Mariage et têtes d’enterrement (partie I) 3

Nantie de mon sari, je suis donc partie le samedi matin aux aurores en direction de la Bretagne où ma grenouille de cousine-pas-vue-depuis-longtemps avait décidé de se marier (tant qu'à faire de faire chier les célibataires désargentées).

Je me suis assise près de la fenêtre, en tenant mon sari dans les bras. Je l'avais essayé la veille, c'était génial (sauf le temps, br). Je descendais à Saint Brieuc. Une femme s'est assise à côté de moi, elle m'a dit, dovobran, enfin, quelque chose comme ça… j'ai grogné car je comptais bien roupiller et lire ensuite mon super roman indien Compartiment pour dames d'Anita Nair (une histoire de célibataire de 45 ans décidant de jeter sa gourme par dessus les chakras).

En fait, on a commencé à discuter et c'était vachement chouette. Elle venait de Sarajevo, enfin, cela faisait dix ans, elle avait 47 ans, elle était venue avec la guerre, parce qu'on lui avait tirée dessus, avec son journal sous le bras, dans la rue. Elle s'appelait Ernela et elle était mariée depuis l'âge de 17 ans. Son mari lui s'appelait Emir, il avait 10 ans de plus qu'elle. Elle a été ravie, et moi aussi, de savoir que j'avais une baba digne des babas bosniaques (de purs dragons), et que je m'appelais Chotek, comme la Sophie, butée sur son pont tralalalaa on y tue tout en rond. Je lui ai dit que j'avais un vague lien avec cette aïeule, elle en a battu des mains (même si elle n'avait pas de goût particulier pour la royauté austro-hongroise). Ernela descendait à Rennes, où elle allait voir une lointaine cousine. On a échangé nos numéros, avec promesse de se revoir. Je me suis dit, chouette, je suis sûre que ça va me porter chance.

A saint Brieuc, bien sûr, il n'y avait personne pour m'attendre, et il pleuvait comme la Bretagne. Mon cousin Paul est arrivé avec un bon quart d'heure de retard en m'annonçant aimablement, on t'avait complètement oubliée. Bien sûr, si j'étais pas venue, on en aurait fait une troisième guerre mondiale. Je suis arrivée parmi des scènes d'hystérie et de mortification. Les hystériques étaient du côté de ma famille, ma tante courait partout avec son chapeau en disant, on sera jamais prêts, on sera jamais prêts. Ma mère était déjà assise à l'église avec le reste de MA famille, br.

Ma cousine Camille sanglotait sous son voile en bafouillant, j'avais dit un gâteau bleu et blanc, pas vert et crème… tandis que les cinq enfants de sa sœur tournaient autour d'elle en hurlant, bleu, vert, blanc, c'est le drapeau des Mohicans !! Son futur mari était assis à côté d'elle avec l'air du gars qui a avalé son parapluie. D'ailleurs, les scènes macabres étaient jouées par sa famille. Sa sœur et son frère, j'ai supposé, étaient assis sur le canapé, les mains posées bien parallèles sur les genoux, pas un trait de leur visage n'a bougé quand ils m'ont articulé : bonjour mademoiselle, enchantés, Anne-Victoire, Pierre-Emile. Leur mère faisait angle droit avec le mur, elle regardait toute la scène d'un air comme si elle allait sortir une mitraillette de sa robe rose bonbon, bonjour mademoiselle, Antoinette de Roquefort, tandis que son mari, bonjour mademoiselle, Louis de Roquefort, était habillé comme pour l'enterrement de toute la France, il soupirait en lisant le Figaro.

Ma tante m'a dit, emmène les mômes à l'église ou je vais les gazer, Madeleine n'est toujours pas revenue du coiffeur, quel manche à couilles que celle-là… De chez le coiffeur, l'a corrigé Charles-Emile, son gendre. Ma tante l'a regardée comme si elle allait le déculotter et le fesser devant les Maccabées. J'aime bien ma tante, en fait. Elle a un côté Baba, elle est très snob, très bourge mais elle a une langue incroyablement gouailleuse.

Je suis donc partie avec Kléber, Melville, Eugénie, Adrien et Colombe. J'ai réalisé que j'avais pas mis mon sari de fête avec un pull marin par-dessus parce que ça caillait. Je me suis arrêtée devant un troc, et leur ai dit de m'attendre devant. Cause toujours, ils sont rentrés à ma suite, en file, rangés par âge et ils ont prétendu m'accompagner aux toilettes pour assister à mon habillage indien. J'ai dû casser mon cochonnet pour leur offrir 5 grenadines et avec tout ça, j'étais en retard.

Quand je suis resortie des gogues, un énorme silence s'est fait. La plus petite s'est mise à pleurer tandis que tous les Bretons du bar me regardaient bizarrement, à croire que le costume bigouden n'avait jamais été porté chez eux.

  • Pourquoi t'as mis une chemise de nuit ? A demandé Melville
  • C'est pas une chemise de nuit, j'ai répliqué, c'est un sari !
  • Vous comptez sortir comme ça ? M'a demandé un mec au comptoir, habillé super chic.
  • Ben oui, pourquoi ? ca vous gêne ? J'ai grommelé.
  • Non, il a rit, mais la Bretagne, c'est pas le même climat que l'Inde.

Gnagna. Avec tout ça, Colombe avait renversé sa grenadine sur sa jolie robe rose et verte cucul. Quand je suis arrivée à l'église, ma cousine Madeleine m'a engueulée :

  • Pas de sucre en dehors des repas ! Et regarde moi cette robe ! Ralala, on voit bien que t'as pas d'enfants !

Non-et-alors-conasse. J'ai pensé. J'ai entendu un petit rire et j'ai vu le mec du bar qui se tenait là. Merde. Y m'avait suivie. Un dingue, et le mariage qui allait commencer…

  • Je te présente Marc… mon témoin… a énoncé le jules de ma cousine. Un très cher ami d'enfance…

Ah. Zut. C'est bien ma veine. Il m'a fait un grand sourire, il avait des yeux gris très comment dire…

  • Ceci dit, il m'a chuchoté en passant, ton sari te va à merveille…

Ah. Zut. Me voilà toute rouge.

Je suis entrée dans l'église avec le Melville collé à moi, il m'avait follement adoptée et Colombe aussi, qui voulait pas descendre de son arbre (mes bras). Une vieille habillée à la Simone Weil m'a demandé quel âge avait mes enfants. J'ai adoré, j'ai détesté. Ma mère était déjà là, au premier rang, assise à côté de la Parfaite et de ses mômes. Mon frère, le vrai, était là aussi, il avait réussit à fourguer ses moutardes à mon père qui, du coup, n'avait plus de genoux pour poser sa dernière invention, un lance-riz.

La mariée a fait son entrée en faisant des mines d'yeux mouillés, au bras de son père, le colonel Fabien qui avait sorti tous ses pins. Il marchait comme s'il était le colonel Gabriel amenant la Marie à Dieu pour la saillie. Ok, je suis vulgaire mais quelle connerie. Il l'a refilée à son jules, qui a essayé de la regarder mais il pouvait pas, son col était trop serré. Ma cousine a eu du mal à s'asseoir à cause de sa robe débile, on aurait dit qu'elle était assise sur un tas de vêtements.

Le curé était un jeune fou d'Allah version christique. Il portait une longe robe de bure, des sandales de missionnaire moyenâgeux et il dardait des yeux plein d'éclairs sur tout ce tas de péchés réels et potentiels que nous représentions, mariés ou célibataires. Il a parlé longtemps dans son micro, disant que le mariage, c'était pour le meilleur ET pour le pire, que son aspect matériel (la noce à 1000000 boules) ne devait pas faire oublier son aspect spirituel (Dieu caché sous le lit). Il a parlé de royaume de Dieu, d'enfants à venir, futurs chrétiens, vie éternelle, perte de la morale, bagages oubliés veuillez les récupérer…

  • Réveille toi, m'a soufflé Melville, c'est fini !
  • J'ai fait caca ! A annoncé fièrement Colombe.

J'ai essayé de trouver sa mère mais elle était occupée à filmer comme une hystéro du zoom, sa petite sœur, embrassant toute rougissante son mari, qui venait de lui enfiler sa bague très très chère au doigt. Et en sortant, on s'est fait tirer dessus par mon père et son lance-riz. Il y a eu un blessé grave qu'a pas pu goûter champagne… Je rigole, mais ça a faillit, on avait l'impression de recevoir de la grenaille.

  • Arrête ! Mais arrête donc ! A crié ma mère en arrachant à mon père son lance-riz.

Camille, dans sa robe de mariée, faisait son paon sur le parvis, la figure grêlée de riz. Son mari s'essuyait nerveusement les cheveux, tandis que la belle-mère, toujours aussi cadavérisée, devait être en train de se demander s'il n'y avait décidément pas un gène de la folie dans cette famille.

Tout le monde caquetait, et les plus jeunes présentaient leurs copines ou copains aux plus vieux. Moi, j'avais personne à présenter, si ce n'est Melville que tout le monde s'obstinait à prendre pour mon fils ou pour mon petit frère. Paul était avec son jules du moment, on aurait dit des fans de Robert Smith, les gens tendaient à les éviter…

  • Alors ma coucou, toujours célibataire ?

Il m'a fait. Connard. Il m'a tracée jusqu'au champagne à me demander si au moins je baissais ma culotte de temps en temps.

  • Paul, a finit par lui dire sa mère, déjà que ta cousine est habillée comme une bohémienne, n'en rajoute pas s'il te plait bien !

Bohémienne. Mon beau sari. J'ai eu soudain envie de pleurer, à quoi ça servait de faire des efforts d'esthétisation hein? Pour une bande de cadavres, de tailleurs frigides et d'enfants sans issue?

  • T'es la plus belle, a dit une voix, et le pire, c'est que c'est vrai !

Je me suis retournée, et j'ai vu le Marc. Il m'a fait un sourire merveilleux. Et moi, j'ai fait un sourire digne d'une vieille fille de chez Balzac. Je me suis enfuie et je me suis cloîtrée dans les toilettes où j'ai envoyé un SMS à Aveline.

Mariage de chez mariage, je veux rentrer sur mon île !

Elle m'a répondu.

Courage ! Bourre toi la gueule et danse follement !

Quand je suis resortie, je suis tombée sur la belle-mère qui m'a dit d'un ton nucléaire que le dîner venait de commencer (il y a 50 secondes). Je me suis glissée dans la salle, à ma place, où je me suis assise comme le furtif. Sur une demie-fesse.

  • Moi j'appelle ça le destin…

J'étais à côté de Marc. Il me souriait grandement et je me suis dit, mince, un mec beau. J'ai pensé très fort, je veux me cacher derrière le frigidaire avec Ernesto. J'ai pensé aussi, ce serait trop chouette si.

3 thoughts on “Mariage et têtes d’enterrement (partie I)

  1. Reply Le réalisme de coeur Août 28, 2006 21:11

    tout ça ma vieille, je le sens, ça va mal se terminer… c\’est trop gros 🙁

  2. Reply Lectrissa Cidü Août 29, 2006 14:55

    Enfin ! Après une semaine… merci ! Mais quand même vous n\’étiez pas pressée et j\’ai failli crever.

    Une lectrice

  3. Reply La Marie Août 30, 2006 12:10

    réponse à Lectrissa :

    Je sais c\’est honteux, mais fallait que je digère le choc. Je mets en ligne la partie II, très chaude, et c\’est pas fini :grin

Leave a Reply