Mariage et têtes d’enterrement (partie II)* 1

Faut dire ce qu'il y est, dans les mariages, surtout les mariages bourges (vous allez me dire, quel mariage n'est pas bourge de nos jours ?), la bouffe est rudement bonne, et le vin aussi… Du coup, ça m'a mis dans un état assez relâché, et j'ai réussi à ne pas me relever pour aller me cacher aux toilettes ou derrière le frigidaire.
 
Outre Marc, à table, il y avait la sœur du marié, Anne-Victoire, et son mari, Gaston, oui, Gaston. Qui était drôlement rigolo, et sympa aussi, il travaille dans l'automobile, alors que sa femme, elle travaille dans le foyer et le bénitier, elle n'avait pas franchement la gueule de la Victoire ah ah. Je sais pas vous mais y a des couples, je ne comprends pas, ça sert juste à rehausser l'injustice universelle de la femme seule et chouette quand d'autres, non. Je me demande aussi toujours sur quoi est fondé ce genre de couples, à part l'argent et la peur de la solitude, je vois pas. Il y avait aussi un homme célibataire, mais là, je vous conseille pas. Il portait un costume gris rat des villes qui lui déteignait au visage et il avait l'air d'être à une réunion à Matignon au lieu que d'être à table devant un tas de chouettes choses à dévorer.

Gaston a donc mis l'ambiance, sa Victoire faisait des sourires crispés, nous avec Marc on riait et on lançait des vannes tandis que l'homme seul avait le groin fourré dans son assiette ou dans sa serviette en cuir (médicaments pour le foie). On ne l'a pas entendu une seule fois, et c'est pour ça que quand plus tard, Camille m'a dit, c'est drôle, je pensais plutôt à Yves (le type seul) plutôt qu'à Marc te concernant… j'ai pas trouvé ça fort de psychologie ni de considération, me concernant justement.
 
On a commencé à manger mais on était tout le temps interrompus par les mises en boîte made for mariage. Anne-Victoire s'est levée comme si elle était Lazare sortant de son tombeau, elle est venue rejoindre sur scène son frère qui avait gardé sa serviette autour du cou pour pas tâcher son Yves Saint Laurent. Ils ont chanté une chanson sinistre en l'honneur de leur frère et de sa femme, où ça parlait de son enfance (éducation chez les Jésuites, randonnées en culotte courte dans les landes et médaille du plus gentil scout),  de sa jeunesse (prépa et Polytechnique), d'une retraite familiale dans un couvent tenu par un ordre muet (les pasparler), et de son habitude de corriger les fautes de parler de tout le monde. Y a eu aussi le discours du Père, Louis de Roquefort, on se serait cru à Versailles, les grandes eaux, toutes les femmes âgées de plus de 50 ans tamponnaient leurs yeux d'un air ultra ému. Il mariait son fils aîné, pour qui il avait nourri tant d'ambitions, il demandait « solennellement » à sa bru, la Camille, de prendre soin de lui et d'assister cet homme brillant dans sa carrière qui devait le mener à la tête de la comète… Les enfants de Madeleine ont ensuite joué un petit sketch, où Kleber tenait le rôle du marié, et Eugénie, celui de la mariée, les trois autres jouant les enfants à venir.

  • J'ai fait caca, a déclaré gravement Colombe alors que ses deux faux parents se penchaient sur elle en imitant des gazouillis.

Tout le monde a rit, sauf Louis et Antoinette, ainsi que leurs deux cadets, qui ont pris un air comme si ça sentait très mauvais alors que non, Colombe a des bonnes couches et elle se tenait près d'un monsieur qui fumait un monstrueux cigare. Ma mère en a profité pour me demander pourquoi j'étais venue drapée dans un rideau (ah ah), puis Parfaite, qui se tenait au centre d'un cercle d'hommes la bouche ouverte (sa conversation), m'a demandé si j'accepterais de lui prêter mon sari pour une soirée déguisée la semaine prochaine (ha ha encore mais là, c'était vrai).
 
J'ai discuté ensuite plus profondément avec Marc. Il était professeur d'économie dans un lycée professionnel (15 points), il vivait à Fontainebleau parce qu'il adorait la nature (10 points), il avait vécu 8 ans avec une fille (-55 points), qui l'avait quitté pour un autre (chais pas si c'est positif ou négatif ça), il en avait souffert mais comme ça remontait à 4 ans maintenant, ça allait (5 points). Il partait souvent en vacances dans les îles grecques (méfiance), et aimait bien aussi voyager à la routarde de temps à autre (20 points). Il ne votait pas (-15 points même si j'aimerais pouvoir faire comme lui) mais bénévolait dans une association s'occupant de parrainer des enfants en Afrique (whaou, 10 points).
 
J'ai aussi parlé de moi mais là, je vous raconte pas, vous connaissez. La Victoire a fait remarquer que nous n'étions pas très polis à parler comme ça tous les deux dans notre coin, laisse les donc, a gloussé Gaston, y en a qui vont pas sucer de la glace ce soir… La Victoire est devenue toute rouge et à ce moment là, Parfaite s'est penchée au dessus de moi, elle passait justement par là et elle m'a dit :

  • Arrête de boire, ma sœur, t'es toute rouge… et puis, ton drôle de costume glisse, on va voir tes nibards!
  • Chouette, a dit Marc.
  • C'est qui çui là? elle a fait.
  • Et vous? A demandé Marc.
  • Je suis la sœur de Marie, elle a dit cette menteuse.
  • Mais… j'ai commencé.

Et sur ce, t'y crois pas, elle l'a emmené pour une danse parce que le bal commençait. Elle avait une robe super moulante, on voyait ses seins parfaits manquer d'en bondir et je suis sûre que Marc bandait. Je me suis levée, et j'ai été danser avec Gaston, car bien sûr, la Victoire ne voulait pas. Je suis enceinte, je te le rappelle, elle a dit d'un ton sifflant à son Gaston, bah, à peine de deux semaines, a protesté l'autre, veux-tu te taire ! Elle a glapit. J'ai supposé qu'elle devait être décidément très très très riche pour avoir réussit à se dégoter un jules, et un jules sympa comme Gaston, qui n'était même pas moche.
 
Après la danse à Gaston, j'ai dansé toute seule comme une folle. Marc avait disparu mais j'ai l'habitude vous savez. J'ai dansé follement, tel que recommandé par Aveline, et un moment, j'ai vu que tout le monde me regardait. Ben quoi. Ben mon sari avait glissé et j'étais seins nus. J'ai entendu des applaudissements, des rires, j'ai croisé le regard honteux de ma mère, satisfait de Parfaite… et j'ai filé de la pièce. Quelqu'un me suivait, c'était Marc. Et alors, je vous jure que ça a été comme dans les films. Il m'a rattrapée, il m'a retournée, plaqué contre lui (aie mes seins nus) et il s'est mis à m'embrasser follement. Si. J'ai envie de toi, il m'a soufflé dans le cou, ben euh moi aussi, j'ai répondu, et encore, heureusement que j'avais bu. Impossible de faire quoique ce soit d'autre que s'embrasser et se caresser dans le couloir : toutes les chambres étaient occupées par les maudits enfants de Madeleine ou bien les maudits vieux des autres. Alors que Marc explorait mes dessous-de-Sari, une porte s'est ouverte et j'ai entendu une petite voix déclarer :

  • J'ai fait caca.

C'était Colombe, venue sur ses pieds menus. La main de Marc s'est posé doucement sur mon sein, ce sera pour plus tard, il m'a chuchoté, et c'est peut être encore mieux non ?
 
Oui. Euh non. Là. Maintenant. Parce que je me méfie moi. Un de tenu vaut mieux que deux ans sans queue nue. Fais moi confiance, il m'a chuchoté à l'oreille, et il m'a donné rendez-vous demain matin sur le front de mer. Il devait rentrer, son carrosse de fête en effet klaxonnait vigoureusement dans la cour du château. Tel Cendrillon, il s'est enfuit, laissant choir sur le sol sa cravate rouge bordeaux… que j'ai ramassée et glissée dans mon sari.

 

* Attention, c'est (presque) très chaud, faut vendre merde.

One comment on “Mariage et têtes d’enterrement (partie II)*

  1. Reply Le sagouin Août 30, 2006 12:24

    ma pauvre fille, ça se voit gros comme un paquet de coulles velues que tu vas te faire avoir… un truc pareil, même dans les contes de fées, on y croirait pas 3 secondes! :sigh

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