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Bécassine 2 (Acte III)


–         
Qui est Bécassine ? A insisté… Bécassine.

Nous nous sommes regardées, la Cadette et moi. Qui
était-elle effectivement ?

Etait-elle cette
personne à la frange ondulante, au carré impeccable, qui se tenait sur le seuil
du bureau, tellement familière désormais… ou bien était-ce l'autre… la
squatteuse du bureau de Claudie, l'ex ministre de la culture redescendue des
sommets pour se mêler au peuple , celui des employés de bureau, à catégorie sous-sol
ou à peine rez-de-chaussée, afin de passer l'hiver au chaud avant de s'en aller brasser à
nouveau les Lettres de Noblesse du Livre à la Mecque du Livre, la BNF, où elle côtoierait
comme avant de ces créatures para-divines, à l'instar de Nicolas Ier, avec qui elle
avait pris l'habitude de frayer jusqu'à sa chute heureusement semble-t-il temporaire ?



–         
Alors ? A insisté la euh personne, en
pénétrant dans le bureau. Personne ne me répond ?
–         
Eh bien… a commencé la Cadette.
–         
Bécassine, c'est ma cousine ! J'ai lâché d'un
coup d'un seul.
–         
Ca merci, je le sais bien, a rétorqué la euh
dame, en allant au porte-manteau accrocher son Burberrys et son écharpe de
cachemire sans oublier son béret à motifs écossais.

Avec la Cadette, nous nous sommes encore regardées. Cette
euh dame semblait faire comme chez elle. Etait-ce un indice de sa
Bécassinitude ?

–         
Eh bien, figurez-vous que ma cousine s'appelle
vraiment Bécassine, j'ai insisté malgré l'air chagrin (parce que critique) de
la Cadette, elle vit en Bretagne et…
–         
Tu as quelque chose contre les Bretons ?

A cinglé Bécassine en se retournant brutalement vers moi
comme si on lui avait écrasé le gland du mocassin.

–         
Non bien sûr ! J'ai protesté. Mon amie
d'enfance est même bigouden ! Et il se trouve que ma cousine aussi… on
l'appelle Bécassine car son nom est… Bérangère Cassine, alors vous comprenez,
on coupe, on colle et ça donne Bécassine, voilà, voilà…
–         
Très intéressant, a émis Bécassine d'un air de
doux mépris. Et pourquoi en parliez-vous ?
–         
Parce qu'elle vient à Paris pour les fêtes, j'ai
repris promptement, et que…
–         
Et pourquoi faut-il absolument qu'elle ait une
sœur jumelle ? A demandé Bécassine, décidément très stalinienne.
–         
Parce que, parce que… j'ai bégayé.
–         
Vous avez eu du nouveau sur votre mission sur le
numérique ? A coupé la Cadette.

Elle regardait hardiment Bécassine, qui avait commencé à
rassembler les magazines qu'elle allait me demander de photocopier pour qu'elle
établisse sa revue de presse sur le Livre, qui ressemblait étrangement à un
catalogue de titres d'ouvrages, dont bon nombre de Beaux Livres A Offrir Pour
Les Fêtes. J'ai senti une pointe de révolte me piquer les yeux. Qu'est-ce que
je foutais donc dans ce bureau de merde à la con chié bordel ?

–         
De quoi parles-tu ? A demandé
tranquillement Bécassine à la Cadette. De quelle mission sur le
numérique ?
–         
Eh bien, ce dont on a parlé ce matin… avec
Claudie qui devait libérer son bureau… a précisé la Cadette toute rouge.
–         
Oh ça… des rumeurs de corridor ma fille, a émis
d'un ton méprisant Bécassine, il ne faut pas croire tout ce que racontent vos
désœuvrées collègues…
–         
Mais elle nous a encore dit que…
–         
Mimi ! A glapi Bécassine. Tu en es où sur
le putain-de-contrat-de-performance ? Tu as réussi à faire rentrer dans
les cases les données techniques… nombre d'entrées des scolaires par la porte A
du salon de Montreuil, nombre d'anges qui passent durant les conférences sur
l'avenir du livre au temps de la grippe A dans ce même salon, nombre de traces
de doigts avec relevés d'ADN sur les plaquettes d'information du Syndicat du
crime ès Lettres… tu as équationné, tu as performancé le tout et tu as sorti
les indicateurs à suivre sur trois ans afin de répondre à l'injonction de plan
quinquennal performatif concernant le Livre, la Lecture, et ses Ventes Entrées
Bénéficies Profitation, lancé par notre vénérable Président ?

Ouf. Elle avait fini sa phrase. La Cadette s'était
promptement levée, et était sortie du bureau. Lâcheuse.

–         
Non, j'ai platement répondu, j'ai pas fait tout
ça, et puis quinquennal, ça fait cinq, pas trois.
–         
Bon ben alors, qu'attends-tu pour t'y
mettre ? S'est agité Bécassine. Il est 14 H 56, il faut que ce soit rendu
à 17 H 22 au plus tard ! L'avenir du Livre n'attend pas !
–         
Mais… j'ai protesté.
–         
Sur ce, j'y vais, j'ai oublié mon parapluie
Hermès dans le G7 qui m'a ramenée ici… Je cours je vole je galope clic clac à
la station de taxis !

Et Bécassine s'est enfuie. Passées quelques minutes de
stupeur ou de délectation morose comme on disait dans mon ex religion où j'ai
fixé d'un air catatonique mon écran, j'ai pris en gémissant le
putain-contrat-de-performance en me tâtant les seins dans l'espoir de découvrir
qu'ils étaient durs, ce qui aurait signifié une potentielle grossesse, ce qui
aurait signifié la quille, l'échappée belle, la délivrance, la liberté, la.

–         
Pétard, elle est passée où ?

A braillé la Cadette qui est entrée dans le bureau en
courant.

–         
Chercher son pébroque oublié dans la Mercédès qui
l'a ramenée chez nous… j'ai répondu.
–         
Mince ! ça fait longtemps ?
–         
Chais pas… 5 minutes peut-être…
–         
De Dieu, c'est assez pour qu'elle nous ait
blousées !
–         
Comment ça ? J'ai fait.
–         
Eh bien… profitant qu'elle te causait, je suis
montée voir si elle était dans le bureau de Claudie…
–         
Ben non, puisqu'elle était ici !
–         
Truffe ! Je sais bien qu'elle était ici,
elle, mais l'autre, la missionnée du numérique, peut être qu'elle était dans le
bureau de Claudie, ce qui aurait voulu qu'il y avait deux Bécassines ici bas… ou
ou…

La Cadette a pris un air éperdu.

–         
Et alors ? J'ai préféré demander,
abandonnant l'idée de réfléchir plus avant.
–         
Eh bien, le temps que je parvienne au bureau, 5
minutes se sont bien écoulées vu que Claudie m'a arrêtée dans le couloir pour
me faire signer une pétition contre sa délocalisation dans la soupente, elle
m'a dit que Sud Livre pensait faire la révolution en matière de protestation,
et ensuite ça a été Paratonnerre qui gisait par terre, son diabète, et ensuite,
une fois que je l'ai eue enjambée, je suis tombée sur Poivrot qui occupait tout
le couloir en marchant en crabe… ce qui fait que quand je suis parvenue enfin
au bureau de Claudie… eh bien oui, elle y était !
–         
Qui ça ? J'ai grelotté.
–         
Bécassine pardi ! A presque hurlé la
Cadette plutôt sur les nerfs ces derniers temps.
–         
Euh, pourrais-tu me préciser laquelle ?
J'ai demandé d'un ton faible.
–         
Mais je ne sais pas ! Peut être était-ce la
nôtre puisqu'elle était sortie entretemps du bureau !
–         
Ecoute, pas de panique, j'ai dit, quand
Bécassine sera revenue, j'irai lui prendre le serre-tête avec le
putain-de-contrat-de-performance et pendant ce temps là, tu monteras à l'étage,
vérifier qui est dans le bureau de Claudie d'ac ?
–         
D'ac ! A fait la Cadette. On va enfin avoir
la réponse à ce délire délirant !
–         
Oui, comme ça on saura qui est Bécassine, et qui
ne l'est pas, j'ai ajouté.
–         
Tu parles encore de ta cousine ?

Bécassine était de retour. Sans parapluie. Mais pas mouillée
non plus. Alors qu'il pleuvait. Le soupçon d'un double jeu de sa part se
renforçait… Je me suis levée pour aller lui poser mes questions sur le
putain-de-contrat-de-performance tandis que la Cadette, aussitôt, s'éclipsait.

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