Pas de livres sur nounou 1



Lundi, mardi, mercredi… à chaque déjeuner, alors que je
m’apprête à avaler mon sandwich maison, ayant redécouvert avec stupeur le cours
du sandwich parisien, A m’appelle et me fait le récit de la scène déchirante
que Zébulon lui a faite le matin quand il l’a déposé chez Nounou. Visage
triste, devant la porte, puis atone et défait sur les genoux de son père qui
discute un brin avec nounou, enfin cris, larmes, et même tremblements dès que son père bafouille un timide « euh ben
moi je vais devoir y aller maintenant mon chat… » alors, ultime acte de cette
pièce jouée chaque matin, le chat s’agrippe à lui de toutes ses forces, en
tremblant et en hurlant comme si sa vie
en dépendait
.

Et mon sandwich finit chaque midi à moitié mangé dans la
poubelle, et le chiffre m’est alors un peu plus lourd… Qu’est-ce que je fous là
quand mon fils est en train de souffrir mille maux chez une nounou?

Seul le fait que Zébulon redevienne Zébulon dès qu’il est à
la maison et qu’il semble égal à lui-même quand on vient le récupérer, nous
semble la preuve que Nounou ne l’enferme pas dans un placard ni ne le torture
point durant les 9 heures où il est chez elle. On se le dit, on se le répète,
c’est normal qu’un mouflet qui a pris ses aises et habitudes avec sa mère
pendant 16 mois ait quelque mal à s’habituer à sa nouvelle vie. Mais,
forcément, les pensées négatives et paranoïaques hantent ses parents qui,
suivant les conseils d’alliés dans le domaine, surgissent à des heures indues
pour récupérer le petit afin de prendre la nounou sur le fait… de quoi, on ne
sait au juste, alors on effectue juste quelques carotages de temps à autre en espérant ne pas tomber
sur une scène d’anthologie comme on nous en a racontées (la nounou discutant
placidement au téléphone tandis que l’enfant hurle au sol, le bébé resté ficelé
dans son siège auto dans le garage de la nounou…). Sûr qu'on aimerait pouvoir se
cacher dans un placard chez elle, ou grimper à sa fenêtre pour regarder à l’intérieur
de l’appart, mais ce n’est hélas pas possible (à moins qu’on ne ravale son
immeuble ? auquel cas, en soudoyant le chef de chantier, on pourrait
peut-être se hisser à son deuxième étage pour l’espionner…).

Jeudi, après avoir écouté une fois encore ce récit là de A,
je suis partie en quête d’un manuel de survie pour petit enfant déposé en
nourrice. J’ai commencé par la librairie Gallimard où, sans doute émue par mon
bouleversant récit, une jeune vendeuse s’est mise en quatre pour me dégoter Le
livre pour petit qui saurait réconforter mon Zébulon. Elle n’en a pas trouvé un
seul, les seuls et rares ouvrages existant sur la garde d’enfant étant
consacrés à la crèche. Il y en avait un de Catherine Dolto-Tolitch, le bien
nommé La crèche, et un autre de Jeanne
Ashbé, A ce soir, que nous avons
ouvert toutes deux pleines d’espoir… pour ne tomber que sur des illustrations
montrant bien que les mouflets du bouquin vivaient leur journée en
collectivité.

Quand on sait combien de mômes vont en crèche et combien en
nourrice, à savoir 25 et 75% environ, on se dit qu’elles auraient pu faire une
étude de marché ces connasses, le mot m’a échappé dans la boutique suivante, la
librairie de l’Ecole des loisirs où là encore une vendeuse, émue aux larmes,
s’était mise en quatre pour me sauver la vie. Impression qu’une caste d’ultra-privilégiés
non seulement se partagent les rares places en crèche mais en plus monopolisent
la littérature enfantine sur le thème de la garde d’enfants. A part ça, des
livres sur le popo, le doudou, le miam miam, le fœtus number two qui se radine,
le chat de la voisine, le chômage du père, la drogue du frangin, et même la
mort, en veux-tu en voilà, mais sur cet élément de base de la vie du petit
enfant, et de ses parents, à savoir la nounou, grattez vous.

Bref, vous l’aurez compris, outre que je n’aurais rien à
lire à mon petit canard ce soir pour lui remonter le moral et le rassurer par
la littérature qui n’est-ce pas a été inventée pour sublimer la vie et ses
heurts, il y a donc un créneau à saisir. Auteurs et illustrateurs de jeunesse,
psy pédo machin chose, éducateurs de tous poils, écrivez donc un bouquin sur le
thème de Zébulon va chez sa nounou,
vous en aurez des acheteurs ! Rien qu’en Seine-Saint-Denis, vous pouvez
compter sur 2000 foyers potentiellement intéressés.

Mais comme le temps presse, que Zébulon s’est même mis à
hanter à nouveau nos nuits en criant 2 heures durant avec l’air de celui qui
paniquait de 1 à 12 semaines dès qu’on le couchait seul dans son lit, j’ai
réfléchi dans l’urgence à quelques versions de ce projet.

Il pourrait y avoir la version psy de Zébulon a une nounou où on expliquerait à Zébu que la nounou est
une mère de substitution qui a à cœur de satisfaire ses besoins primaires et qui
va participer en douceur au développement de son sur-moi, afin qu’il progresse
vers la civilisation, tandis qu’un objet de transition  appelé le doudou et préalablement badigeonné
des humeurs de sa mère, l’accompagnera afin qu’il demeure dans la matrice de
celle-ci, au moins symbolique, sans compter que l’enfant après avoir appris à
être seul dans la présence de sa mère, doit désormais apprendre à être seul en
présence d’inconnus, comme cette nounou qui le garde en journée, sans oublier
par ailleurs que l’heure est venue de se savoir je et unique, donc quelle
chance que cette séparation d’avec petite maman en journée pour devenir soi-même… Etc.

On peut aussi faire la version Zébulon au pays des
merveilles. Tous les matins, Zébulon se lève, boit son lait et emporté dans les
bras forts de papa, il se rend chez super nounou où l’attend souvent déjà super
donedone. La porte s’ouvre, bonjour zébulon, nounou est là, avec son sourire
méditerranéen (elle est d’Alger), elle tend ses bras chaleureux à zébu qui
pousse un cri de joie, oh que je suis heureux de retrouver super nounou ! oh
que je vais bien m’amuser avec super nounou et super donedonne ! Papa s’en
va doucement, sur la pointe des pieds, pour ne pas troubler ce touchant tableau :
super nounou accroupie sur le sol aux côtés des deux petits à qui elle montre
déjà comment se servir d’un pinceau à aquarelle car oui super nounou a mis sur
pied tous plein d’ateliers pour éveiller l’esprit de ses petits protégés.
Zébulon fait  un au revoir distrait à son
père, il est si heureux de cette nouvelle journée qui démarre où il va
apprendre tant de choses : faire un gâteau, de la peinture, écrire son
nom, écouter un récit historique consacré à l’antiquité égyptienne ou  la guerre d’Algérie, avant que de sortir longtemps
jouer dehors (peut-être même que nounou poussera jusqu’à prendre le 115 pour
les emmener au parc floral de Vincennes ou bien voir les petits canards sur le
lac de saint-mandé).

Il y aurait la version réalité de la vie. Pourquoi Zébulon
doit aller chez Nounou. Eh bien, dans la vie, Zébulon, il se trouve que les
grandes personnes doivent travailler ça veut dire quoi travailler ? eh
bien ça veut dire effectuer une tâche ou remplir une fonction pour gagner de l’argent,
de l’argent pour faire quoi ? eh bien pour payer le loyer, la nourriture,
les factures, c’est quoi les factures ? eh bien c’est un papier que tu
reçois et qui te demande de donner tant d’argent pour telle chose, par exemple
pour l’électricité. C’est quoi l’électricité, eh bien… la nounou, oui oui, on y
vient, je prépare juste le terrain.

Y aurait enfin la version trash, Zébulon dans l’antre de
Nounou, celle que l’on a envie d’écrire les nuits où le mouflet vous tient l’oreiller
pendant deux heures durant, de préférence de 2 à 4 heures, cette tranche
horaire où on est le plus frais et dispos après deux bonnes heures de sommeil. Il
faut dormir mon petit Zébu, car demain matin, on va chez nounou, et si tu dors
pas, on lui demandera qu’elle t’enferme dans son placard à balais, qu’elle te
donne à manger ses vieux restes, qu’elle sorte sans toi faire du pousseur juste
sous les fenêtres de la chambre où elle t’aura laissé enfermé dans ton lit
parapluie… ah et puis le soir, ne nous attends pas, mon chaton, tu avais peur
d’être abandonné, tu vas avoir une bonne raison de frousser, et une autre de
t’attacher à nounou car ce soir, fi-ni, on ne viendra pas te chercher, non, on
te laisse pour une durée non déterminée chez nounou (ça veut dire très
longtemps), alors sois gentil avec elle, ta vie en dépend mon chéri au revoir…

Bon, voilà quelques pistes à illustrer de quelques dessins
et zou, en librairie, ça doit pouvoir faire un tabac (sauf dans les crèches).

One comment on “Pas de livres sur nounou

  1. Reply ln22 Juin 6, 2009 21:26

    ah là là ça travaille du chapeau ma pôv dame !
    moi j\’dis c\’est bien que zebulon voit aussi la vie avec d\’autres yeux ? non ? si ! Non ? bon moi j\’disais ça en passant . Y\’a des enfants qui vont très bien et qui sont pas passés par l\’étape nounou. Moi j\’ai eu des histoires dans popi, ou autres sur les journées chez THE Nounou !

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