Madame Irma vient me visiter en miss culpa 1

Aujourd'hui, j'ai eu la visite, imprévue, de madame Irma. Déjà, je n'avais envie de voir personne, trop fatiguée, je goûtais au bonheur de dire non, sans autre justification que, ma tumeur m'épuise. Alors voir madame Irma…
 
Elle est arrivée à l'heure du laitier, tant qu'à faire, alors que si il y avait bien quelque chose de sympathique dans le fait de se faire retirer une tumeur de la caboche, c'est de pouvoir faire la grasse matinée en semaine. Elle a sonné à la porte avec la vigueur d'une fonctionnaire de la Stasi (penser à aller voir La vie des autres dès que le monde aura cessé de tanguer autour de moi). Baba, qui est devenue ma geôlière euh garde-malade, était partie à son groupe de mémoire pour petites vieilles. Une excuse encore pour ressasser le passé, la guerre en Bosnie, et puis t'as vu, la Serbie n'a même pas été jugée coupable ne serait-ce que d'incitation au génocide, pays de merde, Onu de merde, tribunal yé dé ou pitchou maternou (retourne dans le v… de ta mère), etc. Ce qui fait que madame Irma est entrée chez moi, aussi facilement que le cobra glissant doucement sur le carrelage l'été dans votre maison tout juste protégée par un rideau gling gling de perles nacrées…

  • Youhou! Mademoiselle Chotek! C'est moi! Madame Irma!

Je suis sortie de mon lit croyant à un effet secondaire de l'opération, mais non. Elle était bien là, plantée sur mon parquet, habillée telle une idole professionnelle des Pv en milieu urbain.

  • Je venais voir… si tout allait bien… elle a finit par lâcher.
  • Chava, j'ai marmonné.
  • Bizarre, vous avez encore tous vos cheveux… elle a remarqué d'un air suspicieux.
  • On me les a généreusement laissés, pour l'esthétique (des visiteurs) et le moral (le mien).
  • Ah parce que vous ne faites pas de chimio?

Merci madame Irma.

  • On fait une chimio quand c'est… J'ai pas réussi à prononcer le mot. Moi, c'est pas mon cas.
  • Et vous êtes QUAND MEME arrêtée?! Elle a braillé.
  • On m'a ouvert la tête madame Irma… j'ai protesté.

Merde alors. J'avais été plus délicate moi quand j'avais été la voir chez les fous.

  • Oui mais de là à peigner la girafe pendant deux mois… alors que nous croulons sous le travail… a dit d'un ton pincé madame Irma. Je trouve ça… euh…
  • Scandaleux? J'ai suggéré, bonne fille.
  • Très limite en tout cas… elle a caqueté. Vous n'avez pas un oncle, un grand-père, un cousin médecin par hasard?
  • Non pourquoi? J'ai demandé.
  • Je pensais à une quelconque complicité… elle a marmonné. Parce que je trouve ça TELLEMENT gros! Même pas cancéreux et arrêtée DEUX MOIS!
  • Mais madame Irma, j'ai fini par lâcher, vous aussi vous avez été arrêtée deux mois, il y a peu, pour euh dépression nerveuse…
  • Ah ça? Mais ça, c'était parfaitement justifié! C'est grand la dépression nerveuse! C'est existentiel! ça mérite qu'on s'y arrête! Elle a vivement protesté.
  • Eh bien, considérez que le trou qu'on m'a fait dans ma tête a quelque chose d'existentiel… j'ai grogné. Si ça peut vous rasséréner…

Non mais, sans blague. Si y a bien un truc flou et difficilement appréciable, c'est bien la dépression nerveuse. Tandis que la neuro chir, comme y disent les pros, c'est clair, c'est net et y a photo en plus.

  • J'espère que vous profitez au moins de tout ce temps libre pour écrire… elle a lâché, l'air de ne pas y toucher. Et écrire des choses un peu plus profondes que vos habituelles nouvelles qui font agréablement passer le temps, je ne nie pas mais qui, bon, ne vont pas révolutionner les pauvres lettres de ce pauvre pays… ce qui tend à me faire penser de plus en plus que soit on fait une chose à fond et on innove, soit on ne fait RIEN…
  • Eh bien euh…

Madame Irma avait mis dans le mille, plus sûrement qu'avec la bureautique. En effet, je n'arrivais à rien, tout était à plat chez moi, un encéphalogramme créatif anorexique qui me poursuivait dans mes lectures du moment où je ne cessais de trouver tout bien mieux que ce que je faisais moi, au moment même où ça commençait à démarrer pour moi (rappel du pied : publication en mai aux éditions Arcadia !!!!)… Baba disait que j'étais bien slave, d'une certaine façon, à détruire avec passion ce que j'avais péniblement réussit à construire.
 
La sonnerie du téléphone m'a alors réveillée. C'était le professeur Colza qui voulait absolument m'apporter du lait et me montrer sa dernière invention. Le détecteur de mensonges chez le candidat aux présidentielles 2007. Comme si on en avait besoin. Moi j'avais besoin, comme une femme stérile s'essayant aux fiv, d'une bonne piqûre de stimulation dans les fesses.

  • Apporte moi plutôt le coke que du lait, je lui ai dit.
  • Que veux-tu faire avec du charbon? a demandé, surpris, le professeur Colza.
  • Laisse tomber, j'ai soupiré, amène ton détecteur, ça peut peut être marcher sur d'autres que les hommes et les femmes politiques…

Et je me suis recouchée, défaite, en attendant son arrivée.

One comment on “Madame Irma vient me visiter en miss culpa

  1. Reply Jean-Mi Mar 2, 2007 17:48

    merci de donner de tes nouvelles régulièrements,
    bises, Jean-Mi

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