{"id":92,"date":"2006-10-10T11:57:46","date_gmt":"2006-10-10T11:57:46","guid":{"rendered":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=92"},"modified":"2006-10-22T21:50:24","modified_gmt":"2006-10-22T21:50:24","slug":"Quand Am\u00e9lie rencontre Dany","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/mariechotek.com\/?p=92","title":{"rendered":"Quand Am\u00e9lie rencontre Dany"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\"> Je m&#39;appelle Am&eacute;lie des Pesetas. J&#39;habite dans une jolie maison, en banlieue chic, avec vue sur la for&ecirc;t et le lac, un vrai petit paradis o&ugrave; le week-end viennent les familles urbaines prendre un coup de vert. Moi, j&#39;y vais en semaine me promener, un peu moins maintenant, mon ventre p&egrave;se. Je dois accoucher dans un mois et demi, j&#39;attends un b&eacute;b&eacute; d&#39;&eacute;poque, grand et gros, un gar&ccedil;on, alors &ccedil;a penche et j&#39;ai peur de glisser dans l&#39;eau.<br \/> &nbsp;<br \/> J&#39;ai une vie merveilleuse, comme dans les magazines de maman. D&#39;abord, j&#39;ai un mari qui a un super travail. Il touille l&#39;argent des autres dans un immense b&acirc;timent qui s&#39;appelle la Bourse. En plus, il est beau, gentil, attentionn&eacute;. Le seul souci c&#39;est qu&#39;il part &agrave; 7 H 30 le matin, et qu&#39;il rentre le soir, pass&eacute; minuit, si c n&#39;est plus. Certains soirs, il sent l&#39;alcool, la fum&eacute;e de cigarette, et quand il m&#39;embrasse dans mon sommeil, je dors depuis longtemps, je le repousse.<br \/> &nbsp;<br \/> On habite une superbe maison, avec plein de fen&ecirc;tres et presque pas de murs, que j&#39;am&eacute;nage au fur et &agrave; mesure, c&#39;est long mais j&#39;adore &ccedil;a. On a aussi un jardin avec des fleurs qui ne meurent jamais, un chat de race et sympathique, Houmous, et des voisins beaux, gentils, riches, qui vont &agrave; la messe de minuit &agrave; No&euml;l en procession, la main dans la main.<br \/> &nbsp;<br \/> Enfin, j&#39;ai une Maman qui adore son gendre. Il remplace un peu Papa aupr&egrave;s d&#39;elle. Papa est mort l&#39;ann&eacute;e derni&egrave;re, en plein cours magistral &agrave; la Sorbonne, soci&eacute;t&eacute; de consommation, soci&eacute;t&eacute; de consumation&nbsp;? Mon mari et Papa &eacute;taient tr&egrave;s diff&eacute;rents. Autant Papa &eacute;tait un intellectuel d&#39;un genre aust&egrave;re et calvino-pratiquant, autant mon mari, Antoine, est un trader brillant, amateur d&#39;art et de produits de luxe. Il n&#39;emp&ecirc;che, Maman l&#39;adore, elle a m&ecirc;me oubli&eacute; tout le mal que disait Papa d&#39;Antoine, ce vile-supp&ocirc;t-du-grand-Capital. Elle vient certains apr&egrave;s-midis me visiter et on co&ucirc;t, on tricote, on potine. Elle est ravie d&#39;&ecirc;tre bient&ocirc;t grand-m&egrave;re et m&eacute;dite d&#39;acheter un appartement pr&egrave;s de chez nous&#8230; m&ecirc;me si depuis quelques temps, elle vient moins souvent, c&#39;est vrai, car j&#39;ai Internet, et je n&#39;ai plus le temps.<br \/> &nbsp;<br \/> Tous les matins, je prends mon petit-d&eacute;jeuner avec mon mari. On boit notre caf&eacute; dans des bols cercl&eacute; d&#39;or fin, on mange des tartines de pain frais et des croissants au beurre, tout en buvant un vrai jus d&#39;orange que je me fais livrer par internet. C&#39;est doux, on ne se parle pas, encore pris dans les brumes du sommeil&#8230; Puis, une fois mon mari parti, j&#39;ai toute la journ&eacute;e devant moi. Quand je travaillais, je r&ecirc;vais de &ccedil;a, avoir la journ&eacute;e devant moi. Je ne peux pas dire que je regrette mon travail, charg&eacute;e d&#39;&eacute;tudes marketing chez YabonKawa, commercialisation du caf&eacute; et de ses d&eacute;riv&eacute;s, comme le gant &eacute;nerg&eacute;tique &agrave; la caf&eacute;ine qu&#39;on se met sur le front ou les chaussettes au caf&eacute; pour ceux qui ont des probl&egrave;mes d&#39;odeur &agrave; cet endroit l&agrave;.<br \/> &nbsp;<br \/> Non, je suis bien contente de ne plus travailler, mais j&#39;ai quand m&ecirc;me toute la journ&eacute;e &agrave; occuper.<br \/> &nbsp;<br \/> Alors, pour l&#39;occuper, je fais des courses, sur internet. Assise devant l&#39;&eacute;cran, je peux ainsi, sans sortir de ma maison de r&ecirc;ve, m&#39;habiller, habiller la maison, le frigidaire, le jardin, mon mari, mon petit b&eacute;b&eacute; qui va na&icirc;tre&#8230; Il y a un magasin en ligne qui fait tout, mais absolument <em>tout<\/em>, de la literie en passant par la lingerie fine, les poulets au citron surgel&eacute;s, les tinettes, les bodies naissances ou la robe de soir&eacute;e. Les Redoutables, &ccedil;a s&#39;appelle et croyez-moi, &ccedil;a porte rudement bien son nom. Je ne surfe que sur lui et je crois que je n&#39;arriverai jamais &agrave; &eacute;puiser tous ses rayons.<br \/> &nbsp;<br \/> J&#39;aime cette id&eacute;e d&#39;abondance &eacute;ternelle.<br \/> &nbsp;<br \/> Le compte en banque de mon mari est directement connect&eacute; sur le site et je n&#39;ai m&ecirc;me plus &agrave; me fatiguer &agrave; saisir les num&eacute;ros de cartes bancaires, mon mari en a six. Quand je fr&ocirc;le le d&eacute;couvert, il y a un petit voyant rouge qui clignote, et alors, j&#39;appuie sur une touche qui a pour cons&eacute;quence de proc&eacute;der &agrave; la vente de ses actions, il en a tellement, et le petit voyant rouge se transforme en un grand sourire vert&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Dans l&#39;apr&egrave;s-midi, &ccedil;a sonne &agrave; la porte et c&#39;est un livreur qui me tend mes commandes de ce matin. Enfin, me tend&#8230; Quand il s&#39;agit d&#39;une armoire ou d&#39;une berg&egrave;re, il ne me les tend pas, il entre en ahanant, avec le meuble, voire les meubles, et pour la biblioth&egrave;que &agrave; quatre faces, qui faisait &eacute;galement salle de cin&eacute;ma multiplex, il a eu rudement du mal &agrave; la livrer&#8230; C&#39;est &ccedil;a le seul truc qui me g&ecirc;ne, c&#39;est qu&#39;on a affaire&nbsp; &agrave; quelqu&#39;un, &agrave; un &ecirc;tre humain quoi. Je me d&eacute;brouille toujours pour lui parler le moins possible et j&#39;ai choisi de lui verser son pourboire sur internet. C&#39;est mieux, un clic et c&#39;est r&eacute;gl&eacute; pas de g&ecirc;ne, de bredouillis, de mercis embrum&eacute;s. D&egrave;s fois, je peux aussi me d&eacute;brouiller pour lui donner les instructions par le videocode, il rentre dans la maison, je suis &agrave; l&#39;&eacute;tage, et je le guide avec le digiphone, reli&eacute; &agrave; tous les coins de la maison.<br \/> &nbsp;<br \/> Je le fais de plus en plus, vu que je supporte de moins en moins de le voir, le livreur.<br \/> &nbsp;<br \/> Maman s&#39;inqui&egrave;te pour moi, par internet. Elle m&#39;envoie des messages alarmistes, comme quoi je me replie, que je me renferme sur moi, sur mon petit bonheur et que je n&#39;arriverais pas &agrave; garder mon mari, si je continue ainsi. C&#39;est idiot. Le soir, quand il rentre, l&#39;ordinateur est ferm&eacute;, et&nbsp; je dors, je l&#39;ai d&eacute;j&agrave; dit, alors on ne peut pas dire que l&#39;informatique s&#39;immisce entre nous. En plus, il a tellement d&#39;argent, avec la Bourse, qu&#39;il ne remarque pas tout ce que je lui co&ucirc;te. Pas plus qu&#39;il ne remarque, dans la nuit, les meubles, les tissus, les jet&eacute;s qui envahissent la maison&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Aujourd&#39;hui, il fait un temps splendide. C&#39;est l&#39;automne et le soleil, dans les feuilles des arbres, irradie de lumi&egrave;re l&#39;air alentour. Je monte &agrave; l&#39;&eacute;tage et m&#39;installe devant l&#39;ordinateur. J&#39;ai de la salive plein la bouche, les mains moites, je me sens &agrave; la fois excit&eacute;e, et angoiss&eacute;e, je vais d&eacute;couvrir la nouvelle ligne printemps des Redoutables&#8230; J&#39;allume l&#39;ordinateur. La collection appara&icirc;t&#8230; tr&egrave;s fleurie, avec des taches de lumi&egrave;re, des jeux d&#39;ombres, des effets de transparence, c&#39;est un r&eacute;gal. Je m&#39;y plonge, toute enti&egrave;re, je cours de rayons en rayons, comme le chat court dans le jardin apr&egrave;s les papillons, sauf que moi, j&#39;attrape tout. Je remplis mon caddie &agrave; ras bord, robes, tuniques, panta courts, mi-courts, longs, string en lani&egrave;re de siamois, tennis de ville, tennis de campagne, chaussettes jetables&#8230; Je pousse mon caddie, de plus en plus lourd, mon ventre me p&egrave;se mais qu&#39;importe, qu&#39;est-ce que je serai heureuse quand je recevrai tout &ccedil;a chez moi&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Siouplait, m&#39;dame&#8230; vous z&#39;auriez pas une p&#39;tite pi&egrave;ce&nbsp;?<\/em><br \/> &nbsp;<br \/> Je sursaute. Qui parle&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <em>Eh m&#39;dame&#8230; rien qu&#39;une p&#39;tite pi&egrave;ce&#8230; pour manger quoi&nbsp;!<\/em><br \/> &nbsp;<br \/> Je l&egrave;ve les yeux de mon caddie d&#39;abondance, et je vois, pos&eacute;e devant moi un&nbsp; objet-femme, sans &acirc;ge, mal habill&eacute;e, ni collection automne, ni collection hiver, rien, et qui me tend la main. Je r&eacute;ponds m&eacute;caniquement.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ici, c&#39;est les v&ecirc;tements&#8230; pour manger, c&#39;est sur une autre touche&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&#39;est-ce que tu m&#39;racontes avec ta touche&nbsp;! elle rigole, moi j&#39;veux juste une p&#39;tite pi&egrave;ce&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Mais l&#39;objet-femme sent mauvais. La sueur, aigre, autre chose que la d&eacute;cence m&#39;interdit de nommer, le vin aussi. C&#39;est bizarre, pour un objet virtuel, de sentir mauvais. Qu&#39;est-ce que c&#39;est que ce bazar.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez quoi&#8230; &agrave; toi, &ccedil;a n&#39;te manquera pas&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> L&#39;objet-femme insiste. J&#39;appuie sur la fl&egrave;che pour revenir en arri&egrave;re, mais &ccedil;a bloque. J&#39;appuie sur &laquo;&nbsp;r&eacute;gler vos achats&nbsp;&raquo; et je glisse en direction de l&#39;ic&ocirc;ne caisse&#8230; suivie de pr&egrave;s par l&#39;objet-femme.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Laissez-moi, je balbutie, je n&#39;ai pas d&#39;argent sur moi&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas d&#39;argent, ma mignonne, elle ricane, mais comment tu vas payer tout &ccedil;a&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> Elle me d&eacute;signe mon caddie qui d&eacute;borde.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais je paye par carte&nbsp;! Je proteste, mal &agrave; l&#39;aise. Je n&#39;ai pas d&#39;argent liquide sur moi&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais la carte, c&#39;est de l&#39;argent&nbsp;! grogne l&#39;objet-femme, qui se rapproche de moi.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui mais pas de l&#39;argent-argent&#8230; c&#39;est de l&#39;argent-virtuel&nbsp;! Je m&#39;exclame, presque d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e.<br \/> &nbsp;<br \/> Je commence &agrave; avoir peur&#8230; je regarde autour de moi, o&ugrave; est la sortie&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ohlala ma cocotte&#8230; pour moi, l&#39;argent, c&#39;est de l&#39;argent&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais pour moi aussi&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Je dis &ccedil;a avec l&#39;impression que j&#39;avais quand j&#39;avais dix ans et que j&#39;assurais &agrave; mon p&egrave;re que je ne touchais &agrave; mon argent poche que pour payer les chaussons pour la danse et mes romans d&#39;aventure. Pas pour des bonbons et des revues b&eacute;b&ecirc;tes pour filles.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et puis, virtuel, &ccedil;a veut dire quoi &ccedil;a encore&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &Ccedil;a veut dire euh&#8230; &ccedil;a veut dire que c&#39;est pas vrai&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est bien ce qu je disais, ma pauvre petite, t&#39;as pas un sous en poche&nbsp;! T&#39;es comme moi&nbsp;! Tu vas pas pouvoir payer tes fringues&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Le pire, c&#39;est qu&#39;elle me regarde d&#39;un air navr&eacute;. Moi, la femme du millionnaire Antoine des Pesetas, lointain descendant du roi d&#39;Espagne, trader &eacute;m&eacute;rite et gendre du grand Professeur, Marc Berthier, initiateur du micro-cr&eacute;dit et th&eacute;oricien du concept de d&eacute;croissance.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh, je vous rassure, &ccedil;a va aller&#8230; euh, je suis connue, dans ce magasin&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je t&#39;accompagne, elle me d&eacute;clare, on sait jamais&#8230; d&egrave;s fois qu&#39;on te ferait des mis&egrave;res, une gentille mignonne comme toi&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Une gentille mignonne. Mince. Nous glissons vers les caisses et je d&eacute;sesp&egrave;re de m&#39;en s&eacute;parer. Elle a m&ecirc;me pos&eacute; ses deux mains gant&eacute;es de mitaines pouilleuses, aux doigts sales et gerc&eacute;s, sur la barre du caddie. On croirait voir deux grandes copines en train de se balader aux Redoutables&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;ai faim&#8230; ah ce que j&#39;ai faim&#8230; elle g&eacute;mit.<br \/> &nbsp;<br \/> Je saisis l&#39;occasion.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le rayon alimentation est l&agrave; bas&#8230; tout au fond&#8230; il faut cliquer sur l&#39;ic&ocirc;ne &laquo;&nbsp;bouche&nbsp;&raquo; et vous y &ecirc;tes&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On y va&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Et la voil&agrave; qui prend les commandes du caddie, et qui fonce en direction de l&#39;ic&ocirc;ne. Happ&eacute;e, incapable de r&eacute;sister, craignant de prendre un mauvais coup sur le ventre, je suis oblig&eacute;e de la suivre. Nous franchissons l&#39;ic&ocirc;ne &laquo;&nbsp;bouche&nbsp;&raquo; et nous nous retrouvons environn&eacute;es de nourritures les plus diverses.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je prendrai bien un repas chaud&#8230; je sature des Restos du c&oelig;ur moi&nbsp;! Que de la pur&eacute;e et du b&oelig;uf en sauce&nbsp;! Y a pas une caf&egrave;te ici&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, mais&#8230; je b&ecirc;le, impuissante.<br \/> &nbsp;<br \/> Il faut dire que j&#39;ai compl&egrave;tement perdu l&#39;habitude des relations humaines. Qu&#39;est-ce que je raconte moi&#8230; des relations humaines&#8230; mais cette femme n&#39;existe pas&nbsp;! C&#39;est un objet-femme&nbsp;! Une erreur syst&egrave;me, un artefact, ou un virus passager introduit dans la machine, il suffit juste de trouver le bouton pour tout arr&ecirc;ter&nbsp;! Dommage pour mes achats, je reviendrai une autre fois mais je n&#39;ai pas le choix&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&#39;est-ce que tu fais, petite, &agrave; me caresser la jambe&nbsp;? S&#39;exclame l&#39;objet-femme. C&#39;est-y pas que tu serais goudou, ma ch&eacute;rie&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh&#8230; excusez moi&#8230; je suis d&eacute;sol&eacute;e&#8230; je cherchais le bouton&#8230; je b&ecirc;le, plus rouge que la pomme de l&#39;autre.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le bouton&nbsp;? Quel bouton&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> Zut. R&eacute;-essayons&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais dis dons&nbsp;! c&#39;est pas bient&ocirc;t fini&nbsp;! Tu vas arr&ecirc;ter, esp&egrave;ce de petite grue&nbsp;! Crie la l&#39;objet-femme. Je ne suis pas de ce pain l&agrave;&nbsp;! Je suis peut &ecirc;tre pauvre, alcoolique, sans abri, mais j&#39;aime les hommes&nbsp;! Comme tout le monde&nbsp;! Et j&#39;ai m&ecirc;me trois enfants&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Chut&#8230; je lui dis, compl&egrave;tement paniqu&eacute;e. Je vous jure, je suis pas de ce pain l&agrave; non plus&#8230;regardez mon ventre&nbsp;! J&#39;attends un enfant&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah mais c&#39;est pourtant vrai&#8230; admet l&#39;objet-femme. Mais qu&#39;est-ce que t&#39;as &agrave; te tortiller comme &ccedil;a alors&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je cherche le bouton&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le bouton de quoi&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le bouton de&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Que dire. Sait-elle seulement ce qu&#39;est un ordinateur, cette pauvre h&egrave;re, m&ecirc;me si elle se balade sur internet.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le bouton du caddie&#8230; pour freiner&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah c&#39;est donc &ccedil;a&nbsp;! Tiens&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Et clop. Elle appuie sur un bouton, le bouton qui me semblait bien &ecirc;tre celui de mon ordinateur, et le caddie s&#39;arr&ecirc;te&#8230; Nous sommes devant la caf&eacute;t&eacute;ria, o&ugrave; des objet-femmes s&#39;agitent, avec des airs franchement robotis&eacute;s. Je ne suis toujours pas chez moi. Je commence vraiment &agrave; me sentir tr&egrave;s, tr&egrave;s angoiss&eacute;e. Je ferme les yeux, en esp&eacute;rant me r&eacute;veiller. D&egrave;s fois, &ccedil;a marche.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Viens&nbsp;! Tu j&#39;offre le repas&nbsp;! elle glousse. Ouvre les yeux si tu veux choisir ton plat&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Et elle m&#39;entra&icirc;ne en direction du comptoir.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Salut les filles&nbsp;! Elle braille. Y a quoi de bon comme plat du jour&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Blanquette-de-veau-arrach&eacute;-&agrave;-la-mamelle-de-sa-m&egrave;re, r&eacute;pond un des objet-femmes, l&#39;air tr&egrave;s ennuy&eacute;.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah&#8230; vous avez pas du poisson&nbsp;? Passe qu&#39;aujourd&#39;hui, c&#39;est vendredi, et je mange pas de viande, &ccedil;a blesse le foie de notre seigneur J&eacute;sus&#8230; pr&eacute;cise gracieusement la cloche.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Truite-des-eaux-savonneuses-de-plutonium-baie, lui r&eacute;pond encore la serveuse-objet-femme, d&#39;un air carr&eacute;ment meurtri.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ok, va pour la truite&nbsp;! Avec des frites&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et-pour-le-dessert&nbsp;? Questionne l&#39;autre.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une mousse au chocolat&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et-pour-boire&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du pinard&nbsp;! Rien que pour moi&nbsp;! Ma copine est en cloque, faut faire gaffe au mouflet&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Ma copine. En cloque. D&#39;une voix aussi m&eacute;canique que la serveuse-objet-femme, je m&#39;entends commander une blanquette-de-veau-arrach&eacute;-&agrave;-la-mamelle-de-sa-m&egrave;re, un fromage blanc au coulis de framboises sans OGN, et une eau min&eacute;rale &eacute;puis&eacute;e &agrave; sa source. Je paye avec ma carte, gling, et la serveuse-objet-femme me tend mon plateau, en cognant comme un fait expr&egrave;s mon ventre. Je ressens une petite douleur, qui accro&icirc;t mon d&eacute;sarroi.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Marre de ces bourgeoises qui n&#39;ont que &ccedil;a &agrave; foutre&#8230; faire leurs courses et manger &agrave; la caf&egrave;te&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Je l&#39;entends marmonner &agrave; sa compagne de virtualit&eacute;.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S&ucirc;r&#8230; et j&#39;te parie ma charlotte qu&#39;&ccedil;a doit voter Arlette aux &eacute;lections&nbsp;! Lui r&eacute;torque cette derni&egrave;re.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Marx a pas tort quand il dit que l&#39;opium du lumpum bobo, c&#39;est la consommation&#8230; m&ecirc;me quand y vote&nbsp;! grogne la premi&egrave;re.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tiens, reprend sa cong&eacute;n&egrave;re, &ccedil;a me fait penser qu&#39;y a AG dans une heure&#8230; y en a marre des Horreurs Syst&egrave;me, faut qu&#39;&ccedil;a change&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Yep&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Marx, Arlette. Je me souviens, un &eacute;clair brutal, que Papa aimait beaucoup ces stars l&agrave;. M&ecirc;me qu&#39;&agrave; table, on avait droit au b&eacute;n&eacute;dicit&eacute; du Kapital, avec le couteau pass&eacute; tr&egrave;s vite sur les dents, en mati&egrave;re de signe de faucille. J&#39;avais horreur de &ccedil;a, je faisais semblant de th&eacute;oriser mais en fait, je comptais ma fortune de tirelire en me demandant si j&#39;allais avoir assez pour m&#39;acheter les derniers supers collants nylon-strecht pour la danse.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben tu r&ecirc;ves ou quoi&nbsp;? Me fait l&#39;objet-femme crassouillarde.<br \/> &nbsp;<br \/> Tout en me posant une main, douce et chaude, sur le bras. Je suis bras nus, je r&eacute;alise &ccedil;a, c&#39;est si bien chauff&eacute; chez moi que m&ecirc;me en plein hiver, je peux m&#39;asseoir en chemise de nuit devant l&#39;&eacute;cran et ce matin, j&#39;&eacute;tais si press&eacute;e que je ne me suis m&ecirc;me pas habill&eacute;e. Je regarde sa main, puis je la regarde, elle. Elle me fait un sourire et je remarque alors qu&#39;elle a des yeux &eacute;tonnants. Verts, tirant sur le jaune, et que, travers&eacute;s par son sourire, ils la rendent presque jolie. Je r&eacute;alise alors deux choses.<br \/> &nbsp;<br \/> D&#39;abord, qu&#39;elle a d&ucirc; &ecirc;tre un joli objet-femme, dans sa jeunesse, et qu&#39;ensuite, <em>ce n&#39;est pas un objet-femme<\/em>. Elle n&#39;est pas virtuelle, &ccedil;a non, sinon comment expliquer que sa main, pos&eacute;e sur mon bras, soit douce et chaude&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> Sonn&eacute;e, je m&#39;assieds. Nous commen&ccedil;ons &agrave; manger. Elle d&eacute;vore, plus qu&#39;elle ne mange, la nourriture s&#39;obstrue &agrave; l&#39;entr&eacute;e de sa bouche, c&#39;est d&eacute;go&ucirc;tant, je d&eacute;tourne les yeux. La nourriture n&#39;a pas l&#39;air du tout virtuelle, je vois le morceau de veau me lancer des regards poignants, piqu&eacute; sur le bout de ma fourchette. Je n&#39;arrive pas &agrave; manger. Du bout de son couteau, elle me d&eacute;signe mon ventre.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est pour quand, ma mignonne&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh&#8230; pour fin d&eacute;cembre&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fille ou gar&ccedil;on&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Gar&ccedil;on&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah ben tu verrais que &ccedil;a nous fasse un p&#39;tit J&eacute;sus&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Elle glousse, puis soudain, ses yeux s&#39;obscurcissent, &agrave; en devenir presque noirs.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Moi aussi, j&#39;ai un gar&ccedil;on&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah, je r&eacute;ponds poliment, et il a quel &acirc;ge&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Douze ans&#8230; j&#39;ai deux filles aussi&#8230; une de 20 ans et une autre&#8230; un b&eacute;b&eacute; de dix huit mois&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Un b&eacute;b&eacute; de dix-huit mois&#8230; mais quel &acirc;ge a donc cette femme&nbsp;?!<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;ai quarante deux ans, elle me dit, &agrave; croire qu&#39;elle lit dans ma cervelle, je sais, je les fais pas&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On m&#39;a toujours donn&eacute; moins que mon &acirc;ge&nbsp;! Elle se rengorge. Quand j&#39;avais 15 ans, qu&#39;est-ce que &ccedil;a m&#39;&eacute;nervait&#8230; j&#39;avais pourtant des seins, pas plus gros que des petits pois d&#39;accord, et du poil &agrave; la foufoune, m&ecirc;me que&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et euh&#8230; ils sont o&ugrave;, vos enfants&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> Je demande, avant qu&#39;elle ne s&#39;&eacute;tende sur ses seins et ses poils. Je m&#39;en mords la langue aussit&ocirc;t. M&ecirc;me moi qui ne connais rien ou pas grand chose &agrave; la vie, je me rends bien compte que cette femme ne doit pas avoir conserv&eacute; la garde de ses enfants.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Plac&eacute;s&#8230; &agrave; la DASS&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Elle r&eacute;pond, justement. Et la voil&agrave; qui &eacute;clate en sanglots. Enormes. Bruyants et g&ecirc;nants. Dieu merci, &agrave; ce moment l&agrave;, un encart pub tombe sur notre table, sncf-voyages passez No&euml;l-&agrave;-la-neige-gr&acirc;ce-&agrave;-nos-supers-promos 475-&euro;-deux-jours-demi-pension-voyage-inclus. &nbsp; <\/p>\n<p align=\"justify\">&#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tiens&#8230; &ccedil;a fait 100 &euro; de plus que le RMI&#8230; constate-t-elle, bravement, en s&#39;essuyant les yeux. Et le RMI, faut que &ccedil;a dure plus de deux jours&#8230; &nbsp; 475 &euro;, c&#39;est le prix que m&#39;a co&ucirc;t&eacute; ma derni&egrave;re lingerie. La femme s&#39;essuie les yeux, et repousse son assiette d&#39;un air las. Elle renifle, m&ecirc;me moi je peux entendre les sanglots qui restent coinc&eacute;s dans sa poitrine. &nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\"> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si je pouvais les revoir, ne serait-ce qu&#39;une fois&#8230; elle g&eacute;mit, en jouant avec sa fourchette dans son assiette.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais vous ne les voyez plus du tout&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nan&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais c&#39;est inique&nbsp;! Ce n&#39;est pas NORMAL&nbsp;! Je m&#39;exclame, sinc&egrave;rement indign&eacute;e.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Normal&#8230; elle ricane&#8230; qu&#39;est-ce qui est normal&#8230; avoir une m&egrave;re alcoolique &#8230; ne pas avoir de p&egrave;re, dormir dans la rue, avec maman, en racontant ensuite &agrave; l&#39;&eacute;cole qu&#39;on a pas pu se laver parce qu&#39;il y a des travaux dans l&#39;immeuble&nbsp;? Crois moi, ils me manquent, plus que le vin apr&egrave;s deux jours, mais ils sont mieux l&agrave; o&ugrave; ils sont&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui mais&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je m&#39;appelle Dany au fait, elle me dit en me tendant sa main &agrave; mitaine pouilleuse, et toi&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Enchant&eacute;e&#8230; moi c&#39;est Am&eacute;lie&#8230; je bafouille.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est joli, Am&eacute;lie&#8230; c&#39;est comme la dame du film&#8230; j&#39;avais bien aim&eacute; ce film&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Elle sourit.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230;&nbsp; j&#39;&eacute;tais rentr&eacute;e en fraude dans le cin&eacute;ma, au chaud, j&#39;avais peur que ce soit un film de violence, avec du sang et des viols, j&#39;ai &eacute;t&eacute; viol&eacute;e, je connais, mais c&#39;&eacute;tait joli, doux, un vrai conte de f&eacute;es&#8230; tu lui ressembles m&ecirc;me un peu&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Pas vraiment, je suis blonde, avec les cheveux longs, remont&eacute;s souvent en chignon et j&#39;ai les yeux gris. Viol&eacute;e. Le mot me reste fich&eacute;, dans le cr&acirc;ne. Je n&#39;arrive plus &agrave; d&eacute;glutir.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh&#8230; c&#39;est vrai euh cette histoire de euh viol&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Je ne peux pas m&#39;emp&ecirc;cher de demander. Honte &agrave; moi, Am&eacute;lie des Pesetas qui pose un regard avide sur la mis&egrave;re vraie des gens pas franchement webcamisables.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, oui c&#39;est vrai&#8230; elle me r&eacute;pond distraitement.<br \/> &nbsp;<br \/> Elle est en train de fourrager dans son sac.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca arrive souvent dans la rue&#8230; faut pas faire attention&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, mais&#8230; je sens mes rep&egrave;res vaciller dangereusement.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est un mauvais moment &agrave; passer&#8230; mais quand t&#39;es saoule et si on te refile pas le sida, c&#39;est moindre mal&#8230; il faut se dire &ccedil;a&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais, mais&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;y ai gagn&eacute; mon fils, Lucas, belle b&ecirc;te ce gar&ccedil;on&#8230; une fois la sale surprise dig&eacute;r&eacute;e, j&#39;ai &eacute;t&eacute; heureuse&#8230; j&#39;adore &ecirc;tre enceinte&#8230; tout le monde s&#39;occupe de vous, j&#39;avais droit &agrave; deux assistances sociales, une sage-femme, une psychologue pr&eacute;natale, une juge pr&ecirc;te &agrave; placer l&#39;enfant, qui me recevait dans son bureau, bien chauff&eacute;, elle mettait ses pantoufles, du Mozart et elle m&#39;offrait des chocolats car c&#39;&eacute;tait vers les P&acirc;ques&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Je m&#39;accroche &agrave; la table. Un nouvel encart publicitaire nous tombe dessus. Dinde-de-No&euml;l-&eacute;lev&eacute;e dans-l&#39;air-et-cuite-au-four avec-marrons-non-og&eacute;in&eacute;s-c&#39;est-la-promo-du-jour-demandez&#8230; &nbsp; <\/p>\n<p align=\"justify\">Dany a fini son repas. Elle l&acirc;che un &eacute;norme r&ocirc;t, qui d&eacute;clenche un message d&#39;erreur d&#39;enregistrement. Je me secoue. Le bouton. Sortir d&#39;ici. Vite. L&#39;horloge de l&#39;ordinateur indique 12 H 08. Mon mari va appeler, que dira-t-il si je ne r&eacute;pond pas. Cela fait partie du code, je d&eacute;pense, certes, mais je r&eacute;ponds toujours &agrave; ses appels, o&ugrave; que je sois, aux soldes, &agrave; la boucherie ou sur les w&eacute;c&eacute;s. Je m&#39;agite, cherchant sans en avoir l&#39;air une touche qui me semblerait ad&eacute;quate.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ma fille a&icirc;n&eacute;e s&#39;appelle Coralie&#8230; et ma toute petite derni&egrave;re, ma pitchounette, c&#39;est Cynthia&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, oui&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &#8230; si je pouvais prendre, ne serait-ce qu&#39;une minute Cynthia dans mes bras&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Certes&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Caresser les cheveux de Coralie&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;imagine&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Fl&egrave;che retour en arri&egrave;re. Atteindre. Rechercher. Fermer fichier&#8230; peut &ecirc;tre&nbsp;? Je clique sur la petite croix rouge. La lumi&egrave;re s&#39;&eacute;teints brutalement.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Courir apr&egrave;s le ballon avec Lucas&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Merde, merde et merde. Quel bouton faut-il donc activer&nbsp;? Je cherche &agrave; nouveau le bouton de la base, en faisant bien attention de ne pas toucher les jambes de Dany.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Leur pr&eacute;parer un petit d&icirc;ner &agrave; tous trois&#8230; des frites, du jambon, de la cr&egrave;me Vanille&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Bouton, petit bouton, o&ugrave; es-tu&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme quand on habitait au Palais de la Femme, rue des mal-lotis&#8230; qu&#39;est-ce que c&#39;&eacute;tait bien&#8230; Lucas et Coralie, &agrave; la vaisselle, et Cynthia, dans mon ventre&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Il fait noir, je ne vois rien. Un message appara&icirc;t, flottant devant nous, il y a marqu&eacute; dessus, <em>la Grande Distribution, peut-&ecirc;tre, mais pas pour nous<\/em>&#8230; C&#39;est une banderole, une banderole port&eacute;e par les serveuses de tout &agrave; l&#39;heure, le visage masqu&eacute; par un foulard.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est un spam&#8230; marmonne Dany, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment &ccedil;a&nbsp;? Je sursaute.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Un sans-parti-attitr&eacute;-maintenant&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais comment savez-vous que&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Dany appuie sur la touche &laquo;&nbsp;sortie&nbsp;&raquo;, sur laquelle j&#39;ai bien appuy&eacute; cent fois depuis tout &agrave; l&#39;heure, et nous voil&agrave; dans un parking, en plein air, avec derri&egrave;re nous, le b&acirc;timent immense des Redoutables.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais comment avez-vous fait&nbsp;? Je bredouille. Des centaines de fois j&#39;ai appuy&eacute; et&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tutoie moi, tu veux bien&nbsp;? J&#39;ai &agrave; peine dix ans de plus que toi alors, pas d&#39;chichis&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Elle est en train de r&eacute;cup&eacute;rer un caddie d&eacute;bordant de cochonneries diverses et vari&eacute;es. Je veux lui dire de faire attention, les rats, la tuberculose, le t&eacute;tanos&#8230; mais je m&#39;aper&ccedil;ois que c&#39;est sa Sansonite &agrave; elle.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fallait qu&#39;on sorte&#8230; elle m&#39;explique&#8230; pas que j&#39;avais envie d&#39;y aller, on &eacute;tait plampettes, mais ces spams l&agrave; sont dangereux&#8230; ils vous bousillent un syst&egrave;me en un slach-ctrl-entr&eacute;e&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> La t&ecirc;te me tourne.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais comment savez-vous&#8230; euh comment sais-tu tout &ccedil;a&nbsp;? Je demande &agrave; Dany.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De vivre dans la rue, &ccedil;a demande de l&#39;attention&#8230; c&#39;est comme la gazelle dans la jungle, si elle fait pas gaffe, elle est cuite&#8230; c&#39;est la mort&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et tu sais comment sortir&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais nous sommes sorties, elle ricane. Oh h&eacute;, ch&eacute;rie, c&#39;est fini les boutiques&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je veux dire&#8230; sortir de&#8230; tout &ccedil;a&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Je fais un geste large, et d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;, qui englobe tout l&#39;environnement.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Sortir pour aller o&ugrave;&nbsp;? Elle me demande, les yeux &eacute;carquill&eacute;s. On est <em>dehors<\/em>, l&agrave;&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais&#8230; je prends mon inspiration&#8230; je voudrais retourner chez moi&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est o&ugrave;, &ccedil;a, chez toi&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A Gazouillis-le-vert-paradis&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah ouais&#8230; je vois&#8230; chez les richards quoi&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Elle me jauge.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bizarre, tu fais pourtant pas grosse bourge&#8230; vu comme t&#39;es habill&eacute;e, je t&#39;aurais plut&ocirc;t vue bitnique&#8230; comme l&#39;&eacute;tait ma maman&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> C&#39;est vrai qu&#39;avec ma chemise de nuit, plaqu&eacute;e sur mes cuisses nues, contre mon ventre aussi, mes cheveux d&eacute;nou&eacute;s, pas coiff&eacute;s, et mes savates marocaines, dix jours dans un riad &agrave; Marrakech, o&ugrave; le b&eacute;b&eacute; a &eacute;t&eacute; con&ccedil;u, je ne fais pas tr&egrave;s Marie-Am&eacute;lie de Gazouillis-les-p&#39;tits-oiseaux.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien si, je dis, froidement, j&#39;habite l&agrave; bas&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quelle dr&ocirc;le d&#39;id&eacute;e&#8230; l&agrave; bas, c&#39;est nul part&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment &ccedil;a&nbsp;? Je m&#39;indigne. L&agrave; bas, y a de l&#39;eau, des arbres, des fleurs, des animaux&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Berck&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Dany plisse le nez, l&#39;air d&eacute;go&ucirc;t&eacute;.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bon, je m&#39;&eacute;nerve, tu sais comment je peux y retourner ou pas&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> Elle me regarde. Puis elle me sourit, &agrave; nouveau cette lumi&egrave;re dans ses yeux&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et qu&#39;est-ce que tu me donnes, si je te montre&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je sais pas moi&#8230; de l&#39;argent&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J&#39;en veux pas&#8230; je veux autre chose&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Elle a l&#39;air nerveuse, soudain.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quoi&nbsp;? Je demande, un peu d&eacute;courag&eacute;e.<br \/> &nbsp;<br \/> Je la vois d&eacute;j&agrave; demander &agrave; s&#39;installer chez moi, dans mon lit, mes habits&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je voudrais&#8230; je voudrais que tu m&#39;aides &agrave; revoir mes enfants&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais je ne sais pas o&ugrave; ils sont&nbsp;! Je m&#39;exclame d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Moi je sais&nbsp;! Elle dit, en tapant dans ses mains.<br \/> &nbsp;<br \/> On dirait une petite fille. Une vieille petite fille de 42 ans, mal habill&eacute;e, pocharde et sale avec juste un sourire, et ses yeux&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien alors, je lui demande, pourquoi as-tu besoin de moi&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je sais o&ugrave; ils sont&#8230; mais je ne peux pas y aller&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais pourquoi&nbsp;? Je demande encore, toute perdue.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est un site payant&nbsp;! Et qui filtre &agrave; l&#39;entr&eacute;e&nbsp;! On m&#39;a rentr&eacute;e comme spam&nbsp;! Interdiction d&#39;entrer&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais moi&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Toi, il te laissera rentrer, et tu peux payer&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; R&eacute;fl&eacute;chis bien, me r&eacute;torque froidement Dany, soit tu m&#39;aides et je t&#39;aide, soit tu restes sur ce parking, avec les Spam qui vont pas tarder &agrave; v&eacute;roler l&#39;endroit&#8230; et crois-moi, moi je connais, je sais me d&eacute;fendre, mais toi, avec ta chemise et ta chatte qu&#39;on voit &agrave; travers&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Je plaque mes mains sur mon bas ventre, j&#39;ai envie de pleurer.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; D&#39;accord, je lui dis vite, sans plus savoir quoi, montre moi le chemin, pour tes enfants&#8230; on verra pour moi apr&egrave;s&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Elle me fait un grand sourire, et elle commence &agrave; pousser son caddie en direction des pagesjaunes.fr. Je tape l&#39;adresse qu&#39;elle m&#39;indique, les fautes en moins, et j&#39;ai t&ocirc;t fait d&#39;avoir l&#39;adresse avec le plan, sous les yeux, de monsieur et madame Corniflec, assistants maternels agr&eacute;&eacute;s.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tes trois enfants sont chez eux&nbsp;? Je demande &agrave; Dany, qui tremble tout &agrave; coup &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les deux petits&#8230; mais leur s&oelig;ur passe tous les apr&egrave;s-midi apr&egrave;s la fac&#8230; elle va &agrave; la fac, ma fille&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Elle a dit &ccedil;a, fi&egrave;rement.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle fait quoi&nbsp;? Je demande, toute curieuse.<br \/> &nbsp;<br \/> Que peut bien faire comme &eacute;tudes la fille d&#39;une Sdf avin&eacute;e.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Management des fonds boursiers &eacute;thiques&nbsp;et pratiques du d&eacute;veloppement durables&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Mince alors.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle veut faire &ccedil;a depuis qu&#39;elle a vu, petite, au foyer, une &eacute;mission sur &ccedil;a&#8230; avec un homme dont elle a trimball&eacute; le poster sur tous les murs o&ugrave; qu&#39;on a v&eacute;cus&#8230; le professeur trucmuche Berthier&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Papa&nbsp;! Je m&#39;&eacute;crie.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Quoi Papa&nbsp;? Elle grommelle. &Ccedil;a va pas ma fille&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est mon p&egrave;re&nbsp;! Je m&#39;appelle Am&eacute;lie Berthier, enfin, c&#39;&eacute;tait mon nom de jeune fille&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et tu habites &agrave; Gazouillis-le-vert-paradis&#8230; ben si ton p&egrave;re te voyait&#8230; ah que c&#39;est dur d&#39;&ecirc;tre parents d&egrave;s fois&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Je rougis. Puis je souris. Je me sens bien, d&#39;un coup. Allez savoir pourquoi. Alors qu&#39;on cause de mon p&egrave;re qui, sur sont lit d&#39;h&ocirc;pital, m&#39;a lanc&eacute; &agrave; la figure que j&#39;&eacute;tais une rat&eacute;e et qu&#39;il esp&eacute;rait bien, qu&#39;&agrave; d&eacute;faut d&#39;&ecirc;tre une militante de la d&eacute;croissance, je placerai les fonds pourris de mon mari dans des entreprises &eacute;thiques. Une claque. Une semaine apr&egrave;s, il mourrait, et un mois apr&egrave;s, j&#39;apprenais que j&#39;allais &ecirc;tre m&egrave;re d&#39;un enfant que mon mari s&#39;obstinait &agrave; vouloir appeler Louis-Emile. Comme l&#39;inventeur de l&#39;usure sur les juste-&agrave;-peine-morts.<br \/> &nbsp;<br \/> Je me reprends. Je clique sur le plan, tape le code de carte bleue d&#39;Antoine des Pesetas, et nous voil&agrave;, zoum, devant la porte d&#39;une petite maison, modeste, aux volets bleus, l&#39;air de la mer nous navigue sous le nez&#8230; Les Corniflec sont bretons et leur maison est &agrave; deux doigts de Paimpol.<br \/> &nbsp;<br \/> Dany tremble &agrave; c&ocirc;t&eacute; de moi. J&#39;&eacute;prouve soudain une immense compassion pour elle. Une sympathie aussi. De femme &agrave; femme. De m&egrave;re &agrave; m&egrave;re.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca fait comment d&#39;&ecirc;tre m&egrave;re&nbsp;? je lui chuchote, le doigt sur la sonnette.<br \/> &nbsp;<br \/> On entends des cris d&#39;enfants.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ca fait&#8230; c&#39;est immense&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Elle me dit, ses yeux brillent.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comme la mer&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Et elle a un geste qui englobe la mer, alentour, les mouettes, les m&acirc;ts des bateaux. J&#39;aime le dehors, celui l&agrave;. Je d&eacute;couvre &ccedil;a, que le dehors peut &ecirc;tre beau. Le vent nous bouscule, il fait froid, mais le soleil brille. La porte s&#39;ouvre. Je lui prends la main.<br \/> &nbsp;<br \/> Une femme &agrave; coiffe se tient sur le seuil de la porte. Ses yeux sont verts comme ceux de mes souvenirs irlandais.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Bonjour&nbsp;! Je lance. Madame des Pesetas&#8230; Assistance sociale de la section Paris-Nord-Est&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Euh, c&#39;est &agrave; quel sujet&#8230; me demande la femme, l&#39;air inquiet.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Cette dame qui m&#39;accompagne&#8230; je d&eacute;signe Dany&#8230; a re&ccedil;u l&#39;autorisation expresse du juge de visiter ses enfants en garde chez vous&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est que&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> La femme regarde Dany. Qui regarde le bout de ses chaussures. Je vois un vent d&#39;Ouest passer dans les yeux de madame Corniflec.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&#39;est que&#8230; normalement&#8230; elle n&#39;avait pas le droit de&#8230; &agrave; cause de&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh bien les choses ont chang&eacute;, je m&#39;exclame, tr&egrave;s s&ucirc;re de moi, ma cliente a fait BEAUCOUP de progr&egrave;s&#8230; elle ne boit plus que de l&#39;eau, fait des d&eacute;marches pour retrouver un emploi et le Palais de la Femme lui r&eacute;serve une chambrette pour le mois prochain&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si vous le dites&#8230; entrez&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Et elle nous ouvre la porte.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ne faites pas attention &agrave; ma coiffe ni &agrave; mon costume, elle glousse, on jouait &agrave; nos amis les bretons avec Lucas et Louison, ma petite-fille&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; O&ugrave; sont-ils&nbsp;? demande d&#39;une voix tremblante Dany.<br \/> &nbsp;<br \/> Elle s&#39;accroche &agrave; ma main.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L&agrave;&#8230; fait madame Corniflec. Coralie va pas tarder &agrave; arriver&#8230; elle a pris une chambre chez nous&#8230; c&#39;&eacute;tait mieux pour &eacute;tudier&nbsp;!<br \/> &nbsp;<br \/> Deux enfants sont assis &agrave; une table. Le plus grand un gar&ccedil;on, est habill&eacute; en marin breton. Il a une frange blonde, des t&acirc;ches de sons, et ses yeux sont ceux de Dany. L&#39;autre enfant, une petite fille brune, coiff&eacute;e &agrave; la Zazie, doit &ecirc;tre Louison. Une petite fille joue par terre, elle est rousse, ronde et elle nous accueille d&#39;un grand sourire.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les enfants, voici votre m&egrave;re&#8230; r&eacute;cite madame Corniflec.<br \/> &nbsp;<br \/> Le visage du gar&ccedil;on se ferme.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il faut regagner le cadre&#8230;&nbsp;?<br \/> &nbsp;<br \/> Il demande, en d&eacute;signant un cadre de photo, o&ugrave; on le voit en compagnie d&#39;une grande fille maigre, d&#39;un b&eacute;b&eacute; et d&#39;une femme qui sourit doucement. Dany, sa m&egrave;re. Sans caddie ni coupe-rose, l&#39;air presque heureuse.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Non, ch&eacute;ri, elle est venue vous voir&#8230; pour de vrai&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> La voix de madame Corniflec est douce. Elle fait quelques petits pas de deux, comme pour all&eacute;ger les circonstances.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mes amours&#8230; chuchote Dany, la voix enrou&eacute;e.<br \/> &nbsp;<br \/> Elle s&#39;avance vers eux, doucement, et la petite fille rousse, qui n&#39;a pas l&#39;air sauvage, se love dans ses bras. Le gar&ccedil;on h&eacute;site, puis finalement, il lui tend la main.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lucas&#8230; dit Dany. T&#39;aimes toujours pas les bises&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nan&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Elle lui serre la main, puis se tourne vers moi.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merci, Am&eacute;lie&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De rien&#8230; je bafouille.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous appelez votre assistante sociale par son pr&eacute;nom&nbsp;? S&#39;&eacute;tonne madame Corniflec.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, je marmonne, c&#39;est une directive qui vient de passer&#8230; euh, je vais vous laisser, je dois rentrer chez moi euh au bureau&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merci Am&eacute;lie, me dit encore Dany, ses enfants serr&eacute;s contre elle.<br \/> &nbsp;<br \/> Elle se redresse.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment je fais&#8230; je chuchote.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je t&#39;accompagne &agrave; la porte&#8230; elle me r&eacute;pond.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ah parce que vous la tutoyez aussi&nbsp;! S&#39;exclame madame Corniflec.<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, la directive&#8230; je bafouille.<br \/> &nbsp;<br \/> Dany me raccompagne &agrave; la porte.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour rentrer chez toi, c&#39;est simple&#8230; tu marches jusqu&#39;&agrave; la station du Rer, au bout de la rue qui m&egrave;ne aux Redoutables&#8230; tu sautes par dessus le portillon, direction Tout-va-bien&#8230; si jamais un contr&ocirc;leur te fait des mis&egrave;res, tu dis que t&#39;es en cloque, que t&#39;as pas de jules et que tu sens que t&#39;as des contractions&#8230; tu descends &agrave; ta station et voil&agrave; tout&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais&#8230; on est en Bretagne&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Moi&nbsp;! Pas toi&nbsp;!<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T&#39;es s&ucirc;re&nbsp;?<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; S&ucirc;re&nbsp;! Tu vas ouvrir la porte et tu vas te retrouver sur le parking des Redoutables&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> On se regarde. Un &eacute;lan nous pousse l&#39;une vers l&#39;autre. Nous nous embrassons.<br \/> &nbsp;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au revoir, Dany&#8230;<br \/> &#8211;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au revoir, Am&eacute;lie&#8230;<br \/> &nbsp;<br \/> Je pousse la porte, et me retrouve dans le plein soleil, sur le parking des Redoutables. Je me sens calme et heureuse. Je me mets en route, en direction du Rer, marchant comme une reine dans ma chemise de nuit, et mes mules marocaines qui claquent sur le macadam comme une chanson des rues. Je pose la main sur mon ventre et promet &agrave; mon fils qu&#39;il ne s&#39;appellera pas Louis-Emile et que je l&#39;emm&egrave;nerai, un jour, en Bretagne.<br \/> &nbsp; <\/p>\n<p align=\"justify\"> &nbsp;<br \/> &nbsp;<br \/> &nbsp;<br \/> &nbsp; <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je m&#39;appelle Am&eacute;lie des Pesetas. J&#39;habite dans une jolie maison, en banlieue chic, avec vue sur la for&ecirc;t et le lac, un vrai petit paradis o&ugrave; le week-end viennent les familles urbaines prendre un coup de vert. Moi, j&#39;y vais en semaine me promener, un peu moins maintenant, mon ventre p&egrave;se. Je dois accoucher dans &#8230;<a class=\"post-readmore\" href=\"http:\/\/mariechotek.com\/?p=92\">read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/92"}],"collection":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=92"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/92\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=92"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=92"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/mariechotek.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=92"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}