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Triste époque

Bon, avec tout ça, un mois après,
je n'avais toujours pas rencontré Quasimodo. Bécassine avait troqué
sa burqua à larges meurtrières contre un tailleur façon Simone
Veil, à savoir, un dessus de lit en tissu de tapisserie. Elle
pensait sans doute que c'était le genre de choses que les croyantes
orthodoxes portaient à la slave messe et elle avait par ailleurs
banni tout maquillage, ce qui la rendait plus véritablement défaite
que proprement ascète.

L'esprit du maître flottait dans la
maison mais on n'en savait pas beaucoup plus. Rien n'avait
véritablement changé, les fumeurs fumaient toujours sur le pavé,
les anxiolysés continuaient d'avaler leur chimie, les alcooliques,
de boire, et les fayots, de fayoter, mais de façon un peu éperdue
car on n'avait toujours pas réussi à savoir ce qui agréait
exactement au nouveau maître.


Ce lundi, j'ai traîné ma panse
jusqu'à la soupente où vivait recluse une candidate acharnée à la
retraite à 60 ans, prenable à 55 ans, Michèle Marian, qui avait
décidé d'y être sans y être tout en y étant tout de même 3
jours par semaine. Je l'aimais bien, en tout cas largement
suffisamment pour lui annoncer que je prendrai ma pré-pré-retraite
dans un mois si tout allait bien (encore une qui va passer directement de congé
parental à pré-retraite, m'avait craché Cléa Culpa)

Mais la Michèle Marian en question, je
l'ai trouvée sanglotant sur un tableur excel où elle entrait
scrupuleusement depuis un mois le nombre d'habitants de chaque ville
moyenne de chaque département français, dans un but qui lui
échappait (à moi aussi) mais qu'elle ne cherchait pas à savoir
(moi non plus) car on l'avait recueillie par charité dans ce bureau
(les libraires, fiers et indépendants) quand il avait bien fallu la
caser quelque part de retour de son congé dépressionnaire
occasionné par une opposition d'ordre psychotique à sa chef de
bureau d'alors, Mirabelle Laclasse, qui l'aurait, selon Michèle,
acculée à la folie en lui ordonnant de photocopier en cent
exemplaires un dossier de cent dix pages recto verso.

Bon, Michèle Marian sanglotant, j'ai
failli battre en retraite. Pas envie qu'elle se sente gênée (et moi
non plus), et pas envie de me retrouver plongée dans un bain de
griefs et de douleurs bureaucratiques alors que je venais fanfaronner
mon état à une femme qui plus est sans enfants. Mais elle m'a vue,
et m'a fait signe d'entrer en agitant son mouchoir.

  • Foutu tableur, elle m'a annoncé
    en se mouchant schroumph schroumph, il refuse d'additionner les
    habitants de Lyon avec ceux de Grenoble, puis de diviser le chiffre
    obtenu par les habitants de Marseille et de Nice élevés au
    carré…

  • Euh… j'ai bredouillé. Je ne
    vois pas bien l'intérêt de ce calcul…

  • Moi non plus, elle m'a rétorqué,
    mais il faut bien que je fournisse à mon chef le nombre médian
    d'habitants susceptible de provoquer l'installation d'un libraire
    fier et indépendant dans leur foutue ville!

  • Laisse tomber Michèle, j'ai fait
    doucement, ça marche pas comme ça…

  • Et comment alors?! Elle a braillé.
    Oh Mimi, j'en ai marre marrre marre tu peux pas savoir… je rêve
    de m'étendre dans mon jardin avec mon chat et Lulu ma moitié
    déprimée, pour ne plus jamais me relever!!! ils vont me virer de
    ma soupente figure toi!!! et m'installer dans le courant d'air du
    bas face à Bras cassé oh Mimi ne serais-tu pas enceinte enfin?
    Viens que je t'embrasse ô que je suis si heureuse pour toi…

Etc. Le tout débité d'une traite sans
respirer et vas y pour débrouiller l'info. Elle m'a donc embrassée,
après que j'ai confirmé (oui je suis enceinte, non je ne sais pas
ce que c'est, oui on est heureux, non je ne pense pas revenir au
Syndic si je trouve une autre solution) puis, un peu gênée que mon
bonheur accapare sa détresse, je lui ai demandé :

  • Ils t'enlèvent de la soupente?
    Mais pourquoi? Et pour faire quoi?

  • Les représentants syndicaux,
    Mimi, ils veulent récupérer leur planque, ne rien céder devant
    l'Administration, et comme il est hors de question que je revienne
    pomper l'oxygène de mes collègues qui, je te le rappelle, se
    partagent tout de même à six au-dessus de ta tête, 10 mètres
    carrés pour un mètre soixante de hauteur, le genre de cellule que
    même en Irak tu ne trouves pas, on m'a proposé (ordonné) de
    m'installer en face de Bras cassé…

  • Mince…

  • … dont je vais devoir écouter
    la philosophie éclairée sur le discount et les magasins d'usine,
    agrémentée de la liste de ses griefs psycho-sociaux avec sa fille
    adolescente et mère, les 3 pères de ses 3 enfants qui n'ont
    toujours pas réglé la moindre note…. tout ça en étudiant en
    profondeur des dossiers de demande de prêts de libraires fiers et
    indépendants, moi qui sait à peine distinguer un passif d'un
    sodomite…

  • … actif, j'ai corrigé.

  • Qu'importe, Mimi, je m'en TAPE! Ah
    quelle époque je te jure… mais je suis si heureuse pour toi, je
    suppose que l'on ne te reverra plus jamais ici, que tu vas enfin
    partir en Provence, mais gare hein, 41 ans c'est l'âge dangereux
    pour une femme, on sait quel marais on quitte, on ne sait pas quel
    merdier on trouve… ah quelle triste époque, quand je vois ma
    belle-soeur qui, à 48 ans, se retrouve virée d'une boîte
    pharmaceutique où elle trimait depuis plus de 20 ans, et, toute
    bardée de diplômes en génériques et biochimie qu'elle soit, se
    retrouve à devoir faire du porte-à-porte 12 heures par jour pour
    le double de la moitié d'un SMIC en proposant des packs de
    viagra… qu'est-ce qu'on nous fait pas subir quelle triste
    époque…

Je l'ai laissée à ses tableurs, car
je devais redescendre aux miens. J'ai trouvé une Bécassine en
rage, fermoir de sac bouclé, escarpins chaussés. Elle venait
d'apprendre qu'on condescendrait à me remplacer mais à temps
partiel et pour un salaire horaire inférieur à celui d'une femme de
ménage. En gros, il lui fallait dégoter une créature un tant soit
peu compétente et diplômée qui accepte d'établir avec rigueur et
pour 800 € par mois, les données que l'on nous réclamait,
notamment la cour des Comptes à qui il ne fallait pas donner de
chiffres présentant plus d'un millième d'euros d'erreur.

Ah, je lui ai fait, quelle triste
époque hein. Et j'ai pensé, ça t'apprendra à voter pour des cons
pareils, qui exigent un service public performant et de qualité,
avec des effectifs réduits, compétents et sous-payés. Même s'il
est vrai que leur objectif, véritable, est de le voir disparaître, ce
service public, idéalement par auto-sabordage, ce qui ne semblait plus si utopique en réalité.

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