient de faim sans m&ecirc;me un grain de riz &agrave; m&acirc;cher.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous &ecirc;tes un collabo&nbsp;! Hurlait le L&eacute;o. Vous participez &agrave; la mort de milliers de gens en faisant ce que vous faites, travailler pour un encul&eacute; qui va s&#39;en mettre les poches rien que parce qu&#39;il vend de la bouffe de luxe pour chats&nbsp;! Nazi&nbsp;! Assassin&nbsp;! Vous vous enculez tous en couronne,&nbsp;et le reste du monde n&#39;est qu&#39;une fosse bonne &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer vos ordures&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nBien s&ucirc;r, il &eacute;tait vir&eacute;. Le L&eacute;o, je l&#39;ai vu sourire pour la premi&egrave;re fois depuis longtemps. Il &eacute;tait heu-reux de ne plus aller bosser avec ces assassins, il m&#39;a dit, et arr&ecirc;te de lire quand je te cause.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nA commenc&eacute; alors le syndrome de d&eacute;croissance. Il a d&eacute;cid&eacute; d&#39;abord de d&eacute;barrasser toute la maison des objets superflus. Le superflu a touch&eacute; beaucoup de monde. Dont la machine &agrave; laver et le frigidaire, accus&eacute;s de consommer beaucoup d&#39;&eacute;nergie.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce sont des tueurs, il m&#39;a tr&egrave;s s&eacute;rieusement expliqu&eacute;, ils bouffent &eacute;norm&eacute;ment de p&eacute;trole, et quand tu vois la r&eacute;duction des ressources, le mal fait aux peuples aux sous-sols concern&eacute;s, sans oublier la pollution&#8230;eh bien, basta, &agrave; la porte&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe n&#39;ai pas tiqu&eacute;. Du moment que &ccedil;a m&#39;emp&ecirc;chait pas de lire et les p&acirc;tes, elles n&#39;ont pas besoin de frigidaire pour vivre. Pour se changer les id&eacute;es, on est partis le We &agrave; la campagne. J&#39;aime bien marcher, le L&eacute;o aussi, on a pass&eacute; le premier bon moment depuis longtemps ensemble. A un moment, on a d&ucirc; franchir des fils &eacute;lectriques pour traverser un champs squatt&eacute; par une bande de vaches. Le L&eacute;o a pest&eacute; contre l&#39;instinct de propri&eacute;t&eacute; des hommes, qui n&#39;ont rien trouv&eacute; de plus intelligent &agrave; faire que de mettre des fils &eacute;lectriques d&egrave;s qu&#39;ils ont un carr&eacute; d&#39;herbe &agrave; eux. J&#39;ai rien dit. Je m&#39;en tapais &agrave; vrai dire des carr&eacute;s d&#39;herbe et des barbel&eacute;s.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nUne fois dans le champs, voil&agrave; que le L&eacute;o, il est rest&eacute; p&acirc;m&eacute; devant les vaches. A leur parler, &agrave; leur flatter le museau, quand il a r&eacute;ussi enfin, au bout d&#39;une demie heure de patients travaux &agrave; les approcher. J&#39;&eacute;tais partie depuis longtemps, vous imaginez bien. Je lisais contre un talus, la vall&eacute;e &agrave; mes pieds, et &agrave; un moment, quand j&#39;ai lev&eacute; les yeux, j&#39;ai vu le L&eacute;o en larmes.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pauvres vaches, il sanglotait, elles vivent leur vie dans un carr&eacute; d&#39;herbe et elles finissent &agrave; la boucherie&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai soupir&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&eacute;o, je lui ai dit, les vaches, elles sont pas comme nous, leur id&eacute;al de vie, c&#39;est un champ, de la bonne herbe et basta&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et l&#39;abattoir, il a gueul&eacute;, tu crois que c&#39;est leur id&eacute;al de vie&nbsp;?!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, j&#39;ai r&eacute;pliqu&eacute;, mais la mort des vaches, y a plus grave que &ccedil;a sur terre&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La merde, elle commence l&agrave;&nbsp;! il a cri&eacute; encore, la mort derri&egrave;re notre dos, confortable et aveugle, c&#39;est l&agrave; que tout d&eacute;marre&nbsp;! On n&#39;imagine pas toute la souffrance et le cynisme qu&#39;il y a sous la cellophane qui enveloppe notre bidoche dans les supermarch&eacute;s&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPersonnellement, je ne voyais pas pourquoi le destin des vaches devait nous pomper notre vie, d&eacute;j&agrave; assez pomp&eacute;e comme &ccedil;a. On aime les animaux mais on les mange quand m&ecirc;me, comme dit la Souche, et c&#39;est tout. Et je ne voyais pas bien le rapport avec la publicit&eacute;, originellement, je veux dire. Mais le lundi, il est devenu v&eacute;g&eacute;talien, carr&eacute;ment. On pue le meurtre, il m&#39;a dit, et il m&#39;a regard&eacute;e, d&eacute;go&ucirc;t&eacute;, me faire cuire une escalope de veau comme si j&#39;&eacute;tais une criminelle de guerre ethnique. Un ancien coll&egrave;gue &agrave; lui est pass&eacute;, le lendemain, pour voir comment &ccedil;a allait.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca va&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On commence par tuer les b&ecirc;tes, on finit par tuer les hommes&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hum, hum&#8230; on a d&eacute;croch&eacute; le contrat pour la nouvelle Clio, super non&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est quoi le rapport L&eacute;o&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMoi, &eacute;nerv&eacute;e, levant le nez de mon bouquin.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On a oubli&eacute; que les animaux, c&#39;&eacute;tait la vie, aussi&#8230;&nbsp;apr&egrave;s, on fait pareil avec les hommes&#8230; en d&eacute;vitalisant tout organisme vivant, on finit par la d&eacute;shumanisation&#8230; on oublie par exemple que les Sdf, c&#39;est la vie aussi&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais ton grand chef amazonien, il les bouffe bien tes putains de bestioles!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils tuent pas en quantit&eacute;, juste ce dont ils ont besoin, et ils n&#39;ont pas le choix, eux&#8230; sans compter qu&#39;ils ne fabriquent pas de Toyota, de Clio et autres merdes puantes&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hum hum&#8230; t&#39;as vu les spots pour la nouvelle Contrex&nbsp;? A roucoul&eacute; son coll&egrave;gue. C&#39;est justement dans une tribu toute nue&nbsp;! Y a de plus en plus de nature dans la publicit&eacute;&nbsp;! Y a une v&eacute;ritable prise de conscience&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une prise de conscience&#8230;<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe L&eacute;o a dit &ccedil;a comme s&#39;il allait vomir.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Encore du verni, du kitsh, de la putasserie&#8230; on recouvre chaque objet vendu de sa couche de nature et d&#39;humanisme, pour faire croire aux gens que la vie reste l&agrave;&#8230; mais derri&egrave;re ta putain de Contrex combien de bouteilles de plastique fabriqu&eacute;es et jet&eacute;es dans la nature hein&nbsp;? Que p&egrave;se un putain de verre d&#39;eau ultra naturelle contre toute la merde qui l&#39;accompagne autour&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu serais pas devenu un peu nazi&nbsp;?<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nS&#39;est d&eacute;cid&eacute; &agrave; demander le coll&egrave;gue, chef de projet chez Yabonspot, la bo&icirc;te de publicit&eacute; o&ugrave; travaillait encore il y a peu le L&eacute;o. Le coll&egrave;gue qui commen&ccedil;ait &agrave; se sentir agress&eacute;, comme moi avec mon escalope de veau, le soir dernier.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jamais entendu dire que les Nazis aimaient la vie et la respectaient, au point de s&#39;abstenir de tuer animaux comme &ecirc;tres humains&#8230; au point de respecter aussi notre support &agrave; tous, la Nature&#8230; a crach&eacute; le L&eacute;o.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est une image&#8230; a b&ecirc;l&eacute; le coll&egrave;gue.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu nous fais chier, L&eacute;o, on va quand m&ecirc;me pas revenir &agrave; l&#39;&acirc;ge de pierre&nbsp;! Pauvre con&nbsp;!<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMoi. Qui commen&ccedil;ais &agrave; en avoir ma claque. Et qui m&#39;en ai pris une, par retour de proposition interrogative.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien, je vais vous laisser, a bafouill&eacute; le coll&egrave;gue en se levant, je vois que vous avez de quoi vous occuper&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est &ccedil;a, casse toi, connard, a braill&eacute; le L&eacute;o, va vendre ta merde, t&#39;en foutre plein les poches et voter &eacute;colo ou Besancnot, &agrave; la prochaine &eacute;lection&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne vote pas, a protest&eacute; dignement le coll&egrave;gue, je fais partie du comit&eacute; de soutien pour la reconnaissance du bulletin nul.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nMoi, j&#39;ai rien dit, ma joue me cuisait. Le L&eacute;o s&#39;est vaguement excus&eacute;. J&#39;ai eu du mal &agrave; lire ce soir l&agrave;, le dos de L&eacute;o &eacute;tait dur comme de la pierre, justement. J&#39;ai tent&eacute; une approche sexuelle, mais le L&eacute;o m&#39;a dit de ne pas mal le prendre, mais j&#39;avais dans la bouche un go&ucirc;t de viande morte qui lui soulevait le c&oelig;ur. Le mien s&#39;est serr&eacute;, je me sentais perdue.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe lendemain, l&#39;appartement s&#39;est transform&eacute; en un v&eacute;ritable bazar. Le L&eacute;o a sorti tout des placards, objets, v&ecirc;tements&#8230; il les a tourn&eacute;s et retourn&eacute;s dans tous les sens pour voir quelle &eacute;tait leur origine. On aurait dit un maniaque de la puret&eacute; ethnique, sauf que c&#39;&eacute;tait des objets. Tout ce qui provenait d&#39;un pays du Tiers monde a &eacute;t&eacute; jet&eacute; &agrave; la poubelle. J&#39;ai juste pu sauver une petite robe, made in Vietnam, en jurant sur ma vie qu&#39;elle m&#39;avait &eacute;t&eacute; rapport&eacute;e par une amie vietnamienne, suite &agrave; son voyage dans le pays de ses parents, o&ugrave; bien entendu, elle n&#39;aurait pas achet&eacute; des v&ecirc;tements provenant d&#39;ateliers d&#39;exploiteurs d&#39;enfants.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nLe L&eacute;o, j&#39;ai appris &ccedil;a par Sos Conscientisation, &eacute;tait atteint du syndrome de la d&eacute;croissance. Comme le poulet et sa grippe aviaire, un certain nombre d&#39;individus en &eacute;tait la cible. Des gens qui refusaient ce qu&#39;ils appelaient le mythe de la croissance perp&eacute;tuelle comme solution et bonheur de l&#39;humanit&eacute;. Qui, en cons&eacute;quence pr&ocirc;naient la d&eacute;croissance. Qui passait par le refus d&#39;acheter des biens propres &agrave; l&#39;animal occidental moderne, fabriqu&eacute;s dans des pays exploit&eacute;s par la volont&eacute; de croissance de cet animal l&agrave;, des biens qui avaient, qui plus est, la f&acirc;cheuse cons&eacute;quence de polluer et de mettre en danger la Plan&egrave;te. Cette attitude s&#39;accompagnait g&eacute;n&eacute;ralement d&#39;une alimentation v&eacute;g&eacute;talienne. Au nom de la vie, et par refus de cette facilit&eacute; avec laquelle l&#39;homme moderne tuait &agrave; la cha&icirc;ne pour se nourrir et s&#39;enrichir. Au nom du refus de la sur-consommation, qui s&#39;adressait &agrave; tous les p&ocirc;les de la vie, dont l&#39;alimentation, grasse et riche. Au nom, enfin, du retour &agrave; la nature.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nDans l&#39;appartement nu de tout, j&#39;ai voulu boire un coca, conserv&eacute; dans le garde-manger de la fen&ecirc;tre. Bien s&ucirc;r, tous les cocas avaient &eacute;t&eacute; bazard&eacute;s. J&#39;ai bu un verre d&#39;oranges bio press&eacute;es, en grignotant tristement une galette de riz bio avec de la cr&egrave;me d&#39;algues &eacute;tal&eacute;e sur le dessus. J&#39;ai mis le nez dans un de mes livres mais le L&eacute;o s&#39;est mis &agrave; me causer.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu crois que la vie est dans tous ces bouquins&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nan, j&#39;ai marmonn&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben alors, pourquoi tu lis&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et toi, pourquoi tu vis hein&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ne joue pas &agrave; tordre les choses, il a r&eacute;pliqu&eacute;, tu n&#39;y es pas, jamais, tu t&#39;es coup&eacute;e de la vie&nbsp;! Tu vis dans une illusion&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous sommes une illusion, j&#39;ai dit &ccedil;a pour dire quelque chose, vu qu&#39;on sait rien de toute notre vie sur avant, apr&egrave;s, qu&#39;est-ce que tu viens m&#39;emmerder&nbsp;? Au moins je tue personne, et je pollue pas avec mes livres&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tous ces arbres hein&nbsp;! Il a braill&eacute;. Tu&eacute;s pour que soit imprim&eacute; de l&#39;illusion, de la fuite&#8230; et &ccedil;a permet aux autres tueurs, ceux qui lisent pas, de saccager la Plan&egrave;te tandis que les tueurs aux livres &agrave; la main ne voient rien&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Dis donc mec, j&#39;ai dit calmement, tu nous ferais pas une sorte de complexe &agrave; la J&eacute;sus bio&nbsp;? Tu te prendrai pas pour le Mahatma Gandhi en personne&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fous toi de ma gueule, il a encore gueul&eacute;, quand donc ouvriras-tu les yeux&nbsp;?<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Personnellement, je vais les fermer, j&#39;ai r&eacute;pliqu&eacute;, vu que je vais me coucher, ciao.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJe suis partie dans la chambre, pour m&#39;apercevoir que le lit, made in America avait disparu &eacute;tant donn&eacute; que George Bush avait refus&eacute; de signer les accords de Kyoto. Il restait un drap de gros lin, appartenant &agrave; la grand-m&egrave;re du L&eacute;o, et pour tout matelas, une couverture de laine achet&eacute; &agrave; un berger pyr&eacute;n&eacute;en cet &eacute;t&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nJ&#39;ai pris mes clics et mes clacs, et je suis partie dormir chez mon ex colocataire, la fonctionnaire des imp&ocirc;ts, qui vivait dans le p&eacute;ch&eacute;. En effet, elle partageait d&eacute;sormais ses jours avec un gestionnaire de portefeuilles d&#39;actions d&#39;entreprises p&eacute;troli&egrave;res, il gagnait en un mois ce qu&#39;un agriculteur bio gagnerait en trois si&egrave;cles. Quand je suis arriv&eacute;e, ils &eacute;taient en train de manger un &eacute;norme r&ocirc;ti de b&oelig;uf, en buvant le vin d&#39;un exploitant vinicole appartenant &agrave; la famille diabolique des Rothschild, assis sur un canap&eacute; fabriqu&eacute; en Asie du sud-est, qu&#39;ils avaient choisi pour son verni mensonger, fa&ccedil;on vieille Chine.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIls m&#39;ont dit que L&eacute;o &eacute;tait peut &ecirc;tre dans une secte. J&#39;ai fait non de la t&ecirc;te. Le L&eacute;o n&#39;a jamais support&eacute; les groupes de plus de deux personnes, et &agrave; l&#39;arm&eacute;e, il a fini au gnouf, tout seul, tout content, dans sa cellule unitaire. Ils m&#39;ont demand&eacute; comment je voyais l&#39;avenir avec lui et son syndrome de la d&eacute;croissance. Est-ce que c&#39;&eacute;tait gu&eacute;rissable&nbsp;? J&#39;ai dit que je ne savais pas. Il n&#39;y en avait pas un seul livre ici, je devais r&eacute;pondre &agrave; leurs questions droit dans leurs yeux. J&#39;ai dit que je ne voyais pas le L&eacute;o redevenir comme avant, parce qu&#39;avant, il n&#39;&eacute;tait pas bien, non plus.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut que tu le quittes alors&nbsp;! S&#39;est finement exclam&eacute; l&#39;homme aux portefeuilles p&eacute;troliers.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je n&#39;y arriverai pas&#8230; j&#39;ai murmur&eacute;.<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu dois prendre sur toi, s&#39;est exclam&eacute; &agrave; son tour ma copine, il n&#39;y a plus d&#39;avenir entre vous deux&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais c&#39;&eacute;tait bien avant, j&#39;ai pleurnich&eacute;, &ccedil;a va peut-&ecirc;tre revenir&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;ai un bon copain, a commenc&eacute; l&#39;homme aux portefeuilles, il travaille avec moi dans la finance, mais sa voiture n&#39;est pas trop grosse et ses fringues sont made in Normandie&#8230;<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, j&#39;ai cri&eacute;, je ne veux pas&nbsp;!<br \/>\n&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allons, allons&#8230; a temp&eacute;r&eacute; ma copine, reste chez nous quelques jours, et apr&egrave;s, tu verras bien.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nElle avait raison. Je ne pouvais pas retourner comme &ccedil;a, chez moi, chez nous. Sans avoir r&eacute;fl&eacute;chi. J&#39;ai dormi dans des draps made in India, et le matin, je me suis lev&eacute;e, en mettant mes pieds sur un petit tapis rapport&eacute; du Maroc et sans doute fabriqu&eacute; par des enfants de six ans battus &agrave; volont&eacute;. J&#39;ai bu mon caf&eacute; tir&eacute; d&#39;une exploitation argentine, tr&egrave;s certainement aux mains d&#39;un tueur d&#39;Incas, tout en avalant des corn flakes, sorties des usines de cet assassin plan&eacute;taire qu&#39;est le groupe Nestl&eacute;.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nPuis je suis partie travailler &agrave; la poste, mais je n&#39;y &eacute;tais pas. Je n&#39;y suis jamais mais l&agrave;, j&#39;&eacute;tais vraiment ailleurs, et mal. Mal avec le L&eacute;o bio, et mal avec ma copine et son portefeuille sur-adapt&eacute;s &agrave; ce monde. Pour la premi&egrave;re fois de toute ma vie, je me suis demand&eacute; o&ugrave; &eacute;tait ma place. Sur Terre, carr&eacute;ment. Je suis rest&eacute;e quelques jours &agrave; partager la vie criminelle de ma copine et de son jules. Je suis partie le lendemain du soir j&#39;ai &eacute;t&eacute; contrainte d&#39;assister &agrave; un d&icirc;ner d&#39;investisseurs &agrave; grande &eacute;chelle. Leur conversation argenti&egrave;re m&#39;a port&eacute; sur le c&oelig;ur, ou alors c&#39;&eacute;tait le poulet aux olives, j&#39;ai trouv&eacute; leur existence aussi vide que grasse. Je me suis m&ecirc;me demand&eacute; si je n&#39;&eacute;tais pas atteinte du syndrome de d&eacute;croissance, quand dans la rue, la masse des objets et la t&ecirc;te des gens m&#39;ont donn&eacute; encore envie de vomir. J&#39;ai d&#39;ailleurs vomi dans un caniveau, tandis qu&#39;un Sdf fouillait une poubelle pleine de choses sales, mais vraiment sales.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nL&#39;appartement &eacute;tait vide. Le L&eacute;o &eacute;tait parti. Il m&#39;avait laiss&eacute; un mot, &eacute;crit au charbon de bois sur le mur nu. Il me disait qu&#39;il &eacute;tait parti vivre dans une cabane, au milieu d&#39;une for&ecirc;t, au sud de la France, et qu&#39;il m&#39;aimait, malgr&eacute; que je mange de la viande, porte du H&amp;M et travaille dans un lieu o&ugrave; transitait beaucoup d&#39;argent sale.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nIl m&#39;avait jamais dit &ccedil;a, qu&#39;il m&#39;aimait.<br \/>\n&nbsp;<br \/>\nAlors, si on consid&egrave;re le fait que mes contemporains, ceux que je connaissais, je ne les aimais plus, qu&#39;ils soient placeurs boursiers ou c&eacute;g&eacute;tistes passionn&eacute;s, et que sur cette Terre, je n&#39;avais que L&eacute;o, je suis partie le rejoindre. On n&#39;a pas trente six mille amours, on n&#39;a pas trente six milles places sur cette Terre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au d&eacute;part, L&eacute;onard, dit le L&eacute;o, &eacute;tait un mec normal. 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