Carte postale moderne (par skype) 1

Quand on part, loin
surtout, on envoie toujours une carte postale à ses vieux, ses amis,
et ses collègues (certains). Quand on part pour de vrai, loin, on se
parle plutôt par mail ou par skype, ce qui n'empêche pas de le
faire sur le mode carte postale.

Chers vieux, chers amis,
chers collègues (certains),

Nous sommes bien arrivés
au pays du soleil levant. Le voyage s'est bien passé, même si
Zébulon n'a dormi qu'une heure sur les 10 heures de voyage du
Paris-Séoul et que j'ai dû faire de la marche dans les allées,
regarder Djumbo avec lui, essuyer son siège (incident pipi),
ramasser ses sucettes collées sur la moquette, et les gommettes, et
les feutres (ouverts) etc etc, et visiter dix fois les toilettes en
sa compagnie (maman, c'est trop rigolo), sa soeur coincée sous
l'aisselle droite. Je ne vous parlerai pas du tour de force qui
consiste à manger une soupe aux nouilles avec un bébé aux mains
baladeuses assis sur ses genoux ni de celui consistant à changer le
dit bébé dans les toilettes d'un mètre sur un.

Le changement d'avion a
été ok, il était dans les 7h30 du matin, on a fait des kilomètres
sur des tapis roulants dans un silence de cathédrale, il n'y avait
pas un chat, à se demander si Séoul était une bourgade du sud de
la corée. On a juste eu le temps de visiter les toilettes de
l'aéroport (maman, ils ont des toilettes pour enfants! Non mon chat,
ce sont des toilettes normales, c'est juste qu'ils sont euh plus
petits que nous…) avant que de remonter dans notre dernier avion.
Là les mioches se sont écroulés et j'ai enfin pu regarder un film
(j'en ai manqué au moins une vingtaine dans l'autre avion),
Incendies pour ne pas le citer au sujet duquel France inter s'était
roulé par terre… sauf que je n'ai pas vu la fin car l'hôtesse de
l'air attendait patiemment derrière moi avec sa robe folklorique que
je descende avec mes mouflets car on était arrivé.

  • Les jumeaux
    apprennent qu'ils sont les enfants issus du viol de leur mère à la
    prison de kfar panpan (un ami intervenant sur les ondes)…

  • … et que leur
    demi-frère est devenu un sniper émérite avant que de passer son
    diplôme de tortionnaire à la prison où sa mère avait accouché
    non de lui né d'un réfugié abattu par les frères de sa mère
    mais des jumeaux qui ont poussé un cri quand ils ont appris que…
    (une amie qui a dû voir le film il y a longtemps)

Bon, j'avance un peu.
Arrivée à Tokyo, douaniers et douanières pleins de délicatesse et
de courtoisie, dont un poussant mon chariot et ses 60 kilos de
valises au minimum…

  • Forcément, t'es une
    immigrée de luxe! (cléa culpa, sur skype)

Retrouvailles avec A,
tout ému et tout dégoulinant car dehors il fait au moins du 40
degrés avec ou sans soleil (30 mais avec l'humidité, ça fait vite
très chaud), on ne sait vite plus très bien. Une heure trente de
bus pour rejondre Tokyo durant laquelle les mioches ont ronflé comme
jamais, pareil dans le taxi jusqu'à l'appartement et itou le nez
dans leur assiette de riz, y compris la Zouflette passant en vitesse
accélérée des petites purées archi moulinées de son babycook aux
grains de riz morceaux de légumes vaguement fourchettés dans
l'assiette.

  • Et les jardins
    impériaux? Tu les as vus? (la Grande Simone, sur skype, le nez
    enfoncé dans le guide bleu).

  • Et la condition de
    la femme japonaise? Elle est aussi terrible atroce inique qu'on le
    dit? (tante Babe, surgissant derrière elle avec son guide des
    années Meiji)

Eh bien, nous avons eu
beaucoup de choses à faire, maman, tantine. Déjà, il y a
l'opération choisissez bien vos légumes… mais aussi votre eau,
lait yaourts pain tofu…. et là on réalise que la radioactivité,
si radioactivité il y a, se glisse dans tout, je comprends mieux le
« toute la chaîne alimentaire », on en viendrait presque
à hésiter devant des rouleaux de papier toilettes
(=papier=bois=potentiellement irradié). Tout est cellule donc tout
est potentiellement irradiable, tel est le cogito du moment (sachant
que les Japonais ne semblent se poser la même question mais il est
vrai qu'eux, en un seul coup d'oeil, peuvent identifier le lieu de
provenance des produits).

  • N'oublie pas mimi
    que, contrairement à nous, les Japonais gobent tout ce que leur dit
    leur gouvernement! Ils achètent donc leurs produits irradiés les
    yeux fermés puisqu'on leur a dit que tout allait bien madame
    l'impératrice… (un informateur de France bien informé)

Après une heure de
tergiversations, nous finissons par sélectionner des pâtes
(italiennes) avec une sauce tomate Barilla (la même qu'à
Montreuil), un camembert en boîte (fabriqué en France), et des
yaourts estampillés Danone car même s'il y a tout un blabla en
idéogrammes divers et variés qui veut peut-être dire, fabriqué au
Japon sous l'oeil aussi bienveillant que lointain de Danone, ça nous
rassure.

  • Ah ben bravo, vous
    avez les moyens! (Cléa culpa, by skype toujours)

  • Surtout que tu vas
    halluciner… ils font cuire leurs nouilles à la Volvic! (la non
    muse, sournoise)

  • Non?! (cléa culpa,
    sidérée)

  • Si! Madame mimi a
    peur, depuis que môssieur a lu un article sur l'eau du robinet de
    Tokyo qui serait radioactive à shinjuku (pourquoi là et pas
    ailleurs hein?)!

  • Sales bourgeois va!

Ensuite, nous avons fait
une balade dans le yoyogi park, à quelque 20 min de chez nous. Pour
cela, il faut d'abord franchir un passage à niveaux, ce qui ne
m'était pas arrivé depuis l'âge d'enfance car en France, qui dit
passage à niveaux, dit automobiliste qui cale dessus ou s'endort ou
finit sa bouteille de rouge, et donc accident et morts. Eh bien ici,
à Tokyo même, du moins dans sa banlieue très proche, il y a des
séries de passage à niveaux, franchis par des trains de banlieue et
de grandes lignes. Ding dong ding dong, la barrière se ferme et le
train passe, ou les trains passent, compter environ 20 minutes
d'attente avec un Zébulon fasciné qui, parmi les Japonais attendant
silencieusement que la barrière remonte, fait des sauts de cabri,
pousse des cris, montre du doigt les trains, glapissant Un Tgv un
Tgv! (ce qui est faux, bien entendu).

  • Non, ça va de soi,
    le Japonais n'importe rien de ce qui est technique, il pille! Il
    envoie un espion qui observe et ensuite, il copie! (un autre
    informateur bien informé)

Le yoyogi parc est un
parc de 70 ha, remplis d'arbres, de massifs de fleurs…

  • … et de chiens…

Car hélas, le Japonais
n'a pas échappé à la malédiction de la main-qui-tient-la-laisse,
et ainsi croise-t-on des Japonais de toutes sortes, hommes, femmes,
couples, promenant des chiens, généralement de petite taille. Au vu
de certains couples très « hyp », je soupçonne certains
d'entre eux d'avoir choisi l'option chien plutôt que l'obligation
enfant. Et il y a des parcs à chiens, sisi! Un pour les moins de 5
kilos (sisi!) et un autre pour les gros, gros chiens qui n'ont rien à
voir avec les tueurs du parc des Beaumonts et leurs beaufs à la
remorque. On croise aussi des femmes poussant des poussettes toutes
petites…

  • Des prématurés?
    Dehors? Par cette chaleur?!

Non, une petite poussette
pour le petit chien! Si! D'ailleurs, dans les supermarchés d'assez
grande taille, il y a tout un rayon de jouets bouffe et vêtements
pour nos pas amis les chiens. Mon hypothèse du petit chien
remplaçant le petit enfant semble se confirmer. Sinon, des parcs à
chiens, peut-être mais comme à Montreuil, pas d'aire de jeux pour
les enfants.

Voilà…

  • C'est tout? (choeur
    de voix déçues sur skype)

Eh bien, je peux vous
dire aussi que Tokyo est plein de quartiers, et de sous-quartiers,
dans lesquelles les rues sont petites, pas de trottoir, mais une
bande blanche qui délimite un espace où on peut marcher, des
maisons avec beaucoup de feuillus voire de fleurs, des rhododendrons
comme en Bretagne! Des petits temples, parfois, des buildings
soudain, beaucoup de vélos, partout, sur les trottoirs et grillant
les feux! Et parmi eux, beaucoup de vélos avec des sièges enfants,
un devant, un derrière, généralement conduit par une femme. J'ai
même vu une Japonaise avec un bébé tout petit en porte-bébé sur
son ventre me dépasser à toute allure, un matin, partait-elle déjà
travailler?

  • Certainement! Toutes
    les femmes ne sont pas comme toi Mimi! A s'arrêter dix ans après
    chaque enfant! Sans compter que la Japonaise est dure à la tâche!
    Quand elle a la chance de pouvoir continuer à travailler du
    moins… (tante babe)

Bon, voici pour les
premières impressions plutôt agréables. Reste à apprendre la
langue si je ne veux pas devenir sourde muette autiste et dépressive
car ici, difficile de trouver quelqu'un qui parle anglais, même de
mon niveau très low, aussi, sur ce, le Zébulon étant neutralisé
devant La petite taupe et sa soeur, endormie dans sa cage, je m'en
vais repasser mes leçons de japonais.

  • Très bonne
    initiative!

La grande Simone, au
moins satisfaite que j'utilise mon cerveau à autre chose que lire
les étiquettes des patates et des carottes.

Sayonara!

One comment on “Carte postale moderne (par skype)

  1. Reply Pierre-Yves Juil 18, 2011 15:38

    Super, ces nouvelles et tous ces détails ! Les Japs ont donc des parcs à chiens comme les New-Yorkais, qui préfèrent eux aussi les chiens aux enfants… Un seul hic dans ces récit : qu\’est-ce que c\’est que cette pub pour le guide Bleu ???

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