Osez la nuance! 1

La France est agitée de soubresauts. La crise économique ? Pensez-vous ! Les migrants refoulés, à qui on arrache les couvertures jusque dans les congères ? Pfff, peanuts !

  • La laïcité alors ? La France aime bien se faire mal avec…

Ça aurait pu mais non, il s’agit ici des femmes. De leur respect, de leur intégrité, du droit que l’on a de les draguer (ou pas), de leur palper la fesse (ou pas), de les violer (ou pas), de les.

  • C’est bon, on a compris !

Depuis une semaine, claques et injures s’échangent par tribunes et interviews interposées. Deux camps bien définis se sont ainsi dessinés parmi lesquels nous sommes sommés, hommes et femmes, mais surtout femmes, de choisir.

Les féministes (un bloc) et les collabos ou les réactionnaires (un autre bloc). Le thème ne se connait pas, semble-t-il, la voie du milieu. Comme pour le partage de la Palestine ou le port du viol euh voile.

  • Qui né mâle, né violeur !
  • Qui né mâle, né gentleman dragueur !

Or, je ne veux pas choisir. Je ne sais pas vous, Joëlle, si toutefois l’idée vous en traverse l’esprit à l’heure où vous endurez à nouveau un round de chimie ? Je sais que vous êtes une femme, une vraie, vous avez travaillé, connu l’amour et eu deux enfants. C’est suffisant, et même déjà trop, pour que vous ne soyez pas obligée de choisir votre camp, malade ou pas.

Alors ?

  • Qui n’est pas avec nous, est contre elles!
  • Et nous ! mais pas eux…

Je suppose que je ne suis pas la seule à me sentir partagée. Je veux dire, combien sommes-nous à nous sentir à la fois féministes et collabos ? Hein ?

  • Avec toi, deux.

Maurice, ce n’est pas à toi que je m’adressais. Nous parlons de sexe et non de déportation, bordel.

  • La femme juive est une féministe comme les autres !
  • La femme juive est une réactionnaire à notre instar !

Mesdames, mesdames, on se calme ! Globalement, il n’y a pas péril en la demeure, quoi que vous sembliez toutes le penser.

  • Pas de péril ? J’en suis à mon huitième viol !
  • Une heure que je suis là et personne n’a essayé de me peloter la miche ? C’est pas du péril ça ?!

De la nuance, Mesdames, de la nuance… Je suppute que parmi le camp de celles qualifiées de réactionnaires ou collabos parce qu’elles en appellent au droit à être importunées (car oui, vouloir être importunée par un mâle c’est être réactionnaire), beaucoup ne rangent aucunement dans cette libéralité, les viols et les harcèlements sexuels.

  • Si ! Moi ! Je regrette de ne pas avoir été violée ! J’envie les chanceuses qui ont eu droit à ça quand moi, la Millet, bien qu’arpentant nue la cité des Mille Pistils à des minuits et quelques, personne n’a tenté de me faire vivre cette expérience !

Tout le Monde vous le dira, la Catherine a toujours été un peu spéciale. En ce sens, je ne pense pas que la Tribune du Monde qui a valu à ses signataires d’être agonies ait été écrite dans cet esprit-là (tout le monde devrait avoir la chance d’avoir été violé au moins une fois dans sa vie). Catherine Millet est, rappelons-le, une sorte de professionnelle du sexe, une libertine donc fatalement un poil (de cul) un peu provocatrice. Si les féministes avaient un peu de second degré, elles auraient gardé une partie du bébé au lieu de jeter l’enfant, la baignoire et la salle de bain.

  • Nous, incapables de second degré ? On en a au moins 10, 11 avec Simone qui nous a quitté cet été !
  • Tu la connais, celle de la ménagère de 50 ans qui perd sa gaine dans un ascenseur alors qu’un unijambiste la tripote ?

Non, mais ça doit être drôle ou dramatique ou dramatiquement drôle (je n’ose plus rire de blagues de ce genre depuis quelques temps).

Je rappelle qu’avant les fêtes, j’avais écrit déjà une chronique sur le sujet. Le harcèlement. Vous l’avez sans doute lue, Joëlle, entre la dinde et la galette. Non ? Vous devriez, elle était croustillante (comme la galette, ahah).

  • Oui d’ailleurs tu tournes en rond, Mimi ! Faudrait voir à varier tes thèmes…
  • Un billet sur la galette frangipane à la République en marche ça ne te dirait pas ? ça c’est du lourd !

J’y avais, non pas regretté (je vous vois venir) mais exprimé ma surprise que tant de femmes en France aient été harcelées quand moi, jamais. Je ne reviendrai pas là-dessus. Je ne voudrais pas me faire mettre dans le même baise-en-ville que la Millet.

  • Mimi, tu n’es donc pas féministe !
  • Ça ne m’étonne pas, y a qu’à voir ta vie ! Un homme, deux enfants, bientôt un chien, un canari, une femme de ménage et un SUV, n’en jetez plus !

Parce qu’on en arrive là. A des déductions très hasardeuses. Une libertine ne peut pas être féministe. Pourtant la libertine choisir ses amants et fait ce qu’elle veut de son corps, gratuitement avec ça, c’est à dire pour le simple plaisir. N’est-ce pas là un signe d’indépendance vis-à-vis des hommes ?

  • Non, la féministe donne juste gratuitement aux hommes ce qu’ils veulent !
  • Non, la féministe réduit sa féminité à son sexe ! c’est de la collaboration sexuelle !

J’ai même entendu l’une d’entre elles, artiste et féministe, expliquer qu’outre que les signataires n’étaient qu’un ramassis de connes et de réacs, elles faisaient le jeu du dominant (le mâle) qui aime bien se faire passer pour la victime quand la victime git encore sous son pied (son zizi en l’occurrence). J’ai relu le texte, et je n’avoue ne pas avoir trouvé le lien.

  • Moi, DSK, économiste, 68 ans, je regrette de ne pas avoir été violé, ça m’aurait permis d’intégrer un des deux groupes de femmes et m’en mettre plein les mains…

De l’autre côté, on assure qu’une féministe, forcément, n’aime pas les hommes. Le # balancetongoret comme #me aussi/moi too, en seraient la preuve. Seule la haine du sexe avec un mâle aurait suscité ces #. Il n’y a qu’à voir le taux de gouines et de femmes laides dans les rangs féministes et les hommes avec lesquels elles sortent, si toutefois elles ont réussi à en séduire un avec leur logorrhée égalitaire et passionaria, leurs poils aux pattes et leur soutien-gorge Tati.

Des lopettes et des chauves, des homuncules et des agrégés en proto-philosophie.

Alors qu’une femme, une vraie, celle qui a des talons et porte une jupe, sort avec des hommes, des vrais, des mâles et des couillus. Elle sait surtout que les hommes sont avant tout de pauvres créatures, victimes du harcèlement suscité chez eux par la sipmple vue d’une paire de loches ou d’un séant moulé… Ce qui fait qu’ils n’ont d’autre choix que de leur sauter dessus, sinon leurs gènes vont leur faire la gueule toute la soirée.

  • C’est pas ma faute, fallait pas laisser le plateau de petits fours à côté de moi…

Et en ce sens, les féministes sont antinaturelles et donc réacs. Euh non, ce n’est pas ça. Elles sont antinaturelles et donc révolutionnaires. Car être contre la Nature c’est être révolutionnaire puisque la Culture, son antidote, l’est par essence. Y a qu’à voir Céline ou d’Ormesson.

Enfin, quelque chose comme ça.

Bref, ce que je trouve désolant c’est que dans les deux camps en présence, il y a sans doute une bonne partie des femmes qui se retrouvent certainement sur quelques principes simples. Ok pour une parole de drague même lourde dans la rue (c’est à vous tout ça ?), beaucoup moins si elle est vulgaire (par ici ma salope !), mais tout de même pas au point d’appeler l’ONU.

Et absolument pas OK pour une conduite s’apparentant à du harcèlement sexuel, et encore moins pour un viol, chez soi par son conjoint ou dans la rue par un inconnu.

  • C’est dommage parce que le taux d’orgasmes lors d’un viol est très élevé !

Car oui, il y a eu aussi cette perle plutôt mal venue, de la part de la mère Bibi Lahaie qui, depuis, en a pleuré il parait.

  • Si on peut même pu rigoler… je parlais de viol consentant bouhouhou…

Il se passe aussi que ces femmes, signataires, ne vivent pas dans le même monde que nous et ne sont pas faites du même bois. D’où ce sentiment qu’elles ne savent pas de quoi elles parlent d(une certaine façon).

  • Ben quoi, on n’est pas des femmes comme les autres?

D’où tu parles camarade n’est-ce pas ? Ni depuis le strapontin de la ligne 9, ni depuis le garage de Puilly en Artois ou de la cité des Mille pistils. Ni depuis le lycée Louise Lamiche ou la supérette yatoutcheznous.

De plus, ce sont des femmes fortes, aptes à se défendre. La Millet, à mon avis, saura quoi faire si on lui met une main au panier (tout dépendra de qui est au bout de la main dans le panier). De même, la Deneuve saura très certainement assommer son agresseur à coup de sac Chanel. Alors que la Manon, 14 ans, un appareil dentaire et des complexes concernant ses seins bonnet C95 aura plus de mal à supporter qu’on le lui touche, justement, son bonnet. De même, la Annie, 42 ans, dépendante financièrement de son mari, sans emploi, sans diplômes, sans espoir, aura quelque peu du mal à quitter ce dernier, bien qu’il la force pourtant à l’aider à mieux vivre son statut de victime de pulsions sexuelles irrépressibles en la violant tous les samedis soir…

  • Elle n’avait qu’à faire actrice !

De même, on peut supposer que lorsqu’on habite une cité aux mains de mâles aussi dominateurs qu’ils se sentent impuissants dans leur vie, se faire traiter de salope parce qu’on a ressorti son kilt écossais n’a pas la même résonnance que lorsqu’on traverse le quartier latin en jupe plissé, pour se rendre au cinéma afin d’y voir Le sens de la fête.

  • Une main aux fesses et c’est la liesse !

Reste justement la main aux fesses et le frottement d’un organe reproducteur contre votre cuisse. Ces deux pierres d’achoppement. Même chez A, pourtant victime de ses pulsions hormonales comme tout mâle digne de ce nom, le terme de « non évènement » a fait tiquer. Là aussi, je suppose que oui, pour une Millet ou une Lahaie, une main dans le slip, c’est un accident de parcours dans une vie sexuelle haute en couleur, quand pour le Manon, ci-dessus, cela peut être un traumatisme.

  • Un traumatisme c’est fait pour être dépassé !

La Millet, sommée de s’expliquer, a expliqué qu’elle ne voulait pas voir ces femmes victimes de viol ou d’attouchements s’enfermer dans leur trauma, mais au contraire s’en détacher. C’est ce qu’on leur souhaite, bien évidemment, mais la formulation de départ de mâme Millet était pour le moins ambiguë (bien que très claire).

  • On m’a violée au montage !

De toute façon, il s’avère aussi que question main aux fesses, on le vit très mal à 14 ans, plutôt mal à 20 ans, pas fort bien à 30, et passé 50 ans, on ne le vit plus, ou presque.

  • Parle pour toi, vieux boudin!

Y n’empêche. L’explication à tout cela, c’est qu’hormis certaines plumes parmi les signataires, ces femmes ont sans doute voulu rétablir un peu le fléau de la balance, et rappeler que quoiqu’on fasse, malgré tout, un homme ne se comportera jamais comme une femme.

  • Ah non et puis quoi encore !
  • Chéri, rends-moi mon jupon !!

Déjà, hormis certaines comme mâme Millet, les femmes n’éprouvent pas le besoin de considérer leurs semblables, version mâle, sous l’angle de prime abord sexuel. Cela ne veut pas dire qu’elles ne le font pas, elles le font aussi mais moins systématiquement et surtout, elles ne se précipitent pas tel un nourrisson au stade oral pour le toucher.

  • Slurp, slurp, je découvre le monde avec mes doigts et ma bouche…

On me dira, justement, tout ça c’est une question d’éducation. Les femmes pourraient tout aussi bien harceler les hommes dans la rue si on les y éduquait, alors faisons un effort, apprenons à nos filles à palper les pénis et les couilles de leurs semblables.

Mais alors là, j’ai des doutes quand même. Déjà, je n’ai pas envie de faire ça, ni d’apprendre à ma Zouflette à faire de même.

Et puis, parce que depuis que l’espèce humaine existe, et au vu du nombre de pays, régimes, religions, cultures différents existant sur cette terre, si des femmes en avaient éprouvé cette envie irrésistible, cela se serait fait.

  • Et alors ? c’est pas parce que depuis 42 000 ans, les hommes sont des porcs et les femmes de cochonnes que ça ne peut pas changer, non ?

Non, il vaudrait mieux partir de ce constat que, de prime abord, l’homme va avoir une tendance légèrement porcine et la canaliser par l’éducation, et ce dès tout petit (idéalement dès le cri primal).

De même, côté petites gorettes, il faudrait leur apprendre à se défendre. Par la parole déjà, genre crier haut et fort dans un transport en commun, TA MAIN SUR MES FESSES C’EST UN EFFET DE LA PESANTEUR OU PAS ? Par des gestes aussi, des réactions appropriées. Coup de pied dans les couilles, torsion de pénis ou ratatinage de fessiers.

Et surtout, surtout, bannir cette honte vraiment moche que l’on a toutes ressentie, oui même moi, qui est, on m’insulte, on me touche et c’est moi qui me sens coupable.

  • Fallait pas laisser le plateau de…

Pour le reste, viols, harcèlements et violences sexuelles diverses, aucune discussion n’est nécessaire. Cela relève du pénal, et nulle tribune ne devrait être écrite pour nous le rappeler.

Ma citation du jour, ma chère Joëlle, si vous ne vous êtes pas endormie ou faites harceler par l’infirmier du service : On reconnait l’état d’une démocratie à l’état de ses prisons. Vous remplacez juste « prisons » par « femmes », d’accord ?

Je vous souhaite une semaine pas trop inconfortable, chère Joëlle, et vous dis à bientôt.

One comment on “Osez la nuance!

  1. Reply ln22 Jan 17, 2018 16:41

    Je suis POUR … tes écrits!
    bises ventées

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